Alphasyllabaire guèze

L'alphasyllabaire guèze ou ge'ez, ou plus largement alphasyllabaire éthiopien, est un système d'écriture alphasyllabique utilisé dans la Corne de l'Afrique, principalement en Éthiopie et Érythrée. Dans les langues qui l'utilisent actuellement, comme l'amharique ou le tigrigna, cette écriture est appelée fidäl (ፊደል).

Cet article concerne l'écriture guèze. Pour la langue guèze, voir Guèze.
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Guèze

Page de la Bible en guèze
Caractéristiques
Type Alphasyllabaire / Abjad
Langue(s) Langues éthiosémitiques (guèze, amharique, tigrigna, etc.), quelques langues couchitiques
Historique
Époque VIIe siècle av. J.-C. à nos jours (abjad guèze jusque vers 390 ap. J.-C.)
Système(s) parent(s) Protosinaïtique

 Alphabet sudarabique
  Guèze

Système(s) apparenté(s) Alphabet phénicien
Codage
Unicode U+1200 à U+137F
U+1380 à U+139F
U+2D80 à U+2DDF
U+AB00 à U+AB2F
ISO 15924 Ethi

La version de base, utilisée à l'origine pour écrire le guèze, comporte 26 signes consonantiques, qui connaissent sept variations (ou ordres) vocaliques permettant de dénoter une consonne suivie de diverses voyelles. Plus tard, son adaptation à diverses langues a entraîné la création d'autres signes qui portent l'ensemble à 35. Par ailleurs, certains signes connaissent des formes qui sont des raccourcis d'écriture notant une labio-vélarisation de la consonne. Cela peut ajouter jusqu'à cinq formes à certains caractères (ቀ, ኀ, ከ, ገ).

L'alphasyllabaire guèze s’écrit de gauche à droite.

Usage

Cet alphasyllabaire fut créé pour l'écriture du guèze. Cette langue n'est pratiquement plus employée que pour les textes et pratiques liturgiques de l'Église éthiopienne orthodoxe, de l'Église érythréenne orthodoxe, de l'Église catholique éthiopienne et des Falachas (Beta Israel). Il a ensuite été utilisé pour d'autres langues de la Corne de l'Afrique, principalement des langues éthiosémitiques, surtout à partir du XIXe siècle. Il sert ainsi à écrire l'amharique, le tigrigna, le tigré, les langues gouragué et la plupart des langues en Éthiopie excepté l'oromo.

En Érythrée, il est utilisé pour le bilen, qui est une langue couchitique de la branche agew.

D'autres langues de la Corne de l'Afrique, comme l'oromo, ont été écrites avec l'alphasyllabaire éthiopien au cours de l'histoire mais le sont maintenant en caractères latins.

Histoire

Les premières inscriptions de langues sémitiques en Érythrée et en Éthiopie datent du ixe siècle av. J.-C. dans une variété de l'alphabet sudarabique[1],[2]. Vers le viie siècle av. J.-C. des variantes de cet alphabet vont donner naissance à l'abjad guèze (un abjad étant une mode d'écriture ne notant que les consonnes). L'alphasyllabaire guèze fut développé en ajoutant des traits supplémentaires à chaque consonne pour noter la voyelle suivante, selon un schéma plus ou moins régulier. Cette transformation eut lieu vers le IVe siècle de notre ère[3].

L'alphasyllabaire guèze comporte 26 signes consonantiques de base. Par rapport aux 29 consonnes de l'alphabet sudarabique, manquent ġ, , , et s3 : 24 graphèmes trouvent ainsi leur contrepartie dans l'écriture guèze. De plus, deux consonnes nouvelles furent ajoutées : P̣äyt qui est une modification de Ṣädai , et Pesa qui est basé sur Tawe .

L'ordre alphabétique spécifique est fondé sur celui de l'alphabet sudarabique :

Translittération hlmśrsbtn
Guèze
Sudarabique 𐩠𐩡𐩢𐩣𐩦𐩧𐩪𐩤𐩨𐩩𐩭𐩬
Translittération ʾkwʿzydgf
Ge'ez
Sudarabique 𐩱𐩫𐩥𐩲𐩹𐩺𐩵𐩴𐩷𐩮𐩳𐩰

Par la suite, 8 caractères furent ajoutés pour permettre l'écriture de sons présents dans d'autres langues, y compris des sons utilisés dans des mots de langues européennes repris dans les usages contemporains (comme ፖስታ de l'italien posta).

Caractères

Principes

L'écriture guèze est un alphasyllabaire : chaque graphème représente la combinaison d'une consonne et d'une voyelle. Les signes sont organisés sur la base de la consonne, modifiée par divers traits représentant la voyelle qui suit (ou l'absence de voyelle). Le nombre de caractères peut varier entre 182 (26 consonnes x 7 vocalisations) et 245 (35 consonnes x 7 vocalisations) selon la langue, sans compter les raccourcis d'écriture. Le sens de l'écriture est de la gauche vers la droite.

Il existe 26 caractères de base pour les consonnes :

Translittération hlmśrsbtnʾ
Ge'ez
Translittération kwʿzydgṣ́fp
Ge'ez

Chaque consonne peut se combiner avec 7 voyelles :

  • ä (ግዕዝ, « geʼez »)
  • u (ካዕብ, « kaʼeb »)
  • i (ሣልስ, « sals »)
  • a (ራብዕ, « rabe »)
  • é (ኃምስ, « hames »)
  • e (ሳድስ, « sades »)
  • o (ሳብዕ, « sabe »)

Certaines lettres possèdent une huitième modification afin d'exprimer la séquence -wä ou -oa, et une neuvième pour -yä.

Caractères syllabiques

Nomäuiaéeowa
ሆይHoyh
ላዊLawil
ሐውትHawt
ማይMaym
ሠውትSäwtś
ርእስReʼesr
ሳትSats
ቃፍQaf
ቤትBétb
ታውTawt
ኀርምHarm
ነሐስNähasn
አልፍAlefʾ
ካፍKafk
ወዌWäwéw
ዐይንAynʿ
ዘይZäyz
የመንYämäny
ድንትDentd
ገምልGämelg
ጠይትTäyt
ጰይትPäyt
ጸደይSädäy
ፀጳSäpaṣ́
አፍAff
ፕሳPsap

Variantes labio-vélaires

Les consonnes vélaires possèdent une variante labio-vélarisée :

Signes de base kg
Variantes ḳʷḫʷ

À la différence des autres consonnes, ces variantes ne peuvent se combiner qu'avec 5 voyelles différentes :

äiaée
ḳʷ
ḫʷ

Modifications pour les autres langues

Lettres additionnelles

Quelques lettres possèdent des variantes pour d'autres langues que le guèze.

Signes de base btd
Variantes affriquées v [v]č [t͡ʃ]ǧ [d͡ʒ]č̣ [t͡ʃʼ]
Signes de base k
Variantes affriquées ḳʰ [q]x [x]
Variantes labio-vélarisées ḳhw [qʷ]xʷ [xʷ]
Signes de base snz
Variantes palatalisées š [ʃ]ñ [ɲ]ž [ʒ]
Signes de base gḫʷ
Variantes nasalisées [ŋ][ŋʷ]

Le tableau suivant combine les signes de base avec les voyelles.

äuiaéeowa
š
ḳʰ
ḳhw
v
č
[ŋʷ]
ñ
x
ž
ǧ
[ŋ]
č̣

Usage moderne

  • L'amharique emploie tous les signes de base, plus ceux indiqués dans le tableau ci-dessous. Certaines des variantes labio-vélaires sont également utilisées.
  • Le tigrigna emploie tous les signes de base, les variantes labio-vélaires à l'exception de ḫʷ' (ኈ), plus ceux indiqués dans le tableau ci-dessous.
  • Le tigré emploie tous les signes de base excepté ś (ሠ), (ኀ) et (ፀ). Il emploie également les signes indiqués ci-dessous. Il n'emploie pas les variantes labio-vélaires.
  • Le bilen emploie tous les signes de base excepté ś (ሠ), (ኀ) et (ፀ). Il emploie également les variantes labio-vélaires et les signes indiqués ci-dessous.
šḳʰḳhwvč[ŋʷ]ñxžǧ[ŋ]č̣
Amharique
Tigrigna
Tigré
Bilen

Notes et références

  1. Bonfante et al. 2007, p. 279.
  2. (en) Yohannes K. Mekonnen Editor, Ethiopia: The Land, Its People, History and Culture, Lulu.com (ISBN 9781300691921, lire en ligne)
  3. Bonfante et al. 1997, p. 306.

Voir aussi

Bibliographie

  • Larissa Bonfante, John Chadwick, B. F. Cook, W. V. Davies, John F. Healey, J. T. Hooker, C. B. F. Walker (trad. Christiane Zivie-Coche, préf. J. T. Hooker), La naissance des écritures : du cunéiforme à l'alphabet [« Reading the Past : Ancient Writing from Cuneiform to Alphabet »], Paris, Seuil, , 503 p., 25 cm (ISBN 2-02-033453-4)
  • Wolf Leslau, An Amharic reference grammar, University of California, Los Angeles, 1969, 478 p.

Articles connexes

Blocs de caractères Unicode pour l’écriture éthiopienne

Liens externes

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