Édouard Goerg

Édouard Goerg, né Édouard Joseph Goerg à Sydney (Australie) le et mort à Callian (Var) le [1], est un peintre, graveur et illustrateur expressionniste français.

Édouard Goerg
Naissance
Décès
(à 75 ans)
Callian
Sépulture
Château Goerg (d)
Nom de naissance
Edouard Joseph Goerg
Nationalité
Activités
Mouvement
Distinction
Site web

Biographie

Né en Australie de parents français qui voulaient y installer des comptoirs de champagne, issu donc d'une famille de négociants en champagnes, Édouard Goerg gagne ensuite leur comptoir en Grande-Bretagne où il demeure quelques années avant de s'installer à Paris en 1900. Dès lors, il voyage beaucoup en France comme en Italie, aux Indes et à Ceylan. Rompant avec sa famille bourgeoise qui le destinait à reprendre le négoce dans le champagne, Goerg s'oriente vers la peinture. Il devient l’élève de Paul Sérusier et Maurice Denis à l’Académie Ranson à Paris où il étudie de 1913 à 1914[2]. Il y rencontre le peintre bordelais Georges Préveraud de Sonneville (1889-1978) avec lequel il se lie d'amitié, puis il suit l’enseignement d'Antoine Bourdelle[3]. Son admiration se porte alors essentiellement vers Francisco Goya, Honoré Daumier et Georges Rouault[4].

Goerg est mobilisé durant la Première Guerre mondiale, et ce jusqu’en 1919. Il est envoyé sur le front de l'Ouest, puis est affecté dans les régions orientales du front et découvre ainsi la Grèce, la Turquie et la Serbie. L’expérience dramatique de la guerre va fortement influencer la nature de son œuvre dans les vingt années suivantes. L’une de ces œuvres, Ainsi va le monde sous l’œil de la police, est un manifeste anti-guerre qui inspirera à Pablo Picasso son Guernica[réf. nécessaire].

Démobilisé en 1919, Édouard Goerg retourne en 1919 à l'Académie Ranson et y fait la connaissance d'Andrée Berolzheimer qu'il épouse en 1920[5]. Le conflit qui l'oppose longtemps à son père jusqu'à la mort de celui-ci, en 1929, oriente la peinture de Goerg vers une critique de la société bourgeoise et ses mœurs hypocrites. À partir de 1920, il devient l'une des figures majeures de l’expressionnisme français, son œuvre se caractérisant par des couleurs profondes, des compositions étranges et des thèmes à contenu social (religion, cirque). Toute une période de son œuvre le rapproche également du surréalisme, notamment ses travaux dans le domaine de la lithographie. En tant qu'illustrateur, il réalise de nombreux livres de bibliophilie[3].

Dans l’entre-deux-guerres, son succès est manifeste. Il n'en participe pas moins aux Ateliers d'art sacré avec son ancien maître Maurice Denis. En 1935, il rencontre Louis Aragon et participe aux activités de l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires (A.E.A.R.)[6]. Il s'installe en 1938 au 11, rue Du Couédic[5].

Durant l’Occupation, il refuse de participer au voyage initié par Arno Breker que des artistes français (dont Charles Despiau) sont invités à effectuer dans le Reich pour y rencontrer Hitler. Son épouse Andrée, d’origine juive, doit se cacher avec leur fille Claude-Lise et meurt faute de pouvoir accéder aux soins. Goerg en ressent un profond traumatisme. Il est traité par électrochocs puis se remarie en 1946[3].

Il est, avec André Fougeron et Édouard Pignon, l'un des trois dirigeants nationaux du Front national des arts. Il participe à l'album intitulé Vaincre, publié en juin 1944 au profit des FTP, réalisé avec notamment André Fougeron, Boris Taslitzky, Jean Aujame et Édouard Pignon[7].

Dans les années 1950, il enseigne la gravure à l’eau-forte à l'École des beaux-arts de Paris et la peinture à l'Académie de la Grande Chaumière. Il devient par ailleurs président de la Société des peintres-graveurs français de 1945 à 1958 et, en 1965, il est élu membre de l'Académie des beaux-arts au fauteuil de Willem van Hasselt. Sa seconde épouse l'encourage à peindre à nouveau.

« Il aime les nus juvéniles et les fleurs » écrit Bernard Dorival[4]. De fait, la femme est un de ses thèmes de prédilection, qui revient en plusieurs périodes. La plus connue est celle des Femmes-fleurs à la discrète et sereine mélancolie[3].

Alors qu’il s’apprête à quitter sa femme, il meurt en avril 1969[8]. Sa mort de façon mystérieuse se complique de la disparition de tous ses écrits et mémoires qu'il tenait depuis 1912. Il est inhumé avec son épouse, morte en novembre 1988, dans le parc de son « château » à Callian[3]. Élu le 10 décembre 1969 au fauteuil d'Édouard Goerg à l'Académie des beaux-arts, Jacques Despierre, dans son discours de réception, évoque l'œuvre de son prédécesseur en ces termes : « on ne sent plus le métier. C'est là un des critères qui nous étonnent le plus, celui où la création surgit soudain de la matière sans que l'on puisse en déceler le mécanisme. C'est le privilège des plus grands »[9].

Collections publiques

Canada

États-Unis

France

Russie

  • Musée de l'histoire de la Religion, Saint-Petersbourg, L'Enfer de Dante Alighieri, eaux-fortes originales d'Édouard Goerg, 1950[28].

Collections privées

Œuvres

Contributions bibliophiliques

Écrit

  • Édouard Goerg, « La part du tragique », dans ouvrage collectif sous la direction de Gaston Diehl, Les problèmes de la peinture, Éditions Confluences, 1945.

Expositions

Expositions personnelles

  • Galerie Panardie, Paris, 1922.
  • Galerie Berthe Weill, Paris, 1925.
  • Galerie du Centaure, Bruxelles, 1926.
  • Galerie Georges Bernheim, 1929
  • Galerie Jeanne Castel. Paris, mai-juin 1935.
  • Galerie Drouant-David, octobre-novembre 1942.
  • Galerie Le Garrec, Paris, 1943.
  • Édouard Goerg - Estampes et gouaches, Galerie Sagot-Le Garrec, novembre-décembre 1959.
  • Galerie Bellier, Paris, mai 1960[32].
  • Galerie 65, Cannes, avril-mai 1963.
  • Goerg, l'œuvre gravé, Bibliothèque nationale de France, 1963.
  • Château Grimaldi, Cagnes-sur-Mer, 1968.
  • Rétrospective Goerg - Peintures, gouaches, dessins, lithographies, livres illustrés, galerie Île des arts, Paris, 1983[33].
  • Mairie du 16e arrondissement de Paris, 1989.
  • Édouard Goerg, peintures, dessins, lithographies, peintures - Hommage au peintre décédé à Callian il y a cinquante ans, médiathèque de Callian, juillet-août 2019.

Expositions collectives

Réception critique et témoignages

  • « Il rêvait d'être acteur, il fut peintre. Il n'est pas impossible qu'une escapade aux Indes n'ait joué sur sa vocation. Comme Jérôme Bosch ou Goya, ses maîtres préférés, il appartient à la pléiade des fantastiques qui, comme le poète, s'attachent à traduire : "Le cauchemar plein de choses inconnues". Que ce soit en peinture ou en gravure, il ouvre une large fenêtre sur le royaume des chimères. » - René Barotte[35]
  • « Édouard Goerg n'est pas seulement un grand peintre de la satire sociale et un grand pamphlétaire. C'est le peintre prophétique des danses de mort des jeux de massacre. Son monde est un spectacle à épisodes multiples. La comédie humaine et la divine comédie y alternent. Les charges, les proverbes et les moralités font place dans son œuvre aux thèmes lyriques et aux thèmes élégiaques. Aux masques et aux idoles de la féminité succèdent les personnages divins et les évocations de la splendeur céleste. Un visionnaire compose ou invente de toutes pièces les mirages d'un éternel printemps et un flamboyant jardin de paradis aux parterres de verdure constellés de mille fleurs. » - Waldemar-George[36]
  • « Son œuvre commence dans la satire sociale, puis atteint l'hallucination, en actualisant les sorcelleries de Jérôme Bosch, voire en représentant les grands monstres des abîmes. Édouard Goerg a conduit sciemment son œuvre aux limites du délire. Sans avoir le côté "reportage" des recherches d'Henri Michaux, en se référant sans cesse à une culture picturale très étendue, sa peinture a été une des plus ouvertes au mystère. De la satire à la vision, elle a couvert tout l'éventail de la peinture expressionniste. » - Pierre Descargues[41]
  • « Il fut un grand aîné et un ami, dès mes débuts. Je me souviens de cette première visite que je lui fis en son hôtel particulier de la rue Du Couédic et de son si bon accueil... Accueillant aux jeunes, ayant assez de talent pour ne pas les craindre, et sans doute aussi suffisamment de qualité humaine pour souhaiter les aider, il fut un exemplaire président des Peintres Graveurs... Il y avait une note satanique dans le meilleur de son travail. Son beau visage en portait la marque, cette attache effilée du lobe de l'oreille, fuyante et d'une acuité infernale, ce regard vrillant, sa chevelure en flammes. » - Michel Ciry[42]
  • « Après avoir pris à partie les représentants de la bourgeoisie, l'artiste exprime, de 1935 à 1940, dans des toiles "d'imagination apocalyptique", l'angoisse que lui inspire la condition humaine. Puis, durant la Seconde Guerre mondiale, il exécute des tableaux dits "aux filles-fleurs", où la beauté physique se trouve opposée à la laideur morale. Par la suite, il s'attachera surtout à la représentation poétique, voire fantastique de l'homme. Imposant toujours une atmosphère très personnelle, grâce au mouvement du dessin dont les oves et les ondes multiplient les courbes, les tableaux de Goerg, d'abord monochromes, ont, vers 1929, gagné un éclat nouveau, dû à l'apparition de tons plus francs. » - Les Muses, encyclopédie des arts[16]
  • « Goerg nous a laissé un type de femme. Adolescente aux hanches étroites, aux yeux charbonneux, ébouriffée, toute droite au milieu des bouquets. Les visages, dans ses tableaux, ont les mêmes fonctions que les fleurs : ils éclatent en taches claires sur le vert sombre ou le bronze d'un fond très modulé. Sans un collier, sans une parure, ces nus paraissent incongrus dans ce décor de jardin, et l'expression mutine, parfois innocente, de ces filles-fleurs ajoute à l'équivoque. Telle est l'image que l'on garde d'une œuvre placée traditionnellement dans les exposition et les histoires de l'art à côte de celle d'un Rouault, les deux représentants les plus marquants de ce qu'on appelle l'expressionnisme français. » - Pierre Mazars[43]
  • « La part la moins connue, et sans doute la meilleure de son œuvre, date de l'époque surréaliste, entre 1922 et 1942 ; elle est née à la fois des stigmates laissés par les horreurs de la Première Guerre mondiale et des recherches angoissées de l'artiste sur le plan philosophique et religieux. » - Gérald Schurr[44]
  • « Il a généralement groupé des nus féminins, mais assez souvent ces nus ont, si l'on peut ainsi dire, des témoins mâles strictement accoutrés. C'est dans ces dernières figures que persiste le plus cette intention bouffonne des débuts. Toutefois, le comique se charge d'amertume, de sarcastique. On retrouve aussi quelque chose d'un caricatural douloureux dans ces nus de très jeunes filles, qui sont les ingénues des compositions de Goerg. Traitant sans complaisance le thème de la volupté, ce peintre est loin d'avoir tout sacrifié au sujet, à la littérature. C'est par des vertus hautement picturales, par un emploi personnel de la couleur que ce peintre s'est le plus certainement imposé. » - Jacques Busse[45]
  • « Sa verve satirique est celle d'un Toulouse-Lautrec des Années folles. Goerg morigène le monde dont il est issu, la morgue et la fausseté des importants. » - Michel Charzat[46]

Prix et distinctions

Hommages

  • Une rue de Cély (Seine-et-Marne) porte le nom d'Édouard Goerg.

Élèves

Références

  1. Notice d'autorité personne du catalogue général de la BNF.
  2. Henri Danesi, « Édouard Goerg », Comité des travaux historiques et scientifiques (École nationale des chartes), 2018
  3. Lydia Harambourg, « Édouard Goerg : une œuvre miroir d’une vie (1893-1969) », chronique sur Canal Académie, 27 janvier 2013.
  4. Bernard Dorival, Les peintres du XXe siècle du cubisme à l'abstraction, 1914-1957, Éditions Pierre Tisné, 1957, pages 157-158.
  5. Philippe Maréchaux, « Édouard Goerg - Biographie », Catalogue de la vente Édouard Goerg, Baron Ribeyre et Associés, Hôtel Drouot, Paris, 27 mars 2017
  6. Nicole Racine, « La Querelle du Réalisme (1935-1936) », Sociétés et Représentations, n°15, 2003, pages 113-131
  7. Laurence Bertrand-Dorleac, L'album "Vivre", Musée de la Résistance
  8. « Mort du peintre Édouard Goerg », Le Monde, 15 avril 1969
  9. Pierre Dehaye, L'Art : arme des âmes - Essais sur la beauté, Promothea éditions, 1994.
  10. « Édouartd Goerg | Collection Musée national des beaux-arts du Québec », sur collecitons.mnbaq.org (consulté le 19 janvier 2020)
  11. Art Institute of Chicago, Édouard Goerg dans les collections
  12. Région Pays de la Loire, Un nouveau musée régional d'art moderne à Fontevraud pour accueillir la donation Martine et Pierre Cligman, dossier de presse, septembre 2017
  13. « La force expressive de Goerg », La Montagne, 17 septembre 2011
  14. Notice du catalogue interministériel des dépôts d'œuvres d'art de l'État.
  15. Notice du catalogue interministériel des dépôts d'œuvres d'art de l'État.
  16. Les Muses, encyclopédie des arts, Grange Batelière, 1972, vol.7, pages 2375-2376.
  17. Françoise Woimant, Marie Cécile Miessner et Anne Mœglin-Delcroix, De Bonnard à Baselitz - Estampes et livres d'artistes, B.N.F., 1992, page 181.
  18. Musée d'art moderne de la ville de Paris, "Nus" dans les collections
  19. Musée d'art moderne de la ville de Paris, "La guerre aérienne" dans les collections
  20. Musée d'art moderne de la ville de Paris, "Trois nus blonds" dans les collecions
  21. Musée d'art moderne de la ville de Paris, "Le coiffeur" dans les collections
  22. Musée d'art moderne de la ville de Paris, "Les fourmis et les hommes" dans les collections
  23. Musée d'art moderne de la ville de Paris, "Trois personnages" dans les collections
  24. Musée d'art moderne de la ville de Paris, "L'offrande" dans les collections
  25. Musée d'art moderne de la ville de Paris, "Les nymphes du Luxembourg" dans les collections
  26. Musée d'art moderne de la ville de Paris, "Les nymphes chassées des bois" dans les collections
  27. Notice du catalogue interministériel des dépôts d'œuvres d'art de l'État.
  28. Ekaterina Teryukova, « Collecting and research in the Museum of history of religion », dans : sous la direction de Gretchen Buggeln, Crispin Paine et S. Brent Olate, Religion in museums - Global and multidisiplinary perspectives, Bloomsbury Academic, 2017, pages 147-154.
  29. Édouard Goerg, Conciliabule, huile sur toile 73x92cm, 1928, n°98 du catalogue 50 maîtres de Renoir à Kising - La collection Oscar Ghez (préface d'Oscar Ghez), Éditions du Musée de Tel Aviv, 1964.
  30. Pierre Lévy, Des artistes et un collectionneur, Flammarion, 1976.
  31. Ivan Bernier (en collaboration avec Albert Legault), Les illustrateurs de Baudelaire - 125 ans d'illustration baudelairienne
  32. Journal de l'amateur d'art, n°251, 10 mai 1960, page 6.
  33. Gérald Schurr, « Les expositions », La Gazette de l'Hôtel Drouot, n°29, 9 mars 1983, page 12.
  34. Pierre Juquin, Aragon, un destin français, 1897-1939, Éditions de la Martinière, Paris, 2012.
  35. René Barotte, « Édouard Goerg », Les peintres témoins de leur temps - vol.VI, "Le sport", Achille Weber et Hachette, 1957, pages 120-121.
  36. Waldemar-George, « Édouard Goerg », Les peintres témoins de leur temps - vol.X, "Richesses de la France", Achille Weber et Hachette, 1961, pages 140-141.
  37. « L'École de Paris au Musée des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand », Les Échos, 1999
  38. Musée national d'art moderne, L'art en guerre, France 1938-1947, de Picasso à Dubuffet, présentation de l'exposition, 2012
  39. Association Pointe & Burin, Soixante ans de gravure en France, présentation de l'exposition, 2017
  40. Centre Cristel éditeur d'art, Bateaux ivres, bateaux bleus, présentation de l'exposition, 2018
  41. Pierre Descargues, « Les bagarreurs de l'art figuratif - Les chefs de file de l'expressionnisme français », Connaissance des arts, juillet 1961.
  42. Michel Ciry, Le temps du refus - Journal 1968-69, Plon, 1971, page 215.
  43. Pierre Mazars, « Un voyant, Goerg », Histoire et petites histoires de l'art, Grasset, 1978.
  44. Gérald Schurr, Le Guidargus de la peinture, Les Éditions de l'Amateur, 1996, pages 370-371.
  45. Jacques Busse, Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, vol.6, pages 242-243.
  46. Michel Charzat, La Jeune Peinture française, 1910-1940, une époque, un art de vivre, Hazan, 2010.
  47. Montmartre-Montparnasse Gallery, Édouard Goerg
  48. Adrian M. Darmon, Autour de l'art juif - Peintres, sculpteurs, photographes, Éditions Carnot, 2003, page 109.

Annexes

Bibliographie

Filmographie

  • Édouard Goerg à Cély, 1928, réalisé par André Sauvage, France. Film restauré par les Archives françaises du film du CNC.

Radiophonie

Liens externes

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