Hôtel de Laloge

L'Hôtel de Laloge est un hôtel particulier de la ville de Dijon situé dans son secteur sauvegardé.

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Hôtel de Laloge de Dijon

Hôtel de Laloge
Type Hôtel particulier
Fin construction XVIIe siècle
Propriétaire actuel Privé
Protection  Classé MH (1979, escaliers)
 Inscrit MH (1979, façades, toitures, chambre)
 Patrimoine mondial (2015, Climats du vignoble de Bourgogne)
Coordonnées 47° 19′ 18″ nord, 5° 02′ 45″ est
Pays France
Région Bourgogne-Franche-Comté
Département Côte-d'Or
Commune Dijon
Géolocalisation sur la carte : Bourgogne
Géolocalisation sur la carte : France
Géolocalisation sur la carte : Dijon

Histoire

Il est inscrit partiellement (façades, toitures et chambre) au titre des monuments historiques depuis 1979 alors que les deux escaliers extérieurs sont eux classés cette même année[1].

DIJON (21) Hôtel de Laloge (voir la page d'accueil de Dijon)

Regardant le flanc gauche de l'église Saint-Michel, cette habitation de style classique est sans nul doute l'une des plus belles de la place. Faisant pour beaucoup, le superbe escalier conçu au début du XVIIe siècle nous ferait presque oublier que cette demeure existait déjà depuis plus d'un siècle au moment de ces travaux. En effet, bien qu'aucun document ne soit capable de remonter à cette époque, il semble pourtant que cette maison fut occupée dès la fin du XVe siècle par la famille La Verne. Jean La Verne, premier auteur connu de cette famille, naquit vers 1440. Devenu secrétaire du Roi puis procureur syndic de Dijon en 1499, il est possible qu'à cette occasion, il se soit fait construire une maison sur la place Saint-Michel. À sa mort, son fils Sébastien La Verne (vers 1465-après 1520) hérita de ces biens et occupa le poste de conseiller, notaire et secrétaire du Roi en la chancellerie de France. Marié à Pierrette Raviet, il eut de celle-ci deux fils et une fille qui firent de brillantes carrières. L’aîné, Bénigne La Verne fut conseiller au parlement en 1535 puis président de celui-ci en 1577. Créé chevalier en 1583, il reçut également les seigneuries de Magny, d'Athée et de la Chapelle d'Auvillars. Cependant, malgré son mariage avec Michelle Belrient, il resta sans enfants. Sa fortune passa donc à son frère Didier, enquêteur au bailliage de Dijon et à sa sœur Claudine La Verne au moment de sa mort. On sait grâce au fonds d'archives de la ville, que cette dernière avait fait procéder à des travaux d'alignement de la maison au moment de son mariage avec Jean IV Morelet en 1518. Ce document, visible aux archives départementales est d’ailleurs la seule source nous permettant d'établir avec certitude la présence des La Verne et des Morelet sur la place Saint-Michel en ce début du XVIe siècle. Habitant une maison d'angle au niveau du chevet de Saint-Michel, les Morelet occupaient divers postes à la chambre des comptes.


Armoiries de Jacques Laverne Jeton de mairie en cuivre, 1566 "HEC. DOMVS. EDIFICATVR. SAPIENTIA"

L'association de ce nom à celui des La Verne pour les travaux cités plus haut, montre que le jeune couple devait vivre au domicile des parents de la jeune mariée. Déménageant pour une autre maison, Claudine, laissa cette demeure à ces neveux et nièces, enfants de Didier La Verne. Au nombre de six, ceux-ci furent probablement élevés dans cette maison. Suivant des carrières assez diverses, ils devinrent homme d'armes et capitaine de la ville de Beaune pour Bénigne, greffier des États du comté d'Auxonne pour Gaspard, chanoine pour Sébastien et enfin avocat au parlement et maire de Dijon pour Jacques La Verne (vers 1516-1594). Ces frères ayant du quitter la ville pour des raisons professionnelles, Jacques se retrouva comme seul possesseur de la maison. Ayant commencé sa carrière comme avocat vers 1556, Jacques reçut ensuite la seigneurie d'Athée puis fut élu maire de Dijon en 1566. Réélu entre 1587 et 1588, il laissa sa place à Pierre Michel pour les années 1589 et 1590 puis redevient maire en . Payant, d’après les registres d'imposition de l'année 1576, la somme de 12 livres de taille pour sa maison située 17 place Saint-Michel, il aurait assisté avec sa femme à la pendaison d'Edme Chantepinot en octobre 1591 depuis les fenêtres de celle-ci. Condamné à mort, après s’être battu avec le maire en pleine rue, le pauvre Chantepinot aurait plus vraisemblablement fini étranglé en prison après un simulacre de procès. Quelle que soit la nature exacte de cette exécution, ce fait divers macabre montre à quel point le maire Jacques La Verne était d'un comportement violent et excessif. Ardent défenseur de la ligue, il appliqua impitoyablement les arrêts de la cour criminelle de la municipalité de Dijon afin de contrer les partisans du roi de Navarre. Lâchant le duc de Mayenne au profit du futur Henri IV, il fut accusé de trahison en 1594. Arrêté sur ordre du duc de Mayenne, il finit décapité le . Marié avec Anne Godran, il laissa trois fils et une fille. L’aîné prénommé Chrétien fut avocat et conseiller au parlement puis lieutenant de maire en 1593. Le second s'appelant Bénigne fut sieur de Morvault. Le dernier, Didier fut correcteur à la chambre des comptes en 1611.


Armoiries de la famille Requeleyne "D'azur à une toison d'or suspendue à une nuée d'argent surmontée de deux étoiles d'or"

Aucun d'entre eux n'ayant eu d'enfants, la demeure passa par le jeu des alliances à la famille Requeleyne qui en prit possession vers la fin du XVIe siècle. On sait par les registres de mariages que ceux-ci s'étaient liés avec les Laverne à deux reprises. La première fois au moment de l'union entre Jacques de Requeleyne et Jeanne La Verne (arrière-petite-fille de Jean, fondateur du nom). La seconde fois lors du mariage entre Henriette de Requeleyne et Didier La Verne (fils du maire Jacques La Verne). Très fragmentaire, la généalogie de la famille Requeleyne fait apparaître trois branches principales. Tout d'abord celle de Bénigne de Requeleyne dit le Jeune qui fut tanneur à Dijon. Mort en 1574 et marié à Nicole Joly, il eut pour fils un certain Jean de Requeleyne, marchand de son état (celui-ci donna naissance à Balthazar de Requeleyne, marchand tanneur qui eut à son tour une fille, Huguette de Requeleyne qui épousa Jean Monin). Jacques, l'autre fils de Bénigne, fut donc celui qui fit le lien entre les familles La Verne et Requeleyne. La seconde, à qui l'on doit la construction de l'escalier à rampe droite et la cheminée monumentale de style classique, semble remonter à Bénigne De Requeleyne, bourgeois de Dijon au début du XVIe siècle, qui épousa Marguerite Chasot. Vers la fin de ce même siècle, on retrouve parmi leurs descendants un certain Bénigne de Requeleyne dit Gobin (mort en ). Connu tout d'abord comme contrôleur du grenier à sel en 1583, celui-ci fut par la suite élu vicomte-mayeur en juin 1597 mais mourut d'une crise d'apoplexie quelques mois plus tard. À son décès, ses fils Jacques et Philippe lui succédèrent au poste de contrôleur puis à celui de receveur des gabelles. On leur doit en outre la construction au début du XVIIe siècle, du bel escalier de style classique qui orne la façade et la cheminée polychrome du premier.


Henri-Bernard de Roqueleyne, Baron de Longepierre Huile sur toile Portrait par François de Troy (1645-1730) Mrs. Meyer Sassoon, Pope's Manor, Bracknell, Berkshire

Probablement parent avec la seconde branche, celle dont est issu le baron de Longuepierre remonte à Michel de Requeleyne, bourgeois à Dijon qui épouse vers 1615, Guyette Canabelin. De cette union naquit Michel de Requeleyne, premier baron de Longuepierre qui fut conseiller du roi et maître en la Chambre des Comptes de Bourgogne jusqu'en 1674. C'est dans cette maison que ça femme Oudette de Mouhy donna naissance à l’écrivain Hilaire Bernard de Requeleyne, baron de Longepierre (le ). Promis tout d'abord à une carrière ecclésiastique, il se fit repérer encore très jeune pour ses écrits alors qu'il n'était qu'un élève au collège des Godrans. Cité dans les Enfants devenus célèbres par leurs études et par leurs écrits du père Adrien Baillet, il monta par la suite à Paris afin de parfaire son éducation. Commençant sa carrière avec des traductions en vers de poèmes érotiques grecs tels ceux d'Anacréon et de Sappho en 1684, il la poursuivit en traduisant les Idylles de Bion et de Moschus en 1686. Continuant cette série de traductions, il versifia par la suite sur Théocrite (1688) puis devenue très proche de Racine, se consacra à la tragédie. Écrivant tout d'abord Médée, en 1694, il continua avec Sésostris en 1695, puis écrivit Électre en 1702 et termina avec la Jérusalem délivrée, une tragédie lyrique exécutée en 1712. Malgré un certain manque de talent, il jouit néanmoins d'une bonne réputation et d'une grande fortune qui lui permit de devenir tout d'abord le précepteur du comte de Toulouse, puis celui du futur Régent du royaume. Devenu familier de la maison d'Orléans, il occupa le poste de secrétaire du duc durant la campagne de Piémont en 1706. Occupant par la suite le poste de secrétaire des commandements du duc de Berry en 1718, il mourut entouré de ses proches à Paris le . Marié en 1703 avec Marie Elisabeth Raince, il vécut une bonne partie de sa vie dans son hôtel du faubourg Saint-Honoré.

N'ayant pas d'enfants, et vivant la plupart du temps à Paris, Longuepierre laissa l'hôtel familial à son frère Bénigne de Requeleyne (mort après 1681). Vivant dans la demeure et souhaitant y trouver un certain confort, ce dernier fut probablement le commanditaire de la belle cheminée à hotte en bois ouvragé qui orne l'un des salons du premier. Titré lui aussi baron de Longuepierre et seigneur de Villeneuve et Chambegon, il fut conseiller du roi et maître ordinaire en la chambre des comptes de Bourgogne. N'ayant pas eu d'enfants de sa femme Bénigne de La Michodière (épousé en 1673), il décida alors de transmettre sa demeure à son oncle Pierre de Requeleyne (x 1690), secrétaire du Roi près le Parlement de Bourgogne, et à sa femme Martine Lescot. À nouveau, l'hôtel changea de main lorsque leur fille Marguerite Guyette de Requeleyne devint la femme (le ) du conseiller au Parlement de Bourgogne Jean Jehannin (x 1719). Leur fils, Philibert Jehannin, lui aussi conseiller au parlement, hérita de la maison à la mort de son père. Ne souhaitant pas la conserver, il préféra la vendre à son beau-frère Jacques Pelletier de Cléry le . Ne conservant cet hôtel que très peu de temps, ce dernier le revendit le de la même année au procureur à la cour Jean-Baptiste Regnault. Par voie de succession, l'immeuble passa ensuite à sa fille et à son gendre Jean-Baptiste Petitot. Son petit-fils, Bernard Petiot fut conseiller maître à la chambre des comptes. Ce dernier eut à son tour un fils, Claude Bernard Petitot (1772-1825), qui fut un grand littérateur et philologue français. Quittant Dijon pour vivre dans la capitale peu avant la Révolution française, il vendit l'immeuble à Claude de Laloge le .


Armoiries de la famille de Laloge "D'azur, à un ours d'or, accompagné en chef de trois pommes de pin du mesme." (Armorial général du Duché de Bourgogne, par Charles d'Hozier, 1696, Bibliothèque nationale de France)

Occupant le poste de conseiller au parlement depuis 1775, il acheta cette demeure et l'enrichie d'une très belle collection de tableau et d'objets anciens. Marié avec Anne Pérard en 1784, il a donné son nom à l'hôtel et mourut en 1836. Transmis à son fils Louis de Laloge (1785-1870), l'hôtel fut revendu par celui-ci en . Habité dès lors par l'ingénieur des mines Louis-Joseph Siraudin (1813-1885) et son épouse Hélène-Isaure Chagot (1824-1892), la demeure se dépouilla alors de ces collections qui furent conservées par Louis de Laloge jusqu’à sa mort. Cette collection fut par la suite vendue aux enchères et achetée par un amateur anglais. Devenue seul propriétaire de l'immeuble, la veuve Siraudin fit exécuter de nombreux travaux à la mort de son mari. Faisant appel à l'architecte Charles Suisse (1846-1906), elle transforma dans le goût néo-renaissance la façade donnant sur la rue Jeannin. Copiant l'escalier de la façade principale, Charles Suisse éleva une tourelle d'escalier ainsi qu'un perron et un escalier intérieur en bois daté de 1886. À la mort de la veuve Siraudin (1892), celle-ci n'ayant pas d’héritier, l'hôtel passa à son neveu Lionel de Gournay qui s'empressa de vendre ces biens au docteur Edmond Belin le de la même année. Conservé par ces enfants au début du XXe siècle, l'immeuble fut vendu à Madame Regnier et sa fille le . Classé au titre des monuments historique en 1979, l'hôtel appartient encore de nos jours à un particulier.



Édifiée au tout début du XVIIe siècle, cet escalier de style classique n'est pas sans rappeler l'escalier de l'hôtel de Saulx rue Vannerie ou celui construit par le maitre-maçon Helye Clamonet pour le duc de Bellegarde dans la cour du palais ducal. De structure identique mais dépourvue de décoration, il touche à l'est le mur pignon du no  15 de la place. Assez fonctionnel, cet escalier permet au moyen d'une rampe droite d’accéder au premier étage de l'hôtel. À l’extérieur, l’accès se fait au moyen d'une porte à fronton triangulaire s'appuyant sur de simple console et donnant directement sur la place. Constitué d'un ensemble de quatre arcs rampants reposant sur des piliers quadrangulaires, cet escalier est orné par de simples oculus et des moulurations soutenant une toiture rampante constituée d'ardoise. A hauteur d'homme, la balustrade à profils obliques permet de gagner l'étage noble de la demeure. Précédé par une cour, la façade principale s’élève sur deux niveaux de grande persienne dépourvue de décoration. Au niveau des combles, les trois lucarnes de style classique, s’agrémentent de fronton triangulaire et de volutes au niveau de la corniche.



Situé au 28 de la rue Jeannin, la façade postérieure de l'hôtel de Laloge fut entièrement refaite par Charles Suisse vers 1885. Plaçant sur le coté droit, une copie miniature de l'escalier de la place Saint-Michel, il décora celui-ci d'un oculus et se contenta d’élever une rampe droite à une seule arcade. Il ajouta également sur le côté opposé une tourelle à vis s'élevant sur deux niveaux. Munie d'une porte d'entrée à fronton triangulaire, cette tour est percée d'un ensemble de trois fenêtres et décorée d'un faux oculus bouché. Enfin, au centre, il plaça un petit escalier à balustrade conduisant à un perron. Soutenue par deux colonnes à chapiteaux corinthiens, la toiture qui le surmonte est percée d'un œil-de-bœuf décorée de palmette. En dessous, la clef pendante en bois sert de lien aux deux arcs partant des colonnes.

Privé de nos jours des collections que s'était constitué Claude de Laloge à la fin du XVIIIe siècle (notamment deux toiles de J-B Lallemand visible de nos jours au musée des beaux-arts de Dijon), l’intérieur conserve malgré tous deux superbes cheminées datant du début et du milieu du XVIIe siècle ainsi que des plafonds peints à la Française et des dessus de porte sculptés de la même période. Assez monumental, la première cheminée est décorée de guirlande et de rinceaux. Au centre, une niche abrite une statue de la Vierge à l'Enfant. De part et d'autre prennent place deux figures allégoriques figurant la paix et l'Abondance. Peintes à l'huile, ces figures rappellent les œuvres de Richard Tassel (1582-1660) et de Nicolas de Hoëy (1545-1615). Plus modeste, la seconde cheminée n'est pas sans rappeler Versailles et le Grand Siècle. Élevé un demi-siècle plus tard, elle est ornée d'une Charité en pierre. Placé au centre d'une hotte en bois décorée de guirlande, ce médaillon fait penser au travail de Jean Dubois.

Galerie

Notes et références

Voir aussi

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