Période d'Uruk

Une des premières écritures vers 3200 avJC. Uruk

La période d'Uruk est la première période historique sumérienne. Elle se développe à partir de la Basse-Mésopotamie pendant le IV e millénaire av. J.-C.. À cette époque, les Sumériens développent une agriculture irriguée (avec l'orge, le palmier-dattier, le lin et le sésame) et un élevage bovin, caprin et ovin. Les artisans potiers mettent au point l'utilisation du tour et produisent en très grande quantité de la vaisselle en terre cuite. Les forgerons améliorent la métallurgie en utilisant de plus en plus l'étain à côté du cuivre. La nécessité de se procurer les minerais nécessaires développe les relations commerciales sur de longues distances. Il se peut qu'à cette époque, les Sumériens aient inventé la roue. L'augmentation de la production matérielle provoque la création d'une comptabilité et, à partir d'elle, de l'écriture (la première écriture humaine connue).

À l'époque de la civilisation d'Uruk, les Sumériens sont organisés en cités-états très nombreuses où une ville-centre domine les campagnes environnantes. Les villes se développent autour de grandes constructions qui semblent être des temples ou des palais : très souvent elles sont fortifiées. La population qui exerce des métiers très diversifiés se divise en groupes sociaux hiérarchisés dirigés par des rois-prêtres. La religion est polythéiste : le dieu local est considéré comme le propriétaire du territoire de la cité ; il est le créateur des hommes, dont l'activité productive est destinée au service du dieu.

La civilisation d'Uruk se poursuit pendant le début du troisième millénaire av. J.-C.. Lui succèdent les périodes des dynasties archaïques de Sumer (de -2500 à -2350 environ) puis la période d'Akkad (de -2350 à -2150 environ) où les cités-états sont regroupées dans un empire territorial.

Une civilisation très étendue

Les sites archéologiques de la civilisation d'Uruk, en Basse-Mésopotamie, à la fin du IVe millénaire avJC

On ne sait pas exactement quelle est l'origine des Sumériens. Certains chercheurs penchent pour une origine locale, d'autres pour des migrants.

La civilisation d'Uruk tire son nom du site archéologique d'Uruk en Irak. On y a mis au jour une ville qui s'étend sur plus de 500 hectares. Comme ce site est un des plus anciennement découverts et un des plus importants, il a donné son nom à cette période. Cependant, de nombreux autres sites présentent les mêmes caractéristiques (Kish, Tell Asmar, Tell Brak...).

La civilisation d'Uruk a essaimé en dehors de la Basse-Mésopotamie. Elle s'est installée en Iran occidental, en Anatolie du Sud-Est, en Syrie du Nord. Il semble que des comptoirs commerciaux aient été créés sur les routes qui servent à l'approvisionnement en matériaux recherchés par les Sumériens et inexistants dans leur pays. C'est le cas en particulier pour l'étain et le lapis-lazuli, qui proviennent de l'Iran ou de l'Afghanistan. D'autres causes peuvent expliquer la dissémination de cette civilisation. Certains y ont vu les effets d'une émigration de paysans qui cherchent de nouvelles terres, car les campagnes de Basse-Mésopotamie, liées à l'irrigation, ne sont plus suffisantes, ni extensibles à l'infini.

Il peut aussi s'agir d'un jeu d'influences culturelles. Les régions périphériques adoptent certaines techniques ou modes d'organisation de la civilisation d'Uruk, qui est alors la plus développée, tout en conservant des traditions locales.

Une civilisation agricole

Animaux domestiques et céréales, les productions agricoles de Basse-Mésopotamie
Une faucille en terre cuite. vers 3000 avJC.Uruk

L'agriculture irriguée apparaît en Basse-Mésopotamie dès le VIe millénaire. On y cultive l'orge, le palmier-dattier, des fruits et des légumes. Le paysans élèvent des ovins pour le lait, la viande et la laine.

La période d'Uruk correspond à une révolution dans les techniques agricoles. Certains chercheurs parlent d'une seconde révolution néolithique. Les paysans abandonnent le pénible travail à la houe pour ameublir la terre avant de semer. Désormais, ils labourent grâce à un araire à soc de bois qui est tracté par des ânes ou des bœufs. La création de longs sillons permet d'aller plus vite pour préparer le sol et modifie le paysage agraire, avec l'apparition de champs rectangulaires. Le petit côté du champ est longé par le canal d'irrigation, ce qui permet une meilleure maîtrise de l'utilisation de l'eau et remplace l'ancienne pratique de la submersion naturelle de parcelles aux formes irrégulières. On peut ainsi gagner de nouvelles terres à la culture. La moisson des céréales est faite grâce à une faucille en terre cuite.

Les paysans développent l'élevage des moutons et des chèvres qui pâturent dans la jachère ou dans les collines semi-désertiques avoisinantes. Cet élevage fournit non seulement plus de lait et de viande, mais surtout de nouvelles matières pour la confection des tissus (laine et poils de chèvre). On assiste alors à un déclin de la culture du lin (dont les fibres servent à la confection des tissus et dont les graines broyées fournissent de l'huile). Les terres ainsi libérées peuvent désormais être consacrées aux céréales ou à l'extension de la culture du palmier-dattier, des fruits et légumes et du sésame (qui fournit l'huile). L'augmentation du bétail fournit également plus d'engrais naturel, ce qui améliore les rendements.

Il y a donc une augmentation de la production agricole. Il semble qu'elle soit assurée par de petites exploitations familiales pour la plus grande part. Elle dégage des surplus alimentaires qui peuvent servir à récompenser le travail des paysans travaillant dans les domaines des temples et à l'entretien des élites (les prêtres et les guerriers).

L'artisanat

Poteries de la période d'Uruk avec à gauche les écuelles à bord biseauté

Pendant la période d'Uruk, les artisans potiers mettent au point le tour de potier, mais utilisent aussi le moulage de l'argile. La poterie de la période d'Uruk se caractérise par très peu de décoration, mais par une multiplication des formes et une production en grande quantité. La poterie la plus caractéristique est l'écuelle à bord biseauté relativement fruste, mais rapide à faire. Il semble y avoir une sorte de standardisation dont les raisons sont multiples : certains chercheurs pensent qu'il s'agit d'un objet de capacité standard permettant d'attribuer une ration alimentaire identique aux travailleurs des domaines des temples.

Les Sumériens ne sont pas les inventeurs de la métallurgie, mais ils ont développé considérablement cette activité. Ils produisent des objets en alliage et en particulier utilisent l'étain dont le point de fusion est inférieur à celui du cuivre, mais qui est plus résistant que le cuivre. Ils créent donc diverses variétés de bronze (qui est un alliage de cuivre et d'étain). Ils produisent des moulages, mais aussi des placages avec ces alliages. La rareté, en Mésopotamie, des minerais nécessaires rend les importations nécessaires, et les Sumériens installent des comptoirs commerciaux sur les routes de l'étain. Des caravanes sont organisées pour le transport à dos d'âne. Les Sumériens mettent aussi au point des techniques qui économisent les minerais.

Décor mural en mosaïque composée de cônes d'argile de différentes couleurs. Temple principal d'Uruk.

La construction utilise les briques d'argile (matériau très abondant dans les vallées du Tigre et de l'Euphrate). Les briques sont moulées, puis séchées au soleil ; cependant certaines sont cuites au four. En employant du bitume, les Sumériens imperméabilisent leurs constructions et en particulier les fondations. Le gypse est utilisé comme mortier pour sceller les briques entre elles. Le décor est constitué par des cônes d'argile qui sont insérés dans les murs et forment une sorte de mosaïque. La variation de la taille des briques permet de jouer sur l'épaisseur des murs et de créer un décor simple formé de rentrants (niches) et de redans (saillants). Quelquefois, les constructions les plus importantes utilisent le calcaire que l'on se procure dans les collines et les montagnes entourant la Mésopotamie.

Les villes

Reconstitution d'une pièce d'une maison sumérienne. Musée de Pergame, Berlin.

La ville sumérienne est de taille variable. Certaines s'étendent sur 10 hectares ; les plus importantes, comme Uruk, mobilisent de 400 à 500 hectares. Certaines sont entourées de murailles. Ce sont surtout des centres religieux développés autour de bâtiments de grandes dimensions (certains peuvent atteindre 4 000 m2), dont la fonction est encore sujet à débat : ce pourraient être des temples ou des palais. Dans la mentalité sumérienne, le dieu local est le seigneur-propriétaire de la ville où tous les habitants et leurs productions sont à son service.

Les maisons sumériennes sont bâties en briques. Celles de la période d'Uruk ont souvent un plan standard. Une grande pièce avec un foyer donne sur une cour centrale (peut-être à ciel ouvert). Autour de cette cour sont disposées des pièces plus petites. Certains chercheurs y voient une sorte de séparation dans l'espace domestique, une partie pour la vie de relation et une partie pour la vie familiale. La taille des maisons est très variable : certaines atteignent une surface considérable (1 000 m2). Ces différences indiquent une diversité des conditions sociales, donc une hiérarchisation de la société sumérienne de l'époque.

L'organisation ces cités-états sumériennes

Statue considérée comme celle d'un roi-prêtre
Un sceau-cylindre de l'époque d'Uruk (à gauche) et son impression (reconstitution archéologique) sur tablette d'argile

Pendant la période d'Uruk, les Sumériens sont organisés en cités-états. Autour d'une agglomération principale, siège des autorités religieuses et politiques, gravitent de petits regroupements humains disséminés dans la région proche. L'existence de sceaux-cylindres différents, signature particulière de groupes humains, montre l'existence de plusieurs cités installées en Basse-Mésopotamie. Il est difficile de dire si elles sont liées les unes aux autres et si l'une d'entre elles tient la première place. Il y a de grandes chances que ces cités soient rivales.

Les constructions créées par les Sumériens (en particulier les nombreux temples-palais souvent regroupés dans un même endroit) demandent la mobilisation de ressources matérielles considérables capables de récompenser le travail d'un grand nombre de constructeurs. Elles demandent aussi des personnes ayant assez d'autorité pour décider et organiser le travail. On peut supposer qu'à côté d'une population accomplissant les tâches productives dans l'agriculture et l'artisanat, il existe une élite qui assure la direction de la société. Dans certaines tombes, on trouve du mobilier de valeur, des biens de prestige dont certains ont dû être importés de région éloignées. Cela montre l'existence d'une élite qui tient à se différencier du reste de la population.

Tablette écrite, consacrée à une distribution de ration de bière. Vers 3000 avJC
Bulle de comptabilité avec, au-dessous, les jetons indiquant soit la quantité, soit la nature du produit compté.

À la tête de ces cités-états, il y a un personnage important, un prêtre ou un roi. De nombreuses représentations (statues, scènes gravées sur les sceaux-cylindres) montrent un personnage qui se distingue des autres par son habillement ou ses occupations. Il apparaît comme un chef de guerre combattant des ennemis ou des animaux sauvages. Il préside aussi aux cérémonies d'offrandes aux dieux ; il est également présenté comme un bâtisseur.

De nombreuses tablettes écrites ainsi que de nombreux objets de comptabilité montrent l'existence d'organismes productifs de grande taille. Ces organismes gèrent des productions agricoles ou artisanales considérables, en assurent le stockage et la redistribution à de nombreux travailleurs. Ils sont le plus souvent liés aux temples. Ces écritures montrent toute une population vivant au service du temple : des prêtres, des artisans spécialisés et bien entendu les scribes qui ont écrits les tablettes ou ont utilisés les instruments de comptabilité.

À côté de ces grandes institutions, il existe certainement une foule d'exploitations agricoles ou d'ateliers artisanaux de taille plus au moins importante, mais basés sur le travail des familles.

L'écriture des Sumériens

Pour en savoir plus, lire l’article : Écriture cunéiforme.

La religion des Sumériens

Pour en savoir plus, lire l’article : Religion des Sumériens.
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