Khanat bulgare du Danube

Le khanat bulgare du Danube (681-864), est un khanat médiéval fondé par des descendants du khan Koubrat qui migrèrent du sud de la steppe pontique pour s’installer de part et d'autre du bas Danube. Le khanat bulgare du Danube succède à l'Ancienne Grande Bulgarie (630-660) et précède le Premier Empire bulgare (864-1018). La conversion au christianisme orthodoxe du khan Boris, en 864, marque le passage politique du khanat à l'Empire.

Khanat bulgare du Danube

681864

Khanat bulgare du Danube (681-800).
Informations générales
Statut khanat
Capitale Pliska
Langue vieux-slave
Religion tengriste
Histoire et événements
680 Arrivée d'Asparoukh (création du khanat)
864 Conversion au christianisme orthodoxe du khan Boris (création du Premier Empire bulgare
Khans
680 Asparoukh
701 Tervel
803 Krum
814 Omourtag

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Entités suivantes :

Origine

Migration des Proto-Bulgares vers les Balkans

Migration des Proto-Bulgares dans les années 670.

Au début des années 670, les tribus Proto-Bulgares qui avaient fondé un premier khanat (dénommé Ancienne Grande Bulgarie) au sud de la steppe pontique, quittent leur territoire sous la pression des Khazars qui les poussent à migrer vers l'ouest ou vers le nord.

Une partie du peuple Bulgare s'installe dans la vallée de la Moyenne Volga, ils formeront le futur khanat bulgare de la Volga ; tandis que les autres tribus, sous la conduite d'Asparoukh et Kouber, deux des cinq fils du khan Koubrat (le fondateur de l'Ancienne Grande Bulgarie), franchissent le Dniepr et migrent vers les Carpates et le delta du Danube[1],[2],[3].

C'est grâce à l'existence d'un traité d'amitié établit entre le khan Proto-Bulgare Koubrat et l'empereur byzantin Héraclius, qu'Asparoukh peut en 679 s'installer avec son peuple dans la région de l'Ongal et obtenir la protection des Byzantins. Ce petit territoire, situé au bord de la mer Noire, délimitée au nord par le Liman du Dniestr, et au sud par le Delta du Danube, correspondait à cette époque à la limite nord-est de l'empire byzantin, à la frontière avec le Khanat des Khazars[2].

Quant à Kouber, le frère d'Asparoukh, il installe sa tribu en Pélagonie, dans la plaine de Prilep (dans l'actuelle Macédoine du Nord). Il y établira un khanat éphémère dans une région qui était alors sous dépendance des Byzantins. Plus tard, au début du VIIIe siècle, cette région sera entièrement intégrée au khanat bulgare fondé par son frère.

La bataille d'Ongal

Alors que les Byzantins sont en guerre contre les Arabes, qui assiègent Constantinople, Asparoukh lance des attaques contre les forteresses byzantines situées au sud du Danube pour tenter de fonder un État indépendant libéré de la tutelle des Byzantins. En 680, l'empereur Constantin IV défait les Arabes. Il décide alors de se retourner contre les Bulgares pour faire cesser leurs attaques. Asparoukh noue une alliance avec la confédération des Sept Tribus slaves et forment une confédération contre l'offensive byzantine[2].

La bataille d'Ongal se déroule en 680 dans la région d'Ongal et oppose les Byzantins aux Bulgares et leurs alliés Slaves. Cette bataille est une victoire qui ouvre aux Bulgares le chemin des Balkans et le contrôle des tribus slaves déjà installées dans cette région, ce qui débouchera sur l'émergence du Khanat bulgare du Danube.

La Bulgarie du Danube

Création du Khanat

Le khanat bulgare du Danube vers 680.

Après la bataille, les Bulgares s'installent dans l'ensemble de la Dobroudja, région de l'est des Balkans située au bord de la mer Noire et de part et d'autres du Bas-Danube, territoire alors peuplée de Slaves et qui était sous domination byzantine[4].

Pour arrêter les envahisseurs, Constantin IV signe en 681 un traité de paix qui reconnaît l'autorité des Bulgares sur l’ancienne province de Mésie[5]. Ce traité de paix marque la naissance du premier État bulgare ; le territoire conquit par le khan Asparuch s'appellera désormais la Bulgarie. Son chef installe sa capitale à Pliska (Preslav), qui n’est qu’à 300 km de Constantinople[5].

Les Bulgares ont réussi en quelques années à créer un État indépendant de Byzance et ils sont désormais une menace permanente pour les byzantins car ceux-ci n'acceptent pas cette situation et mènent régulièrement des attaques pour tenter de soumettre les Bulgares et récupérer les territoires perdus. Paradoxalement, les Bulgares et les Byzantins sont parfois alliés lors de certains conflits. C'est le cas en 705, où l'empereur byzantin Justinien II, réfugié auprès du khan bulgare Tervel, reprend le pouvoir et remonte sur son trône après une usurpation grâce à l'aide de Tervel[5],,[2].

Extension du Khanat

À la mort d'Asparoukh en 701, son fils Tervel lui succède à la tête du khanat bulgare. En récompense de l'aide qu'il apporta à Justinien II en 705, l'empereur octroi la dignité de kezar (césar) au khan Tervel et lui accorde des territoires au sud des Balkans.

Cependant, en 716, les armées bulgares font de nouvelles incursions dans l'empire byzantin et étendent encore leur khanat. Le nouvel empereur byzantin Théodose III, défait par Tervel, signe un traité qui reconnaît ces acquisitions et lui verse un tribut annuel d'une valeur de 30 livres d'or. Ainsi, à partir de l'année 716, Byzance reconnait l'indépendance du khanat bulgare. Désormais, un corps étranger existe sur un territoire depuis longtemps tenu pour être une partie de l’Empire romain d'Orient. Si Byzance a formé des alliances avec lui, il n’en est pas moins une menace permanente, qui contribue à ruiner ses tentatives de reprises de territoires à l’ouest du Khanat fondé par Asparoukh[2].

Après la mort du Khan Tervel, en 718, ses descendants directs, issus de la dynastie des Dulo (clan Proto-Bulgares auxquels appartenaient Kroubat, Asparoukh et Tervel), se succèdent : Ajjar (718–718), Kormesius (718 à 724) et Sevar (725-739), lequel sera le dernier khan de la dynastie des Dulo. Par la suite, et jusqu'à la fin du VIIIe siècle, des conflits internes posent des problèmes de succession, de même que des les affrontement réguliers avec les Byzantins rendent instable le khanat bulgare.

La Bulgarie sous le règne du khan Pressiyan Ier.

Le khan Krum (803-814), stabilise le khanat et entreprend des réformes notamment en instituant la centralisation du pouvoir. Il modernise son armée et conquière de nouveaux territoires vers le nord et l'ouest en incorporant les tribus Avars ou Slaves qui y vivaient.

En 811, l'empereur Nicéphore Ier lance une expédition d'ampleur contre les Bulgares afin de les soumettre. Mais Krum défait les Byzantins lors de la bataille de Pliska, il capture l'empereur et le fait décapiter. Cette victoire des Bulgares, ainsi que celle obtenue en 813 lors de la bataille de Versinikia, permet à Kroum de déplacer les limites méridionales de son État et de s'attaquer aux positions byzantines les plus avancées, à proximité de Constantinople[4].

À la suite de ces victoires, Krum lance en 814 un siège de Constantinople, la capitale de Byzance. C'est un échec, Krum meut devant les portes de la ville. Son fils, Omourtag, signe en 816 un traité de paix avec les Byzantins d'une durée de 30 ans. Ce traité fixe notamment les frontières entre les deux États. En vertu de ce traité, l'empereur Michel II fait appel à Omourtag pour l'aider à reprendre son trône usurpé par Thomas le Slave.

À la fin de son règne, Omourtag gouverne un vaste territoire, peuplé de nombreuses ethnies et exerçant divers rites religieux : paiens ou chrétien.

Évolution du Khanat vers un empire

D’abord limité à la Dobroudja et aux plaines septentrionales des Balkans, le khanat bulgare s'étend progressivement vers le sud, notamment sous le règne du khan Kroum. Le khan intègre ainsi la Thrace septentrionale, la Dacie méridionale et la partie nord et ouest de la Macédoine.

Dans leur nouveau territoire, les Bulgares, peuple d'origine turque[3], incluent les Slaves dans leur État et se slavisent peu à peu grâce aux unions exogamiques avec ce peuple dont ils adoptent aussi leur langue, le vieux-slave (appelé par la suite, « vieux-bulgare »)[6],[4].

Notes et références

  1. « Histoire des relations bilatérales franco-bulgares », sur le site de l'ambassade de France à Sofia (consulté le 1er mars 2020).
  2. Gouguenheim 2019, p. 159-181.
  3. Sellier 2019, p. 208.
  4. Tubergue 1985, p. 1338.
  5. Minois 2016, p. 57.
  6. Roberts 2019, p. 79.

Voir aussi

Bibliographie

  • Jean-Pierre Tubergue (dir.), La Grande Encyclopédie du Monde : L'épopée des hommes, la géographie, la culture, l'histoire de tous les pays, vol. III : Suisse, Leichtenstein, Autriche, Italie, Saint-Marin, Vatican, Malte, Grèce Bulgarie, Yougoslavie, Paris, Éd. Atlas, (ISBN 2-7312-0390-0)
  • Georges Minois, Histoire du Moyen Âge, Paris, Éditions Perrin, , 480 p. (ISBN 978-2-262-050382).
  • Sylvain Gouguenheim (dir.) et Atanasova Véra, « L'Empire bulgare : mythe historiographique ou réalité historique », dans Les Empires médiévaux, Paris, Éditions, , 396 p. (ISBN 978-2-262-04824-2).

Articles connexes

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