Jean V de Bruges

Jan V van Brugge, heer van Gruuthuse, (seigneur de La Gruuthuse à Bruges) est né en Flandre à Bruges vers 1458 et mourut à Abbeville, en 1512, était un noble flamand au service du duc de Bourgogne puis du roi de France.

Jean V de Bruges

Eglise de Montmirail (Sarthe) Jean V de Bruges de La Gruthuse

Naissance après 1455
Décès 1512
Origine flamande
Allégeance duc de Bourgogne puis roi de France
Grade Grand-Maître des Arbalétriers de France - Capitaine du Louvre. Sénéchal d'Anjou
Distinctions Chevalier de Saint-Michel
Autres fonctions Chambellan du roi de France, Gouverneur de Picardie
Famille père :Louis de Gruuthuse

Biographie

Famille

Palais Gruuthuse à Bruges. Statue équestre représentant Lodewijk van Gruuthuse. (Louis de La Gruthuse)

Jean de Bruges était le fils du fameux mécène Louis de Gruuthuse qui fut stathouder de Hollande, Frise et Zélande, célèbre bibliophile flamand qui fit appel au talent de l'enlumineur Colard Mansion, et de Margaretha van Borselen, dame de Veere. Sa mère Marguerite de Borsele était la fille de Henri II de Borsèle, amiral de Hollande et chevalier de la Toison d'Or, et la sœur du maréchal Jean de Borssele. Le , l'une de ses sœurs Jeanne de La Gruthuse, épousa Jacques II comte de Hornes et fut inhumée en 1502 dans l'église des Cordeliers de Malines. Descendant d'une vieille famille patricienne brugeoise, affiliée aux Van der Aa, Il était à Bruges seigneur de La Gruuthuse, en Flandre seigneur d'Espierres, châtelain de Rupelmonde, Avelghem, Oostkamp, Berchem, Haemstède, Beveren, châtelain de Gand, Thielt, etc., prince de Steenhuyse, et en Angleterre Comte de Winchester. La devise des seigneurs de La Gruthuyse accompagnée de deux bombardes était : "Plus est en vous".

Premier mariage

Il épousa vers 1470 Marie d'Auxy, fille de Jean IV d'Auxy, ber ou baron d'Auxy, sénéchal et gouverneur du Ponthieu, Chevalier de la Toison d'or en 1445, dont il n'eut qu'une fille unique Marguerite de Bruges La Gruthuse, qui épousa en 1494 Jacques II de Luxembourg-Fiennes (petit-fils de Thibaut de Luxembourg-Brienne-St-Pol), seigneur de Fiennes et d'Armentières, comte de Gavre, chevalier de la Toison d'or.

Deuxième et troisième mariages

Veuf, Jean de Bruges de La Gruthuse se remaria en 1479 avec Renée de Bueil, fille d'Antoine de Bueil et nièce de Louis XI, qui lui donna en 1480 la seigneurie d'Ussé en Anjou.

Il se remaria en troisièmes noces en 1505 avec Marie de Melun d'Epinoy, originaire du Tournaisis, fille cadette de Jean III de Melun baron d'Antoing et d'Isabelle de Luxembourg, dame de Richebourg en Artois et fille de Jacques. Au moment de son mariage, Marie de Melun avait hérité en Perche-Gouêt des anciens fiefs ayant appartenu à son malheureux grand-oncle le connétable Louis de Luxembourg-Saint-Pol, injustement condamné à mort. Marie de Melun devenant en Perche-Gouêt dame des baronnies de Montmirail,d'Authon et de La Basoche-Gouêt , faisait ainsi de Jean de Bruges son Ier mari, un seigneur de la province du Maine.

Au retour de leur mariage à Bruges en , le maïeur (maire) et le conseil des échevins de la ville d'Amiens décidèrent d'offrir à l'occasion de ce mariage un patenôtre (chapelet) en or fin valant plus de 600 écus d'or à madame de La Gruthuse (Marie de Melun), troisième épouse du gouverneur de Picardie.

Afin d'immortaliser l’événement, Jean de Bruges sire de La Gruthuse, nouveau seigneur de Montmirail en Perche-Gouët (fief de sa nouvelle épouse) qui fit remanier l'église Saint-Jean-Baptiste, se fit représenter avec son épouse sur un superbe vitrail renaissance exécuté en 1506, où il figure agenouillé et priant, son armure revêtue d'un riche tabar, décoré de ses armoiries.

Les enfants de Jean de Bruges

De ce troisième mariage naquirent trois enfants :

  • Louis II et Anne qui mourront à 20 et 23 ans, et René de Bruges. À la mort de leur père à Abbeville, Marie de Melun les confia en tutelle à deux magistrats échevins de la ville de Bruges, puis en 1513 elle se remaria à Messire Jacques II de Chabannes de La Palice (Monsieur de La Palice, le maréchal de La Palice).
  • Jean V de Bruges eut également un fils naturel, Guillaume de La Gruthuze, qui fut abbé commendataire à l'abbaye de Saint-Crépin-Les-Soissons, prieur de Quierzy et prieur de Saint-Côme-du-Mont en Normandie.
  • Des trois enfants issus de son troisième mariage avec Marie de Melun, seul son fils aîné Louis II de Bruges-La Gruthuse, gentilhomme ordinaire à la cour du roi François Ier, servit la France succédant en 1514 à son père comme capitaine d'Abbeville et sénéchal d'Anjou. Le jeune seigneur de La Grutthuse s’enrôla en 1521 dans la compagnie du maréchal de La Palice, alors son beau-père. En 1525 lors de la désastreuse bataille de Pavie qui vit la capture du roi François Ier et la mort glorieuse du maréchal de La Palice par les Impériaux, le jeune Louis de Bruges qui accompagnait son beau-père, fut au nombre des prisonniers de guerre. Moyennant le paiement d'une rançon, probablement payée par sa mère Marie de Melun (seconde épouse de M. de La Palice), le jeune Gruthuse fut libéré. Mais en Italie la guerre reprenant sans cesse, infortunément, le jeune Louis de Bruges seigneur de la Gruthuse (25 ans) qui participa en 1528 au siège de Naples lors de la septième guerre d'Italie fut au nombre des chevaliers morts[1] appartenant à la compagnie d'Odet de Foix, maréchal de Lautrec. Louis II de Bruges qui était resté célibataire, n'eut aucune descendance.
  • Contrairement à son frère aîné Louis II, René de Bruges dernier descendant mâle de la maison de Bruges, ne se mit pas au service de la France , mais resta fidèle comme ses ancêtres à la Maison de Habsbourg. Il se maria en 1552 à Béatrice de la Chambre-Seyssel (Savoie), demoiselle d'honneur de la reine Catherine de Médicis. René de Bruges qui eut plusieurs seigneuries en France héritées de son père, eut une vie des plus dissolues, qui finit par ruiner l'immense fortune accumulée par les seigneurs de Bruges La Gruthuze. De son mariage avec Béatrice de La Chambre, un seul enfant naitra de cette union :

Au service du duc de Bourgogne

Portrait de Jean V de Bruges de La Gruthuse, capitaine du château de Lille, par le médailleur Jehan de Candida. ( XVe )

Jean V de Bruges La Gruthuze, capitaine et écoutète de la ville de Bruges, fut le chambellan du duc de Bourgogne et son Stathouder en pays de Flandre et de Zélande maritime. Considéré comme un des plus riches seigneurs des Pays-Bas bourguignon, Jehan de La Gruthuse fut Grand Veneur de Flandre et capitaine du château de Lille en 1477. Après la mort de Charles le Téméraire en 1477, il fut fait chevalier par Maximilien Ier (empereur des Romains) juste avant la bataille de Guinegatte (1479) où il fut fait prisonnier par l'armée du roi Louis XI. Le chroniqueur Philippe de Commynes mentionna dans ses Mémoires que ledit seigneur de La Gruthuse fut amené à Loches avec plusieurs autres seigneurs captifs, et fut mis aux fers :

« Aultresfois avoit faict faire, à des Allemans, des fers très pesans et terribles, pour mettre aux pieds : et estoit ung anneau pour mettre au pied seul, malaysé à ouvrir, comme ung carcan, la chaine grosse et pesante, et une grosse boulle de fer au bout, beaucoup plus pesante qu'il n'estoit de raison ne qui n'appartenoit, et les appeloit l'on les fillettes du Roy. Toutesfois j'ay veu beaucoup de gens de bien prisonniers les avoir aux pieds, qui depuis en sont sailliz à grant honneur et à grant joye et qui depuis ont eu de grans biens de luy; et, entre aultres, ung filz de Monseigneur de La Gruthuse, de Flandres, prins en bataille, lequel ledict seigneur maria et feit son Chambellan et Séneschal d'Anjou et luy bailla cent lances. »

Au service du roi de France

Sénéchal d'Anjou

Fort heureusement Jean de Bruges ne connut au château de Loches, que pour une courte période, l'emprisonnement dans les geôles de Louis XI, asservi dans les terribles fillettes du roi. Rentré en grâce, Jean de Bruges, passa au service du roi de France Louis XI, fut nommé par celui-ci son conseiller et Grand-Chambellan de France, et le roi lui fit épouser sa propre nièce Renée de Bueil, fille naturelle d'Agnès Sorel. À l'occasion de ce mariage, le roi lui fit don du revenu des greniers à sel de Caen, de Caudebec, d'Honfleur , de Lisieux et de Bellesme ainsi que d'une rente de 4 000 livres. Le roi le nomma également sénéchal royal d'Anjou en 1481. Peu de temps après avoir été investi de sa charge de sénéchal royal d'Anjou, le roi Louis XI le nomma également le , capitaine de la ville d'Angers.(Gallia Régia. Tome I , page 129).

Gouverneur de Picardie

Arleux au début du XVIe siècle. Albums de Croÿ, gouache d'Adrien de Montigny.
Le château du Louvre au XVe siècle, d'après les enluminures du manuscrit des Très Riches Heures du duc de Berry

Hormis la Flandre ou la Zélande Jean de La Gruthuse eut de nombreuses seigneuries en France , lequel fut seigneur de : Famechon, de Flers, de Bazentin, de Mézières, de Namps, de Montmirail, d'Ussé, de Zoteux, de Brucamp, de Frohen et d'Auxi-le-Château[3] etc. En 1498 il fut nommé Grand-Maître des arbalétriers de France par Charles VIII qui lui donna par lettres du le titre de capitaine du château du Louvre. Toujours en cette même année, le , pour le récompenser de sa fidèlité le roi Louis XII lui décerna le jour de son sacre à Reims le collier de chevalier de Saint-Michel. Conservant diverses seigneuries dans les Pays-Bas bourguignons, et bien que servant les intérêts du roi de France, Jehan de La Gruthuze fit peindre en 1502 par un maître anonyme, une superbe toile appelée La Bannière des Lépreux, tableau qu'il offrit à l'Hôpital Saint-Jean de la ville de Bruges.

En Picardie, dans la vallée des Évoissons, l'ancienne et imposante forteresse de Famechon-sous-Poix[4] aux dix-sept tours, château qui avait jadis vaillamment résisté aux Anglais, était devenue la résidence habituelle des gouverneurs de Picardie. En 1504, Jean V de Bruges devint gouverneur de la Picardie[5] et résida hormis son hôtel d'Abbeville principalement au château de Famechon. Cette résidence principale au château de Famechon-sous-Poix du gouverneur de Picardie , se trouve confirmée dans une lettre[6] de Jean La Gruthuse lui-même datée du . Dans ce document extrait des archives de l'Hôtel de ville d'Amiens , Jean de Bruges demanda aux maïeurs et échevins de la ville d'Amiens, de bien vouloir venir par devers lui en son château de Famechon, où il les chargea d'une mission auprès du roi. Précédemment ,par lettres patentes du , Louis XII lui fit don du comté de Guînes, et des seigneuries de Crèvecœur, des Alleux ou d'Alleux en Pailluel/Puelle (Arleux, Palluel) et de Saint-Souplet, anciennes possessions du Grand Bâtard Antoine de Bourgogne (et avant les Bourgogne-Valois : aux rois Valois, Philippe VI ayant acquis ces fiefs vers 1337/1340 à Béatrix de Châtillon veuve de Jean de Termonde). Hormis son Hôtel d'Abbeville, en 1507 Jean de Bruges habitait également dans son Hôtel du Petit-Saint-Vincent à Laon, une des demeure du gouverneur de Picardie.

En Ponthieu il fit construire à Abbeville le superbe Hôtel de La Gruthuse qui accueillit deux ans après sa mort le mariage du roi Louis XII et de Marie d'Angleterre (1496-1533), le . Ruiné par la maladie, Jean de Bruges mourut en son hôtel d'Abbeville le . Au lendemain de sa mort, l'office de Gouverneur général de la Picardie et le comté de Guînes furent donnés en 1512 à son parent d'origine flamande Louis de Halluin (Hallwin)[Note 1].

Jean de Bruges commanditaire de La Bannière des Lépreux.

Jean V de Bruges de La Gruthuse Comte de Winchester , bien que servant les intérêts de la Couronne de France en ce début du XVIe siècle, n'en renia pas pour autant ses racines flamandes. En ce début de l'an 1502 , il fut le commanditaire d'une sorte de grand retable peint sur toile dénommé La Bannière des Lépreux , oeuvre qu'il offrit

Un bienfaiteur de l'abbatiale de Saint-Riquier.

Selon sa volonté, Jean de Bruges fut inhumé dans l'abbatiale de Saint-Riquier[7] qu'il avait grandement contribué à relever et à embellir après le grand incendie de 1475 et où l'on peut encore voir son tombeau mutilé, le seul qui subsista contrairement à ceux des abbés qui furent détruits.

Les obsèques de Jean de La Gruthuse furent célébrées dans l'abbatiale par son parent François de Halvyn, fils de Louis de Halluin , d'une ancienne famille originaire de la Flandre wallonne (Flandre wallonne), passée au service du roi de France. Dans la majestueuse chapelle de la Vierge qu'il fit construire dans l'abbatiale de Saint-Riquier, se trouve une statue représentant Sainte-Marie l’Égyptienne, statue où se distingue encore sur la corniche le blason de ses armoiries. Face aux diverses chapelles rayonnantes, dans le déambulatoire, au-dessus de son tombeau en pierre noire de Tournai, on peut encore lire de nos jours son épitaphe ainsi gravée dans le marbre :

« Ici gist Messire Jehan de Bruges, Prince de Steennhuyse, seigneur de La Grutuze, Chevalier de l'ordre, Gouverneur et Lieutenant général du Roy ès pays de Picardie, etc Capitaine de Cent lances d'armes; il trépassa à Abbeville, en l'an mille Vc et XII , et fut grand et redoutable seigneur. »

Notes et références

Notes

  1. Louis de Halluin, seigneur de Piennes , de Bugenhoult et de Maignelay , lequel en 1480 lors du siège de Saint-Omer où il fut fait prisonnier, il entra comme Jean de Bruges au service du roi de France. Louis de Halluin (en flamand : Hallewijn) avait épousé en 1475 Jeanne de Ghistelles, fille de Jean III de Ghistelles seigneur d'Esquelbecq, grand veneur de Flandre et de Jeanne de Bruges de La Gruthuse, de qui il eut 6 enfants, dont l'évêque d'Amiens. Françoise de Halluin dernière des filles de Louis de Halluin se maria le 30 Avril 1504 à Louis de Roncherolles gouverneur des villes de Peronne, Roye et Montdidier. En souvenir de cette union, les époux se firent représenter sur un superbe vitrail dans la chapelle du Sacré-Coeur (baie 25) de l'église Saint-Étienne de Beauvais. Exécuté en 1522 par le maître verrier Engrand Leprince, le très beau vitrail dit des Roncherolles reproduisit pour la généalogie héraldique de l'épouse, le blason de la famille des de Bruges de La Gruthuse. Dès son entrée au service du roi Louis XII, Monsieur de Piennes participa à la plupart des campagnes d'Italie du roi et mourut le 12 Décembre 1519. Voulant sans doute récompenser quelques méritantes familles de la noblesse picarde, le roi attribua par Lettres patentes données à Blois le 19 Août 1512 à messire Andrien de Hangest, seigneur de Genlis, la charge de capitaine du Château du Louvre, en remplacement de feu M. de La Gruthuse.

Références

  1. L'Impôt du Sang, ou la Noblesse de France sur les Champs de Batailles. par Jean-François d'Hozier. Tome IIe - ( M. de La Gruture. page 192 ) Edition Le Cabinet Historique. Paris. 1876 - Idem : Chroniques de Martin du Bellay
  2. http://jeanmichel.guyon.free.fr/monsite/histoire/cdc/lapalice.htm
  3. Aline Magnien (sous la direction de), Saint-Riquier - Une grande abbaye bénédictine, Paris, Éditions Picard, 2009 (ISBN 978-2-7084-0820-3) p. 47
  4. Famechon et ses Seigneurs par l'Abbé Olive.
  5. http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Bueil.pdf p. 4
  6. Recueil des Monuments inédits de l'Histoire du Tiers-Etats. - IIe Série - Région Nord - IIe Tome. par Augustin Thierry. Edition Firmin-Didot - Paris 1853 . ( page 506  : Jean de La Gruthuse )
  7. Histoire de l'Abbaye et de la ville de Saint-Riquier. par Jules Henocque. ( Pages 173-174 ) - Imprimerie A. Douillet. 1883

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