Iko Iko

Iko Iko est une chanson de La Nouvelle-Orléans qui raconte la confrontation des parades de deux tribus d'Indiens de Mardi gras. La chanson, originellement intitulée Jock-A-Mo, a été écrite en 1953 par James "Sugar Boy" Crawford à La Nouvelle-Orléans. L'histoire raconte qu'un « Spy Boy » (c'est-à-dire le guetteur d'une des deux tribus) rencontre le « Flag Boy » (le porte-enseigne) d'une autre tribu et menace de mettre le feu à son étendard[N 1].

Crawford a mis les phrases chantées par les Indiens de Mardi gras en musique, il déclara n'avoir aucune idée de ce que les paroles signifiaient, mais que celles-ci étaient « chock-a-mo », et alors le président de Checker Records Leonard Chess, ayant mal saisi, écrivit « jock-a-mo » sur le disque[1].

Jock-A-Mo est la version originale de la chanson Iko Iko enregistrée par The Dixie Cups en 1965. Leur version est presque accidentelle : elles étaient en studio d'enregistrement à New York, quand elles commencèrent une version impromptue de Iko Iko accompagnées seulement de percussion jouée sur les cendriers du studio.

The Dixie Cups, qui avaient entendu leur grand-mère chanter Iko Iko[réf. souhaitée], n'en connaissaient pas les auteurs, c'est pourquoi les membres du groupe sont crédités : Barbara Ann Hawkins, sa sœur Rosa Lee Hawkins et leur cousine Joan Marie Johnson.

Après la publication de la version des Dixie Cups en 1965[2], le groupe et leur label Red Bird Records (en) ont été poursuivis en justice par James Crawford selon qui Iko Iko était la même chanson que son Jack-A-Mo[3]. La procédure se termina sur un arrangement (en) en 1967 aux termes duquel Crawford n'était ni l'auteur ni le propriétaire de Iko Iko[4], mais est crédité 25 % pour les exécutions publiques (par exemple à la radio) de Iko Iko aux États-Unis. Bien que la comparaison des deux chansons démontre qu'elles sont identiques, Crawford prit l'arrangement, fatigué d'années de procédure sans royalties. À la fin, il déclara : « Je ne sais même pas si je touche ce que je devrais. Je me dis juste 50 pour cent de quelque chose est mieux que 100 pour cent de rien. »[N 2],[1].

Dans les années 1990, les Dixie Cups réalisèrent que d'autres gens se réclamaient comme auteurs de Iko Iko. Leur ancien manager Joe Jones (en) et sa famille avaient déposé un copyright en 1991, alléguant qu'il avait écrit les paroles en 1963[5]. Joe Jones parvint à déposer Iko Iko hors d'Amérique du Nord ; c'est donc lui qui est crédité sur la bande originale de Mission impossible 2 en 2000[6]. Les Dixie Cups attaquèrent Joe Jones en justice, le procès se déroula à La Nouvelle-Orléans[7]. Le , le jury unanime affirma que les Dixie Cups étaient les seules parolières de Iko Iko et leur accordèrent plus d'argent qu'elles en demandaient[7]. La cour d'appel des États-Unis pour le cinquième circuit condamna Joe Jones en appel[8].

Interprétations

La chanson est régulièrement interprétée par des artistes de La Nouvelle-Orléans tels que The Neville Brothers, Larry Williams, Dr. John, The Radiators, Willy DeVille, Buckwheat Zydeco ou Zachary Richard, on l'entend souvent dans les rues et les bars de La Nouvelle-Orléans, particulièrement pendant le mardi gras.

Elle a été reprise par Cyndi Lauper, les Grateful Dead (qui en ont fait un incontournable de leurs spectacles depuis 1977), Cowboy Mouth (en), Warren Zevon, Long John Baldry, Dave Matthews & Friends, The Ordinary Boys, Glass Candy, et Sharon, Lois & Bram, Pow woW, entre autres. Amy Holland (en) a repris la chanson sur la bande originale du film K-9, Aaron Carter l'a reprise sur celle de The Little Vampire et en a fait un clip. The Dixie Cups l'ont interprété sur la bande originale de la Porte des secrets et la reprise par The Belle Stars figure dans les films Rain Man, Knockin' on Heaven's Door[9] et Very Bad Trip. Justine Bateman, Julia Roberts, Britta Phillips et Trini Alvarado l'interprètent dans le film de 1998 Satisfaction (en). Une version plus récente de Zap Mama, avec des paroles ré-écrites figure au générique de début de Mission impossible 2.

En 1965, Rolf Harris enregistra une version avec des paroles légèrement modifiées, en enlevant les références au « Flag Boy » et les autres régionalismes, tout en gardant une grande partie des paroles en créole louisianais et en faisant une sorte de scat absurde. Cette version rendit le chant populaire en Angleterre et en Australie dans les années 1960.

En 1967 Julie Dassin enregistra une version.

La version qui eut le plus de succès au Royaume-Uni est celle de Natasha England, qui atteignit le top 10 en 1982. Sa version, sortie la même semaine que celle de The Belle Stars, se vendit nettement mieux que la compétition. La version de The Belle Stars sortit aux États-Unis en 1988, où elle atteignit la 14e place au Billboard Hot 100 en , dépassant la version des Dixie Cups.

Paroles

Les linguistes et les historiens ont proposé de nombreuses origines au couplet apparemment absurde, qui laisse penser que les paroles proviennent d'un mélange culturel.

Selon le linguiste Geoffrey D. Kimball, les paroles de la chanson dérivent en partie de Mobilian Jargon (en), langue véhiculaire amérindienne morte, pidgin de Choctaw et de Chickasaw et utilisée par les Amérindiens du Sud-Est, les Afro-Américains et les colons Européens[10]. Dans cette langue, « čokəma fehna » (interprété comme « jockomo feeno ») est une phrase courante signifiant « très bien ».

Si le refrain est en créole louisianais, il peut se traduire comme suit :

En créole louisianais :

Ena! Ena!
Ekout, Ekout an deye
Chaque amour fi nou wa na né
Chaque amour fi na né

En français :

Eh là ! Eh là !
Écoutez, écoutez tous
Tout notre amour a fait naître un nouveau roi
Tout notre amour l'a fait arriver

En 2009, dans un article du magazine OffBeat (en), le linguiste social ghanéen Dr Evershed Amuzu affirme que le refrain est « certainement d'Afrique de l'Ouest »[N 3], témoignant de schémas sonores d'Afrique de l'Ouest. L'article note que la formule « ayeko », souvent doublée en « ayeko, ayeko » est courante chez les Akan et les Ewe — peuples des actuels Togo, Ghana et Bénin — et qui signifie « bravo » ou « félicitations »[11]. Ces deux peuples ont été largement vendus comme esclaves, souvent vers Haïti — qui servait d'étape vers la Louisiane. Les Ewes sont considérés comme ayant apporté la culture d'Afrique de l'Ouest en Amérique, et en particulier les rites Vaudou en Haïti et à La Nouvelle-Orléans.

Le musicologue Ned Sublette (en) a soutenu l'idée que le refrain plonge ses racines dans la culture des esclaves d'Haïti, considérant que les rythmes des Indiens de Mardi gras sont impossibles à distinguer des rythmes Kata haïtiens. Il note également que « Yaquimo » est un nom répandu chez les Taïnos, qui habitaient Haïti au début de la traite des esclaves[11].

En 1991, Dr Sybil Kein proposa, lors d'une conférence à la New Orleans Social Science History Association, une traduction du refrain à partir du yoruba et du créole :

Langue de code !
Dieu veille
Jacouman provoque, nous serons émancipés
Jacouman l'exhorte, nous allons attendre[N 4],[12].

Notes et références

Notes

  1. « set the flag on fire. »
  2. « I don’t even know if I really am getting my just dues. I just figure 50 percent of something is better than 100 percent of nothing. »
  3. « definitely West African »
  4. En anglais : « Code language!
    God is watching
    Jacouman causes it; we will be emancipated
    Jacouman urges it; we will wait.
    »

Références

  1. (en) Jeff Hannusch, « James “Sugar Boy” Crawford », OffBeat, La Nouvelle-Orléans, (ISSN 1090-0810, lire en ligne)
  2. (en) Iko Iko - The Dixie Cups sur AllMusic
  3. (en) U.S. District Court for the Southern District of New York, « SDNY CM/ECF Version 3.1.1 - Docket Report »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogle • Que faire ?)
  4. (en) « Iko Iko. w & m Rosa Lee Hawkins, Barbara Anne Hawkins & Joan Marie Johnson », United States Copyright Office (consulté le 7 janvier 2014)
  5. (en) « Iko-Iko / words & music by Joe Jones, Sharon Jones, Marilyn Jones, Jessie Thomas. », United States Copyright Office (consulté le 7 janvier 2014)
  6. (en) Heather Phares, « Mission Impossible 2 [Original Score] », sur AllMusic, (consulté le 9 août 2012)
  7. (en) U. S. District Court for the Eastern District of Louisiana, « case:00-civ-03785 », Ecf.laed.uscourts.gov, (consulté le 22 novembre 2011)
  8. (en) « United States Court of Appeals - Fifth Circuit - FILED - August 29, 2003 - Charles R. Fulbruge III - Clerk », (consulté le 9 août 2012)
  9. Knockin' on Heaven's Door (1997) - Soundtracks
  10. (en) Emanuel J. Drechsel, « Mobilian Jargon : Linguistic and Sociohistorical Aspects of a Native American Pidgin », Language in Society, Oxford, Clarendon Press, vol. 27, no 2, , p. 249
  11. (en) Drew Hinshaw, « Iko Iko: In Search of Jockomo », OffBeat, La Nouvelle-Orléans, (ISSN 1090-0810, lire en ligne)
  12. (en) « “Iko Iko” — traditional New Orleans Mardi Gras Indian call and response song » (consulté le 7 janvier 2014)
  • Portail de La Nouvelle-Orléans
  • Portail de la musiquesection Chanson
Cet article est issu de Wikipedia. Le texte est sous licence Creative Commons - Attribution - Sharealike. Des conditions supplémentaires peuvent s'appliquer aux fichiers multimédias.