Jean-Jacques Le Veau

Jean-Jacques Le Veau est un dessinateur et graveur au burin français né à Rouen le , qui vécut rue Saint-Jacques (face au collège du Plessis) à Paris où il est mort en .

Jean-Jacques Le Veau
Jean-Jacques Le Veau, Vieux palais de Rouen
Naissance
Décès
Avril 1786
Paris
Nom de naissance
Jean-Jacques André Le Veau
Nationalité
Française
Activité
Maître
Lieux de travail
Mécènes
Père
Jean-Jacques Le Veau
Mère
Marie-Marthe Catelin
Conjoint
Marie-Geneviève Deny
Enfant
Victoire Le Veau, graveur (1766-?), Alexandre Le Veau (1768-?)
Distinctions

Biographie

L'église Saint-Maclou où Jean-Jacques fut baptisé le 10 janvier 1729

Enfant pauvre et « souffreteux »

Jean-Jacques André Le Veau naît rue Malpalu, voie donnant sur l'église Saint-Maclou de Rouen, du mariage de Jean-Jacques Le Veau, « pauvre cordonnier »[1], et de Marie-Marthe Catelin. D'une venue au monde constituant « une charge onéreuse pour ses misérables père et mère », de surcroît d'une santé « affectée de maux cruels (une constitution débile et souffreteuse) », le tout jeune enfant voit ses soins confiés aux religieuses de la charité de l'hospice de la Madeleine (rue du Change, au sud de la Cathédrale de Rouen)[1].

Louis-Jacques Cathelin, Jacques-Philippe Le Bas, d'après Charles-Nicolas Cochin

Élève et précepteur à la fois

Les dispositions du jeune Jean-Jacques Le Veau pour le dessin se révélant très rapidement, en particulier à l'hospice de la Madeleine où son dessin à la plume reproduisant un tableau dédié à Sainte Marie-Madeleine est remarqué[2], il devient, après avoir été en 1744 apprenti en passementerie, vers 1746 l'élève de Jean-Baptiste Descamps à l'école de dessin gratuite de la ville de Rouen[3], puis est en 1748 placé par ce maître en apprentissage, plus artisanal qu'artistique, chez un graveur en argenterie du nom de Couvel de qui il apprend le travail du métal par le burin. En même temps, Jean-Jacques Le Veau obtient par les relations de Descamps d'être le précepteur en dessin, avec rémunération, de jeunes filles rouennaises de « bonnes familles » (les Rolland, les Blondel et surtout les Duhamel, Madame Duhamel, « qui aimait à faire le bien »[2], le plaçant sous sa bienfaisante protection). Si la santé de Jean-Jacques est pourtant encore désastreuse (« dévoré d'écrouelles » diagnostique-t-on[1]), le prélèvement d'esquilles de l'os et de la cuisse par le chirurgien rouennais Bonamy[1] le conduit cependant, au terme d'une nouvelle convalescence à l'hospice de la Madeleine, à une définitive guérison. Il exécute alors, sous la direction de Descamps, ses premières gravures d'interprétation (des portraits d'après Gérard Edelinck, dont celui de Philippe de Champaigne). De cette époque, la Bibliothèque nationale de France conserve son Clair de lune gravé en 1748 ainsi que ses ex-libris pour Brunon et Jouvencel qui sont les plus anciens témoignages de sa vocation[1]. L'école de dessin gratuite lui attribue un Prix de bon copiste en 1750[1].

De Descamps à Le Bas

« Le réseau amical de Jean-Baptiste Descamps joue un rôle de premier plan, évoque Frédéric Morvan-Becker[3], et c'est dans les meilleurs ateliers parisiens et tout particulièrement celui de Jacques-Philippe Le Bas, qu'il envoie ses élèves les plus brillants ». L'amitié connivente entre Jacques-Philippe Le Bas - associé-correspondant de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen et dont l'atelier de la rue de la Harpe est en soi « la véritable académie et la grande pension de la gravure contemporaine »[4] - et Jean-Baptiste Descamps est attestée tant par leur correspondance soutenue que par leur collaboration (la Visite au Havre de Louis XV et de Madame de Pompadour en 1749, le frontispice de la Vie des peintres flamands, allemands et hollandais en 1753, sont des interprétations par Le Bas des dessins de Descamps)[3]. Jean-Jacques Le Veau qui est bien, confirme Charles de Robillard de Beaurepaire, « l'un des élèves que Descamps s'appliquait à encourager en devinant leur talent et en n'épargnant rien pour les tirer de l'obscurité »[5], quitte de la sorte Rouen pour Paris, soutenu en cela par un fort concours financier de sa reconnaissante élève Marie-Françoise Rolland (1729-1756) et de son mari Antoine Le Couteulx de Verclives (1722-1810), échevin et futur maire de Rouen[6], et va devenir « un des bon élèves de Jacques-Philippe Le Bas »[7].

Chez Jacques-Philippe Le Bas

Si les quatre années de séjour de Jean-Jacques Le Veau chez Jacques-Philippe Le Bas - « le maître fournissait du travail à l'année en même temps que logement et nourriture »[1] et notre artiste y retrouve d'autres Rouennais comme Noël Le Mire et Jacques Bacheley - ne sont pas datées avec précision, Jules Hédou est crédible en les situant entre 1750 et 1754.

Si François-Charles Joullain, ami et premier biographe de Jacques-Philippe Le Bas, s'enchante de voir en l'atelier de ce dernier une autre « école gratuite »[8], Frédéric Morvan-Becker évoque pour sa part une véritable entreprise à vocation industrieuse, organisée pour constituer et rassembler un fonds de planches « au service de commanditaires aussi divers que les libraires, les savants, les médecins, les architectes et les ingénieurs » et à vocations tant décoratives que pédagogiques[3]. Si Edmond et Jules de Goncourt restituent un « joyeux atelier sous ce joyeux maître rond, bonhomme et narquois, une bonne école et une bonne famille où les élèves étaient comme les fils adoptifs de la maison ouvrière, où le patron ne s'épargnait pas à l'ouvrage et demandait que chacun piochât le cuivre comme lui et où, le travail fini, l'hiver, une estrade s'improvisant pour les violons, on dansait dans l'atelier démeublé »[4], il ne s'y trouve pas moins une manufacture où la division du travail est rigoureusement organisée et où les œuvres, signées Le Bas direxit, occultent les noms de leurs vrais auteurs (au soir de sa vie, Jean-Jacques Le Veau revendiquera sa paternité sur des estampes ainsi signées[1]) , assimilés ainsi par le maître à des techniciens exécutants de l'image plutôt qu'à des créateurs en devenir[3].

Au terme de ces quatre années, attestant ainsi qu'il voit en Jean-Jacques Le Veau « un de ses bons élèves »[7], Jacques-Philippe Le Bas lui propose, à l'instar de Noël Le Mire avant lui, la somme très confortable de 600 livres par an pour prolonger indéfiniment son séjour rue de la Harpe. Notre artiste y souscrit pour une durée qui n'est pas précisément connue, jusqu'à un retour temporaire à Rouen qui, selon Jules Hédou, marque authentiquement le début de sa carrière artistique personnelle, avec la réalisation de quatre gravures d'interprétation que pour la première fois il signe de son nom, Vue du Fort Lillo sur l'Escaut et Vue du canal d'Ypres à Furnes d'après Aernout van der Neer, Port de Flessingue et L'Arrivée à Flessingue d'après Bonventura Peeters[1].

J.-J. Le Veau sculpsit

Plan de Turgot, La rue Saint-Jacques à hauteur du collège du Plessis

De retour à Paris où il s'installe rue Saint-Jacques, face au collège du Plessis (ayant de la sorte pour proches voisins un maître, Laurent Cars, et un ami rouennais, Noël Le Mire, son ancien condisciple de la rue de la Harpe), Jean-Jacques Le Veau procède au tirage et à la vente des quatre estampes issues de ses premières planches rouennaises. L'assistance apportée à Le Mire dans la préparation des planches de celui-ci pour les Métamorphoses d'Ovide (Roger Portalis et Henri Béraldi citent dans les Métamorphoses la vignette du Printemps, qui est de Le Veau, comme étant « un chef-d'œuvre »[9]), la pré-gravure de paysages que Le Mire anime de scènes de genre avant de les signer (Plus tard, là aussi, Le Veau revendiquera comme entièrement sienne une Vue du reste d'un temple de Vénus dans l'île de Nisida revêtue en 1761 du seul nom de Le Mire), apportent à notre artiste l'aisance financière lui permettant de conforter l'espace où il vit et où il va à son tour enseigner la gravure[1]. De son mariage vers 1765 avec Marie-Geneviève Deny, sœur de ses élèves Martial et Jeanne Deny, naissent trois enfants : le Victoire, la fille aînée qui sera également graveur[7], le Alexandre[10], enfin une fille évoquée par Jean-Baptiste Haillet de Couronne et dont nous ne savons rien[2].

Jean-Jacques Le Veau est reçu à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen en 1775.

Travailleur acharné de jour comme de nuit, c'est à l'âge de 57 ans que Jean-Jacques Le Veau s'éteint, « épuisé de fatigue »[1]. Dans l'importante correspondance de son ami Charles-Nicolas Cochin, on trouve cette lettre adressée le à Jean-Baptiste Descamps : « Vous savez que le pauvre Le Veau est mort et laisse une femme dans l'embarras et peut-être chargée d'enfants »[11].

Tout porte à croire que Jean-Jacques Le Veau a été inhumé aux charniers de sa paroisse, en l'église Saint-Benoît-le-Bétourné dont, à la démolition de celle-ci en 1831, les ossements ont été transférés aux catacombes.

Œuvres

Jean-Jacques Le Veau, Pandore (Œuvres de Voltaire) d'après Jean-Michel Moreau, 1783.

Contributions bibliophiliques (ordre chronologique)

Artistes interprétés (ordre alphabétique)

Jean-Jacques Le Veau, Le Juge ou la cruche cassée, d'après Philibert-Louis Debucourt.

Élèves

Musées et collections publiques

France

Autriche

Italie

Pays-Bas

Pologne

Suisse

  • Bibliothèque de Genève, Collection complète des œuvres de J. J. Rousseau, citoyen de Genève.

Canada

États-Unis

Collections privées

Références

  1. Jules Hédou, J.-J.-A. Le Veau, sa vie, son œuvre (1729-1786), chez Noël Charavay et A. Durel, 1903.
  2. Jean-Baptiste Haillet de Couronne, « Éloge de Jean-Jacques Le Veau », in Gosseaume, Précis analytiques des travaux de l'Académie de Rouen, Rouen, 1821.
  3. Frédéric Morvan-Becker, L'école gratuite de dessin de Rouen, ou la formation des techniciens au XVIIIe siècle, université de Paris-VIII, 2010.
  4. Les frères Goncourt, L'art du XVIIIe siècle, vol.III, Charpentier, Paris, 1881-1882.
  5. Charles de Robillard de Beaurepaire, Recherches sur l'instruction publique dans le diocèse de Rouen, Éditions P. Huet, Évreux, 1872, page 179.
  6. Michel Zylberberg, Capitalisme et catholicisme dans la France moderne : la dynastie Le Couteulx, Publications de la Sorbonne, Paris, 2001.
  7. Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, tome 8, page 592.
  8. François-Charles Joullain, Notice sur la vie et les ouvrages de Le Bas, manuscrit, Bibliothèque nationale.
  9. Baron Roger Portalis et Henri Béraldi, Les Graveurs du XVIIIe siècle, Damascène Morgand et Charles Fatout, 1881, tome second, pages 697-709.
  10. Henri Herluison, Actes d'état civil d'artistes français, peintres, graveurs, architectes, etc..., Slatkine Reprints, Genève, 1972.
  11. Christian Michel, « Lettres adressées par Charles-Nicolas Cochin à Jean-Baptiste Descamps, 1757-1790 », Correspondances d'artistes des XVIIIe et XIXe siècles, Archives de l'art français, Société de l'histoire de l'art français, Éditions Jacques Laget, Nogent-le-Roi, 1986, tome XXVIII, page 78.
  12. Académie des Lyncéens, Jean-Jacques Le Veau dans les collections
  13. Palais du musée des bains royaux de Varsovie, Jean-Jacques Le Veau dans les collections
  14. École nationale supérieure des beaux-arts, Jean-Jacques Le Veau dans les collections
  15. Musée Carnavalet, Jean-Jacques Le Veau dans les collections
  16. Metropolitan Museum of Art, Jean-Jacques Le Veau dans les collections
  17. Dictionnaire Bénézit, Deny, Gründ, 1999, tome 4, page 454.
  18. Base Joconde, Jean-Jacques Le Veau dans les musées nationaux
  19. San Francisco De Young Museum, Jean-Jacques Le Veau dans les collections
  20. National Gallery of Art, Jean-Jacques Le Veau dans les collections

Bibliographie

Liens externes

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