Coordination rurale

La Coordination rurale (CR) est un syndicat agricole français.

Pour les articles homonymes, voir CR.
Coordination Rurale (CR)
Cadre
Forme juridique Syndicat
But La Coordination rurale revendique une maîtrise des productions et des marchés, pour garantir des prix rémunérateurs et un revenu équitable pour tous les agriculteurs.
Zone d’influence France
Fondation
Fondation 1992
Fondateur Jacques Laigneau
Origine Réaction à la réforme de la Politique agricole commune (PAC)
Identité
Siège 1 impasse Marc-Chagall
32000 Auch
Président Bernard Lannes (d)
Membres 15 000[1]
Représentativité 21,54% aux élections chambre d’agriculture de 2019[2]
Slogan « Nourrir les hommes mérite un digne revenu »
Site web coordinationrurale.fr

Historique

Naissance

Le 2 décembre 1991, une quarantaine d’agriculteurs tiennent la réunion constitutive de la Coordination Rurale qui apparaît pour la première fois à L’Isle-Jourdain (32) et adopte la forme associative loi 1901. Ses fondateurs, Jean-Paul Couvreur, Philippe Arnaud et Jacques Laigneau, tous trois agriculteurs dans le Gers, ne la définissent pas comme un nouveau syndicat[3] mais comme une coordination trans-syndicale, créée dans le but de lutter unitairement contre la réforme de la Politique agricole commune portée par le commissaire européen Ray Mac Sharry.

Ce mouvement transversal avait, dans un premier temps, réussi à fédérer un large front contre la réforme de la PAC. Outre le réseau qu’il avait été en mesure de mobiliser par lui-même, notamment parmi les céréaliers et les agriculteurs soucieux de perfectionnement et d’efficacité technico-économiques, elle rassemble dès l’année suivante près de 7000 adhérents[4] : des dissidents[5] de la FNSEA, des agriculteurs de la FFA et du Modef.

Au printemps 1992, l’organisation tient plusieurs meetings : à Agen le 29 février, à Niort le 31 mars, puis à Chartres le 21 mai[6]. Elle édite à cette occasion son premier tract "Amis citadins" et interpelle Louis Mermaz, alors Ministre de l’Agriculture et de la Forêt, à de nombreuses reprises. Le 22 juin 1992, lendemain de la signature de l’accord européen sur la nouvelle PAC, la Coordination Rurale organise conjointement avec la FNSEA depuis Écublé[7] en Eure-et-Loir, le « blocus de Paris », une action nationale destinée à dresser des barrages sur les accès principaux d’Ile de France, comme par exemple au péage de Senlis[8]. Cette action symbolisera également la naissance médiatique du mouvement[9]. L’organisation du convoi sera pensée comme un véritable assaut sur la capitale, afin de forcer le gouvernement à renégocier la PAC. De l’Aquitaine à la Picardie en passant par la région Rhône-Alpes, des centaines d’agriculteurs attendent le feu vert du quartier général basé dans le centre de la France. Cinq cents tracteurs prendront la direction de la capitale. La FNSEA considère que la position de la Coordination rurale est irresponsable. Son secrétaire générale, Philippe Arnaud, dénonce des mesures « ridicules[10] » et promet de nouvelles actions, qui donneront lieu à davantage d’« opérations escargots[11] » quelques mois plus tard.

En 1993 : 2e blocus de la Coordination Rurale à Paris, pour dénoncer l’entrée de l’agriculture dans le GATT[12] et l’accord de Blair House. Publication d’Une Révolution en vert et pour tous au mois de février, et de l'Appel de Paris le 7 décembre 1993. La Coordination Rurale rejette la réforme, par ailleurs acceptée par les syndicats majoritaires. Voyant que l’ordre cogestionaire ne peut être défait, les élections aux chambres d’agriculture de 1995 apparaîtront comme l’occasion toute trouvée d’entamer une conquête du pouvoir[13]. Ces désaccords précipiteront sa transformation en organisation syndicale propre dès 1994.

Les fondateurs de la Coordination rurale à la tribune en 1992 à Agen, avec Philippe Arnaud (au centre) et Jacques Laigneau (à droite).

Présidents

  • Jacques Laigneau (1992-1998)
  • Hubert Barre (1998-1999)
  • François Lucas (1999-2010)
  • Bernard Lannes[14] (depuis 2010)

Actions et engagements

Un nouveau mode d’action

Avant même son discours, la genèse de ce mouvement se caractérise par les actions qu’elle a su entreprendre. Comme nouvelle organisation sociale, la Coordination rurale permet aux agriculteurs de construire un mouvement dont la singularité tient à l’utilisation d’instruments d’action empruntés à d’autres professions et à la mobilisation de beaucoup d’autres moyens dont les racines puisent dans une mémoire syndicale oubliée. Parmi ces instruments, la pancarte puis l’affiche seront les premiers à être mobilisés. Si la FNSEA fait appel à des communicants de renom pour organiser de grands événements, la Coordination rurale déploiera, pour attirer à elle, des instruments plus rudimentaires mais non moins efficaces. À la dégustation de produits régionaux et à une scénographie savamment orchestrée dans les rues de Paris, la CR préférera alerter en silence. Grâce à la Coordination rurale, une nouvelle méthode de protestation est née : le «pancartage[15]» Empruntant aux mouvements sociaux estudiantins ou politiques, la technique et les cibles évolueront par la suite. De la simple pancarte, elle passera aux affiches sauvages. Les murs de certaines bourgades du Sud-Ouest se verront ainsi tapissés d’affiches anti-PAC et pro-Coordination rurale. Tout en défendant la ruralité, la CR développe un mode d’action jusqu’alors inutilisé par les agriculteurs.

Engagement contre la corruption

L’Organisation des Producteurs de Grains aujourd’hui France Grandes Cultures, la branche céréalière de la CR, ne se contente pas de revendication[non neutre]. Elle n’hésitera pas à mener[non neutre], en février 2004, contre des organisations majoritaires, des actions en justice dont elle fera un slogan : « Servir et non se servir[16] ».

Semences

La coordination rurale soutient les semences de ferme, et s'oppose au paiement de royalties sur ces dernières[17].

Représentation électorale

La Coordination rurale a présenté des listes aux élections des Chambres d’agriculture de 2001 dans 57 départements. Elle a obtenu en moyenne 20 % des voix et remporté deux Chambres d’agriculture (Calvados, Lot-et-Garonne). Au niveau national, la CR a obtenu 12,48 % des voix.

En 2007, la Coordination rurale est présente dans 81 départements et obtient 18,7 % des voix aux élections des Chambres d'agriculture[18]. Elle conserve ses deux Chambres d'agriculture. Elle est le second syndicat français en métropole (hors DOM TOM) et le troisième syndicat pour l'ensemble du territoire français (DOM-TOM compris).

En 2013, le syndicat obtient 20,49 % des suffrages[19], il devient le deuxième syndicat agricole en France, conserve ses deux Chambres d'agriculture (Calvados, Lot-et-Garonne) et en remporte deux nouvelles (Charente et Puy-de-Dôme, cette dernière étant en liste d'union avec la Confédération paysanne).

En 2019, la CR obtient 21,54% des suffrages[20] : elle perd les Chambres d'agriculture de Charente, du Puy-de-Dôme et du Calvados. Le syndicat conforte sa position dans le Lot-et-Garonne[21], et remporte les Chambres de la Vienne[22] et de la Haute-Vienne[23].

La Coordination rurale, de par ses statuts[24] est un syndicat apolitique, même si plusieurs journaux nationaux notent que la Coordination rurale est plutôt située à droite[25],[26],[27]. Une proximité avec l'extrême-droite et particulièrement le Front national lui est également prêtée[28],[29],[30], même si elle s'en défend[31].

Activités

Journal

La Coordination rurale édite un journal mensuel, 100% agriculteur (anciennement CR infos).

Lobbying

Pour l'année 2017, la Coordination rurale déclare à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique exercer des activités de représentation d'intérêts en France pour un montant qui n'excède pas 50 000 euros[32].

Notes et références

  1. « Que pèse aujourd'hui la FNSEA sur la scène agricole? La réponse en 5 chiffres clés », FIGARO, (lire en ligne, consulté le 25 février 2018)
  2. « ÉLECTIONS CHAMBRES 2019 | Terre-Net » (consulté le 1er décembre 2019)
  3. Manguy Yves, « La coordination rurale | multitudes » (consulté le 16 janvier 2019)
  4. Institut National de l’Audiovisuel- Ina.fr, « Manifestation d'agriculteurs », sur Ina.fr (consulté le 16 janvier 2019)
  5. « Les agriculteurs clament leur hostilité à la réforme de la PAC », sur lesechos.fr (consulté le 16 janvier 2019)
  6. Institut National de l’Audiovisuel- Ina.fr, « Coordinations rurales », sur Ina.fr (consulté le 16 janvier 2019)
  7. Institut National de l’Audiovisuel- Ina.fr, « Coordination agriculture », sur Ina.fr (consulté le 16 janvier 2019)
  8. Institut National de l’Audiovisuel- Ina.fr, « Barrages de paysans sur l'A1 », sur Ina.fr (consulté le 16 janvier 2019)
  9. Bertrand Hervieu et Nonna Mayer, Les mondes agricoles en politique : De la fin des paysans au retour de la question agricole, Presses de Sciences Po, , 456 p. (ISBN 978-2-7246-8756-9, lire en ligne)
  10. Institut National de l’Audiovisuel- Ina.fr, « Réactions syndicats mesures PAC », sur Ina.fr (consulté le 16 janvier 2019)
  11. « La Coordination rurale compte poursuivre son « blocus » », sur lesechos.fr (consulté le 16 janvier 2019)
  12. Bertrand Hervieu, Les Agriculteurs, Presses universitaires de France (réédition numérique FeniXX), , 128 p. (ISBN 978-2-13-067426-9, lire en ligne)
  13. Serge Cordelier, Les mondes agricoles en politique, Presses de Sciences Po (lire en ligne)
  14. Né le 27 août 1956 à Auch, agriculteur dans le Gers depuis 1981 sur une exploitation de 75 hectares.
  15. François Purseigle, Les mondes agricoles en politique, Presses de Sciences Po (lire en ligne)
  16. Jean-Loïc Guérin, La Coordination rurale entre en campagne, Ouest France (lire en ligne)
  17. « Semences de ferme : La liste des espèces autorisées passe de 21 à 34 (décret) », sur La France Agricole (consulté le 30 novembre 2019)
  18. « Tous les résultats détaillés par département », La France agricole, (lire en ligne, consulté le 16 novembre 2018).
  19. « Elections 2013 Chambres d'agriculture », Chambres d'agriculture, (lire en ligne, consulté le 16 novembre 2018).
  20. « Tous les résultats des élections chambres d'agriculture 2019 », sur Terre-net (consulté le 11 mars 2019)
  21. « Lot et Garonne : La Coordination Rurale remporte haut la main les élections à la Chambre d'agriculture », sur actu.fr (consulté le 11 mars 2019)
  22. « Chambres d'agriculture : la Coordination rurale en tête dans la Vienne mais elle perd la Charente au profit de la FNSEA », sur France 3 Nouvelle-Aquitaine (consulté le 11 mars 2019)
  23. « Jusque-là majoritaire, la FDSEA est battue dans les élections agricoles en Haute-Vienne mais reste en tête en Corrèze », sur France 3 Nouvelle-Aquitaine (consulté le 11 mars 2019)
  24. « Article 3-2 des Statuts de la Coordinaltion Rurale » [PDF], sur coordinationrurale.fr (consulté le 24 janvier 2019).
  25. Ghislain de Montalembert, « Coordination rurale vs Confédération paysanne. Les challengers de la FNSEA », Le Figaro Magazine, , p. 26 (lire en ligne).
  26. Florence Aubenas, « « En grande distribution, certains sont capables de tuer un fournisseur sans ciller » », Le Monde, (lire en ligne)
  27. Gérard Le Puill, « « Paysans : le message de la Coordination rurale pour 2018 » », L'Humanité, (lire en ligne)
  28. Amandine Cailhol, « Syndicats agricoles : la FNSEA… et les autres », Libération.fr, (lire en ligne, consulté le 10 septembre 2018)
  29. « Régionales: le vote FN nourri par un "sentiment d'abandon" dans le Sud », Public Senat, (lire en ligne, consulté le 10 septembre 2018)
  30. Jean-Louis Levet, Front National, le parti de l'anti-France : anatomie d'un programme contre la nation, France, Publibook, , 183 p. (ISBN 978-2-7483-2654-3, lire en ligne), p. 86
  31. Gaëlle Richard, « La Coordination rurale n’est pas proche du FN », SudOuest.fr, (lire en ligne, consulté le 10 septembre 2018)
  32. « Fiche organisation - Haute Autorité pour la transparence de la vie publique », sur hatvp.fr (consulté le 10 juin 2018).

Voir aussi

Sources

  • Qu'est-ce que la Coordination rurale ?, éd. L'Archipel, 2006
  • Élections 2013 des chambres d’agriculture, résultats par département (site du ministère)

Articles connexes

Lien externe

  • Portail du syndicalisme
  • Portail de l’agriculture et l’agronomie
  • Portail de la France
Cet article est issu de Wikipedia. Le texte est sous licence Creative Commons - Attribution - Sharealike. Des conditions supplémentaires peuvent s'appliquer aux fichiers multimédias.