Dyirbal

Le dyirbal (ou djirubal) est une langue aborigène d'Australie, qui n'est plus parlée que par quelques locuteurs (entre 29 et 6 personnes entre les années 1970 et 2010)[3],[4] dans le nord du Queensland. C'est un membre de la petite branche dyirbalienne de la famille pama-nyungan.

Dyirbal
Pays Australie
Région Queensland
Nombre de locuteurs 40 (1983)[1]
Typologie ordre libre, à fracture d'actance
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-2 aus[2]
ISO 639-3 dbl
Étendue langue individuelle
Type langue vivante
IETF dbl

Le dyirbal, qui comptait encore vraisemblablement au moins 5 000 locuteurs au début du XIXe siècle, possède de nombreuses caractéristiques exceptionnelles qui l'ont rendu célèbre parmi les linguistes. Il a été notamment étudié par le linguiste australien R. M. W. Dixon.

En 2016, 6 personnes déclarent parler le dyirbal à la maison[5].

Phonologie

Localisation du dyirbal.

Le dyirbal n'a que quatre lieux d'articulation pour les consonnes glottales et nasales, c'est-à-dire moins que la plupart des autres langues aborigènes australiennes, qui en ont six ; ceci du fait que le dyirbal ne fait pas la différence entre les dentales et alvéolaires, qui est typique de ces langues. Comme la plupart des langues australiennes, il ne fait pas de distinction entre consonnes sonores (comme b, d, g...) et sourdes (leurs correspondances respectives p, t, k...) L'orthographe standard note les consonnes sonores, ce qui semble avoir la préférence des locuteurs de la plupart des langues australiennes, car les sons en question (souvent semi-voisés) sont plus proches des sons /b/, /d/, /ɡ/ de l'anglais, langue des linguistes décrivant ces langues, que des aspirées /p/, /t/, /k/.

Voyelles

Le système vocalique du dyirbal, typiquement australien, possède les voyelles : /i/, /a/ et /u/, bien que /u/ possède une réalisation /o/ dans certains contextes et que /a/ se réalise parfois comme [e]. Ainsi, le recensement des sons effectifs est plus grand que l'inventaire des phonèmes ne le suggèrerait. L'accent tonique tombe toujours sur la première syllabe d'un mot, et habituellement sur les syllabes d'ordre impair qui suivent, à l'exception de la dernière, toujours non accentuée. Le résultat est qu'il n'existe pas de syllabes consécutives accentuées.

Consonnes

Consonnes (en API)
BilabialeAlvéolaireAlvéo-palataleRétroflexeVélaire
Glottales ptck
Nasales mnɲ ŋ
Latérales  l  
Roulées  r   
Battues    ɽ
Spirantes   j w

Grammaire

Le dyirbal est surtout connu pour son système de classes nominales, au nombre de quatre au total. Elles ont tendance à se répartir en fonction des traits sémantiques suivants :

  1. Objets animés, hommes ;
  2. Femmes, eau, feu, violence ;
  3. Fruits et légumes comestibles ;
  4. Divers (inclut les concepts ne pouvant être regroupés dans les trois premières classes).

La classe habituellement dénommée « féminine » (II), par exemple, inclut les mots désignant le feu ou ayant rapport avec le feu, ainsi que toutes les créatures et phénomènes dangereux. Ceci a inspiré le titre du livre de George Lakoff, Women, Fire and Dangerous Things (« Femmes, Feu et Choses dangereuses »). Certains linguistes effectuent une distinction entre de tels systèmes de classification et la division en genres masculin, féminin et parfois neutre qu'on trouve par exemple dans les langues indo-européennes.

Le dyirbal présente un système de « fracture d'actance » (anglais split-ergativity). Les phrases avec un pronom à la 1re ou à la 2e personne voient leur argument verbal marqué casuellement selon un schéma qui imite les langues dites accusatives. Le pronom à la 1re / 2e personne apparaît au cas le moins marqué lorsqu'il est sujet (sans égard à la transitivité du verbe), et au cas le plus marqué lorsqu'il est objet direct. Ainsi, le dyirbal est morphologiquement une langue accusative aux deux premières personnes, et ergative dans les autres cas ; pourtant, syntaxiquement, il constitue bien une langue ergative.

Tabous

Il existait dans la culture dyirbal un système de tabous d'une grande complexité. Il était interdit à quiconque de parler directement à sa belle-mère, à son gendre ou à sa bru, aux enfants de sa tante paternelle ou de son oncle maternel. Il était aussi interdit d'approcher ou de regarder directement ces personnes. Une personne se trouvant à portée de voix d'un parent « tabou » était dans l'obligation d'utiliser une forme spéciale et complexe de la langue, avec pour l'essentiel le même système phonétique et la même syntaxe, mais requérant un lexique ne partageant aucun mot avec la langue non taboue. Ce phénomène, généralement appelé « langues de belles-mères » (anglais mother-in-law languages), était courant dans les langues indigènes d'Australie. Il a existé jusque vers 1930, où le système des tabous est sorti de l'usage.

Notes et références

  1. Selon Ethnologue.com
  2. Code générique.
  3. « http://www.linguist.de/Dyirbal/dyirbal-en.htm »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogle • Que faire ?) (consulté le 7 juin 2017)
  4. « Dyirbal », Ethnologue (consulté le 7 juin 2017)
  5. (en) « Census TableBuilder  - Guest Users Log in », sur guest.censusdata.abs.gov.au (consulté le 30 janvier 2018).

Bibliographie

  • (en) Dixon, R.M.W., The Dyirbal language of North Queensland, (Cambridge Studies in Linguistics, 9), Cambridge University Press, 1972
  • (en) Schmidt A., Young People’s Dyirbal: An Example of Language Death from Australia, Cambridge University Press, 1985.
  • (en) Lakoff, George, Women, Fire and Dangerous Things (What Categories Reveal about the Mind), University of Chicago Press, 1987 (ISBN 0-226-46804-6).

Articles connexes

Liens externes

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