Ghetto de Będzin

Le ghetto de Będzin ou ghetto de Bendzin ( Yiddish: בענדינער געטא, Bendiner geto; Allemand: Ghetto von Bendsburg) était un ghetto pour les Juifs créé par les autorités allemandes nazies en Pologne occupée pendant la Shoah polonaise. C'est un Ghetto majeur dans l'est de la Haute-Silésie. Plus de 20 000 Juifs de Będzin (Bendzin), ainsi que 10 000 Juifs déplacés de leurs communautés locales, ont vécu dans le ghetto au cours de sa courte histoire. La plupart d'entre eux ont été forcés de travailler dans les usines militaires allemandes avant d'être déportés au camp d'extermination d'Auschwitz où ils ont été exterminés par les autorités allemandes. La dernière déportation majeure d'habitants du ghetto entre le 1er et le 3 août 1943 a été marquée par un soulèvement par les membres de l'Organisation Juive de Combat locale créée par Frumka Płotnicka[1]. Le ghetto de Będzin formait avec le ghetto de Sosnowiec une seul unité administrative dans le district limitrophe de Środula de Sosnowiec[2] car les deux villes font partie de la même zone métropolitaine du bassin de Dąbrowa. Les Juifs des deux ghettos partageaient un potager "Farma" attribué aux jeunes sionistes par le Judenrat[3].

Principaux ghettos en Pologne et en Europe de l’Est (1941-1942).
Ghetto de Będzin durant la Shoah, rue Modrzejowska, 1942

Contexte

Avant l'invasion de la Pologne en 1939 au début de la Seconde Guerre mondiale, Będzin avait une communauté juive dynamique[4]. Selon le recensement polonais de 1921, la population juive de la ville se composait de 17 298 personnes, soit 62,1% de sa population totale[5],[4]. En 1938, le nombre de Juifs était passé à environ 22 500[4].

Pendant l'invasion nazie de la Pologne, l'armée allemande envahit la région au début de septembre 1939. L'armée fut suivie par des escadrons de la mort mobiles des Einsatzgruppen, et la persécution des Juifs commence immédiatement. Le 7 septembre, les premières sanctions économiques draconiennes sont imposées[4]. Un jour plus tard, le 8 septembre, la synagogue de Będzin est incendiée[4]. Le 9 septembre 1939, le premier massacre a eu lieu avec l'exécution de 40 personnalités locales[5].

Un mois plus tard, le 8 octobre 1939, Hitler déclare que Będzin fera partie des territoires polonais annexés par l'Allemagne[6]. Les bataillons de la police de l'Ordre commencent à expulser des familles juives de toutes les communautés voisines de la région de Zagłębie Dąbrowskie vers Będzin. Parmi eux se trouvaient les Juifs de Bohumin, Kielce et Oświęcim (Auschwitz)[4]. Dans l'ensemble, environ 30 000 Juifs vivaient à Będzin pendant la Seconde Guerre mondiale[4]. À la fin de 1942, Będzin et la ville voisine de Sosnowiec bordant Będzin (voir Ghetto de Sosnowiec) sont devenues les deux seules villes de la région de Zagłębie Dąbrowskie a être habitées par les Juifs[7].

Le ghetto

D'octobre 1940 à mai 1942, environ 4 000 Juifs sont déportés de Będzin vers des travaux forcés dans un nombre croissant de camps[4]. Jusqu'en octobre 1942, le périmètre du Ghetto reste inchangé. Aucune clôture n'est construite. La zone est définie par les quartiers de Kamionka et Mała Środula bordant le ghetto de Sosnowiec, avec la police juive placée par les Schutzstaffel (SS) le long de ce périmètre[8]. Comme ce fut le cas pour d'autres ghettos à travers la Pologne occupée, les autorités allemandes ont exterminé la plupart des Juifs de Będzin pendant l'opération Reinhard, les expulsant pour les gazer vers les camps de la mort nazis, principalement vers Auschwitz-Birkenau situé a proximité. En parallèle, les dirigeants de la communauté juive de Zagłebie, dont Moshe Merin (Mojżesz Merin, en polonais), ont coopéré avec les Allemands dans l'espoir que la survie des Juifs pourrait être liée à leur exploitation par le travail forcé. Cette hypothèse se révéla vaine[7].

Les opérations de déportations majeures, commandées par le SS-Standartenführer Alexander von Woedtke[9], débutèrent en mai 1942 avec 2000 juifs envoyés vers Auschwitz suivis de 5000 en août[4] . Entre août 1942 et juin 1943, 5 000 autres juifs furent déportés de Będzin dans les trains de l'Holocauste[4]. Les dernières déportations majeures eurent lieu en 1943: 5000 Juifs furent renvoyés le 22 juin 1943 et 8000 vers le 1er et le 3 août 1943[4]. Environ 1000 Juifs restants furent expulsés au cours des mois suivants. On estime que sur les 30 000 habitants du ghetto, seuls 2000 survivants resterent[4].

Frumka Płotnicka, elle combattu durant le soulèvement Ghetto de Varsovie puis mena le soulèvement du Ghetto de Będzin durant l'Opération Reinhard

Le soulèvement du ghetto de Będzin

Au cours de la dernière phase des déportations du début août 1943, l'Organisation juive de combat (ŻOB) à Będzin organise un soulèvement du ghetto contre les Allemands (comme dans la ville voisine de Sosnowiec)[7]. Déjà en 1941, un chapitre local de ŻOB fut créé à Będzin [7], sur les conseils de Mordechai Anielewicz [8]. Des armes furent obtenues dans la clandestinité parmi les juifs de Varsovie. Des pistolets et des grenades à main furent introduits par contrebande lors de trajets périlleux en train. Edzia Pejsachson fut arrêtée et torturée à mort. En utilisant les instructions fournies par les quartiers généraux de ŻOB, des cocktails Molotov furent fabriqués. Les bombes produites par les Juifs étaient comparables à celles des nazis selon des témoignages de survivants. Plusieurs bunkers ont été creusés à l'intérieur des limites du ghetto pour produire et cacher ces armes. L'attitude du Judenrat de Będzin vis-à-vis de la résistance fut négative au départ mais changea au cours de la liquidation du ghetto[10].

La révolte fut un acte ultime de défi des insurgés du ghetto qui combattirent dans les quartiers de Kamionka et Środula. Un groupe de partisans se barricadèrent dans un bunker rue Podsiadły avec leur dirigeante, Frumka Płotnicka, 29 ans[9], qui combattu au cours du soulèvement du ghetto de Varsovie quelques semaines plus tôt[11]. Tous furent tués par les forces allemandes une fois a cours de munitions. Les combats, qui commencèrent le 3 août 1943, durèrent plusieurs jours[8]. La plupart des Juifs restants périrent peu de temps après, lors de la liquidation du ghetto[4],[7], bien que les déportations aient dû être prolongées de quelques jours à deux semaines et que les SS d'Auschwitz (45 km de distance) furent mobilisés[9]. À titre posthume, Frumka Płotnicka a reçu l'Ordre de la Croix de Grunwald du Comité polonais de libération nationale le 19 avril 1945[11].

Tentatives de sauvetage

Les efforts des chrétiens pour sauver les Juifs de la persécution nazie commencèrent dès l'invasion allemande. Lorsque le 8 septembre 1939 la Synagogue fut incendiée par les SS avec une foule de fidèles juifs à l'intérieur, le prêtre catholique, le père Mieczysław Zawadzki (pl), ouvra les portes de son église à Góra Zamkowa pour tous les échappés cherchant un refuge. On ne sait pas combien de Juifs furent ainsi sauvés ; probablement plus d'une centaine[7]. Le Père Zawadzki a reçu le titre de Juste polonais parmi les nations à titre posthume en 2007. Il est décédé en 1975 à Będzin[12].

Des tentatives d'évasion ont eu lieu lors des actions de liquidation du ghetto. Cela Kleinmann et son frère Icchak s’échappèrent d'un train en 1943 grâce à une planche lâche dans le toit du train. Ils furent accueillis par la famille de Stanisław Grzybowski, avec lequel leur père avait travaillé dans une mine de charbon. Cependant, Cela fut appréhendée alors qu'elle cherchait de nouveaux papiers d'identité et assassinée. Après cela, Grzybowski confia Icchak à sa propre fille Wanda et à son mari Kazimierz en 1944. Wanda et Kazimierz Kafarski reçurent la le titre de Justes en 2004, longtemps après que Stanisław Grzybowski mourrut de vieillesse[13].
D'autres maisons prirent feu tandis que la synagogue brûlait. De nombreux Juifs en fuite sauvés par le père Zawadzki ont également été blessés et ont dû recevoir des soins médicaux. Ils ont été secourus par le Dr Tadeusz Kosibowicz, directeur de l'hôpital public de Będzin, aidé par le Dr Ryszard Nyc et sœur Rufina Świrska. Les Juifs gravement blessés ont été emmenés à l'hôpital sous de faux noms. D'autres juifs se sont cachés à l'hôpital également en étant embauchés instantanément. Cependant, le directeur Kosibowicz fut dénoncé par l'un de ses patients d'origine allemande et arrêté par la Gestapo le 8 mai 1940. Les trois sauveteurs furent condamnés à mort, puis leurs condamnations furent rapidement commuées à la prison en camp de concentration. Le Dr Kosibowicz travailla dans les camps de concentration de Dachau, Sachsenhausen, à Majdanek ainsi qu'à Gross-Rosen. Il travailla comme médecin prisonnier et survécu. Kosibowicz est retourné à Będzin après la libération et repris son poste de directeur de l'hôpital. Il est décédé le 6 juillet 1971 et reçu le titre de Juste à titre posthume en 2006 par l'État d'Israël[14].

Des centaines de Juifs polonais restèrent cachés lorsque les déportations vers le camp d'extermination d' Auschwitz prirent fin en août 1943[15]. Les survivants furent sortis clandestinement des bunkers en petits groupes par des membres de l'ŻOB: Fela Kac, Schmuel Ron et Kasia Szancer. Les sauveteurs polonais qui les ont récupérés du côté «aryen» de la ville comprenaient Roman Kołodziej, tué pour avoir sauvé des Juifs le 2 janvier 1944, et Zofia Klemens arrêté par la Gestapo et envoyé dans un camp de concentration; Klemens survécu. Elle a reçu le titre de Justes en 1964[15],[16]. La famille Kobylec sauva plus de soixante-dix juifs et reçurent le titre de Justes vingt ans plus tard[15].

Commémoration

Plusieurs journaux intimes de survivants et des centaines de lettres de captifs du ghetto sont disponibles[4]. De nombreuses photos des captifs du ghetto déportés à Auschwitz ont été conservées. Une collection de plus de 2000 photographies a été découverte en octobre 1986, y compris de nombreuses images de la vie à Będzin et dans le ghetto. Certains d'entre eux ont été publiés dans un livre[17] ou dans une vidéo[18]. The Eyes de la Ashes Foundation gère cette collection.

En 2004, le conseil municipal de Będzin décida de dédier la place de la ville aux héros du soulèvement du ghetto juif à Będzin[19]. En août 2005, un nouveau mémorial a été dévoilé sur le site du ghetto de Będzin[20].

Personnalités du ghetto de Będzin

Cwi Brandes - combattant de la résistance du ghetto

Ala Gertner - membre d'un mouvement de resistance dans le camp d'Auschwitz-Birkenau

Samuel Cygler - artiste peintre

Baruch Gaftek - combattant de la résistance du ghetto

Rutka Laskier - auteur d'un journal intime

Menachem Lior (Liwer) - combattant de la résistance du ghetto qui a survécu à la guerre

Sam Pivnik (Szmul Piwnik) - survivant de la Shoah, auteur de mémoires

Frumka Płotnicka - combattant de la résistance dans les ghettos de Będzin et Varsovie

Eugenia Prawer-Pinski - auteur d'un journal intime (Będzin 2007), docteur

Salomon Weinzieher - docteur, député

Stanisław Wygodzki - écrivain

Notes et références

  1. (pl) « Będzin | Wirtualny Sztetl », sur www.sztetl.org.pl (consulté le 30 juillet 2018)
  2. « PolishJews.org - The Polish Jews Home Page », sur polishjews.org (consulté le 8 mars 2020)
  3. (en) « Photo Archives », The "Farma" was a plot of land between Bedzin and Sosnowiec that was allocated to the local Zionist youth movements by the Jewish Council for the growing of vegetables., sur web.archive.org, (consulté le 8 mars 2020)
  4. (pl) Maciej & Ewa Szaniawscy, « Żydzi w Będzinie », [The extermination of the Jews of Będzin in survivor testimonies] Retrieved 17 January 2016., sur web.archive.org, (consulté le 7 mars 2020)
  5. « Jewish Historical Institute  Education », sur web.archive.org, (consulté le 7 mars 2020)
  6. (pl) Katarzyna Kalisz, « Będzin - Jerozolima Zagłębia », Archived July 16, 2011, at the Wayback Machine, (consulté le 8 mars 2020)
  7. (pl) Aleksandra Namysło, Stanisław Bubin, « Rozmowa z dr Aleksandrą Namysło, historykiem z Oddziału Instytutu Pamięci Narodowej w Katowicach - Katowice - naszemiasto.pl », sur web.archive.org, (consulté le 8 mars 2020)
  8. (en) Cyryl Skibiński, « The Bedzin Ghetto. We remember - Jewish Historical Institute », sur www.jhi.pl, (consulté le 8 mars 2020)
  9. (en) Michael Fleming, Auschwitz, the Allies and Censorship of the Holocaust, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-107-06279-5, lire en ligne)
  10. (en) Aharon Brandes (trad. Lance Ackerfeld), « In the Bunkers (pages 363-367; 369-372) », A Memorial to the Jewish Community of Będzin (in Hebrew and Yiddish)., sur www.jewishgen.org, The demise of the Jews in Western Poland (consulté le 8 mars 2020)
  11. (pl) Martyna Sypniewska, Adam Marczewski, Zofia Sochańska, Adam Dylewski (ed.), « Będzin | Wirtualny Sztetl », page 9 of 10. Retrieved 18 January 2015., sur sztetl.org.pl (consulté le 8 mars 2020)
  12. (pl) Paulina Berczyńska, « Historia pomocy - Mieczysław Zawadzki | Polscy Sprawiedliwi », sur sprawiedliwi.org.pl, (consulté le 8 mars 2020)
  13. (pl) Jakub Beczek, « Story of Rescue - The Kafarski Family | Polscy Sprawiedliwi », sur sprawiedliwi.org.pl, (consulté le 8 mars 2020)
  14. (pl) dr Maria Ciesielska / red. Klara Jackl, « Story of Rescue - Kosibowicz Tadeusz | Polscy Sprawiedliwi », sur sprawiedliwi.org.pl, (consulté le 8 mars 2020)
  15. (pl) Aleksandra Namysło, « "Nie znoszę, kiedy krzywdzą niewinnych ludzi" ["I hate it, when they hurt innocent people!" citation] (PDF) », Biuletyn Instytutu Pamięci Narodowej. IPN Katowice. Nr 3 (98). pp. 52-54 / 120 in PDF., (consulté le 8 mars 2020)
  16. « Klemens Zofia | Polscy Sprawiedliwi », sur sprawiedliwi.org.pl (consulté le 8 mars 2020)
  17. (en) Weiss, Ann, The Last Album: Eyes from the Ashes of Auschwitz-Birkenau, 2nd ed., Philadelphia, Jewish Publication Society of America., , pp. 32–37 p. (ISBN 0-393-01670-6)
  18. « The Last Album », The Last Album 2012-02-17 (consulté le 9 mars 2020)
  19. (pl) Katowice.uw.gov.pl., « Aktualności Urzędu », Archived from the original on 2016-03-04 on Katowice.uw.gov.pl. Retrieved 2012-05-18., sur web.archive.org, (consulté le 9 mars 2020)
  20. « Staszów | Wirtualny Sztetl », original webpage "III Dni Kultury Żydowskiej w Będzinie 22.08.2005 - Aktualności - Miasto dziś - Będzin - Wirtualny Sztetl", sur sztetl.org.pl, 2012-05-18. (consulté le 9 mars 2020)

Voir aussi

Sources

Bibliographie

Articles connexes

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