Guezoula

Les Guezoula, Guezula, Gouzoula, Goudala, Djudala, Godala, Gudala ou Gadala (en tamazight : Igzulan ou Igzulen, en arabe : Jazula, en arabe maghrébin : Jazuliyin) sont une tribu berbère médiévale nomade qui vivait sur la côte atlantique de l'actuelle Mauritanie, et dont le territoire se limitait au sud par le Sénégal[1]. Ils sont liés à l'ancienne tribu berbère des Gétules[2]. Au nord de leur territoire, deux autres grandes tribus de Voilés, les Lemtuna et les Massufa occupaient l’Adrâr mauritanien et la partie méridionale du Souss marocain[1].

Il semble bien que les tribus gétules les plus puissantes, ou du moins les plus entreprenantes, étaient établies en Maurétanie Tingitane, au sud du Bou Regreg (Sala, dans l’Antiquité)[1].

La tribu des Goudala était impliquée dans l'exploitation et le commerce du sel lors du commerce transsaharien. Ils appartenaient à la confédération Sanhadja tout comme autres tribus berbères entre autres les Lemtouna[3].

Au cours de la campagne almoravide pour contrer le soulèvement de Sijilmassa en 1056, la confédération unissant les Goudala et les Lamtuna a été rompue. Lorsque Yahya ben Omar, chef des Lemtouna, avancait vers le plateau de l'Adrar, les Goudala les attaquèrent dans la bataille de Tabfarilla, qui se termina par la défaite des Lemtouna et la mort de leur chef[4].

Dénominations et étymologie

Les Guezula ou Gudâla semblent avoir conservé le nom des Gétules, peuple libyen de l’Antiquité, qui occupait les terres plus ou moins steppiques qui s’étendaient largement au sud des provinces romaines de Maurétanie et d'Africa[1].

La forme berbère de l'ethnonyme est soit Igzulan soit Igzulen soit Iguzulen. Dans P. Burési, H. El Aallaoui, 2013 : 50, note 34, on lit à propos de la tribu que « The berber form of this ethnonyme is Igzulan », en français « La forme berbère de cet ethnonyme est Igzulan »[5]. Iguzulen est le nom de plusieurs villages et fractions de tribus du Haut-Atlas[5]. D'après sidi Brahim u-Massat[6] il existe entre le wad Nun et Essaouira un lieu appelé asif Igizulan, soit « la rivière des Gazula »[5].

Le nom de « guezoul », ou sa forme altérée, « ghezoul », émerge de manière singulière dans les textes de tous les historiens et chroniqueurs, au Moyen-âge, dans la région de Tahart/Tihart la médiévale : Djebel Guezoul[7].

Il existe plusieurs hypothèses concernant l'origine étymologique du nom Guezoula / Goudala :

  • D’après une hypothèse de V. Wycichl, le nom antique « Gaetulus » dériverait du berbère agadig dont le pluriel serait igudalen, qui devint Gudâla en arabe[1].
  • Cheriguen signale un rapprochement possible entre Gétule et Guedalla, Gueddala et Aguellid (transcrit agellid), « roi » en berbère[8][9].
  • Naït Zerrad, dans son Dictionnaire des racines berbères (1998), relève l’extension géographique de la racine GZL (chleuh, mozabite, Maroc central, kabyle…) sous les formes suivantes : «igzul, gzul, gzel, agezzul», avec le sens de « court, devenir court, de petite taille »[10]. Pour Chaker, gezzul signifie "il court <igzal, igzul, iwzil>" dérivé de la racine GZL[9].
  • Guezoul pourrait dériver de la racine GZL, « monter, gravir une pente » en touareg (Foucauld, 1920, 1. 1, p. 350)[8][9].
  • Igzulen, singulier agzul, pourrait être à l’origine gzul, le « a » initial pouvant être un article ajouté au mot en question. Le mot est compose de ks : « conduire au pâturage » et de ulli : « chèvres, petit bétail en général. » ks-gz par un processus de voisement généralisé à la séquence ulli-ul après chute de la voyelle finale « i » et dégémination de « ll » ; ks-gz par assimilation de voisement au contact de « u » ; ulli-ul, par processus de réduction encore vivant dans les parlers de l’Anti-Atlas. On obtient ainsi gzul qui devient igzulen après l’ajout des affixes du pluriel. Le sens serait alors : « pasteurs, éleveurs de chèvres, de petit bétail. »[11].
  • Aguzul, pluriel Iguzulen, tel qu’on le prononce encore aujourd’hui dans le Souss, est compose de ag, « fils de… », et par extension, homme de ; qui est équivalent de gu dans le Souss, et de isulal qui signifie : plaines désertes sans vallées bien marquées et loin des montagnes, parsemées de pâturages y formant comme des plaques peu étendues mais assez nombreuses. « Les isoulal sont propres, après les pluies, à y faire suivre l’herbe fraîche par les troupeaux, en les faisant aller d’une plaque de pâturage à une autre à mesure que celle où ils sont s’épuise. ». Le mot composé devient ag + isulal, la voyelle initiale « i » devient « u », état d’annexion oblige. Ce qui donne alors agusulal-aguzulal, après voisement contextuel de « s », aguzul, après chute de « al » par réduction syllabique[11].

Histoire

Au début du XIe siècle, les trois tribus sanhadja sont sous la suprématie des Lemtûna mais vers 1035, on ne sait à la suite de quel événement, c’est l’amγar (amghar) des Gudâla, Yahya ben Ibrahim, qui exerce l’autorité suprême. S’étant rendu en pèlerinage à La Mecque, il s’arrêta, au retour, à Kairouan où il suivit l’enseignement d’Abou Amran, docteur malékite originaire de Fès. Fasciné par cet enseignement, Yahya ben Ibrahim supplia Abou Amran de lui confier un de ses disciples qui viendrait enseigner à ses contribules le vrai chemin. Aucune vocation ne s’étant manifestée dans l’auditoire kairouanais, Abou Amran recommanda à Yahya de s’adresser à l’un de ses anciens disciples, Ou Aggag ibn Zellou, qui avait l’avantage d’être un Lemta établi à Mekis, dans le royaume zénète de Sijilmassa. Ou Aggag désigna, à son tour, Abd Allah ibn Yacine, déjà réputé pour son austérité et la profondeur de sa foi, de plus il n’était pas tout à fait un étranger puisque son grand-père avait appartenu à la tribu gudâla. Ibn Yacine vint donc s’établir chez les Lemtûna. C’était un lettré médiocre mais un orateur enflammé ; il prêchait un islam malékite radical et imposait des règles tatillonnes et formelles que Lemtûna et Gudâla supportaient fort mal. Le mécontentement grondait autour du prédicateur ; il éclata au grand jour lorsque mourut son protecteur. Le nouveau maître de la confédération, Yahya ben Omar, ne put empêcher le pillage de sa maison. Ibn Yacine s’enfuit avec quelques fidèles, parmi eux se trouvaient Yahya ben Omar, le chef de la confédération sanhadja, son frère Abou Bekr qui devait lui succéder, et quelques notables, dont sept Gudâla. C’est ainsi que commença l’aventure almoravide* qui mena ces Berbères sahariens jusqu’à Alger et en Espagne[12].

Lorsque Abou Bekr, après la mort d’Ibn Yacine au combat, devint le chef suprême des Almoravides, la plupart des Gudâla se retirèrent de la confédération, non sans avoir, au préalable, participé à la prise et au pillage de Sijilmassa. Le gros de la tribu retourna au Sahara où les Gudâla combattirent les principautés nègres ou même des fractions lemtûna. Désormais les Gudâla séjournent au sud de la Séguiat el Amra. Ils résistent difficilement à la marche vers l’ouest des Dhawu Hassân qui les absorbèrent peu à peu. Aujourd’hui, il ne subsiste des Gudâla que deux petites fractions ne comptant chacune que quelques familles qui portent ce nom, l’une dans le Tiris, l’autre sur le territoire des Brâkna[12].

Zone de peuplement

L'estuaire du fleuve Sénégal est considéré comme la zone de peuplement originelle du Goudala, où ils vivaient de la pêche et de la capture des tortues. Ils extrayaient le sel près de l'île d'Awlil (aujourd'hui In-Wolalan) au nord de l'estuaire et contrôlaient le commerce transsaharien vers le sud du Maroc.

Selon Ibn Khaldûn, les Guezula constituaient l’essentiel du peuplement du Souss, région du Maroc, qui, au Moyen Âgeavait une extension considérable. Dans cette vaste province, ils étaient en concurrence d’abord avec les Lemtouna, leurs frères de race, ensuite avec des Arabes Ma’qil, les Dhawwu Hassan[13].

Au cours du XIVe siècle, la tribu Goudala a été trouvée dans le sud de Saguia el-Hamra. Plus tard, ils sont retournés en Mauritanie. Aujourd'hui, ils ont presque disparu et il ne reste que de petits groupes.

Guezoula notables

Toponymes

Notes et références

  1. G. Camps, « Gudâla/Guezula », Encyclopédie berbère, no 21, , p. 3223–3224 (ISSN 1015-7344, lire en ligne, consulté le 25 mars 2020)
  2. Africanus, Leo; Brown, Robert; Pory, John: The History and Description of Africa: And of the Notable Things Therein Contained. Cambridge University Press, 2010, p. 62 (ISBN 978-1-108-01289-8).
  3. UNESCO General History of Africa, Vol. IV: Josef Ki-Zerbo, ed.: D. T. Niane, UNESCO, 1984, p. 62 (ISBN 9780520066991).
  4. R. Benhsain and J. Devisse, Les Almoravides et l'Afrique occidentale xie-xiie siècle; Arabica T. 47, Fasc. 1 (2000), p. 1-36.
  5. Mohamed Meouak, La langue berbère au Maghreb médiéval: Textes, contextes, analyses, BRILL, (ISBN 978-90-04-30235-8, lire en ligne)
  6. 2004,  : 90, 92, (texte berbère) / 38 (traduction)
  7. « Bouguezoul dites-vous ? | El Watan », sur www.elwatan.com (consulté le 27 mars 2020)
  8. Farid Benramdane, « Toponymie, contact des langues et établissements humains dans la région de Tiaret : une approche diachronique », dans Trames de langues : Usages et métissages linguistiques dans l’histoire du Maghreb, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, coll. « Connaissance du Maghreb », (ISBN 978-2-8218-7413-8, lire en ligne), p. 369–385
  9. Farid Benramdane, « Complexe généalogique et déficit identaire structurel À partir de la lettre de Abdelkader Hadjar », Algérie Littérature, n°43-44, (lire en ligne)
  10. « L'interprétation généalogique de l’histoire nord-africaine pourrait-elle être dépassée ? », sur Mondeberbere.com (consulté le 27 mars 2020)
  11. « L'interprétation généalogique de l’histoire nord-africaine pourrait-elle être dépassée ? », sur Mondeberbere.com (consulté le 27 mars 2020)
  12. G. Camps, « Gudâla/Guezula », Encyclopédie berbère, no 21, , p. 3223–3224 (ISSN 1015-7344, lire en ligne, consulté le 25 mars 2020)
  13. G. Camps, « Gudâla/Guezula », Encyclopédie berbère, no 21, , p. 3223–3224 (ISSN 1015-7344, lire en ligne, consulté le 25 mars 2020)
  14. Farid Benramdane, « Espace, signe et identité au Maghreb. Du nom au symbole », Insaniyat / إنسانيات. Revue algérienne d'anthropologie et de sciences sociales, no 9, , p. 1–4 (ISSN 1111-2050, DOI 10.4000/insaniyat.8250, lire en ligne, consulté le 27 mars 2020)
  15. Pierre Cadenat, « Les gisements préhistoriques de Mesguida Tiaret (Algérie) », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 66, no 5, , p. 151–154 (DOI 10.3406/bspf.1969.10391, lire en ligne, consulté le 27 mars 2020)
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