Eugène Devéria

Eugène François Marie Joseph Devéria, né à Paris le et mort à Pau le , est un peintre romantique et peintre d'histoire français.

Eugène Devéria
Autoportrait, eau-forte par Paul Lafond (1855).
Naissance
Décès
Nom de naissance
Eugène François Marie Joseph Devéria
Nationalité
Activité
Formation
Élève
Lieu de travail
Mouvement
Fratrie
Œuvres principales

Avec Eugène Delacroix et Louis Boulanger, il est l'un des principaux représentants du mouvement romantique français en peinture.

Biographie

Eugène Devéria est le fils de François-Marie Devéria, chef de bureau au ministère de la Marine, et de Désirée François-Chaumont, originaire de Saint-Domingue, dont la famille a été ruinée par la Révolution. La famille Devéria compte cinq enfants, Achille, Désirée, Octavie, Eugène puis Laure.

Cette grande famille aux revenus modestes est rapidement prise en charge par Achille, dont les talents d’illustrateur et le travail acharné assurent des rentrées financières régulières. C'est une famille d’artistes avec non seulement Achille et Eugène, mais aussi Laure la benjamine, qui montre un réel talent de dessinatrice et expose avec succès au Salon. Elle meurt prématurément au mois de . Dans les années 1820-1830, le foyer parisien des Devéria attire artistes et musiciens : « Le romantisme était chez lui chez les Devéria comme on disait alors… », se souviendra des années plus tard le poète Théophile Gautier, grand ami d’Eugène.

Eugène Devéria montre des dispositions précoces pour le dessin et son frère Achille, dont il fut l'élève, le fait d’abord entrer aux Beaux-Arts de Paris, où il étudie sous la direction de Girodet-Trioson et de Guillaume Guillon Lethière.

Les premiers envois d’Eugène Devéria au Salon datent de 1824, ils y sont peu remarqués. En 1827 par contre, son tableau monumental de La Naissance de Henri IV connaît un triomphe. Son atelier était situé rue de l’Est[1], dans la maison du sculpteur Louis Petitot, où logeait aussi le statuaire Cartellier, et l’artiste l’occupait de moitié avec Louis Boulanger, qui achevait son Mazeppa pendant qu’Eugène travaillait à sa Naissance de Henri IV. Eugène Devéria, qui fréquente assidûment Victor Hugo depuis 1824 avec son frère Achille, s’est inspiré pour le sujet de son tableau d’une nouvelle d’Abel Hugo, frère de Victor, parue dans Le Conservateur littéraire en 1820.

Portrait d'Antoine Julien Meffre-Rouzan (1833).

Eugène Devéria est à cette époque l'un des plus beaux espoirs du romantisme naissant. Nul début ne fut plus brillant et ne fit de telles promesses. On put croire justement, quand fut exposée la Naissance de Henri IV, que la France allait avoir son Paul Véronèse et qu’un grand coloriste était venu. « L’artiste qui commençait par ce coup de maître avait vingt-deux ans à peine… », écrit Théophile Gautier en 1874 dans son Histoire du romantisme.

À la suite de ce succès, le jeune peintre reçoit de nombreuses commandes officielles : un tableau, destiné au plafond d'une salle du Louvre, intitulé Puget présentant son Milon de Crotone à Louis XIV[2], des portraits de personnages historiques pour le musée de l’Histoire de France que Louis-Philippe veut créer à Versailles ; il participe au chantier de l’église Notre-Dame-de-Lorette à Paris, à celui de Fougères en Bretagne… Mais le triomphe de 1827 ne se renouvelant pas, il accepte en 1838 la proposition de quitter la capitale pour Avignon où on lui propose de refaire tout le décor peint de la cathédrale Notre-Dame des Doms. L’ampleur de la tâche, l’insalubrité des lieux et une dramatique inondation où il manque périr avec sa famille épuisent le peintre qui, malade, affaibli, quitte la ville papale pour se rétablir en Béarn. En 1841, guéri, il s’installe définitivement à Pau où il restera jusqu’à sa mort.

Là, il fait venir sa famille : son épouse Caroline-Aglaé Duransel (1793-1863), une créole qu’il connaît depuis de nombreuses années mais qu’il n’a épousée qu’en , sa fille Marie (1831-1856) et sa nièce Carry Chaumont, qu’il élève comme sa propre enfant. En 1845, un autre de ses neveux, Théodule, vient rejoindre pour plusieurs années cette véritable famille recomposée. Pour subvenir aux besoins de son foyer, Eugène Devéria donne des cours de dessin, réalise des portraits des riches hivernants à Pau, ou pendant l’été se rend dans la station thermale des Eaux-Bonnes, pour proposer aux curistes portraits et petits scènes pittoresques. Il consacre beaucoup de ses œuvres aux Pyrénées, scènes de genre et portraits. Parallèlement, il poursuit de façon régulière ses envois de tableaux à Paris, où ils sont reçus dans une indifférence croissante. Son dernier envoi au Salon date de 1861 : La Réception de Christophe Colomb par Ferdinand et Isabelle.

La vie n’est pas facile pour le peintre et sa famille. Aussi Devéria n’hésite-t-il pas à chercher fortune à l’étranger, aux Pays-Bas (1849), puis à trois reprises en Angleterre et en Écosse entre 1849 et 1853, dans l’espoir, non suivi d’effet, de séduire une riche clientèle aristocratique. Le peintre retournera aussi à Avignon en 1856 pour poursuivre le chantier de Notre-Dame des Doms, laissé inachevé en 1841. Il y est accompagné de sa fille Marie, son élève, mais la jeune fille meurt brutalement à son retour en Béarn le . Malgré un second séjour à Avignon en 1857, Devéria ne pourra terminer ce qui devait être son grand œuvre.

Lorsque le peintre s’est installé en Béarn en 1841, il a recouvré une santé chancelante, mais il a aussi découvert la religion : traversant une crise spirituelle, ce catholique tiède se convertit au protestantisme en 1843. La religion devient alors, autant que la peinture, le pivot de son existence. Il participe activement à la vie de son église à Pau comme à l’étranger : il donne des cours d’École du dimanche aux enfants, visite les malades, parle au temple… Sur son acte d’enterrement, le pasteur Cadier écrit le  : « C’était une des colonnes et la gloire de notre Église, le Chrétien modèle, l’ami des enfants, des pauvres, des malades… » Converti fervent et prosélyte, il tente d’amener son entourage à sa nouvelle foi, par la parole et les écrits, exaspérant sa famille, Achille le premier et ses anciens amis dont il se coupe progressivement.

Il avait son atelier au no 21 rue Bréda à Montmartre, qu'il laissa à son élève Henri Victor Devéria (1829-1897)[3]

Devéria meurt brutalement à Pau le .

Hommage

Pour le bicentenaire de sa naissance, en 2005, les musées de Pau lui ont consacré diverses manifestations[4].

Élève

Liste des œuvres

Tableau Titre Date Dimensions Notes Lieu de conservation
La Lecture de la sentence de Marie Stuart1826Musée des beaux-arts d'Angers
La Naissance d’Henri IV (esquisse)182745 × 37 cmPau, Château de Pau
La Naissance d’Henri IV1827484 × 392 cmMusée du Louvre
La Naissance d’Henri IVEntre 1827 et 1833490 × 390 cmCopie du tableau du LouvrePau, Musée des Beaux-Arts
Puget présentant le groupe de Milon de Crotone à Louis XIV183345 × 38 cmMusée du Louvre[5].
Portrait d' Antoine Julien Meffre-Rouzan1833
Portrait of Mme. Jule-Antoine Droz1833Musée des Beaux-Arts de Houston
Vie du Christ 1 : Adoration des Mages1835421 × 186 cmChapelle du couvent des Clarisses Urbanistes de Fougères
Vie du Christ 2 : Jésus au milieu des Docteurs1835421 × 186 cmChapelle du couvent des Clarisses Urbanistes de Fougères
Vie du Christ 3 : La Résurrection de Lazare1835421 × 186 cmÉglise Saint-Léonard de Fougères
Vie du Christ 4 : La Descente de Croix1835421 × 186 cmChapelle du couvent des Clarisses Urbanistes de Fougères
Vie du Christ 5 : La Résurrection1835421 × 186 cmChapelle du couvent des Clarisses Urbanistes de Fougères
Le roi Louis-Philippe Ier prête serment, en présence des chambres, de maintenir la Charte de 1830, .1836550 × 940 cmVersailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
Bataille de La Marsaille, 1837465 × 543 cmVersailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
Louis-Félix Amiel (1802–1864)183761 × 50,2 cmMetropolitan Museum of Art
Prise de Saverne. 183766 × 140 cmAmbassade de France, Allemagne[6]
Famille bretonne en prière devant un oratoire de campagne1838Musée des Beaux-Arts de Quimper
Portrait d'Alexandre Desbiez de Saint-Juan
ou Poète dans sa mansarde
1839Besançon, Musée des beaux-arts
La Mort de Jeanne d’Arc1841Musée des beaux-arts d'Angers
Inauguration de la statue de Henri IV sur la place Royale de Pau par S.A.R.Mgr le duc de Montpensier.
()
184363 × 81,5 cmPau, Château de Pau
Portrait présumé de Madame Courcier184561 × 50 cmPau, Musée des Beaux-Arts
Portrait présumé de Monsieur Courcier184561 × 50 cmPau, Musée des Beaux-Arts
Le Christ portant sa Croix1846147 × 211 cmPau, Musée des Beaux-Arts
La Mort de Jane de Seymour1847
Scène des Fourberies de Scapin184958 × 47 cmPau, Musée des Beaux-Arts
Embouchure de la Touques à Trouville185029 × 40 cmBernay ; musée des beaux-arts
Les quatre Henri dans la maison de Crillon, à Avignon1856216 × 180 cmPau, Château de Pau
Marie Devéria en amazone1856208 × 115 cmPau, Musée des Beaux-Arts
Portrait du Maréchal Bosquet1857135 × 110 cmPau, Musée des Beaux-Arts
Le Retour du marché186083 × 66 cmPau, Musée des Beaux-Arts
Réception de Christophe Colomb par Ferdinand et Isabelle1860492 × 375 cmClermont-Ferrand, musée d'art Roger-Quilliot
Christophe Colomb à la cour de Ferdinand et Isabelle1861140 × 110 cmPau, Musée des Beaux-Arts
La mort de Calvin186380 × 102 cmNoyon, Musée Calvin
Portrait de Charles Theodule Deveria1864100 × 81 cmMusée du Louvre
Anne Boleyn jouant de la harpe devant Henri VIIIv. 1864-186556 × 45,8 cmCaen, musée des Beaux-Arts de Caen
Lady Rowena recevant la cassette de Rebecca?485 × 400 cmDijon, musée Magnin
La Charité de saint Vincent?Montpellier, Chapelle de la Miséricorde[7]
Paysannes de la vallée d'Ossau?24,5 × 19 cmaquarellePau, Musée des Beaux-Arts
Portrait d’Amaury-Duval?65,4 × 54,2 cmAutun , Musée Rolin
Portrait du baron Louis?Toul, musée d'art et d'histoire
Portrait d' Esprit Calvet?
Portrait d'Honoré de Balzac?Musée des Beaux-Arts de Tours
Portrait du docteur Léonce Manes?44 × 33 cm

Notes et références

  1. Aujourd'hui le 115 boulevard Saint Michel Paris 5e.
  2. Aile Sully, Galerie Campana, salle 45.
  3. André Roussard, Dictionnaire des Peintres à Montmartre, éditions Roussard, Montmatre, 1999, p.197 (ISBN 9782951360105)
  4. Isabelle julia, conservateur en chef du patrimoine, « Eugène Devéria », Célébrations nationales, ministère de la culture et de la communication., , p. 140-140
  5. En 2017, la galerie La Nouvelle Athènes a fait don au Louvre de trois dessins préparatoires de Devéria pour le tableau, conservés désormais au département des arts graphiques.
  6. D'après la base Joconde qui localise encore ce tableau à Bonn, ancienne capitale de la république fédérale d'Allemagne de l'ouest.
  7. « Pharmacie et Chapelle de la Miséricorde »

Voir aussi

Bibliographie

  • Théophile Gautier, Histoire du romantisme, G. Charpentier et Cie, libraires-éditeurs, 1874
  • Sophie Peyre Alone, Eugène Devéria d’après des documents originaux 1805-1865, Paris, Fischbacher, 1887
  • Maximilien Gauthier, La Vie et l’Art romantiques. Achille et Eugène Devéria, Paris, Floury, 1925.
  • René Ancely, La Vie pyrénéenne d’Eugène Devéria, Pau, Lescher-Moutoué, 1940.
  • Dominique Morel, Achille Devéria, témoin du romantisme parisien, Maison Renan-Scheffer, Paris, 1985 (cat. exp.)
  • Hélène Saule-Sorbé, Pyrénées, voyage par les images, éditions de Faucompret, 1993
  • Suzanne Tucoo-Chala, « Eugène Devéria : un romantique transplanté en Béarn au milieu du XIXe siècle (1841-1865) », Bulletin de la Société des amis du château de Pau, 137, 1998-2, p. 9-32
  • Vincent David, Eugène Devéria : La peinture et l'histoire et Eugène Devéria : Variations sur les genres artistiques, Réunion des musées nationaux, Paris, 2005
  • Paul Mironneau et Guillaume Ambroise (dir.), Eugène Devéria 1805-1865, catalogue des expositions de Pau (-), Paris, Réunion des musées nationaux, 2005
  • Guillaume Amabroise (dir.), Peintures du XIXe siècle. Musée des Beaux-Arts de Pau, Bordeaux, éditions Le Festin, 2007, notices de quatre tableaux d’Eugène Devéria, p. 68-75

Liens externes

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