Beuve de Reims

Beuve de Reims ou sainte Beuve ou sainte Boba est une vierge et une sainte vivant dans la région de Reims au VIe siècle et la fondatrice de l'abbaye Saint-Pierre-les-Dames à Reims.

Pour les articles homonymes, voir Sainte-Beuve.

Sainte Beuve

Bove et Dode, vitrail de Paul Simon, chapelle du groupe scolaire st-André.
Décès VIe siècle 
Nationalité franque
Vénéré par Bénédictins
Fête 24 avril

Famille

Flodoard, dans son Historia ecclesiæ Remensis la dit sœur d'un prêtre nommé Balderic (saint Baudry), fille d'un roi Sigebert et tante de sainte Doda. Flodoard identifiait le père de la sainte à Sigebert Ier (535 † 575), roi d'Austrasie, mais cette identification est en contradiction avec ce que l'on sait de ce roi[1].

Les enfants connus de Sigebert Ier sont Ingonde, mariée à Herménégild, prince wisigoth, Childebert II, qui succède à son père à l'âge de 5 ans, Clodesinde, fiancée à Authari, roi des Lombards, puis à Reccared, roi des Wisigoths et probablement une fille mariée au duc Chrodoald. L'existence de cette dernière fille montre que Sigebert Ier peut avoir eu d'autres filles non mentionnées par ses contemporains. Le cas d'un fils inconnu est beaucoup moins certain. Selon la loi salique, à la mort d'un roi franc, tous ses fils doivent partager le royaume. Or Childebert II est le seul héritier de son père. L'hypothèse selon laquelle Baldéric est déjà tonsuré est improbable en raison de son âge. Imaginer que Brunehilde n'aie sacré que son fils aîné et écarté les cadets est tout aussi improbable. Certes, elle est parvenue à cette solution deux générations et 37 ans plus tard, mais cette succession de 612 constitue un évènement sans précédent dont les historiens se sont fait l'écho. Si un tel type de partage contraire à la loi salique avait eu lieu, elle ne serait pas passée inaperçu dans les documents contemporains[2].

En fait, le seul roi antérieur portant ce nom est Sigebert le Boiteux († 507), roi de Cologne. La difficulté que pose cette solution est que sainte Beuve a une nièce sainte Doda qui lui succède, et qui obtient plus tard d'un prince nommé Pépin des lettres de protection pour sa communauté. Il est clair que ce prince ne peut être que Pépin de Landen, maire du palais d'Austrasie. Même si Pépin l'Ancien a eu des homonymes dans son ascendance proche, ces derniers n'ont laissé aucune trace dans la documentation contemporaine et rien ne justifierait cette qualification de « prince ». En dehors de Baldéric et de Beuve, le seul autre enfant connu de Sigebert le Boiteux est Chlodéric, mort en 508, donc Doda, si elle est fille de Chlodéric, est née au plus tard en 508. Pépin de Landen devient maire du palais en 613 au plus tôt, ce qui donne pour Doda un âge d'au moins 105 ans au moment de la signature de l'acte de protection. Mais rien n'assure que Pépin l'ancien était déjà maire lors de cet acte. Rien n'assure non plus que Doda était fille de Chlodéric. Elle a pu naître d'une fille de Sigebert, née vers la fin de la vie de ce dernier, vers 505-508. Doda serait alors née entre 520 et 550, ce qui lui attribue un âge plus raisonnable au moment de l'acte de protection[1]. La date de 545 peut être retenue pour la naissance de Doda. Cela lui donne 16 ans à l'avènement de Sigebert Ier comme roi d'Austrasie, or la légende affirme qu'elle est promise en mariage à un seigneur de la cour de Sigebert[3].

Biographie

Sainte Beuve semble avoir commencé son ministère dans le premier monastère féminin de Reims, fondé par sainte Clotilde et saint Rémi. Celui-ci étant hors les murs, son frère saint Baudry qui la soutient fait construire une maison intra-muros pour mettre les nones à l'abri des agressions avant de se consacrer lui-même à l'abbaye de Montfaucon. Vers 655, saint Nivard, évêque de Reims et beau-frère de Childéric II roi d'Austrasie qui siège en cette ville, consacre l'abbatiale à la Vierge et à saint Pierre[4]. Au décès de Nizard son frère saint Gombert fonde un autre monastère Saint-Pierre, également féminin, à une autre extrémité de la ville[3] dit monastère d'en-bas par opposition au précédent.

Beuve qui désirait rester simple nonne[3] ne peut éviter d'être nommée abbesse lors de la probable fusion des deux monastères Saint-Pierre. Elle instaure dans l'abbaye la Règle de saint Benoît se montrant alors des plus humbles et multiplie les jeûnes, les prières et les veilles. Son frère qui vient régulièrement la voir pour la soutenir tombe malade et meurt lors d'une visite. D'abord inhumé dans l'abbaye, ses restes sont ensuite déplacés à Montfaucon. Avant de mourir peu de temps après sainte Beuve se charge de l'éducation sa nièce Doda puis l'accueille lorsque cette dernière prend le voile pour échapper au mariage. Doda lui succède après sa mort[3].

Sources

« Il a existé autrefois plusieurs basiliques de saints et plusieurs monastères au dedans et autour de la ville de Reims, qui maintenant ne sont plus; cependant il subsiste encore dans la ville deux couvents de filles, dont l'un s'appelle le monastère d'en-haut, à cause de sa situation et passe pour avoir été élevé en l'honneur de la sainte Vierge et de saint Pierre par saint Baudri et sa sœur Bove, qui depuis en fut abbesse. On dit qu'ils étaient tous deux du sang royal, enfants du roi Sigebert, et eurent pour nièce Dode, jeune fille très chaste, laquelle avait été promise en mariage à un grand de la maison du roi Sigebert. Mais Bove, sa tante, qui l'instruisait à servir Dieu et à lui garder sa virginité, la détourna de l'amour de son époux. Celui-ci, voyant la résistance de la jeune fille, voulut à toute force la ravir et avoir pour femme; mais il advint que pendant qu'il cherchait par tous les moyens à exécuter ses desseins le cheval qu'il montait s’étant emporté, il tomba et se rompit le cou et la bienheureuse Dode, persistant dans son bon propos de chasteté, succéda à sa tante dans le gouvernement du monastère; c'est elle qui obtint du roi Pépin pour cette abbaye une charte d'immunités que nous avons encore. Les corps de ces deux saintes abbesses reposèrent longtemps dans l'église située hors de la ville où avait d'abord été le monastère des filles, jusqu'à ce qu'enfin, ayant été exhumés par suite de plusieurs révélations et miracles, ils furent transférés en cette nouvelle église que nous voyons aujourd'hui, où ils furent déposés avec vénération, et sont continuellement honorés par la révérence et les hommages des vierges servantes du Seigneur. »

 Flodoard, Historia ecclesiæ Remensis, Livre quatrième, chapitreXXXVIII.

Notes et références

  1. Settipani 2000, p. 219.
  2. Settipani 1993, p. 78-82.
  3. Vies des Saints 1946, p. 615-6 et Sainte Beuve de Reims.
  4. Vies des pères des martyrs et des autres principaux saints par Alban Butler, Godescard, publié par Vanlinthout et Vandenzande, 1831.

Bibliographie

  • Vie des Saints et des Bienheureux selon l'ordre du calendrier, vol. 4 (Avril), Librairie Letouzey et Ané, .
  • Inconnu, Une princesse franque : Beuve de Reims (lire en ligne [PDF]), pp..
  • La vie des saints, Sainte Beuve et Sainte Dode, premières abbesses de Saint-Pierre de Reims (lire en ligne [PDF]), pp.
  • Christian Settipani, La Préhistoire des Capétiens (Nouvelle histoire généalogique de l'auguste maison de France, vol. 1), Villeneuve-d'Ascq, éd. Patrick van Kerrebrouck, , 545 p. (ISBN 978-2-95015-093-6).
  • Christian Settipani, « L'apport de l'onomastique dans l'étude des généalogies carolingiennes », dans Onomastique et Parenté dans l'Occident médiéval, Oxford, Linacre College, Unit for Prosopographical Research, coll. « Prosopographica et Genealogica / 3 », , 310 p. (ISBN 1-900934-01-9), p. 185-229.
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