Félicien Champsaur

Félicien Champsaur est un journaliste, dramaturge, romancier, et poète français (1858-1934).

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Félicien Champsaur
Portrait photographique (vers 1908).
Biographie
Naissance
Décès
(à 76 ans)
Paris
Nationalité
Activités

Aujourd’hui en partie oublié, il fut l’un des écrivains les plus productifs de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe. Il laisse à la postérité une importante production journalistique et romanesque dont Dinah Samuel, d'après sa liaison avec Sarah Bernhardt, et Lulu, roman clownesque, publié en 1888, qui inspira La Boîte de Pandore de Frank Wedekind et l'opéra du même nom d'Alban Berg.

Biographie

Fils de Joseph Louis Champsaur, gendarme, et de Marie Magdeleine Joséphine Arnaud, il est né le 10 janvier 1858 à Turriers dans les Basses-Alpes près de Digne.

Jeune provincial en quête de succès, Félicien Champsaur s’illustre tout d’abord à Paris par son activité journalistique prolixe. Son premier sonnet paraît dans La Lune rousse, journal dirigé par André Gill, en 1877. En mai 1878, il fonde, « plus ou moins », selon François Caradec, le journal Les Écoles, écho du Quartier latin, pour le premier numéro duquel il obtient un billet de Victor Hugo. Il en est le rédacteur en chef jusqu'au dix-septième et avant-dernier numéro inclus. Il crée sitôt après L'Étudiant puis, la même année 1878, se lance dans Les Hommes d'aujourd'hui, illustré par André Gill, jusqu'au trentième numéro. En 1880-1881, il fonde et dirige un hebdomadaire illustré, Les Contemporains, avec le dessinateur Alfred Le Petit. Puis il est rédacteur en chef du Panurge (1882-1883), sans compter sa participation à quelques revues qui fleurissent sur la rive gauche (Revue moderne et naturaliste, Le Tintamarre…). Il collabore au journal L'Hydropathe d'Émile Goudeau. Il se brouille avec ses premiers amis de la jeunesse estudiantine et montmartroise en 1879, lorsqu'il donne son premier article au Figaro. Dès lors, il collabore à des journaux plus importants (Le Gaulois, l'Evénement)

Félicien Champsaur caricaturé par Georges Lorin pour le journal L'Hydropathe (10 février 1879).
Émile Schuffenecker : Portrait de Madame Champsaur (1890, musée des beaux-arts de Pont-Aven)

Coutumier des cercles littéraires et des brasseries montmartroises où s’édifie une conception moderne de la littérature et des arts (Le club des Hydropathes, Le Chat noir…), il s’enivre de tous les plaisirs qu’offre l’espace de la création artistique parisienne où il entrevoit les fondements de son entreprise artistique. Il fréquente alors certaines figures illustres du Paris artistique et littéraire telles Hugo, Verlaine, Rops, Grévin, Rodin…. En 1899, le guide Paris-Parisien le considère comme une « notoriété des lettres », en soulignant son « parisianisme raffiné » et son « féminisme aigu »[1].

En 1882, Champsaur conçoit son double littéraire, « Patrice Montclar », qu'il met en scène dans Dinah Samuel, puis qu'il reprend dans Régina Sandri (1898)[2].

Du journalisme au roman en passant par l’écriture poétique, dramaturgique ou pantomimique, Félicien Champsaur laisse à la postérité une œuvre artistique bigarrée et éclectique. Entremêlant au roman diverses pièces rapportées (articles, poèmes, pantomimes, ballets, partitions musicales…), une dimension plastique diffusée par la prolifération d’illustrations et de mises en pages audacieuses, il incarne aujourd’hui encore une liberté romanesque inédite. Artiste se nourrissant de la diversité artistique parisienne, il rêva et défendît une liberté d’expression formelle résolument moderne :

« Je crois que le roman doit être multiforme, d’une originalité toujours renouvelée et de profonde vie, artiste, paré de toutes les richesses littéraires. Il doit, véridique, peuplé de types réels, choisis dans l’existence, s’inspirer des caractères observés d’hommes et de femmes, mais ne point se borner à les figer en des photographies quelconques, même retouchées par un artisan soigneux. La littérature contient, résume et diffuse tous les arts : elle doit les mêler en ses artifices » (Lulu, roman clownesque).

Cependant, il eut, assez tôt, une réputation de plagiaire assidu. Le Petit Bottin des lettres et des arts, de 1886, rappelle le cri que poussait Émile Goudeau, lorsque Champsaur entrait dans une brasserie de Montmartre : « Rentrons nos idées ! Voilà Champsaur ! ». En 1887, dans Le Désespéré, Léon Bloy l'assaisonne effroyablement au chapitre LIX, sous le nom de « Félix Champignolle »[3]. Bloy lui en veut de la mort de son ami Robert Caze, survenue en 1886 à la suite d'une altercation avec Champsaur, qui avait abouti à un duel, réclamé par Champsaur, refusé par Caze, qui voulait passer par les tribunaux, et finalement accompli sur l'intervention d'un tiers qui se mêla de la querelle – ce que Bloy appelle « un guet-apens ». Bloy dit de lui qu'« il est le seul homme de lettres ayant osé publier un livre plagié de tout le monde, à peu près sans exception, et fabriqué de coupures dérobées aux livres les plus connus, sans autre changement que l'indispensable soudure d'adaptation à son sujet ».

Il meurt à Paris le 22 décembre 1934 dans son appartement au 82 avenue Foch. Il a été incinéré au crématorium du cimetière du Père-Lachaise[4].

Le peintre Paul Saïn a exécuté son portrait en 1901. Ami du peintre Émile Schuffenecker, le portrait de son épouse a été peint par ce dernier.

Après sa mort, Jean Ajalbert écrit de lui en 1938 : « Félicien Champsaur, littérateur à tout faire – sauf de la littérature. […] Tous les marchandages lui étaient permis, y compris le chantage. On le tenait à distance »[5].

Principaux ouvrages

Affiche publicitaire signée Jules Chéret.
  • Dinah Samuel, Ollendorff, 1882, roman à clef ; réédition Séguier, « Bibliothèque Décadente », 1999 (ISBN 2-84049-134-6)
  • Miss América, Ollendorff, 1885, roman.
  • Entrée de clowns, Lévy, 1886, recueil de nouvelles.
  • Parisiennes, Lemerre, 1887, recueil de poèmes.
  • Les Bohémiens, Dentu, 1887, Ballet lyrique en 4 actes et 9 tableaux, illustré par Jules Chéret.
  • Lulu, Dentu, 1888, pantomime en un acte illustrée par Chéret, Henry Gerbault, Louis Morin.
  • L’Amant des danseuses, Dentu, 1888, roman moderniste.
  • Les Éreintés de la vie, Dentu, 1888, pantomime en un acte illustrée par Gerbault.
  • La Gomme, Dentu, 1889, Pièces en trois actes illustrée par Chéret, Caran d’Ache, Gerbault.
  • Le Mandarin, Ollendorff, 1895-1896, trilogie romanesque (I : Marquisette - II : Un maître - III : L'Épouvante)
  • Pierrot et sa conscience, illustré par Gorguet, 1896, roman.
  • Régina Sandri, Ollendorff, 1898, roman.
  • La Faute des roses, Fasquelle, 1899, roman.
  • Nuit de fête, Offenstadt Frères, s.d., roman.
  • Poupée japonaise, Fasquelle, 1900, roman ; réédition illustrée chez Fasquelle en 1929 par deux dessinateurs japonais supposés, en réalité Raphael Kirchner et Fabius Lorenzi[6].
  • Lulu, Fasquelle, 1900, roman clownesque illustré par (entre autres) Ferdinand Bac, Antoine Bourdelle, George Bottini, Leonetto Cappiello, Louis Châlon, Chéret, Gerbault, Félicien Rops, Jan Van Beers, Willette
  • Le Semeur d’amour, Fasquelle, 1902, roman hindou.
  • L'Arriviste, regroupant Marquisette, Me Claude Barsac, Renée Avril, Albin Michel, 1902, illustré par Bourdelle, Abel Faivre, Charles Léandre, Maurice de Lambert, Paul Saïn, Steinlen.
  • L’Orgie latine, Fasquelle, 1903, roman antique illustré par Auguste Leroux.
  • L’Ingénue, Douville, 1905, roman illustré par Maurice de Lambert.
  • La Caravane en folie, Fasquelle, 1912, roman « colonial », illustré par Fabius Lorenzi.
  • Le Bandeau, Renaissance du livre, 1916, roman illustré par Raphael Kirchner.
  • Les Ailes de l'homme, Renaissance du livre, 1917.
  • L'Empereur des pauvres, épopée spéciale en 6 volumes : 1. Le Pauvre ; 2. Les Millions ; 3. Les Flambeaux ; 4. Les Crassiers ; 5. L'orage ; 6. Floréal ; publiée chez Fasquelle, 1920-1921[7].
  • Ouba, roi des singes, Fasquelle, 1922, roman
  • Homo Deus, Ferenczi, 1923, roman.
  • Tuer les vieux. Jouir !, Ferenczi, 1925, roman « vache ».
  • Le Bandeau d’Éros, Ferenczi, 1925, roman, illustré par Jaquelux.
  • Le Chemin du désir, Ferenczi, 1926, premier volet d’une trilogie romanesque.
  • Le Combat des sexes, Ferenczi, 1927, second volet de la même trilogie.
  • Les Ordures ménagères, Ferenczi, 1927, dernier volet.
  • Jeunesse, Ferenczi, 1927, illustré par Léonnec.
  • Le Jazz des masques, Ferenczi, 1928, roman.
  • La Pharaonne, Ferenczi, 1929, roman, illustré par Jaquelux.
  • Nora, la guenon devenue femme, Ferenczi, 1929, illustré par Endré, Jaquelux et Charles Naillod.
  • Le Crucifié, Ferenczi, 1930, roman biblique.

Quelques ouvrages journalistiques

  • Le massacre, Dentu, 1885, recueil d’articles parus au Figaro.
  • Le cerveau de Paris, Dentu, 1886, articles, chroniques et critiques de la vie artistique parisienne.
  • Le Défilé, Havard, 1887, recueil d’articles.
  • Masques modernes, Dentu, 1889, recueil d’articles et de chroniques.

Adaptations au cinéma

Références

  1. Paris-Parisien, Ollendorff, , p. 45
  2. Jean de Palacio, Le Silence du texte : poétique de la décadence, Peeters, p. 124.
  3. L. Bloy, Le Désespéré, édition de P. Glaudes, Garnier-Flammarion, 2010, pp. 326-328.
  4. « Un incident aux obsèques de Félicien Champsaur », L'Archer, , p. IX (lire en ligne)
  5. François Caradec, Alphonse Allais, biographie, p. 98.
  6. « Une supercherie dévoilée » par Paule Adamy (2013), sur le site de Plein Chant.
  7. La France nouvelle, septembre 1920, p. 288 — sur Gallica.

Annexes

Bibliographie

  • Jean de Palacio, présentation à Félicien Champsaur, Dinah Samuel, « Collection la Bibliothèque décadente », Librairie Séguier, 1999.
  • « Champsaur, Félicien », In: Yves Lemarié et Pierre Michel (direction), Dictionnaire Octave Mirbeau, Angers, Société Octave Mirbeau/L'Âge d'Homme, [2010-2015] — lire en ligne.
  • Pierre Michel, « Mirbeau, Champsaur et La Gomme », Cahiers Octave Mirbeau, no 17, mars 2010.
  • Dorothée Raimbault, « Mirbeau, Champsaur et Rimbaud », Cahiers Octave Mirbeau, no 17, mars 2010.
  • Paule Adamy, Le cas Champsaur. Un singulier mégalomane des lettres, Bassac, Plein Chant, 2013, (ISBN 9782854523089).

Liens externes

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