L'Utopie

L'Utopie est un ouvrage de Thomas More écrit en latin et publié en 1516. Thomas Morus (latinisé) fut un juriste, historien, philosophe, humaniste et homme politique anglais.

Pour les articles homonymes, voir Utopia (homonymie) et Utopie.

La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle Île d'Utopie
dit
l'Utopie

« VTOPIAE INSVLAE FIGVRA »

Gravure de la carte de l'île d'Utopie réalisée pour la première édition (« Source : Gallica — Bibliothèque Nationale de France »)


Auteur Thomas More
Pays Angleterre
Genre Dialogue philosophique
Version originale
Langue Latin
Titre Libellus vere aureus, nec minus salutaris quam festivus, de optimo reipublicae statu, deque nova Insula Utopia
Éditeur Dirk Martens (imprimeur)
Lieu de parution Louvain (Dix-Sept Provinces)
Date de parution Décembre 1516

La page de titre de la première édition en 1516 indique Libellus vere aureus, nec minus salutaris quam festivus, de optimo reipublicae statu, deque nova Insula Utopia[n 1]. Le titre arrêté pour l'édition ne varietur en est De optimo reipublicae statu, deque nova insula Utopia (La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle Île d'Utopie)[n 2].

Il s'agit d'un livre fondateur pour la pensée utopiste. Désormais entré dans le langage courant, le mot « utopie » provient du titre abrégé de cet ouvrage, qui connut un succès particulier en France au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle sous le titre Utopie[1],[n 3].

Pour comprendre cette œuvre qu'est l'Utopie, il faut d'abord s'intéresser à la vie de son auteur, puis replacer ce livre dans son époque et son cercle humaniste, ensuite il faut lire et relire ce livre, regarder comment il fut écrit et, surtout, ne jamais oublier son titre originel Un vrai livre d'or, non moins salutaire qu'agréable, sur la meilleure forme de communauté politique et la nouvelle Île d'Utopie.

L'auteur

Une biographie de l'auteur jusqu'au moment de la publication de l'Utopie est nécessaire pour saisir comment Th. More entremêle le vrai et le faux dans le texte de son Utopie[2].

Né à Londres le , Th. More est le fils de l'homme de loi londonien John More (c. 1451-1530)[4], et d'Agnes More[5]. En 1490, Th. More entre en qualité de page dans la maison de John Morton[6],[7], nommé archevêque de Cantorbéry en 1486 grand chancelier du royaume en 1490 et Cardinal en 1493. Th. More n'a que douze ans lorsqu'il commence son initiation politique auprès de cet homme[8]. Il reçoit une formation intellectuelle de qualité et apprend les règles du savoir vivre : le page devait servir à table[9],[10].

More part étudier à l'université d'Oxford à partir de 1491[11], au Cantorbéry College dont Morton est le protecteur. Il y étudia le Grec auprès de William Grocyn et Thomas Linacre[12]. En 1494, « à son grand regret, son père le rappela à Londres pour apprendre le droit[12] » à New Inn ; puis en 1496, à dix-huit ans, il entre comme étudiant à Lincoln's Inn, « où il obtient le grade de utter barrister, bachelier en droit en 1498, il est inscrit au barreau avec le titre de barrister[13]. » Parmi ses maîtres John Colet et Érasme, qu'il rencontre en 1499 chez Lord Mountjoy, deviendront ses amis. Entre 1501 et 1503, sans « prononcer de vœux »[14], « More prend pension à la Chartreuse de Londres et y mène une vie de prière et d'étude où il acquiert une connaissance approfondie de la Bible[13]. » Il donne des conférences publiques sur le De Civitate Dei de Saint Augustin (La Cité de Dieu)[15]. En 1501, More est nommé bencher, membre du conseil des avocats et élu par ses pairs en 1504, reader[16], professeur de droit à Lincoln's Inn[13],[17]. À partir de 1504 il devint Membre du Parlement et entra à la Chambre des Communes[18], il s'éleva contre les taxes demandées par le roi Henri VII « à l'occasion du mariage de la princesse Marguerite avec le roi d'Écosse[12]. »

Entre 1507-1508 : « Son père qui s'est élevé contre les exigences de Henri VII en matière de taxation et d'impôts est enfermé dans la Tour de Londres. Th. More qui tolère mal l'intransigeance tyrannique d'Henri VII s'éloigne de l'Angleterre et dans sa lettre à Dorp (1515) il parle de son voyage d'études sur le continent[19]. Il séjourne à Louvain et à Paris, cherchant à mieux connaître la vie des universités dont il observe l'organisation et les méthodes d'enseignement[20]. »

En 1509 « Henri VIII, qui se pique d'humanisme et d'amitié pour les humanistes, monte sur le trône au milieu d'un indicible enthousiasme et Th. More salue l'évènement d'une élégie latine où une espérance sincère se lit sous les hyperboles habituelles[21]. » Th. More revient à Londres[22], reprend sa profession d'avocat[23] et ses leçons de droit[24]. Débute la seconde partie d'une brillante activité politique de plus de vingt ans : avocat de la compagnie des merciers de la cité[20] (auprès desquels il semble aussi avoir joué un rôle de conciliation au sein de cette corporation[25]), c’est « sur la recommandation de ces hommes qu’il accéda en au poste de second prud’homme ou undersheriff de la Cité »[26],[27] ; en 1512, il est élu au Parlement[28]. Ensuite, en 1514 : il entra au service du tout-puissant cardinal Thomas Wolsey, comme administrateur de ses biens ; il atteignit le sommet de l'échelle académique : il devint Lent Reader à Lincoln's Inn. « En 1515, les négociants de la ville lui demandent de se joindre à une mission commerciale qu'ils envoient aux Pays-Bas[29]. » Officiellement, c'est le roi qui l'envoya en missions diplomatique et commerciale aux Pays-Bas à Bruges puis à Anvers de mai à [30], où il rédigea l'Utopie[n 4]. Par la suite « Henri VIII, lors d'une audience, remarque More et le prie d'entrer à son service[20],[31]. » En 1517, le roi l'envoie à Calais[32] et le prend comme conseiller avant, en 1518, de le nommer à son Conseil Privé[33],[34],[35].

Après L'Utopie, plus brièvement : Henri VIII conviera Th. More au Camp du Drap d'Or en ; il l'anoblira en 1521 ; en 1523, Th. More deviendra président de la Chambre des Communes ; le roi l'enverra à Amiens en 1527[36] et à Cambrai en 1529 pour la signature des traités de paix entre la France et l'Angleterre[29]. En , Henri VIII lui offrira la succession de Wolsey et le nommera chancelier d'Angleterre[29],[37]. En 1534, Th. More refusera de prêter serment à l'Acte suprématie du Parlement anglais validant le mariage d'Henri VIII et Anne Boleyn, après un second refus il sera envoyé à la Tour de Londres puis mis au secret à la fin de l'année[38] ; Th. More sera jugé le , le du même mois Henri VIII fera décapiter Th. More[39].

Contexte

Repères historiques

Quelques dates d'évènements et de faits historiques permettront de comprendre quelques références et quelques allusions présentes dans le texte de l'Utopie :

  • 1300 (autour de), en Angleterre, réalisation de la carte de Hereford, une mappa mundi représentant la totalité du monde connu ;
  • 1412, en Angleterre, la tour de l'horloge de St Albans est achevée ;
  • 1450, en Angleterre, Révolte paysanne de John Cade, dont les rangs sont grossis de soldats en attente de leur solde ;
  • 1451, parution du premier livre européen imprimé avec des caractères mobiles, il s'agit de la grammaire latine de Donatus publiée par Gutenberg[n 5] ;
  • 1455, en Angleterre, la bataille de Saint Albans, qui oppose le clan royal des Lancastre (dont l’emblème est une rose rouge) au clan York (qui arbore une rose blanche), ouvre la Guerre des Deux-Roses ;
  • 1465, De officiis de Cicéron est le premier ouvrage au monde imprimé en latin, par Johann Fust et Peter Schoeffer à Mayence ;
  • 1469 (à 1475), le Portugais Fernão Gomes explore la côte occidentale de l’Afrique équatoriale. Par la suite, les Portugais découvrent la Côte-de-l'Or (Ghana actuel) et avancent jusqu'à la côte du Gabon[n 6] ;
  • 1476, en Angleterre, William Caxton installe dans une dépendance de l’abbaye de Westminster la première presse à imprimer d’Angleterre ;
  • 1485, en Angleterre, le 22 août : fin de la Guerre des Deux-Roses, victoire d'Henri Tudor ; le 7 novembre le Parlement d'Angleterre reconnaît Henri VII comme roi d'Angleterre ;
  • 1489, en Angleterre, le 28 avril : soulèvement du Yorkshire ; aussi : premières mesures pour restreindre l'« enclosure », qui entraîne le développement de pâturages clos aux dépens des biens communaux ;
  • 1492, découverte de l'Amérique par Christophe Colomb ;
  • 1496, en Angleterre, le 5 mars : Henri VII s'attache les services du navigateur vénitien Jean Cabot par lettre patente pour découvrir des terres inconnues[n 7] ;
  • 1497, le 10 mai : départ du « Premier voyage » d'Amerigo Vespucci sous pavillon espagnol, retour en octobre 1498 (La participation de Vespucci à ce voyage est discutée) ;
  • 1497, en Angleterre, 14 juin : révolte anti-fiscale de Cornouailles, bataille de Guildford ; le 17 juin, les rebelles de Cornouailles, conduit par Michael An Gof, sont écrasés à la bataille de Deptford Bridge ou de Blackheath.
  • 1499, le 16 mai : départ de Cadix de l'expédition d’Alonso de Ojeda, Juan de la Cosa et d’Amerigo Vespucci le long des côtes du Venezuela et de Guyane, dit « Deuxième voyage » (La participation de Vespucci à ce voyage est attestée). Ils atteignent la côte Nord du Brésil (retour le 8 septembre 1500)[n 8] ;
  • 1501, Érasme rédige une préface pour le De officiis de Cicéron ;
  • 1503, Érasme publie Enchiridion militis christiani ;
  • 1503, en mars-avril, dans sa lettre Mundus Novus, le navigateur Amerigo Vespucci émet l'hypothèse que les terres découvertes par Christophe Colomb ne sont pas les Indes mais un nouveau continent ;
  • vers 1504-1508, l'horloger Peter Henlein, de Nuremberg fabrique des montres portatives.
  • 1507, parution d'un petit ouvrage en latin intitulé Cosmographiae Introductio, accompagné de deux cartes imprimées ; le cartographe allemand Martin Waldseemuller et le lettré alsacien Matthias Ringmann y nomment le Nouveau Monde America (Amérique), dérivé du prénom d'Amerigo Vespucci ;
  • 1508, début de la guerre de la Ligue de Cambrai ;
  • 1511, Érasme publie l'Éloge de la Folie ;
  • 1512, en Angleterre, le 6 février : à Londres le doyen de la cathédrale Saint-Paul, John Colet, dénonce dans un sermon « la manière séculière et mondaine de vivre du clergé » et exhorte les prélats à « (faire) que soient respectées les lois contre la faute de simonie » ou celles qui « commandent la résidence personnelle des curés dans les paroisses » ;
  • 1516, Érasme propose sa traduction du Novum Testamentum.

Le royaume d'Angleterre au début du XVIe siècle

Associés aux repères historiques mentionnés ci-dessus, ce bref tour d'horizon du royaume d'Angleterre permettra de saisir comment l'Utopie s'inscrit dans son temps.

Entre féodalité et modernité

Portrait d'Henri VII tenant une Rose Tudor et portant un collier de l'Ordre de la Toison d'Or, datant de 1505, par un artiste inconnu, National Portrait Gallery, Londres.

Thomas More naît en 1478 durant la Guerre des Deux-Roses. En 1485, Richard III (du clan York) est vaincu et tué à la bataille de Bosworth. La couronne est offerte à Henri Tudor (du clan Lancastre, descendant de Catherine de Valois) ; il prend le nom d’Henri VII, épouse Elisabeth d’York (fille d’Édouard IV) et choisit pour emblème la rose Tudor (rose double : rouge au cœur blanc), qui symbolise la réconciliation entre Lancastriens et Yorkistes. La guerre des Deux Roses est terminée. En cette fin de XVe siècle, l'Angleterre ne compte que quatre millions et demi d’habitants, à peine plus que l'Écosse, et elle se retrouve exsangue des suites de la guerre des Deux Roses. Toutefois, Henri VII, par une politique mercantiliste, s’emploie à développer l’industrie et le commerce, il favorise l’expansion maritime et laisse à sa mort en 1509 un royaume prospère et pacifié. En 1509 débute le règne d'Henri VIII, âgé de 18 ans ; il est ce prince idéal, intelligent et cultivé que Th. More espérait pour le royaume. Henri VIII deviendra par la suite un tyran ventripotent et sanguinaire, non sans avoir posé les bases de l’Angleterre moderne.

Parmi ces bases, on trouve les prodromes d'une nouvelle forme d'organisation politique : l'État moderne[40]. Certes, nombre d'éléments du régime féodal sont encore présents au début du XVIe siècle[41], néanmoins le régime anglais se transforme[42],[43]. Une nouvelle conception du souverain apparaît : « La transition décisive est celle du passage de l'idée du souverain "défendant son état" (c'est-à-dire ni plus ni moins que préservant sa place) à celle de l'existence d'un ordre légal et constitué séparé, celui de l'État, que le souverain à le devoir de défendre[44]. » Au Livre I de L'Utopie, des propos mis dans la bouche du personnage « Raphaël Hythlodée » par Th. More expriment ce changement de perspective sur les devoirs du souverain[45].

Aussi, lorsque cette nouvelle conception du souverain commence à être formulée au cours du XVe siècle, un organe du pouvoir voit sa place confortée : « le gouvernement des grandes principautés et des monarchies d’Europe associe au pouvoir personnel des princes l’aristocratie féodale et les élites urbaines tandis que s’affirme une bureaucratie en voie d’intégration nobiliaire. […]. Au sommet de la pyramide gouvernementale, le Conseil est l’organe qui gouverne et qui, en premier et en dernier ressort, lie le prince aux territoires sur lesquels il exerce sa souveraineté[46]. » Au début du XVIe siècle, Th. More fait partie de ces élites urbaines ; il sera l'un des rares « clercs laïcs » présent au conseil du roi et figurera parmi ses membres les plus actifs[47].

Th. More fut un membre actif de cette autre institution du pouvoir anglais qui gagnera en importance par la suite, le Parlement anglais[48]. Th. More commence sa carrière politique en étant élu membre de la Chambre des Communes en 1504, avec fermeté il vote contre une demande de 113 000 livres que réclame Henri VII pour le mariage de la Princesse Margaret avec le roi d'Écosse[20]. En 1512 Strode, membre du Parlement, est condamné à une amende qu’il refuse de payer, il est conduit en prison et empêché de défendre un texte législatif ; le Parlement annule la décision de la juridiction locale, consacrant ainsi l’immunité du parlementaire (avec l’adoption du Privilege of Parliament Act 1512[49]) et affirmant, par la même, son rôle dans la politique du royaume. Plus tard en 1523, Th. More prononcera une Petition for Freedom of Free Speech lors de son premier discours comme Speaker de la Chambre des Communes : il défendra la liberté du Parlement de discuter des affaires publiques sans intrusion de la Couronne ou de ses mandataires[50],[51].

Une économie qui redémarre

Autre base de l'Angleterre moderne plongeant ses racines au XVe siècle, le redressement de l'économie après une longue dépression qui débute peu avant le milieu du XIVe siècle. Cette dépression fut caractérisée par une baisse de la production agricole résultant de la baisse des surfaces cultivées, par une diminution du commerce (notamment international) et par le déclin de la prospérité urbaine. « Le développement de l'industrie rurale du textile ne suffit pas à contrebalancer le déclin des villes et la baisse des exportations, dont le produit principal, dans la période antérieure, avait été la laine brute, destinée aux industries flamandes, brabançonnes et italiennes[52]. »

Carte du monde Universalis Cosmographia (1507, Martin Waldseemüller). Le nom "America" apparaît dans la partie basse du continent sud-américain.

Pire, cette industrie rurale du textile, qui « était l'industrie anglaise la plus importante du bas Moyen Âge »[53], fut celle « qui excita le mouvement d'enclosure au XVe siècle »[53] ; à tel point que des troubles sociaux dus à l'enclosure[n 9] eurent lieu avant le milieu XVe siècle et que ce mouvement d'enclosure devient un scandale public au XVIe siècle[54]. Pour synthétiser : certains nobles « voyant que l'industrie textile fournissait un marché de la laine constant et tendant à s'élargir — sans que les prix de la laine subissent des variations —, se rendaient compte que les frais d'élevage étaient inférieurs à ceux de la culture et plus profitables que la perception des loyers auprès d'une paysannerie intransigeante »[55]. Ainsi, il fut plus rentable d’élever des moutons et de vendre la laine à l’industrie que de travailler la terre. Certains nobles usèrent même de leur autorité pour passer outre les lois et prirent possession de terres communales que, jusqu'alors, les paysans se partageaient et cultivaient pour leur propre consommation. Ce mouvement d'enclosure amplifia la raréfaction des terres cultivables et par suite celle de la nourriture et, par contrecoup, l'augmentation du prix des denrées et, autre conséquence, ce mouvement jeta sur les routes nombre d'ouvriers agricoles qui se retrouvèrent au chômage. Henri VII prit des mesures pour lutter contre ce mouvement à la fin du XVe siècle ; mais, sous le règne d'Henri VIII, l'expansion des enclosures reprend de plus belle.

Tandis que la situation dans les campagnes se dégrade, Londres confirme sa place de premier foyer commercial et de principal centre financier de l'Angleterre en ce début de XVIe siècle. À cette époque, le Palais de Westminster est encore la résidence royale, et les membres de la cour du roi résident à Londres ou dans ses environs. La Merchants of the Staple et la Company of Merchant Adventurers of London fleurissent grâce au commerce extérieur, qu'Henri VIII s'efforce de soutenir. De Londres partent différentes marchandises destinées au continent : de la laine et des draps, des produits alimentaires (poisson, blé et bière), ainsi que d'autres produits divers (charbon et tuiles par exemple). Le principal port d'arrivée de ces marchandises sur le continent est celui de la ville d'Anvers[56].

Henri VIII après son couronnement en 1509. (Portrait attribué à Meynnart Wewyck)

Guerres et religion

Au début du XVIe siècle Henri VIII entreprend différentes guerres, soit pour reconquérir des territoires perdus durant le Guerre de Cent Ans, soit pour gagner d'autres territoires sur le royaume de France. En 1511, il rejoint la Ligue catholique dirigée contre la France. En 1513 il rejoint la ligue de Malines, avec ses troupes ils battent une armée française à Guinegatte dans le Pas-de-Calais et s'emparent de Tournai lors de la célèbre bataille des Éperons. Le Traité de Londres du entérine la restitution de Tournai à la France contre 600 000 couronnes.

Un dernier point important doit être mentionné : « Au début du XVIe siècle, l’Angleterre appar[aît] comme un royaume catholique modèle. Les rois Tudor, qui exhib[ent] leur piété de manière théâtrale, pourv[oient] leur épiscopat d’administrateurs de talent, d’humanistes érudits, et — à l’occasion — d’hommes possédant une réelle envergure spirituelle[57]. » À l'exception des dissidents chrétiens appelés Lollards, dont le nombre d'adeptes ne cesse de décroître, et à l'exception d'une petite communauté juive, « tous les habitants des îles étaient des chrétiens baptisés[58]. » En 1516 lorsque paraît l'Utopie, les 95 thèses de Martin Luther ne sont pas encore affichées (1517) et Henri VIII, depuis son mariage avec Catherine d'Aragon en 1509, apporte un soutien sans faille à la papauté. À cette époque, Th. More est toujours optimiste quant à l'unité et quant à une possible réforme de l'Église.

L'humanisme

Thomas More inscrit ses activités et ses œuvres au sein de la République des Lettres. Cette « res publica literaria » est un réseau informel de lettrés constitué par des hommes qui appartiennent à la « res publica christiana » et dont les activités sont diverses (philologie, traduction, édition, etc.). La République des Lettres « est d’emblée animée d’un idéal d’accomplissement moral, intellectuel et politique qui s’identifie dans l’image idéalisée de l'orator cicéronien et s’incarne dans des offices — chancelier ou secrétaire, ambassadeur, conseiller du prince — permettant de mettre un savoir-faire au service de la chose publique[59]. »

Cette « image idéalisée » fut modelée lorsque l'humanisme prit son essor dans l'Italie du XIVe siècle. L'humanisme est un mouvement culturel fondé sur un retour aux auteurs de l’Antiquité : il prône le renouveau des études des humanités (les studia humanitatis) et il propose une nouvelle vision de la place de l’homme dans le monde[60]. Progressivement, l'humanisme s'impose comme un modèle culturel dominant à l’échelle européenne, il réévalue et réinterprète l'héritage européen : les manuscrits copiés et conservés au fil du temps qui ont transmis les œuvres des « autorités » (Platon, Aristote, Cicéron, etc.), les vestiges monumentaux qui jonchent les cités (à Rome par exemple), ou encore les figures des grands hommes représentées dans l’iconographie ou évoquées dans la littérature[61]. « Mais cette mémoire survit aussi, plus profondément, dans le langage (grâce au latin surtout) et dans les systèmes de représentation politique et sociale. De tels legs constituent un réservoir d’idées, de formes et de valeurs communes, en somme, qui fait l’objet de multiples réemplois. C’est sur ce terreau que se développe l’humanisme et, avec lui, une conscience nouvelle du rapport des Européens à leur passé, appelée à s’imposer avec le terme de "Renaissance"[61]. »

Lors de leur première rencontre en 1499 chez Lord Mountjoy, c'est Érasme qui introduisit et présenta à Th. More cette République des Lettres[n 10]. Ainsi, dans la lignée humaniste, Th. More et son ami William Lilly traduisent des épigrammes grecques en latin en 1501, et en 1506 il publie une traduction des Dialogues de Lucien de Samosate réalisée avec Érasme ; dans une perspective nouvelle, il écrit des poèmes en anglais et il rédige des épigrammes (dont certains seront compilés dans les éditions de l'Utopie parues en 1518). En 1511, Th. More publie sa traduction de la vie et de quelques écrits de Jean Pic de la Mirandole, qu'il traduit du latin sous le titre The Life of Pico della Mirandola, The Writings of the Same[28]. Aussi, Th. More participe activement aux discussions qui animent l'humanisme contemporain en rédigeant de longues lettres[62].

« En effet, l’un des principaux vecteurs de cohésion de cette communauté de savants est l’échange de lettres grâce auxquelles sont partagées, puis relayées à plus large échelle encore, les découvertes de textes ou de monuments antiques, les nouveautés sur les traductions et les œuvres à la mode, les informations sur les possibles patrons, sur les amitiés, mais aussi sur les conflits et les polémiques entre pairs partageant, sinon le même statut social, du moins des pratiques et des goûts communs[59]. »

Ces échanges épistolaires sont souvent accompagnés d'échanges de livres : « la "République des lettres" se confond en réalité avec le patrimoine commun des belles lettres (literae humaniores), grâce auxquelles les hommes pratiquant les "humanités" peuvent acquérir la vertu et s’employer au bien commun[59]. » Dès la première édition de l'Utopie, Érasme et Th. More jouent avec ces codes propres à la communauté humaniste : des lettres d'amis humanistes précèdent le texte de l'Utopie. Dans les autres éditions qu'ils supervisent, Érasme et Th. More ajoutent et suppriment des lettres jusqu'à, finalement, entourer le texte Utopie de lettres.

Un succès éditorial

Marque d'imprimeur de Thierry Martens, à la dernière page de la première édition du livre Utopie publié en 1516. (« Source : Bibliothèque Mazarine »)

L'Utopie paraît à la fin de l'année 1516 chez l’éditeur Thierry Martens de Louvain en Brabant (Pays-Bas des Habsbourg). Thomas More participe alors pleinement au renouveau de la pensée qui caractérise la Renaissance, ainsi qu'à l'humanisme dont il est le plus illustre représentant anglais. « À cette époque, More est le premier avocat de Londres, tenu en grande estime par le roi aussi bien que le peuple de la cité[29]. » Au début de l'année 1516, les accords préparés lors de la mission en Flandre de 1515 furent signés ; Th. More est désormais établi dans la bourgeoisie londonienne[63],[64].

L'ouvrage, auquel contribuèrent quelques humanistes de renom, connut un « succès fulgurant »[65] au sein de la République des Lettres. La diffusion de L'Utopie dans les milieux lettrés ou influents de l'époque fut dirigée de main de maître par Th. More, Érasme et Pierre Gilles : « Thomas Lupset, Cuthbert Tunstall, Lord Mountjoy, William Warham, Richard Pace, en Angleterre ; Jean le Sauvage, Guillaume Budé, Pierre le Barbier, Guy Morillon, Jean Ruelle, Guillaume Cop, en France ; Jean Desmarais, Jérôme de Busleyden, Cornelis de Schrijver, Gerhard Geldenhauer, en Flandres ; Martin Luther, Willibald Pirckheimer, Beatus Rhenanus, en Allemagne ; Antonio Bonvisi, Aloïs Mariano, en Italie, sont quelques-uns des érudits dont les noms paraissent, à propos de l'Utopie, dans les correspondances du temps[66]. »

Les humanistes qui se consacraient à la redécouverte de l’Antiquité et de ses savoirs, les clercs qui s’interrogeaient sur le présent et l’avenir de l’Église romaine, les magistrats au service du droit et des États, ainsi que les bourgeois instruits des villes marchandes, assurèrent la réputation de l'Utopie[67]. Rapidement, de nouvelles éditions furent publiées : en 1517 chez Gilles de Gourmont à Paris et en 1518 chez Johann Froben à Bâle. D'autres éditeurs entreprirent de publier l'Utopie, par exemple : les Giunta à Florence et l'imprimerie des Manuce à Venise en 1519.

T. Martens, l’éditeur brabançon qui en avait eu la primeur, tira huit rééditions de la première édition entre 1516 et 1520[67]. Quant au célèbre J. Froben de Bâle, il imprima deux éditions différentes de l'Utopie (mars et novembre), dont la version définitive.

L'Utopie fut rapidement traduit en langues vernaculaires : l'allemand à Basel en 1524[68], l'italien à Venise en 1548[69], le français à Paris en 1550[70], l'anglais à Londres en 1551[71] et le hollandais à Anvers en 1553[72].

Aperçus d'Utopie

Quatre éditions

Le contexte de rédaction de l'Utopie est celui des découvertes de contrées inconnues ; celui où, grâce au développement de l'imprimerie, les récits de voyage rencontrent un grand succès ; celui, enfin, de la République des lettres et des échanges épistolaires soutenus entre humanistes. Thomas More, qui fut un lecteur de Lucien de Samosate dont il apprécia les Histoires vraies, conçu le projet d'une édition de l'Utopie qui singerait les éditions de récits de voyage[73]. De son vivant, assisté de Pierre Gilles (qui fut éditeur et correcteur chez T. Martens) et d'Érasme (qui édita et publia des livres chez T. Martens et chez J. Froben), Th. More composa quatre éditions de l'Utopie chez trois éditeurs différents.

Portrait de Pierre Gilles par Quentin Metsys peint en 1517[74]. Seconde partie du diptyque commandé à l'artiste par Érasme et P. Gilles, puis offert à Th. More lorsque ce dernier fut en mission à Calais en 1517. Aujourd'hui, ce portrait se trouve dans une collection particulière[75] ; le musée d'Anvers en possède une copie[76].
Portrait d'Érasme par Quentin Metsys peint en 1517. Première partie du diptyque commandé à l'artiste par Érasme et Pierre Gilles, puis offert à Th. More lorsque ce dernier fut en mission à Calais en 1517. Aujourd'hui, ce portrait est à Rome à la Galleria Nazionale[76], plus précisément au palais Barberini[75].

Il demanda à ses amis humanistes, Érasme, P. Gilles, J. Desmarais, G. Budé, J. de Busleyden, G. Geldenhauer et C. Schrijver[77], de rédiger des lettres, des poèmes et de faire graver des cartes pour authentifier son texte, dont une carte gravée par Ambrosius Holbein[78] ; deux frontispices furent gravés par Hans Holbein le Jeune ; enfin, plus d'une centaine de manchettes[n 11] attribuées[79] à. P. Gilles et/ou à Érasme parsèment le texte de la « Lettre-Préface » et les Livres I & II de l'Utopie[n 12] (ces documents forment un ensemble appelé parerga et paratextes[80],[n 13]).

Les quatre éditions, celle chez Thierry Martens[81], celle chez Gilles de Gourmont[82] et celles chez Johann Froben[83],[84], proposent des parerga et des paratextes différents et les ordonnent différemment[85]. Ce n'est qu'à la troisième édition chez J. Froben que l'ordonnancement et le nombre de ces parerga et paratextes furent arrêtés, et c'est la quatrième édition de l'Utopie, toujours chez Froben, qui scella définitivement la composition de l'œuvre. (Voir en fin d'article « Les quatre éditions latines de l'Utopie » pour le détail de chaque édition et des liens vers des reproductions numérisées)

Au gré des éditions postérieures et des traductions successives une partie seulement, la plupart du temps aucun, de ces parerga et paratextes furent repris[86] ; parfois pire, par exemple : dans la première traduction de l'Utopie en allemand en 1524, Claudius Cantiuncula ne traduisit que le Livre II afin de proposer l'organisation de l'île d'Utopie « comme solution concrète aux problèmes de la ville de Bâle[87]. » Le livre et le texte présentés ainsi, la lecture et la compréhension de l'Utopie furent complètement modifiées[88],[n 14]. Par ailleurs, ces éditions[89] et ces traductions postérieures[90],[91] ne s'appuyèrent pas toutes sur la même édition de l'Utopie en latin, pas sur la même œuvre ; ceci pourrait, en partie, expliquer les différentes réceptions de cette œuvre et les diverses interprétations qui en furent faites.

Aujourd'hui, exceptées les éditions de référence (voir la bibliographie), la plupart des éditions contemporaines de l'Utopie ne reprennent ni ne suivent la quatrième édition définitive de l'Utopie, ou alors elles proposent des parerga et des paratextes séparément[92]. Pour Jean-François Vallée : « Ces coupures et reconfigurations des éditions originales paraissent extrêmement significatives : elles nous semblent étroitement liées à une lecture de L’Utopie qui paraît déformée par notre conception moderne du livre et de l’auteur[93]. » Aussi, ôter ses parerga à l'Utopie c'est, selon Germain Marc'hadour, effacer son intention et son ambition d'occuper les discussions des humanistes en Europe : « lettres d'Érasme le Hollandais à Froben le Suisse, de Budé le Parisien à Lupset le Londonien, de Pierre Gilles d'Anvers à Busleyden de Malines, de Busleyden à Thomas More ; pièces en vers de Geldenhauer [le Hollandais], de Schryver [le Flamand], Desmarais ; lettre de ce dernier, qui est orateur de l'université de Louvain ; enfin, et peut-être surtout, alphabet Utopien, dont l'exécution obligea Thierry Martens à une dépense considérable, indice de son importance mystérieuse[94]. » Enfin, pour Peter R. Allen, les lettres et les poèmes forment en ensemble qui est « deliberately designed to control the reader's interpretation of the text[95]. »

Un livre adressé aux humanistes

L'Utopie fut écrit dans un latin de lettrés[96] et pour des lettrés[97]. « À une époque où les langues vernaculaires acquièrent une pleine dignité, le latin devient la langue distinctive d’un groupe social et intellectuel restreint qui, à travers la maîtrise de ce dernier, revendique un rôle administratif et politique[98]. » La question de la réception de l'Utopie au sein de la communauté humaniste lors de sa parution reste toujours discutée[99],[100] : en pleine redécouverte de l'Antiquité, l'Utopie fut-il lu comme un livre mettant en balance l'otium, ou vita contemplativa, et le negotium, ou vita activa, dans la vie d'un humaniste[101],[102] ? Alors qu'Érasme publiait sa traduction du Nouveau Testament, l'Utopie, dont le texte est émaillé de références à la Bible, fut-il un appel à l'ailleurs, un écrit porteur d'une nouvelle spiritualité[103] ? Au vu des actions politiques des princes contemporains, l'Utopie fut-il lu comme une satire politique ? Ou plutôt, au vu de l'engagement des humanistes auprès des princes, l'Utopie fut-il lu comme un livre de « miroir des princes »[104] ? Ou encore : lors même que le développement de l'imprimerie accélérait la diffusion des récits de voyage et que la littérature apparaissait comme un genre à part entière, l'Utopie fut-il lu comme une création littéraire novatrice[105] ?

En bas de cette page figure le début de la lettre de Jérôme de Busleyden à Pierre Gilles, édition de 1516 chez Thierry Martens. Au-dessus, se trouvent la fin du poème de Jean Desmarais, puis les poèmes de Gerhard Geldenhauer et de Cornelis de Schrijver. (« Source : Bibliothèque Mazarine »)
Lettre de Pierre Gilles à Jérôme de Busleyden, édition de 1516 chez Thierry Martens. (« Source : Bibliothèque Mazarine »)

Pour comprendre la singularité de l'Utopie, il faut mentionner quelques livres célèbres qui furent rédigés et publiés en même temps ou peu après. Thomas More publia l'Utopie en 1516, Érasme publia son Institutio principis christiani en 1516[106], Guillaume Budé publia De l'institution du prince en 1547 et Nicolas Machiavel publia Le Prince, rédigé en 1513, en 1531[107]. l'Utopie est entouré de « miroirs des princes » et de « livres de conseils »[108], c'est-à-dire de livres dont la portée et la visée politiques sont manifestes ; des livres adressés à des princes : Érasme adresse son livre au futur Charles Quint, G. Budé adresse son livre à François Ier et Machiavel adresse le sien à Laurent II de Médicis.

Au premier abord, l'Utopie semble emprunter au canon du miroir des princes : le prince y est mentionné dès la première page, Henry VIII ; ensuite, la portée et la visée politiques sont manifestes, la question des enclosures ou celle des inégalités sociales sont abordées sans détour. Pour autant, au second abord, l'Utopie ne s'y conforme pas : le livre n'est pas adressé ni même dédicacé au prince ; aussi, le Livre I est une discussion entre conseillers du prince et le Livre II décrit une république lointaine, l'île d'Utopie. Enfin, le fait que cette discussion et cette description soient rapportées avec perplexité par Th. More éloigne ce texte des certitudes et des conduites d'habitude suggérées par les miroirs des princes.

Plus vraisemblablement, l'Utopie serait destinée aux humanistes[109],[110],[111] qui se retrouvent, ou souhaitent être en position de conseiller le prince[112]. Ainsi, deux lettres significatives entourent le texte l'Utopie[113] : la lettre de P. Gilles à Jérôme de Busleyden et la lettre de J. de Busleyden à Th. More. En 1516, lors de la publication de l'Utopie, J. de Busleyden est membre du Grand Conseil de Malines puis, en 1517, il devient le conseiller du Prince Charles, ou Charles de Castille et futur Charles Quint[114]. Aussi, au Livre I, le dialogue entre Raphaël Hythlodée, P. Gilles et Th. More tourne autour de la manière de conseiller un prince et des difficultés rencontrées lorsque des conseils sont avancés[n 15] ; tandis que le héros de l'Utopie R. Hythlodée refuse de conseiller un prince[115] Th. More est, dans la réalité, déjà approché pour devenir conseiller du roi. Quant au Livre II, la description de l'île d'Utopie par R. Hythlodée présente des exemples qui, apparemment, devraient être suggérés au prince. Le personnage More dit au dialogue du Livre I :

« Il est bien évident, cher Raphaël, que vous n'êtes altéré ni de richesse, ni de puissance ; un homme qui pense comme vous m'inspire, à moi, autant de respect que le plus grand seigneur. Il me semble toutefois que vous feriez une chose digne de vous, de votre esprit si noble, si vraiment philosophe, en acceptant, fût-ce au prix de quelque inconvénient personnel, d'utiliser votre intelligence et votre savoir-faire au bénéfice de la chose publique. Et vous ne pourriez le faire plus efficacement qu'en entrant dans le conseil de quelque grand prince, auquel, j'en suis sûr d'avance, vous donneriez des avis conformes à l'honneur et à la justice. Car c'est du prince que ruissellent sur le peuple entier, comme d'une source intarissable, les biens et les maux[116]. »

Dans une note pour éclairer ce passage, Marie Delcourt rappelle que « More entra au Conseil du Roi en , au moment où paraissait à Paris, un an après la première, la seconde édition de L'Utopie »[117]. Et elle ajoute : « Il décrit ici, en les mettant dans la bouche de son contradicteur [R. Hythlodée], les difficultés qu'il est sûr de rencontrer mais qu'il accepte d'avance[117]. » Entre la première édition de 1516 et l'édition finale de , Th. More ne changea pas un seul mot de son texte.

Cette brève mise en contexte du livre ne clôt pas la question de son interprétation : la « Lettre-Préface », le Livre I et le Livre II sont riches de sens et abordent d'autres questions (politiques, éthiques, philosophiques, économiques…) ; par ailleurs, il ne faut pas oublier que l'ensemble des parerga et paratextes ajoutent et superposent d'autres couches de sens à l'Utopie. (Voir plus bas « Interprétations »)

Un titre non moins politique que plaisant

Le livre de Th. More intitulé La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie est généralement connu par son titre abrégé l'Utopie.

Ce mot, Utopie, est construit à partir d'un mot de la langue grecque : « topos » (τοπος), un mot qui signifie « lieu » ou « région ». Thomas More, latiniste et helléniste[118], associa à ce terme « topos » un préfixe négatif : « ou » (οὐ), qui peut se traduire « non » ou « ne… …pas » . Ceci donne le mot « ou-topos » (οὐ-τοπος) qui, latinisé, devient « Utopia »[119],[120] ; et qui peut se traduire : « en aucun lieu » ou « lieu qui n'est nulle part » [121]. À l'origine, ce livre devait porter un titre latin : « Nusquama », dérivé du latin « nusquam » qui signifie « nulle part »[122],[123]. Ce n'est que peu de temps avant la première édition du livre[124] que Th. More inventa ce mot de toutes pièces, Utopia ; un mot qui est le premier indice donné au lecteur érudit (helléniste et latiniste) que ce dernier va parcourir des pages qui entremêlent le vrai et le faux sur un mode distrayant[n 16]. Mais il y a plus. Dès la première édition de l'Utopie, dans les parerga qui accompagnent le texte, Th. More et ses amis humanistes enrichirent et élargirent le sens du néologisme Outopos. Dans le « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu d'Hythlodée par sa sœur », poème intitulé « L'île d'Utopie » (voir ci-contre à droite), le lecteur peut lire :

« Sizain d'Anémolius, poète lauréat » (vraisemblablement écrit par Th. More), édition de 1516 chez Thierry Martens. (« Source : Bibliothèque Mazarine »)

« Utopie, pour mon isolement par les anciens nommée,
Émule à présent de la platonicienne cité,
Sur elle, peut-être l'emportant (car, ce qu'avec des lettres
Elle dessina, moi seule je l'ai montré
Avec des hommes, des ressources et d'excellentes lois)
Eutopie, à bon droit, c'est le nom qu'on me doit[125]. »

Ainsi : « Outopos, le non-lieu, peut se lire aussi eutopos, le lieu du bonheur. Paradoxe : lieu d'un bonheur prétendu de nulle part, mais ce nulle part est un topos. Utopia est une cité de discours qui établit les fondements d'une cité égalitaire avec des exemples concrets[126]. » Ce n'est pas tout. Dans sa lettre à Thomas Lupset, Guillaume Budé introduit une nouvelle variation dans le titre de ce livre : « Quant à l'île d'Utopie qui, à ce que j'entends, s'appelle même Udépotie, par une heureuse et singulière fortune, s'il faut en croire ce qu'on nous en rapporte, elle s'est imprégnée des usages chrétiens et de l'authentique et vraie sagesse dans la vie publique et dans la vie privée »[127]. Dans sa note complémentaire, André Prévost précise : « "Udépotie", du mot grec, oὐδέποτε, jamais. Joignant le burlesque à la contrepèterie, Budé fait de l'Île-de-nulle-part, Oὐτοπος, l'Île-de-jamais[128]. »

Dans son invention, dans son vocable grec, ce mot recèle une ambiguïté : « Utopia, lieu de nulle part, ou bien Udetopia, lieu d'aucun temps, ou bien Eudetopia, lieu de félicité où tout est bien ; pluralité de sens, pluralité d'inspirations, pluralité de formes comme si, à travers le jeu introduit par cette pluralité, L'Utopie parvenait à conquérir son unicité et l'auteur à préserver sa liberté[129]. » Pour Simone Goyard-Fabre ce mot Utopia doit être bien compris : « Sous le signe du négatif et de l'anti-réalité, le pays de Nulle-Part est tout ensemble u-topie et u-chronie. Mais, en fabriquant à plaisir un vocabulaire ésotérique et provoquant, More ne cède nullement aux sortilèges de la fantasmagorie : l'apparemment impossible est pour lui plus prégnant et plus vrai que le réel en sa platitude. Il ne s'égare pas dans un rêve mais s'attache à une logique de l'ailleurs qui n'a rien de chimérique[130]. »

En effet, il ne faut pas oublier que le titre définitif arrêté par Th. More en 1518 est : De Optimo Rei publicae Statu, deque nova insula Utopia. Le propos de Th. More est aussi politique, selon les traductions ce titre est rendu ainsi : Jean Bodin, dans Les Six Livres de la République, désigne l'ouvrage comme la République de Thomas More ou comme la République d'Utopie[123] ; dans son édition Marie Delcourt propose la traduction : Le Traité de la meilleure forme de gouvernement ou L'Utopie[131],[132] ; dans son édition André Prévost traduit par : La Meilleure Forme de Communauté Politique et la Nouvelle Île d'Utopie, selon lui : « le mot "république" a perdu depuis la Révolution de 1789, son sens de "chose publique" pour évoquer désormais une forme de régime politique, différent de la monarchie et de l'empire. Il semble donc indiqué de traduire respublica par l'expression "communauté politique". Quant au mot "status" du texte latin, il ne saurait se traduire par "État", mot qui a pris, lui aussi, une acception spéciale et désigne communément l'appareil politique qui incarne les pouvoirs souverains de la communauté. La traduction qui répond le mieux à ce mot "status" est celle de "forme" prise par une certaine communauté politique. La version "la meilleure forme de communauté politique" se trouve singulièrement illustrée par son apposition à "la nouvelle île d'Utopie"[133],[134]. » En anglais, le titre peut être traduit ainsi : Concerning the Best State of a Commonwealth and the New Island of Utopia[135] ; dans les œuvres complètes publiées chez Yale, le titre est le suivant : The Best State of a Commonwealth and the New Island of Utopia[136].

Il faut ajouter que la question de la « meilleure forme de communauté », ou du « meilleur régime », est une question politique fortement présente dans la tradition philosophique convoquée par Th. More : de Platon[n 17] à Aristote[n 18] en passant par Cicéron[n 19]. D'ailleurs, Th. More rend hommage au début de La République de Platon[137] lorsque, au Livre I de l'Utopie, le personnage de Raphaël Hythlodée entre en scène : « Je me trouvais un jour dans l'église Notre-Dame, monument admirable et toujours plein de fidèles ; j'avais assisté à la messe, et, l'office terminé, je m'apprêtais à rentrer à mon logis, quand je vis Pierre Gilles en conversation avec un étranger, […] »[138].

Le titre de ce livre, De Optimo Rei publicae Statu, deque nova insula Utopia. Libellus uere aureus, nec minus salutaris quam festivus, avertit ainsi le lecteur : dans les pages qui suivent, il sera profondément question de politique, sur un mode agréable et distrayant[139],[140]. Cette courte explicitation du titre ne clôt pas, là non plus, la question de l'interprétation du livre.

Présentation du livre

Composition

Le manuscrit de l'Utopie rédigé par Thomas More est perdu[141] ou, comme le dit A. Prévost : « Le manuscrit de l'Utopie de More n'a pas été découvert[142]. » Néanmoins, l'établissement de la correspondance de Th. More et de celle d'Érasme au cours du XXe siècle, ainsi que de nouveaux établissements du texte latin accompagnés de nouvelles traductions, ont permis de découvrir les étapes de la rédaction du texte de l'Utopie. Succinctement : le Livre II de l'Utopie devait être le second volume d'un diptyque formé avec l'Éloge de la folie d'Érasme[143], il fut rédigé en 1515 lorsque More était en mission diplomatique aux Pays-Bas. Le Livre I fut rédigé par More à son retour en 1516 et la « Lettre » fut écrite en dernier[144].

La composition du livre est la suivante : au Livre I, après une brève présentation du contexte (la mission diplomatique de Th. More et la rencontre avec Raphaël Hythlodée), un dialogue auquel participent Th. More, Pierre Gilles et R. Hythlodée se tient dans le jardin de la résidence de Th. More à Anvers « assis sur un banc de gazon »[145], un second dialogue à la table du cardinal Morton (rapporté par R. Hythlodée) est enchâssé dans le premier, puis le dialogue dans le jardin reprend jusqu'au déjeuner ; au Livre II, après le repas du midi, R. Hythlodée décrit l'île d'Utopie à Th. More et P. Gilles, puis le dialogue dans le jardin reprend très brièvement avant le repas du soir et, pour finir, Th. More conclu sa relation « sur la République d'Utopie »[146]. Selon Michèle Madonna-Desbazeille, Th. More emploie une « technique dramatique » : « Unité de lieu, le jardin ; unité de temps, une journée ; unité d'action, la défense des institutions utopiennes[147]. »

Dans l'édition ne varietur de le texte de l'Utopie est précédé et suivi de parerga (lettres et poèmes, une carte et un alphabet). Comme l'indique M. Madonna-Desbazeille, les lettres sont issues d'« une correspondance entre [des] humanistes de l'époque, pour la plupart amis d'Érasme et de More »[148],[n 20] ; et ces « humanistes prennent l'Utopie au sérieux et la considèrent comme un modèle à suivre pour réformer l'Angleterre de leur époque[149]. »

Une collection d'illustres personnages

L'Utopie est un texte où il est fait référence à des personnes ayant existé (Platon, Sénèque, Cicéron ou le cardinal Morton), à des personnages de récits (Palinure, Ulysse, Harpyes ou Lestrygons), à des personnes actuellement en vie (Henri VIII, Georges de Temsecke, Cuthbert Tunstall ou John Clement), à des personnages inventés (le jurisconsulte, le bouffon, les Utopiens et les Utopiennes), enfin, à des entités intrinsèquement autres (Mythra, le Christ ou Dieu).

Parmi tous les personnages présents dans l'Utopie, les principaux sont : Pierre Gilles, Thomas More, Raphaël Hythlodée, Utopus, les Utopiens et les Utopiennes. Néanmoins, trois personnages se distinguent des autres par leur importance : Pierre Gilles, Thomas More et Raphaël Hythlodée. « Tous les trois appartiennent à leur époque et à un milieu bourgeois cossu, cultivé et curieux des choses de l'esprit[150]. » Ils viennent de trois pays différents, le premier des Pays-Bas, le deuxième d'Angleterre, le troisième du Portugal ; aussi, leur noms et prénoms ne sont pas anodins :

Page 17, première page de la « Lettre-Préface » de Th. More adressée à Pierre Gilles, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)
  • « Petrus Ægidio ». Pierre Gilles est celui qui édita, sous la supervision d'Érasme, l'édition princeps de l'Utopie ; il est celui qui est de mèche avec Th. More : c'est P. Gilles qui composa l'alphabet et le quatrain. Le dialogue ayant lieu à Anvers, qui mieux qu'un secrétaire de la ville d'Anvers pourrait attester de la véridicité des propos relatés par un marin portugais puis rapportés par un citoyen londonien. Son prénom, « Petrus », renvoie à l'apôtre Pierre, premier évêque de Rome[151]. Son nom de famille dans le texte latin, « Ægidio » parfois orthographié « Ægidius », évoque les mots grecs « ægèᾱdès » et « ægῑdès » qui signifient « Égéate, d'Égæ » et « fils ou descendant d'Égée »[152] ; pour un lecteur latiniste, « -dio » et « -dius » peuvent évoquer « Dĭo » le tyran de Syracuse[153] et « divin, semblable aux dieux »[154] ;
  • « Thomas Morus ». Comme le rappellent nombre d'éditeurs et commentateurs de l'Utopie[155],[156],[157],[158],[159],[160], il ne faut pas confondre l'homme Thomas More avec : l'auteur Th. More, le narrateur Th. More, le rapporteur Th. More, l'interlocuteur Th. More, bref, avec le personnage de « Thomas More » dans le texte de l'Utopie. Th. More utilise son nom pour inscrire son propos dans la réalité, pour donner à son propos une véridicité et de l'autorité ; les traits d'ironie et les propos paradoxaux du texte, ainsi que les propos parfois contradictoires rapportés par le personnage « Thomas More » tout au long de l'Utopie sont là, entre autres, pour rappeler cet artifice. Son prénom, « Thomas », renvoie à l'apôtre Thomas, l'incrédule, qui est aussi surnommé « le sceptique ». Son nom de famille « More », dans le texte, est latinisé en « Morus » ; en latin, « morus » signifie « fou, extravagant »[161] ;
  • « Raphaël Hythlodaeus ». Le marin philosophe est celui qui rapporte l'existence de l'île d'Utopie (d'Utopus, des Utopiens et des Utopiennes) en Europe ; c'est son discours, et le sien seulement, qui donne vie à Utopie. Il est appelé Raphaël Hythlodée. Son prénom renvoie à l'archange Raphaël, et précisément à cet épisode du récit biblique : dans le livre de Tobit, Raphaël est envoyé par Dieu pour guérir la cécité de Tobit, le père de Tobie, et l’aider à rencontrer Sarah afin d’assurer la descendance d’Abraham ; il accompagne également le jeune Tobie dans son voyage. (Par ailleurs, lorsque Vasco de Gama ouvrit la Route des Indes en 1498, l'un des quatre navires s'appelait San Rafaël.) Le nom de famille « Hythlodée » s'écrit en latin « Hythlodaeus » ; ce nom est formé de deux racines grecques, « uthlos », « balivernes, bavardages » et « daios », « expert, habile ». Ainsi, ce marin philosophe est un « expert en bavardages » ou un « conteur de sornettes[162] », ou encore un « archange diseur de non-sens[163] » sur le témoignage de qui va se fonder le récit.

À partir de la « Lettre-Préface », pour rappeler qu'ils sont des personnages et évoquer ces significations, Thomas More est nommé Morus, Pierre Gilles est nommé Ægidio ; au Livre I, le marin philosophe est nommé Raphaël pour souligner l'atmosphère amicale de la discussion, il est nommé Hythlodée au Livre II afin de rappeler qu'il est un « expert en bavardages ».

Précisions sur le résumé du livre

Proposé ci-après, le résumé du livre intitulé De optimo reipublicae statu, deque nova insula Utopia suit l'édition ne varietur de chez Johann Froben[84]. Les parerga et les paratextes sont proposés dans l'ordre, ils sont présentés et résumés le plus fidèlement possible. Le texte de Th. More est présenté comme suit :

  • la lettre écrite par Th. More adressée à P. Gilles offre au lecteur de nombreuses clés pour lire l'Utopie[164]. Elle fait véritablement office de préface, Th. More y guide son lecteur au moment d'entrer en Utopie. Ci-après, cette « Lettre-Préface » est brièvement résumée, les clés de lectures sont mises en avant ;
  • le Livre I, qui met en scène une question fort débattue au sein de la communauté humaniste et que Th. More se pose (à) lui-même : servir le prince ou non et si oui comment (le) conseiller, est un Livre qui aborde de nombreux sujets et préoccupations qui seront abordés autrement au Livre II (les peines de justice, la guerre, la propriété privée, etc.). Ci-après ce Livre I est résumé de façon séquencée, en suivant les faits et les propos tels qu'ils sont rapportés ;
  • le Livre II fit la postérité de l'Utopie : Raphaël Hythlodée décrit dans les moindres détails tout ce qu'il a vu, entendu et lu sur l'île d'Utopie ; il décrit cette île comme s'il la découvrait au cours d'un voyage d'exploration ; parfois, Hythlodée se répète ou revient sur un sujet déjà évoqué. Afin de rendre plus saillantes les différences entre les propos de Th. More et les lectures qui furent faites de l'Utopie, ce Livre II est résumé de façon thématique en suivant grosso modo l'ordre des sujets abordés : « Occupation de l'île », « Politique », « Société », « Économie », « Guerre », « Tradition, Culture et Religion ».

Question(s) de traduction(s) : « Le texte latin a plusieurs niveaux d'écriture, d'où les difficultés rencontrées dans les traductions[126]. » Diverses traductions sont utilisées dans ces résumés : ceci permet de souligner l'importance du latin de Th. More et sa richesse polysémique[165].

De optimo reipublicae statu, deque nova insula Utopia dit l'Utopie (Édition de novembre 1518)

Frontispice

Page 1, frontispice de l'Utopie de Th. More réalisé par Hans Holbein le Jeune, quatrième édition ne varietur de novembre 1518 chez Johann Froben. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

À l'ouverture de l'Utopie imprimée en chez Johann Froben se trouve un frontispice qui déjà en [166] « apparaissait plus loin, […], pour encadrer le début de la lettre de More à P. Gilles[167]. » Celui-ci correspond plus au propos du livre : « La page de titre est encadrée par la composition au trait signée par Hans Holbein [le Jeune] dont le nom est gravé dans deux cartouches en haut du dessin, indique A. Prévost. Le décor architectural, inspiré par les colonnes torses de la Renaissance italienne, est animé par les mouvements ailés de neuf amours. Débarrassés des flèches de Vénus, leurs ébats évoquent l'atmosphère de jeu, de bienveillance et de grâce dans laquelle baigne l'Utopie[167]. » Aussi, précise A. Prévost : « Dans le bas-relief figurant le combat de cavaliers et de tritons, apparaît la marque d'imprimeur de Froben, le caducée[167]. » Dans cette édition de , ce frontispice est aussi réutilisé pour la « Lettre-Préface ».

Le titre du livre, modifié pour l'édition de , est ici repris : « DE OPTIMO REIP. STATU, deque noua insula Vtopia. Libellus uere aureus, nec minus salutaris quam festiuus, clarissimi disertissimique uiri THOMAE MORI inclytae ciuitatis Londinensis ciuis & Vicecomitis. » Titre qui peut être traduit ainsi : La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie. Un vrai livre d'or non moins salutaire qu'agréable, par le très éloquent Thomas More citoyen et shérif de l'illustre cité de Londres[168],[n 21].

A. Prévost apporte une précision : « Le "sheriff" est l'officier d'administration qui représente la Couronne dans chaque comté d'Angleterre et qui, en particulier, rend la justice au nom du souverain. Le titre de vicecomes donné à l'auteur de l'Utopie ne se justifie que par une courtoisie littéraire : rehausser les titres d'un écrivain pour en imposer au public[169]. » Voici pourquoi : « Les archives de la Cité, au , notent en effet l'élection de Thomas More non pas comme shérif, mais à l'une des deux charges de sous-shérif de la Cité de Londres. Il gardera cette office jusqu'au , date où il remettra sa démission, considérant ce poste, incompatible avec les obligations de Conseiller du Roi[169],[n 22]. »

La suite du titre annonce des épigrammes de l'auteur et d'Érasme (Epigrammata), ceux-ci sont joints à certaines éditions de Bâle (mars et novembre) et disposés après l'Utopie. J. Froben signe la préface des épigrammes d'Érasme ; Beatus Rhenanus adresse une lettre à Willibald Pirckheimer qui fait office de préface aux épigrammes de Th. More, dans cette lettre B. Rhenanus évoque brièvement l'Utopie (Voir plus bas « Retour d'Utopie »). Selon A. Prévost, Th. More rédigea ces épigrammes entre 1497 et 1516 : « Les sujets choisis révèlent les idées qui retenaient alors l'attention de More : vingt-trois épigrammes prennent pour cible les rois et les gouvernements, treize évoquent la mort, onze visent les astrologues, cinq, enfin, critiquent les gens d'Église[170]. »

Page 2, lettre d'Érasme adressée à Johann Froben, édition de novembre 1518 chez J. Froben. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

Lettre d'Érasme à Johann Froben

Pour les éditions de 1518 Érasme rédige une lettre dont le destinataire est l'imprimeur même du livre, Johann Froben. C'est par ces mots que débute la lettre : « Tout ce qui a paru de mon illustre More a été de mon goût que je ne puis l'exprimer[171]. » Érasme fait ici l'éloge de More, mais il n'est pas le seul : « tous les doctes pensent de même », « ils élèvent même beaucoup plus haut le génie de cet homme incomparable »[171]. Ces jugements objectifs, plus louangeurs que celui d'Érasme, permettent d'apporter du crédit à la personne de Th. More. En effet, lorsqu'il achète ou lit un livre, le lecteur ne connaît pas forcément son auteur. Aussi, Érasme inscrit Th. More dans une lignée : « Que n'aurait point pu produire cet esprit admirablement heureux, si l'Italie lui avait donné l'éducation ? Que n'aurait-on point dû espérer de lui s'il s'était consacré tout à fait au culte des Muses ; s'il avait mûri jusqu'à la saison des fruits et jusqu'à son automne[172] ? »

Johann Froben fut l'un des principaux imprimeurs et éditeurs de son temps, Érasme joue de cette célébrité pour asseoir l'autorité des propos rapportés par Th. More. « Vous êtes libraire d'une réputation fameuse ; et c'est assez qu'un livre soit connu comme frobénien pour être recherché avec empressement de tous les connaisseurs[173]. » Seul lui sera capable de donner à ce texte l'écrin qu'il mérite : « voyez si, par votre presse, vous voulez en faire présent au monde et, […] rendre durables [ces Progymnasmata et l'Utopie] dans les siècles futurs[174],[n 23]. »

Lettre de Guillaume Budé à Thomas Lupset

Cette lettre de Guillaume Budé fut jointe à la deuxième édition du texte de l'Utopie en 1517, dont Thomas Lupset supervisa l'édition chez Gilles de Gourmont. Au début de sa lettre G. Budé remercie T. Lupset de lui avoir procuré une traduction de Galien réalisée par Thomas Linacre, ainsi que l'Utopie. Il dit même avoir été touché par ce livre : « Tandis que j'étais aux champs et que j'avais ce livre en main, tout en allant et venant, prenant garde à tout, donnant des ordres aux ouvriers […], j'ai été tellement affecté à la lecture de ce livre, quand j'eus connu et pesé les mœurs et institutions des Utopiens, que j'ai quasi interrompu et même délaissé le soin de mes affaires domestiques, voyant que tout l'art et toute l'industrie économiques, qui ne tendent qu'à augmenter le revenu, sont chose vaine[175]. »

Page 3, première page de la lettre de Guillaume Budé adressée à Thomas Lupset, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

G. Budé poursuit sa réflexion en critiquant les « sciences juridiques et politiques »[176] qui, sous couvert d'instituer une « communauté établie par le droit civique »[176] ne font qu'exciter les passions des hommes ; quant aux « droits que l'on appelle civil et d'Église »[176], sous couvert d'équité ces droits sont manipulés par les uns, détournés par les autres[176]. Pour G. Budé, seul « Jésus Christ [lui] semble avoir abrogé, du moins entre les siens, tous ces volumes d'arguties qui composent nos droits civil et canonique, et que nous voyons aujourd'hui être tenus pour le refuge de la prudence et du gouvernement[177]. » Est-il le seul ?

G. Budé ajoute aussitôt : « Pourtant l'île d'Utopie, que j'entends aussi être appelée Udépotie, a par un merveilleux hasard, si nous croyons ce qu'on nous en rapporte, adopté dans la vie tant publique que privée les coutumes vraiment chrétienne et même la vraie sapience, et les a gardées jusqu'à aujourd'hui sans y rien gâter »[178]. Quelles sont ces coutumes ? D'abord, « l'égalité des biens ou des maux »[178] entre ses citoyens ; ensuite, « un constant et persévérant amour de la paix et de la tranquillité »[178] ; enfin, « le mépris de l'or et de l'argent[178]. » Ces coutumes, « ces trois piliers des lois utopiennes »[178], G. Budé aimerait les voir « fichés dans les sens de tous les hommes »[178] afin de voir disparaître l'orgueil et la convoitise, mais aussi le « grand amas de volumes de droit »[179]. Alors, invoquant Dieu, G. Budé espère le retour du « siècle doré de Saturne »[179],[n 24].

Après ces développements et ces louanges, G. Budé s'arrête sur un point délicat, abordé par Th. More et P. Gilles dans leurs lettres (parues avec l'édition de 1516), un point qui le chagrine : « je trouve, en y prenant garde de près, qu'Utopie est située hors des bornes du monde connu, et qu'elle est certes une île fortunée, proche par aventure des Champs Élysées — car Hythlodée, comme témoigne More, n'a point encore donné la situation de cette île[180]. » Et il poursuit : « Il a bien dit qu'elle était divisée en villes, lesquelles cependant tendent toutes à ne former qu'une seule cité, qui a pour nom Hagnopolis[n 25], se repose sur ses observances et ses biens, est heureuse par innocence, et mène une vie pour ainsi dire céleste »[181]. Où trouver l'île d'Utopie ?

C'est une question légitime, puisque : « Nous devons […] la connaissance de cette île à Thomas More »[181]. Certes, cette île fut découverte par Hythlodée « auquel [More] attribue tout ce qu'il en a appris »[181], pour autant : « À supposer que cet Hythlodée soit l'architecte qui a bâti la cité d'Utopie et composé les mœurs et les instituions »[181], il n'en reste pas moins que « More a grandement enrichi de son style et de son éloquence l'île et ses saintes ordonnances, […], et y a ajouté toutes les choses par lesquelles un ouvrage magnifique est décoré, embelli et autorisé »[181]. Quand bien même Hythlodée « déciderait un jour d'écrire lui-même ses aventures »[182], à qui attribuer la paternité de cette Utopie-ci ? G. Budé confesse : « c'est le témoignage de Pierre Gilles d'Anvers, que j'aime, bien que je ne l'aie jamais vu »[182] et le fait « qu'il est l'ami d'Érasme »[182], qui font qu'il accorde sa foi à More[182].

G. Budé termine sa lettre par des formules de politesse et des recommandations, dont une pour More : « homme que je crois et dis depuis longtemps déjà être enrôlé au nombre des plus savants disciples de Minerve, et que cette Utopie, île du Nouveau Monde, me fait souverainement chérir et honorer[183]. »

Page 11, « Sizain d'Anémolius, poète lauréat » (vraisemblablement écrit par Th. More), édition de novembre 1518 chez Johann Froben. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

Sizain d'Anémolius

Le « Sizain d'Anémolius, poète lauréat et fils de la sœur d'Hythlodée » accompagne le texte de l'Utopie depuis l'édition princeps (1516). Dans les éditions de Bâle ce « Sizain » apparaît après la lettre de G. Budé : de la sorte, après le néologisme forgé par G. Budé (« Udépotie ») et les nouvelles significations ajoutées au mot Utopie (« siècle doré de Saturne », « Hagnopolis »…), Anémolius forge un autre néologisme (« Eutopie ») qui attribue une nouvelle signification au mot Utopie. Le nom de l'île où prospère une République dont les institutions sont décrites dans ce livre renferme des trésors de significations. Le poème est intitulé : « Sur l'île d'Utopie ».

« Utopie, je fus nommée par les Anciens à cause de mon isolement.
Aujourd'hui cependant je rivalise avec la cité platonicienne
Et peut-être la surpasse (la raison en est qu'avec des lettres
Il l'a dessinée tandis que moi, unique, je l'ai surpassée en montrant
Des hommes, des richesses et des lois excellentes).
Aussi bien Eutopie mériterais-je d'être appelée[184]. »

Page 12, carte de l'île d'Utopie (de la main d'Ambrosius Holbein), édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). Cette carte apparut pour la première fois dans l'édition de mars 1518, chez le même éditeur.

Carte de l'île d'Utopie

La carte de l'île d'Utopie présente dans les éditions de Bâle en 1518 est l'œuvre d'Ambrosius Holbein, le frère d'Hans Holbein le Jeune. Cette carte remplace celle présente dans l'édition de 1516 et qui disparut de l'édition de 1517 chez Gilles de Gourmont. Cette nouvelle carte reprend certaines composantes de la première : reproduction des détails géographiques donnés au début du Livre II (situation de la capitale, circularité du fleuve, isolement de l'île, difficultés d'accès, etc.), reprise du symbolisme et des embarcations[78]. (Voir plus bas, « 1516 La première carte de l'île d'Utopie », pour une brève comparaison des deux cartes)

Pour A. Prévost, « La gravure beaucoup plus symbolique de l'édition de Bâle [montre] une Utopie qui atteint son équilibre par la rencontre avec le Christianisme : les pinacles y [sont] surmontés de croix[185]. » Les cartouches soutenus par la guirlande portent ces mentions : « Ville d'Amaurote » pour celui du haut, « Source du fleuve Anydre » pour celui de gauche, « Embouchure du fleuve Anydre » pour celui de droite. Selon A. Prévost : « Les guirlandes qui soutiennent le médaillon suggèrent la distance esthétique qui maintient l'Utopie dans le monde "surréel" de l'Ailleurs[186]. »

Nommément désigné, dans le coin inférieur gauche, Hythlodée pointe l'île d'Utopie à un personnage qui pourrait être Thomas More (peut-être est-ce aussi un lecteur ?). Le personnage dans le coin inférieur droit est un soldat, qui ne semble pas perdre une miette de la conversation. Pour A. Prévost : « Les personnages sont ceux qui paraissent dans la gravure de la page 25 [La 1ère page du Livre I] : More se tourne vers Hythlodée pour lui exposer ses problèmes ; Hythlodée montre du doigt l'île d'Utopie, clé des solutions[186]. » Toujours selon A. Prévost : « Le dessin est de la même main que celui de la page 25, signé Hans Holbein [le Jeune][186]. »

Pour Suzanne Gély : « Les deux caravelles […] nous transportent bien vers les nouvelles îles et le Nouveau Monde découverts par Colomb et Vespucci[187]. » Sur la caravelle au mouillage devant l'île d'Utopie, un homme d'équipage regarde vers le continent, l'autre bateau à voile latine semble voguer vers l'île. Sur le pavillon de la caravelle, il est inscrit « N.O.R. »[188] : « Le "R" ajouté à N.O. selon l'épigraphie du temps, serait la première lettre de Restauro, dit A. Prévost. L'énigme des trois lettres réunies indiquerait un Ambrosius Holbein refaisant la carte d'Utopie dessinée une première fois par Gerhard Geldenhauer pour l'édition de 1516[186]. »

Alphabet utopien et quatrain en langue vernaculaire

Page 13, Alphabet utopien et quatrain en langue vernaculaire des Utopiens (vraisemblablement réalisé par Pierre Gilles), édition de novembre 1518 chez Johann Froben. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

Dans l'édition princeps de l'Utopie, l'alphabet et le quatrain furent placés au tout début du livre, tous deux disparurent de l'édition de 1517 chez Gilles de Gourmont. Dans les éditions de Bâle, ils sont placés en regard de la carte de l'île d'Utopie ; aussi, l'alphabet des Utopiens est retouché : les lettres sont plus fines, mieux tracées et leur présentation est plus soignée. La page reprend la composition de 1516 : en haut de page, l'alphabet latin et sa correspondance en alphabet utopien ; en pleine page, le quatrain en langue vernaculaire transcrit en alphabet latin et légendé de son original en alphabet utopien ; en pied de page, le quatrain est traduit en latin.

Cet alphabet utopien « est une somme de formes géométriques simples, modulées par des segments de droites ou un point[189]. » Comme le remarque Sébastien Hayez, « l'alphabet n'est pas bicaméral, c'est-à-dire qu'il ne comporte pas de différenciation entre les majuscules et les minuscules[189]. »

Quant à la langue utopienne, des études menées sur sa morphologie indiquent une parenté avec le persan ; au Livre II, Hythlodée dit de la langue des Utopiens : « Leur langue en effet, très proche au surplus du persan, conserve quelques traces du grec dans les noms des villes et des magistratures[190]. » Ce quatrain en langue utopienne n'a pas de titre.

« Vtopos ha Boccas peula chama polta chamaan
Bargol he maglomi bacaan foma gymnofophaon
Agrama gymnofophon labarem bacha bodamilomin
Voluala barchin heman la lauoluola dramme pagloni[191]. »

Voici la traduction de ce quatrain en langue vernaculaire par Louis Marin :

« Utopus, mon prince, de la non-île que j'étais, a fait de moi une île.
Moi seule, parmi toutes les provinces du monde, non-philosophiquement
J'ai représenté pour les mortels la cité philosophique.
Libéralement, je partage ce que je possède ; sans difficulté, j'accepte [des autres] le meilleur[192]. »

Lettre de Pierre Gilles à Jérôme de Busleyden

Cette lettre de Pierre Gilles accompagne l'Utopie depuis l'édition princeps. Toujours placée avant le texte, cette lettre forme comme un couple avec celle de Jérôme de Busleyden adressée à Th. More[n 26]. Cette lettre contient beaucoup d'éléments, écrite après la rédaction de l'Utopie P. Gilles prend soin de distiller des indications au lecteur : lignée philosophique, véracité, approche politique et ancrage dans le monde contemporain. Par exemple, au début de sa lettre, P. Gilles accuse réception de l'Utopie et poursuit la filiation platonicienne : « Cette bienheureuse île [d'Utopie] est encore étrangère à la plupart des mortels ; mais elle mérite que tout le monde la recherche avec beaucoup plus d'empressement que la République de Platon[193]. »

Page 14, première page de la lettre de Pierre Gilles adressée à Jérôme de Busleyden, placée avant la Lettre-Préface de Th. More dans l'édition de novembre 1518 chez Johann Froben.(« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

Secrétaire de la ville d'Anvers au moment de la parution de l'Utopie, P. Gilles témoigne de l'existence de Raphaël Hythlodée tout au long de sa lettre, il le présente comme un homme exceptionnel : « cet homme-là a une vaste connaissance — et connaissance expérimentale, qui plus est — des pays, des hommes et des choses »[194], « Vespuce était un aveugle en comparaison d'Hythlodée[194]. » Où rencontrer cet homme : « les uns disent qu'il est péri en chemin ; les autres prétendent qu'il est encore retourné dans son pays, mais qu'en partie dégoûté des mœurs de ses compatriotes, et en partie aussi ayant toujours l'Utopie bien avant dans le cœur, il était reparti pour y faire un nouveau voyage[195]. »

Autre question de véracité : P. Gilles répond à une demande formulée par Th. More dans sa « Lettre-Préface » (placée après cette lettre) quant à la position géographique de l'île d'Utopie. Contrairement au souvenir de Th. More, Raphaël a bien mentionné sa position, « mais malheureusement, dit P. Gilles, quelqu'un de l'équipage, qui, à ce que je crois, s'était enrhumé sur l'eau, toussa d'une si grande force, que cela me fit perdre quelques-unes des précieuses paroles d'Hythlodée[195]. » Et Th. More, pourquoi n'a-t-il rien entendu ? Un de ses valets lui « disait je ne sais quoi à l'oreille », écrit P. Gilles[195]. Mais pourquoi s'attarder sur ce détail, semble suggérer P. Gilles : « Si le nom de cette île fortunée ne se trouve point chez les cosmographes »[195], cela ne prouve pas son inexistence ; il rapporte alors une réflexion de Raphaël : « N'a-t-il donc pas pu arriver, [dit Hythlodée], que par le cours du temps, ce pays-là ait perdu son premier nom[195] ? » P. Gilles ajoute : « Il n'est pas non plus impossible que les Anciens aient ignoré cette île-là[195]. » Ou encore : « Combien découvre-t-on tous les jours de nouvelles terres que les géographes de l'Antiquité n'ont pas connu[196] ? »

Dès le début de sa lettre, P. Gilles joue avec cette question de la véracité des propos rapportés par Th More : « En vérité, toutes les fois que je la lis [l'Utopie], il me semble voir encore plus que je n'en entendais lorsque More et moi nous écoutions de toutes nos oreilles narrer et raisonner Raphaël Hythlodée »[193] ; plus troublant encore dit P. Gilles : « je crois que Raphaël lui-même n'a pas tant vu de choses dans cette île-là pendant les cinq ans qu'il y a passé, qu'on en peut voir dans la description de More[194]. » Au moment de conclure sa lettre il tranche : « Mais après tout, à quoi bon se fonder ici sur des raisonnements pour prouver l'existence de l'Utopie, puisque c'est More lui-même qui en est l'auteur[197],[n 27] ? »

À la fin de sa lettre, P. Gilles informe J. de Busleyden qu'il participa au livre en reproduisant le quatrain et l'alphabet utopiens que Raphaël Hythlodée lui montra à Anvers, ce après le départ de Th. More ; aussi, il signale qu'il inscrivit quelques notes dans les marges. Enfin, il sollicite J. de Busleyden : « Ce sera vous, Monsieur, qui contribuerez le plus à mettre ce petit livre en réputation[197]. » En effet, « personne n'est plus propre que vous à soutenir par de sages conseils une République, vous qui, depuis plusieurs années, vous y consacrez, digne de tous les éloges qu'on doit donner à une prudence éclairée et à une vraie probité[197]. »

Lettre de Thomas More à Pierre Gilles

Page 20, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). La première manchette du livre apparaît ici dans la « Lettre-Préface », il est écrit : « Noter, en théologie, la distinction entre commettre un mensonge et dire un mensonge[198]. » Aux trois dernières lignes de la page, il est écrit en latin : « si quid sit in ambiguo, potius mendacium dicam quam mentiar, quod malim bonus esse quam prudens. »

Thomas Morus écrit à son ami Petrus Ægidio[n 28] pour l'informer qu'il a terminé la rédaction du livre relatant leur rencontre et leur discussion avec Raphaël Hythlodée : « je vous envoie ce petit livre sur la république d'Utopie »[146]. Ce livre, que le lecteur tient entre ses mains, doit être soumis à relecture. Morus s'excuse du retard de son envoi, alors même qu'il n'avait qu'à retranscrire ce que Hythlodée lui dit un an plus tôt[n 29] : « Vous saviez en effet que, pour rédiger, j'étais dispensé de tout effort d'invention et de composition, n'ayant qu'à répéter ce qu'en votre compagnie j'avais entendu exposer par Raphaël[199],[n 30]. » Puis Morus, s'adressant toujours à Ægidio, précise : « Je n'avais pas davantage à soigner la forme, car ce discours ne pouvait avoir été travaillé, ayant été improvisé au dépourvu par un homme qui, au surplus, vous le savez également, connaît le latin moins bien que le grec[200],[n 31]. »

Morus attribue ce retard à ses « affaires »[200] et à ses charges, ceci lui permet de montrer ou de rappeler au lecteur qu'il est engagé dans les affaires du monde, un citoyen au service de la chose public et un homme politique[200],[n 32]. « Quand arriver à écrire[201] ? » S'exclame-t-il. Toutefois ajoute-t-il : « j'ai terminé L'Utopie et je vous l'envoie, cher Pierre »[201]. Morus presse son ami Ægidio de demander à Raphaël Hythlodée de vérifier l'exactitude de la retranscription de leur discussion. En effet, John Clement[n 33] émet des doutes sur la largeur du fleuve Anydre qui traverse la capitale de l'île d'Utopie Amaurote. Morus de préciser : « S'il subsiste un doute, je préférerai une erreur à un mensonge, tenant moins à être exact qu'à être loyal[202]. » (Ci-contre en latin, page 20[n 34])

Autre embarras, autre malice, Morus ne se souvient plus où est située l'île d'Utopie[202]. C'est un problème : « un homme pieux, de chez nous, un théologien de profession, brûle, et il n'est pas le seul, d'un vif désir d'aller en Utopie[203]. » Morus relance alors Ægidio : « C'est pourquoi je vous requiers, mon cher Pierre, de presser Hythlodée, oralement si vous le pouvez aisément, sinon par lettres, afin d'obtenir de lui qu'il ne laisse subsister dans mon œuvre rien qui soit inexact, qu'il n'y laisse manquer rien qui soit véritable. Je me demande s'il ne faudrait pas mieux lui faire lire l'ouvrage[203]. »

Morus doute même de vouloir publier ce livre, que le lecteur tient pourtant entre ses mains. « À vrai dire, je ne suis pas encore tout à fait décidé à entreprendre cette publication[203]. » Pourquoi ? « Les hommes ont des goûts si différents ; leur humeur est parfois si fâcheuse, leur caractère si difficile, leurs jugements si faux qu'il est plus sage de s'en accommoder pour en rire que de se ronger de soucis à seule fin de publier un écrit capable de servir ou de plaire, alors qu'il sera mal reçu et lu avec ennui[204]. » Morus brosse alors le portrait acide des lecteurs contemporains qui, pour la plupart, sont des lettrés. Une dernière fois, il s'adresse à Ægidio : « Entendez-vous avec Hythlodée, mon cher Pierre, au sujet de ma requête, après quoi je pourrai reprendre la question depuis le début. S'il donne son assentiment, puisque je n'ai vu clair qu'après avoir terminé ma rédaction, je suivrai en ce qui me concerne l'avis de mes amis et le vôtre en premier lieu[205],[n 35]. »

Morus termine sa lettre par une formule de politesse.

Page 25, première page du Livre I, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). La gravure, qui serait de la main d'Hans Holbein le Jeune[186], représente Raphaël Hythlodée, Th. More et Pierre Gilles discutant dans un jardin : après s'être salués devant l'église Notre-Dame d'Anvers, tous trois se rendent dans le jardin de la résidence de Th. More à Anvers où ils tiennent la discussion du Livre I « assis sur un banc de gazon »[145]. Le page qui s'avance sur la gauche est John Clement, le secrétaire de Th. More. (La description de l'île d'Utopie par Hythlodée au Livre II se tient dans ce même jardin, toujours sur le banc mais sans J. Clement.)

Livre I

Mission diplomatique

« L'invincible roi d'Angleterre, Henry, huitième du nom, remarquable par tous les dons qui distinguent un prince éminent, eut récemment avec le sérénissime prince Charles de Castille un différend portant sur des questions importantes. Il m'envoya en Flandre comme porte-parole, avec mission de traiter et de régler cette affaire. J'avais pour compagnon et pour collègue l'incomparable Cuthbert Tunstall, à qui le roi, au milieu de l'approbation générale, a récemment confié les archives de l'État[206]. »

C'est par ces mots que débute l'Utopie. Accompagné de Cuthbert Tunstall, il rencontra le Préfet de Bruges et Georges de Temsecke, deux envoyés du Prince Charles[207],[n 36]. Tandis que ces deux envoyés allèrent à Bruxelles « prendre l'avis du prince », Morus se rendit à Anvers pour ses « affaires »[207]. Les tractations, qui eurent lieu « une ou deux fois »[207], ne sont pas évoquées.

Rencontre avec Raphaël Hythlodée

Par hasard durant ce séjour il aperçoit Ægidio dans l'église Notre-Dame d'Anvers. Celui-ci converse avec « un étranger, un homme sur le retour de l'âge, au visage hâlé, à la barbe longue, un caban négligemment jeté sur l’épaule, sa figure et sa tenue me parurent celles d'un navigateur » dit Morus[138]. Reconnaissant Morus Ægidio le rejoint et, à propos de cet étranger, il lui dit : « s'il a navigué ce ne fut pas comme Palinure, mais comme Ulysse, ou plutôt encore comme Platon[138]. » Et Ægidio précise : il s'appelle Raphaël Hythlodée ; il connait bien le latin et surtout très bien le grec[208] ; il est Portugais[208] ; aussi, il « s'est joint à Améric Vespuce pour les trois derniers de ses quatre voyages, dont on lit aujourd'hui la relation un peu partout »[208] ; « il parcourut quantité de pays »[208] avant de rentrer au Portugal[145].

Après des salutations et un échange de « paroles qui conviennent à une première rencontre », Morus invite Ægidio et Raphaël Hythlodée à converser dans sa résidence anversoise[145].

Discussion au jardin

Ægidio pose la question suivante : « Je me demande vraiment, cher Raphaël, pourquoi vous ne vous attachez pas à la personne d'un roi, […] vous auriez de quoi le charmer par votre savoir, votre expérience des pays et des hommes, et vous pourriez aussi l'instruire par des exemples, le soutenir par votre jugement[209]. » Raphaël répond qu'il ne souhaite pas se « mettre en servage auprès des rois[209]. » Ægidio précise alors sa question : « Je souhaitais vous voir rendre service au roi, et non vous mettre à leur service[209]. » Raphaël réplique : « Petite différence[116]. »

Page 35, Livre I, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). La machette s'attache aux propos de Raphaël : « …l'inflexible justice que l'on exerçait chez vous… »[210] ; elle dit : « Des lois trop peu conformes à la justice[211]. » Ces lois, ce sont celles en vigueur dans le royaume d'Angleterre à l'époque.

Raphaël pointe le fait que les princes « concentrent leurs pensées sur les arts de la guerre » et non sur ceux de la paix[212]. Puis Raphaël éreinte les membres des conseils royaux, dans lesquels la nouveauté est mal vue et la tradition préférée aux améliorations. « C'est sur des préjugés de ce genre, dictés par l'orgueil, la sottise et l'entêtement, que je suis tombé souvent et, une fois, en Angleterre[213]. »

À la table du cardinal Morton

« J'étais par hasard à [la] table [de Morton] le jour où s'y trouva aussi un laïque très ferré sur le droit anglais, lequel, à propos de je ne sais quoi, se mit à louer de tout son cœur l'inflexible justice que l'on exerçait chez vous [en Angleterre] à cette époque contre les voleurs », dit Raphaël[210]. Puis il vilipende le moyen employé pour lutter contre ces voleurs, la pendaison[214] ; il évoque ensuite différents motifs de vol, jusqu'à cette tirade :

« Vos moutons, […]. Normalement si doux, si facile à nourrir de peu de chose, les voici devenus, […], si voraces, si féroces, qu'ils dévorent jusqu'aux hommes, qu'ils ravagent et dépeuplent les champs, les fermes, les villages[215]. »

Raphaël se tourne vers un peuple dont il loue la législation, les Polylérites : « ceux qui […] sont convaincus de vol restituent l'objet dérobé à son propriétaire et non, comme cela se fait le plus souvent ailleurs, au prince, car ils estiment que celui-ci n'y a pas plus droit que le voleur lui-même. Si l'objet a cessé d'exister, les biens du voleur sont réalisés [c'est-à-dire convertis en argent liquide, par une vente], la valeur est restituée, le surplus est laissé à la femme et aux enfants. Quant aux voleurs, ils sont condamnés aux travaux forcés[216]. »

Raphaël retient de cet échange avec le laïque le comportement des convives à la table du cardinal : chaque proposition et chaque exemple qu'il avance est soit moqué soit discrédité.

Reprise de la discussion au jardin

La discussion entre Raphaël, Ægidio et Morus reprend. Raphaël lance : « Mesurez par là le crédit que mes conseils trouveraient à la Cour[217]. » Morus est persuadé que Raphaël ferait un excellent conseiller : « votre cher Platon estime que les États n'ont chance d'être heureux que si les philosophes sont rois ou si les rois se mettent à philosopher[218]. »

Raphaël déplace la discussion, il la dépayse : il imagine qu'il siège au « Conseil » du roi de France et que, parmi d'autres, il conseille ce dernier au sujet des guerres qu'il mène en Italie[218]. Contrairement aux autres conseillers, Raphaël propose au roi de rester en son royaume[219]. Pour appuyer son argumentation, il prend exemple sur un peuple qui habite « au sud-est de l'île d'Utopie »[219], les Achoriens : le roi fut forcé par son peuple d'arrêter les guerres de conquête ou de succession et de se préoccuper de son royaume[220].

Page 63, Livre I, édition de chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). La manchette dit : « Les institutions des Utopiens[221]. » Elle souligne cette phrase du dialogue : « Ah ! si je venais proposer ce que Platon a imaginé dans sa République ou ce que les Utopiens mettent en pratique dans la leur, […][222]. » (Par ailleurs, il faut noter la taille et le choix des caractères typographiques du nom « CHRISTVS »).

Puis, revenu de France, Raphaël évoque d'autres conseils calamiteux prodigués à différents princes en divers temps et pays. De nouveau, pour appuyer son argumentation, il prend l'exemple d'un « autre peuple voisin de l'Utopie »[223], les « Macariens » : « le roi, le jour de son avènement, s'interdit par serment, après avoir offert de grands sacrifices, de jamais tenir dans son trésor plus de mille pièces d'or ou l'équivalent en argent »[223], ce afin d'empêcher une accumulation de ressources qui appauvrirait celles du peuple[223]. Raphaël se tourne vers Morus et lui demande si donner cet exemple au sein d'un Conseil ne serait pas comme « conter une histoire à des sourds[224] ? »

« À des sourds surdissimes, répond Morus, et cela n'aurait rien d'étonnant[224]. » Morus poursuit en critiquant la façon dont Raphaël donne ses conseils. Il trouve que ceux-ci sont des considérations théoriques qui n'ont « aucune place dans les conseils des princes »[224]. Mais Raphaël campe sur ses positions. Alors Morus objecte à Raphaël que c'est la philosophie telle qu'il la pratique qui ne peut avoir accès aux princes[n 37]. Il existe une autre philosophie dont Morus dit qu'elle est « instruite de la vie, qui connaît son théâtre, qui s'adapte à lui et qui, dans la pièce qui se joue, sait exactement son rôle et s'y tient décemment[224]. » Morus revient sur la façon dont Raphaël procède : au lieu d'être intransigeant, il faut savoir faire preuve d'à propos et de doigté. Aussi, Morus suggère une autre façon de procéder :

« Mieux vaut procéder de biais et vous efforcer, autant que vous le pouvez, de recourir à l'adresse, de façon que, si vous n'arrivez pas à obtenir une bonne solution, vous avez du moins acheminé la moins mauvaise possible[222]. »

Raphaël rétorque : « C'est me conseiller là, […], sous couleur de vouloir remédier à la folie des autres, de délirer en leur compagnie[222]. » Plus loin, Raphaël semble vouloir livrer le fond de sa pensée : « Mais en toute vérité, mon cher More, à ne vous rien cacher de ce que j'ai dans l'esprit, il me semble que là où existent les propriétés privées, là où tout le monde mesure toutes choses par rapport à l'argent, il est à peine possible d'établir dans les affaires publiques un régime qui soit à la fois juste et prospère »[225]. Cette vision, il la tient de son voyage autour du monde :

« C'est pourquoi je réfléchis à la Constitution si sage, si moralement irréprochable des Utopiens, chez qui, avec un minimum de lois, tout est réglé pour le bien de tous, de telle sorte que le mérite soit récompensé et qu'avec une répartition dont personne n'est exclu, chacun cependant ait une large part[226]. »

Tandis qu'en Europe : les lois se succèdent sans que les pays soit mieux gouvernés et les questions de propriété donnent lieu à des contestations interminables[226]. De la sorte, mettant en regard l'île d'Utopie et l'Europe, Raphaël donne raison à Platon : « ce grand sage avait fort bien vu d'avance qu'un seul et unique chemin conduit au salut public, à savoir, l'égale répartition des ressources[226]. »

Page 69, dernière page du Livre I, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

Alors que Morus rétorque : « il me semble au contraire impossible d'imaginer une vie satisfaisante là où les biens seraient mis en commun »[227] ; Ægidio manifeste son scepticisme à l'égard des propos de Raphaël : existe-t-il « dans le nouveau monde des peuples mieux gouvernés que dans celui qui nous est connu »[227] ? Ægidio ajoute que les hommes ne sont pas « moins intelligents » en Europe qu'en Utopie et que les États européens sont sans doute « plus anciens que les leurs »[227]. D'autre part, les savoirs accumulés en Europe, « sans compter les inventions dues au hasard », sont sans pareil dans le reste du monde[228].

Raphaël réplique que selon « les annales de ce nouveau monde »[228] leurs États sont vraisemblablement plus anciens, dont celui de l'île d'Utopie ; « il y avait chez eux des cités avant qu'il y eût des hommes chez nous[228]. » Quant aux savoirs accumulés et aux inventions, Raphaël objecte à Ægidio que « le génie humain » est commun à tous les hommes[228]. Pour preuve, il y a 1200 ans quelques « Romains » et quelques « Égyptiens » échouèrent sur l'île d'Utopie, les Utopiens surent tirer parti des savoirs transmis par ceux-ci : après cette unique rencontre « ils s'assimilèrent nos meilleures découvertes[229]. » En revanche note Raphaël : « Si par un hasard semblable, un Utopien a jamais débarqué chez nous, ce fait est tombé dans un oubli total[229]. » Et il conclut avec pessimisme :

« Il faudra longtemps au contraire, je le crains, avant que nous n'accueillions la moindre des choses par lesquelles ils nous sont supérieurs. Voilà précisément pourquoi, alors que notre intelligence et nos ressources valent les leurs, leur État cependant est administré plus sagement que le nôtre ; et il est plus florissant[229]. »

Sur ces mots, Morus prie Raphaël de décrire « cette île » ; il le presse de faire un « tableau complet » des cultures, des fleuves, des villes, des hommes, des mœurs, des institutions et des lois, « enfin de tout ce qu'à votre avis nous désirons connaître[229]. » Puis Morus déclare : « sachez que nous désirons connaître tout ce que nous ignorons[229]. » Raphaël se dit prêt : « tout cela m'est présent à l'esprit[229]. » Morus invite alors Raphaël et Ægidio à rentrer dans sa résidence pour manger. La discussion du Livre I s'arrête là.

Morus écrit qu'une fois le repas de midi terminé, ils revinrent s'asseoir « au même endroit, sur le même banc[229]. » Il précise qu'il demanda aux domestiques de ne pas les interrompre. « [Raphaël] resta un instant silencieux à réfléchir, puis, nous voyant attentifs et avides de l'entendre, il dit ce qui suit[229]. »

Le Livre I se clôt.

Page 70, première page du Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). La manchette dit : « Situation et forme de la nouvelle île d'Utopie[230]. »

Livre II

« L'île d'Utopie, en sa partie moyenne, et c'est là qu'elle est la plus large, s'étend sur deux cent milles, puis se rétrécit progressivement et symétriquement pour finir en pointe aux deux bouts. Ceux-ci, qui ont l'air tracés au compas sur une longueur de cinq cent milles, donnent à toute l'île l'aspect d'un croissant de lune[231]. »

C'est sur ces mots que débute le Livre II de l'Utopie[n 38] Hythlodée poursuit en décrivant le bras de mer qui sépare les deux cornes d'environ « onze milles »[231]. Le golfe formé par ce croissant « est comme un seul et vaste port accessible aux navires sur tous les points[231]. » Mais « l'entrée du port est périlleuse, à cause des bancs de sable d'un côté et des écueils de l'autre[231]. » D'après les traditions confirmées par la topographie du terrain, Utopie ne fut pas toujours une île : « Elle s’appelait auparavant Abraxa[232]. » Après avoir vaincu les Abraxasiens[n 39], « Utopus décida de couper un isthme de quinze milles qui rattachait la terre au continent et fit en sorte que la mer l'entourât de tous côtés[232]. » Utopus devint son roi et l'île prit son nom[232].

Occupation de l'île

L’île d’Utopie a cinquante-quatre villes spacieuses et magnifiques[233]. Le langage, les mœurs, les institutions, les lois y sont parfaitement identiques[233]. Les cinquante-quatre villes sont bâties sur le même plan, et possèdent les mêmes établissements, les mêmes édifices publics, modifiés suivant les exigences des localités[233] ; à l'extérieur se trouvent : les abattoirs[234] et les hôpitaux[235] ; les temples[236] des prêtres sont en nombre plus réduit. « La distance de l'une à l'autre est au minimum de vingt-quatre milles ; elle n'est jamais si grande qu'elle ne puisse être franchie en une journée de marche[233]. » Les champs sont répartis entre les cités[233].

Connaître l'une des villes d'Utopie, c'est les connaître toutes, « tant elles sont semblables »[237]. Les Utopiens attribuent à Utopus le plan de leurs cités[238]. Chaque maison possède un jardin[239], les portes n'ont pas de verrou[238] et, « par tirage au sort »[238], les habitants changent de maison tous les dix ans[238]. « Située comme à l'ombilic de l'île »[233], Amaurote est considérée comme la capitale de l’île ; sa position centrale favorisant un accès rapide à tous les délégués[233], c'est là que siège le « Sénat » de l'île d'Utopie[240]. Les délégués de chaque ville se rendent dans la capitale pour traiter des affaires communes[233]. Les citoyens désirant se rendre dans une autre cité que celle où ils résident doivent obtenir « l'autorisation des syphograntes et des tranibores[241]. »

Politique

Page 78, Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). Voici les manchettes qui accompagnent la description des procédures pour désigner les magistrats utopiens[242]. De haut en bas, les manchettes disent[243] : « Tranibore, dans la langue des Utopiens, signifie préfet de première classe. » « Merveilleuse façon de créer les magistrats. » « L'État bien organisé déteste les tyrans. » « Trancher au plus vite les controverses : ne pas les prolonger indéfiniment de propos délibéré comme on le fait aujourd'hui. » « Ne rien décréter à la hâte. »

La plus grande égalité règne entre tous les citoyens, les magistrats et les prêtres (tous élus par le peuple[236]) n'ont que très peu d'avantages. Les charges politiques sont : au plus bas niveau, les syphograntes ou philarques[244] (des "délégués de quartier") ; au niveau médian, les tranibores ou protophylarques[244] (des "gouverneurs") ; au niveau supérieur les princes[245] (des "maires") ; au sommet le roi de l'île d'Utopie ; sans oublier les prêtres, qui peuvent intervenir ou être sollicités à tous les niveaux[n 40]. L'organisation politique commence au quartier (ou « pâté de maisons »), l'échelon supérieur est un « sénat » pour chaque ville et son territoire, le tout est couronné par le « Sénat » d'Amaurote[240] ou « conseil général »[245] et par le Prince dit Barzanès ou Adèmus[246] (le "roi" de l'île d'Utopie[n 41]).

Les tranibores, les prêtres, les ambassadeurs et le Prince sont choisis et élus parmi les lettrés[246]. Les syphograntes sont dispensés de travail, néanmoins ils travaillent pour donner l'exemple[247]. Les lois sont peu nombreuses et compréhensibles par tous[248], ainsi chaque citoyen peut se défendre sans avocat[249] ; ces lois ne prescrivent pas de peine, c'est le sénat qui, dans chaque ville, s'en charge pour chaque cas[249].

Trente familles élisent chaque année le magistrat de leur quartier, le syphogrante[244]. Dix syphograntes et les familles qui dépendent d'eux obéissent à un tranibore[244]. « Les tranibores sont soumis chaque année à réélection ; leur mandat est souvent renouvelé. Toutes les autres charges sont annuelles[245]. » Les procédures électives des syphograntes et des tranibores ne sont pas relatées par Hythlodée.

À l'échelon "communal" : dans chaque cité se trouve un sénat, où siègent les tranibores[245],[n 42] ; pour élire le prince dans chaque cité : « Chacun des quatre quartiers de la ville propose un nom au choix du sénat »[245] (la procédure pour choisir ce nom n'est pas relatée par Hythlodée) ; ensuite : « Les deux cents syphograntes […], après avoir juré de fixer leur choix sur le plus capable, élisent le prince [ou "maire"] au suffrage secret, sur une liste de quatre noms désignés par le peuple[242]. » « Le principat est accordée à vie, à moins que l'élu ne paraisse aspirer à la tyrannie[245],[n 43]. »

À l'échelon "insulaire", la procédure est moins claire. Il semblerait que tout se passe à Amaurote, où siège le « Sénat » ou « conseil général » de l'île d'Utopie[n 44]. Le roi de l'île d'Utopie serait élu, mais cette procédure élective n'est pas relatée par Hythlodée[n 45].

Dans chaque sénat de chaque ville « tous les trois jours », en présence de deux syphograntes « convoqués par roulement à chaque séance du sénat », les tranibores débattent avec le prince (ou "maire"), ensemble ils délibèrent sur les affaires publiques et règlent les différends entre citoyens[245]. Discuter des affaires publiques, en dehors du sénat et des assemblées, est passible de la peine capitale ; ceci pour éviter qu'un prince et des tranibores n'établissent une tyrannie ou renverse le régime établi[245]. Par ailleurs, dans chaque cité : « toute question considérée comme importante est déférée à l'assemblée des syphograntes qui en donnent connaissance aux familles dont ils sont mandataires, en délibèrent entre eux, puis déclarent leur avis au sénat[245]. » Aussi : « Il arrive que le problème soit soumis au conseil général de l'île[245]. »

Société

Page 81, Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). De haut en bas, les manchettes disent[250] : « L'étude des belles-lettres. » « Les récréations aux repas. » « Mais aujourd'hui, les dés sont le jeu des princes ! » « Même les jeux sont utiles. »

De type patriarcal[251], chaque famille comprend les grands-parents, les parents, les ménages des fils mariés[233],[252]. Les prêtres donnent aux enfants leur première éducation[236]. Le mariage a lieu a vingt-deux ans pour les filles et vingt-six ans pour les garçons[253] ; les amours avant le mariage sont punis[253] ; les futurs conjoints doivent se montrer nus devant témoin avant de se marier[254]. Le mariage est indissoluble, sauf en cas d'adultères ; avec l'autorisation des sénateurs, le divorce par consentement mutuel est possible[255]. À l'organisation familiale se superpose une politique démographique : « Aucune cité ne doit voir diminuer excessivement sa population, ni davantage se trouver surpeuplée[256]. »

« La cité se compose de familles » et « chaque cité doit se composer de six mille familles[256]. » Chaque cité « se partage en quatre quartiers égaux »[251], dans chaque quartier est construit un « hôtel » où loge un syphogrante[234]. Les six mille familles sont réparties en « trente familles », celles-ci forment alors une syphograntie dépendant d'un hôtel attitré[234].

Chaque citoyen doit passer deux ans à la campagne[257]. Les habitants se considèrent comme des fermiers plutôt que comme des propriétaires[233]. Les repas sont pris en commun, à heure fixe[235] et au son du « clairon »[258]. Chaque famille confectionne ses vêtements : ils sont identiques et ne diffèrent que pour distinguer les hommes des femmes, « les gens mariés des célibataires[259]. » Tous les citoyens peuvent suivre des cours le matin avant le travail et se distraire le soir après le repas[260]. L'or est employé à faire « des vases de nuit », des chaînes pour les esclaves[n 46] et « des anneaux » d'or pour certains condamnés[261]. Les esclaves sont des Utopiens condamnés, des étrangers achetés parmi les condamnés, des « soldats capturés lors d'une guerre où Utopie fut attaquée » ou des émigrés venus travailler volontairement et temporairement[262]. Les Utopiens condamnés et devenus esclaves peuvent être libérés par les magistrats[263], ceux qui se révoltent son tués[264].

Page 103, Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). De haut en bas, les manchettes disent[265] : « Finalité des biens. Les Utopiens font consister le bonheur dans le plaisir honnête. » « Les principes de la philosophie doivent être demandés à la religion. » « La théologie des Utopiens. » « L'immortalité des âmes que nombre de personnes, même chrétiennes, mettent en doute aujourd'hui. » « Il ne faut pas aspirer à n'importe quel plaisir ni aimer la douleur si elle n'est pas justifiée par la vertu. »

Économie

L'économie s'organise principalement autour d'une ville et du territoire qui la nourrit[233] ; la production artisanale se fait dans les familles, chacune spécialisée dans un métier[259]. La journée de travail est limitée à six heures[266]. Tout le monde travaille, sauf les malades et les personnes âgées. Des esclaves accomplissent les travaux les plus pénibles et les plus repoussants[234],[258],[267]. Les paysans cultivent la terre, élèvent des bestiaux, procurent du bois[257], ils élèvent des volailles[257] ainsi que des chevaux mais « uniquement pour faire apprendre l'équitation aux jeunes gens[237]. » « L'ensemble du labourage et des transports est exécuté entièrement par des bœufs[237]. » Le grain récolté est utilisé pour faire du pain[237]. Les Utopiens boivent « du vin de raisin, du cidre, du poiré et de l'eau, souvent pure, parfois aussi mêlée à une décoction de miel et de réglisse qu'ils ont en abondance[237]. » Les produits, déposés d’abord dans des entrepôts, sont ensuite classés dans des magasins suivant leur espèce[251]. Des marchés procurent tout ce qu'il faut aux Utopiens[234]. Il y a des provisions pour « deux années »[268]. L'abondance des produits permet de constituer des réserves pour l'exportation[268]. Aussi, ils sèment et élèvent du bétail plus que nécessaire « afin d'avoir un surplus à donner à leurs voisins[237]. »

Les premières séances au Sénat d'Amaurote, où chaque année se rendent des déléguées de chaque cité, sont consacrées à dresser la statistique économique des diverses parties de l’île ; dès que sont identifiés les régions où il y a trop et celles où il n’y a pas assez, telle région « compense par ses surplus la pénurie d'une autre[268]. » Et cette compensation est gratuite[268]. Il n'existe pas de monnaie sur l'île d'Utopie[269],[270]. L'or et les pierres précieuses, obtenues par la vente de production agricole ou par tribut, servent de réserve en cas de guerre ou pour commercer avec des États voisins[271]. Les Utopiens n'hésitent pas à envahir les pays limitrophes qui laisseraient leurs terres inexploitées[256]. En effet, selon les lois utopiennes, la population de l'île ne doit pas excéder un certain seuil, dès que ce seuil est franchi des Utopiens sont envoyés à l'étranger fonder des « colonies », gouvernées « d'après les lois utopiennes », et ils « chassent du territoire » les « indigènes qui refusent d'accepter leurs lois », s'il le faut « ils luttent à main armée contre ceux qui leur résistent[256]. »

Guerre

Les Utopiens détestent la guerre, ils l'évitent autant que possible[272]. Pour autant, hommes et femmes pratiquent des exercices militaires régulièrement pour pouvoir se défendre[273] si le pays est attaqué[274] et si un pays allié est envahi ; mais parfois, par pitié envers un peuple tyrannisé, « et c'est pour l'amour de l'humanité qu'ils agissent dans ce cas »[273], les Utopiens n'hésitent pas à aller à la guerre. Aussi, ils n'hésitent pas à engager des mercenaires, les Zapolètes[275] ; parfois ils font assassiner les princes ennemis ou sèment la discorde parmi ses proches[275]. Les Utopiens se montrent humains envers les prisonniers ; dès que le prince ennemi est tué à la bataille le combat cesse, des prêtres utopiens présents (au nombre de sept) sur les champs de bataille s'assurent de l'arrêt du combat[276].

Tradition, Culture et Religion

Les citoyens utopiens pratiquent et adhèrent à différentes religions, mais ils partagent tous la même vertu fondamentale. Cette vertu est une vie conforme à la nature qui remplit l'âme de majesté divine et incline au plaisir en même temps qu'à aider les autres à l'obtenir[277]. En quelque sorte, les Utopiens ont une morale épicurienne, elle est fondée sur un calcul des plaisirs qui élimine tous les excès car ceux-ci causent les plus grands maux[278]. À côté des plaisirs de l'âme, à savoir : de l'intelligence et de la connaissance[279],[280], les Utopiens reconnaissent l'importance des plaisirs physiques comme la bonne chère et l'exercice corporel[281]. « Les Utopiens ignorent complètement les dés et les jeux de ce genre, absurdes et dangereux. Mais ils pratiquent deux divertissements qui ne sont pas sans ressemblance avec les échecs[260]. »

Les Utopiens croient en un Dieu (qu'ils nomment Mythra[282]) bon et créateur de toute chose, en l'immoralité de l'âme, aux châtiments et aux récompenses après la mort[283],[284]. Ceux qui ne partagent pas ces croyances sont exclus du vote et des magistratures[284] ; ils ne peuvent partager leurs idées avec leurs concitoyens, sauf avec les prêtres[284]. C'est Utopus qui décréta la liberté de religion[285]. Certains « Utopiens adorent le soleil, d'autres la lune ou quelques planètes »[282] ; d'autres ont comme dieu suprême « un homme qui a brillé »[282] ; d'autres encore un « dieu unique, inconnu, éternel, incommensurable, impénétrable, inaccessible à la raison humaine » et ils n'accordent « d'honneurs divins qu'à lui seul[282]. » Chaque Utopien est libre de célébrer les rites de sa religion dans sa maison. Étant donné la variété des religions, il n'y a aucune image de Dieu dans les temples présents dans chaque ville[286]. Les prêtres, appelés Buthresques[287], président aux cérémonies religieuses. Voyant que le Christ « avait conseillé aux siens de mettre toutes leurs ressources en commun »[288], beaucoup d'Utopiens commencent à adopter le christianisme[288].

Page 162, dernière page du Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). Th. More vient de prononcer ses dernières réflexions, le livre se clôt sur la formule suivante (en lettres capitales) : « Fin du discours d'après-midi de Raphaël Hythlodée sur les lois et les institutions de l'île d'Utopie, peu connue jusqu'à présent, par le très célèbre et très savant Thomas Morus, citoyen et vice-shérif de la cité de Londres[289]. »

Fin du discours

« Je vous ai décrit le plus exactement possible la structure de cette république où je vois non seulement la meilleure, mais la seule qui mérite ce nom. Toutes les autres parlent de l'intérêt public et ne veillent qu'aux intérêts privés. Rien ici n'est privé, et ce qui compte est le bien public[290]. »

C'est sur ces mots que Raphaël reprend la discussion au jardin. De suite, il compare la situation en Utopie et celle en Europe : « Quand je reconsidère ou que j'observe les États aujourd'hui florissants, je n'y vois, Dieu me pardonne, qu'une sorte de conspiration des riches pour soigner leurs intérêts personnels sous couleur de gérer l'État[291]. » Raphaël revient une dernière fois sur l'île d'Utopie : « je suis heureux de voir aux Utopiens la forme de Constitution que je souhaiterais à tous les peuples[292]. » Morus couche sur le papier les réflexions qui l'assaillirent : « Bien des choses me revenaient à l'esprit qui, dans les coutumes et les lois de ce peuple, me semblaient des plus absurdes, dans leur façon de faire la guerre, de concevoir le culte et la religion »[293]. Par-dessus tout, il y a un point qui lui sembla plus absurde que les tous les autres : « le principe fondamental de leur Constitution, la communauté de la vie et des ressources, sans aucune circulation d'argent, ce qui équivaut à l'écroulement de tout ce qui est brillant, magnifique, grandiose, majestueux, tout ce qui, d'après le sentiment généralement admis, constitue la parure d'un État[294]. » Morus laisse entendre qu'il aurait voulu poser des questions et débattre avec Raphaël ; mais ce dernier était fatigué et Morus ne sait pas si Raphaël aurait admis « la contradiction »[294]. Morus écrit qu'il se contenta de « louer les lois des Utopiens et l'exposé » de Raphaël et, « le prenant par le bras », il l'amena dans la salle à manger[294].

« Espérons que ce moment arrivera [de nous entretenir plus longuement avec Raphaël Hythlodée]. Entre-temps, sans pouvoir donner mon adhésion à tout ce qu'a dit cet homme [R. Hythtlodée], très savant sans contredit et riche d'une particulière expérience des choses humaines, je reconnais bien volontiers qu'il y a dans cette république utopienne bien des choses que je souhaiterais voir dans nos cités. Je le souhaite, plutôt que je ne l'espère[294]. »

Ces mots forment le dernier paragraphe par lequel Morus rapporte la description de l'île d'Utopie par Raphaël Hythlodée.

Lettre de Jérôme de Busleyden à Thomas More

Placée juste avant le texte de l'Utopie dans l'édition princeps chez Thierry Martens, cette lettre de Jérôme de Busleyden sera placée à la suite du texte dans l'édition de 1517 chez Gilles de Gourmont ; elle conserve cette place dans les éditions de 1518 chez J. Froben.

Page 163, première page de la lettre de Jérôme de Busleyden adressée à Th. More qui est placée après le Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

Après avoir rendu hommage à Th. More pour son écrit, J. de Busleyden inscrit la République d'Utopie dans une lignée fameuse, et même plus : « Il ne s'est jamais vu plan de politique ni si salutaire, ni plus achevé, ni plus souhaitable. Ce dessein-là l'emporte infiniment au-dessus de ces anciennes Républiques qu'on a tant vantées ; une Lacédémone, une Athènes, une Rome, ce dessein, dis-je, les laisse bien loin derrière soi[295]. » Du reste, si ces Républiques avaient suivi les mêmes principes, elles seraient toujours debout et l'on n'en verrait pas les ruines[296].

Puis, J. de Busleyden aborde deux points qui lui semblent importants pour une République. Le premier est qu'il ne s'agit pas tant de faire des lois « qu'à travailler principalement à former les meilleurs magistrats possibles[296]. » S'appuyant sur Platon, il ajoute : « C'est avant tout sur l'image de tel magistrats, sur l'exemple de leur probité, de leur justice et de leurs bonnes mœurs, que doit se modeler tout l'État et le gouvernement de toute République parfaite[296]. »

Le second point revient sur le principe politique cardinal de l'île d'Utopie : « toute propriété est abolie, et avec elle tout litige sur ce que chacun possède. Dans votre État tout généralement est commun, en vue du bien commun lui-même[297]. » Et J. de Busleyden d'insister : « N'est-ce pas la possession en propre, la soif brûlante d'avoir, et surtout cette ambition qui est dans le fond le plus misérable chose qu'il y ait chez les hommes, n'est-ce pas tout cela qui entraîne les mortels, même malgré eux, dans l'abîme d'un malheur inexprimable[297] ? » Pour étayer et conclure sur ce point, il rappelle l'exemple des Républiques citées plus haut : « Que sont-ils devenus, ces ouvrages des hommes ? Hélas ! À peine en voit-on aujourd'hui quelques matériaux, quelques vestiges ; disons plus : l'histoire la plus ancienne ne saurait en certifier les noms[298]. »

Pour finir, J. de Busleyden espère : « Il ne tiendrait qu'à nos Républiques (si on peut donner ce beau titre-là à aucun État) de prévenir ces pertes, ces désolations, ces ruines, et toutes les horreurs de la guerre : elles n'ont qu'à embrasser le gouvernement des Utopiens, et qu'à s'y attacher avec l'exactitude la plus scrupuleuse[298]. »

Poème de Gerhard Geldenhauer

Page 167, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). Sous les dernières lignes de la lettre de Jérôme de Busleyden adressée à Th. More, se trouvent le poème de Gerhard Geldenhauer puis celui de Cornelis de Schrijver. En lettres capitales (extérieures au poème), « FINIS » indique la « fin » de l'Utopie.

Apparaissant avant le texte de l'Utopie dans l'édition princeps, ce poème de Gerhard Geldenhauer sera placé après le texte dans l'édition suivante de 1517, à la suite de la lettre de J. de Busleyden ; il conserve cette place dans les éditions de 1518. Le titre de ce poème est : « L'Utopie ».

« Aimes-tu, lecteur, les choses agréables ? — Toutes les plus agréables sont ici.
Si c'est l'utile que tu recherches, rien ne peut lire de plus utile.
Si l'un et l'autre tu désires, les deux en cette île abondent,
De quoi parfaire la langue, de quoi instruire l'esprit.
Ici les sources du bien et du mal sont révélées par l'éloquence
De More, gloire suprême de son Londres natal[299]. »

Poème de Cornelis de Schrijver

Disposé avant le texte de l'Utopie dans l'édition princeps, ce poème de Cornelis de Schrijver sera placé après le texte dans l'édition suivante de 1517, à la suite de la lettre de J. de Busleyden ; il conserve cette place dans les éditions de 1518. Le titre de ce poème est en fait une adresse au lecteur : « Au lecteur ».

« Veux-tu voir des prodiges nouveaux, maintenant qu'un nouveau monde vient d'être découvert ?
Veux-tu connaître des façons de vivre de nature différente ?
Veux-tu savoir quelles sont les sources des vertus ? Veux-tu savoir d'où viennent de nos maux
Les principes ? et déceler l'inanité cachée au fond des choses ?
Lis tout cela qu'en différentes couleurs More nous a donné,
More, l'honneur de la noblesse de Londres[299]. »

Marque d'imprimeur de Johann Froben

La marque d'imprimeur de Johann Froben fut apposée aux deux éditions du texte de l'Utopie que son atelier imprima en mars puis en . Ici, elle apparaît en arrière-plan des colonnes.

Page 168, au verso des poèmes de Gerhard Geldenhauer et Cornelis de Schrijver, la marque d'imprimeur de Johann Froben clôt l'œuvre dans son édition ne varietur de novembre 1518. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

Pour S.Gély, la marque de J. Froben témoigne « d'un ésotérisme dérivé de symbolismes antiques, métamorphosés sous l'influence de la méditation de textes bibliques »[300]. De fait, les maximes ou adages qui entourent « l'image d'inspiration hermétique, sont empruntés on le voit à l'Ancien et au Nouveau Testament dans les trois langues, hébraïque, grecque et latine par lesquelles ils ont été transmis[301]. » Elle rappelle au lecteur d'aujourd'hui : « La présence d'éléments ou de connotations ésotériques ne devrait pas trop surprendre dans une œuvre pourtant marquée au coin du bon sens le plus pragmatique lors même qu'elle s'élève au-dessus du monde comme il va[302]. »

En grec, au-dessus et en dessous de l'emblème de J. Froben : « Soyez avisés comme les serpents, simples comme des colombes[301]. » La phrase latine, à gauche, se traduit : « Prudente simplicité, et amour de ce qui est droit[303]. » L'hébreu, à droite, se traduit : « Fais du bien, Seigneur, aux gens de bien et à ceux qui ont au cœur la droiture[303]. »

A. Prévost apporte quelques précisions sur la phrase grecque. Concernant le mot « avisés » : la « traduction traditionnelle » par « prudence » correspond à la « prudentia » latine, « une vertu cardinale que Thomas d'Aquin définit : la vertu à la fois intellectuelle et pratique qui dirige l'action vers sa fin[304]. ». La « traduction mystique », poursuit A. Prévost, insiste sur la connotation de « contemplation » et se traduit par sagesse. « Avisé est donc celui qui voit à l'avance et devant soi et qui prend les moyens d'atteindre son but[304]. » Concernant le mot « simple » : « Simple » dans le sens « qui n'est pas mélangé » est une âme simple, « celle qui a gardé sa vertu originelle », « intègre, intacte »[304].

Sinon, plus généralement : « L'observation de la gravure révèle que le caducée de Mercure a été transformé, remarque A. Prévost. Pour avoir séparé deux serpents qui se battaient, la verge devint l'emblème de la concorde. Fait de bois d'olivier ou de laurier, le caducée rendait inviolable ceux qui le portaient : ambassadeurs, héraults, ici, Froben, porte-parole de la connaissance par le livre[304]. » Et A. Prévost ajoute : « La couronne royale qui coiffe les serpents symbolise la ville royale "basilea", Bâle[304]. »

Retour d'Utopie

Le livre résumé ci-dessus correspond à la dernière édition de l'Utopie à laquelle participa Th. More. Aujourd'hui, cette édition est considérée comme celle qui fixe, pour toujours, à la fois le texte définitif et la présentation définitive du livre intitulé La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie.

Comme il est mentionné plus haut (« Aperçus d'Utopie / Quatre éditions »), les première et deuxième éditions du texte Utopie publiées en 1516 et en 1517 ne furent pas présentées de la sorte, ni composées des mêmes parerga et paratextes. Ci-dessous, les paratextes et les parerga qui furent publiés dans ces deux éditions mais non reproduits par la suite sont brièvement présentés et résumés. (Pour le détail de ces éditions voir en fin d'article « Les quatre éditions latines de l'Utopie »)

Après ces paratextes et parerga, un passage d'une lettre de Beatus Rhenanus adressée à Willibald Pirckheimer est résumé en quelques mots ; des noms de lieux et de personnages de l'Utopie sont succinctement explicités ; enfin, l'extrait d'une lettre de Th. More envoyée à Érasme, dans laquelle il se rêve en prince d'Utopie, est rapporté.

Paratextes et parerga éliminés

1516, 1517 et mars 1518 Les pages de titre et le premier frontispice

Comme le rappelle S. Gély, les différentes éditions et impressions de l'Utopie doivent être replacées dans le développement continu de l'imprimerie en Europe. Ainsi, « la plasticité des titres, la faculté, pour les auteurs et leurs éditeurs, d'adapter davantage l'écriture et la présentation des énoncés titulaires » correspondent « non seulement à la réception qu'ils souhaitent pour un livre en fonction des temps, des lieux, des personnes, mais aussi au développement conjugué d'un ars cogitandi et d'un ars dicendi, lesquels, à dessein, voilent ou enrichissent ou resserrent, font, défont, refont[305]. » Les deux pages de titres et les deux frontispices successifs portent la trace de la façon dont fut pensée et conçue l'Utopie[306],[307],[308].

Dans son édition, A. Prévost avertit le lecteur du XXe siècle : « Le titre d'Utopie donné aujourd'hui à l'ouvrage néglige les nuances que More avait mises dans le titre complet[309]. » Il ajoute : « Noter que le mot "Utopie" ne figure pas dans le titre qui constitue le liminaire du "corpus utopien" dégagé des parerga[309]. »

Par ailleurs, point qui n'est pas abordé dans cet article : « Faut-il rappeler que pour More et les artistes de la Renaissance les gravures de lettrines ne sont pas un enjolivement gratuit comme elles le seront aux époques décadentes ? Toutes évoquent les éléments fluides, l'air ou l'eau qui permettent de passer de la matière au vivant et à l'invisible »[310]. Comme l'attestent les pages qui illustrent cet article, ces lettrines changent d'une édition à l'autre.

La page de titre de 1516

Pour cette page de titre de l'édition princeps, supervisée par P. Gilles chez T. Martens, c'est la première phrase, ou les premiers mots, qui occupent toute la place et qui composent une formule liminaire peut-être destinée « à solliciter chalands curieux ou lecteurs décidés[305]. » Voici la traduction de cette page de titre :

Page de titre de la première édition parue en 1516 chez Thierry Martens. (« Source : Bibliothèque Mazarine »)

« Un vrai Livre d'Or,
UN PETIT OUVRAGE, NON MOINS SALUTAIRE QU'AGRÉABLE,
relatif à la meilleure forme de communauté politique et à la nouvelle île d'Utopie.
L'auteur est le très illustre Thomas More, citoyen
et shérif de l'illustre cité de Londres. Édité
par les soins de Maître Pierre Gilles d'Anvers,
sur les presses de Théodore Martens d'Alost,
Imprimeur de la souveraine Académie de Louvain,
il paraît aujourd'hui pour la première fois
et avec la plus scrupuleuse
exactitude.
Avec permission et privilège[311]. »

Ici la formule « libellus uere aureus » occupe « la première ligne en belles grasses gothiques »[312]. S. Gély rappelle la définition de « Libellus » : c'est un petit livre, « de dimensions, voire de prétentions modestes » ; mais ce peut être aussi un « bref écrit de combat », un « libelle »[312]. Pour S. Gély ces deux significations se conjuguent à la condition de bien saisir leur association : cet « "illustre citoyen londonien" qui en est l'auteur ne saurait vanter "l'excellence" de "l'île nouvelle, Utopie", autrement que par comparaison avec la cité dont il est le "shériff"[312]. »

De son côté, A. Prévost note : « Il est remarquable que le titre de l'édition A [1516], met en relief l'idée du livre de sagesse et laisse au second plan la parabole utopique destinée plus tard à susciter le principal intérêt[185]. » Plus loin, A. Prévost constate : « Ce titre sera fidèlement préservé à la même place dans l'édition de Paris [1517]. Il ne fait nulle mention du mot "Utopie" alors que les frontispices placés par les éditeurs [postérieurs] en tête de leur fabrication, prendront des distances à l'égard du premier témoin de la pensée originelle de More[313]. »

La page de titre de 1517

« Cette édition de Paris, ou de 1517, se présente comme un livre élégant », dit André Prévost[314]. Pour ce dernier : « Les deux amis [More et Érasme] décidèrent de donner à l'édition de Paris un ton plus sévère. Le mot festivus du titre de Louvain serait remplacé par celui d'elegans ; les jeux de l'alphabet utopien, du poème en langue utopienne, de la carte disparaîtraient[315]. » Voici la traduction de cette page de tire :

Page de titre de la deuxième édition parue en 1517 chez Gilles de Gourmont. (« Courtesy of the John Carter Brown Library »)

« Au lecteur.
VOICI, AMI LECTEUR,
ce fameux opuscule de Thomas More, un vrai livre
d'or, non moins remarquable par son utilité que par son
style, relatif à la meilleure forme de communauté poli-
tique et à la nouvelle Île d'Utopie, imprimé de nouveau
mais beaucoup plus correctement que la première
fois ; comme tu le vois, il est édité sous forme de manuel,
à l'instigation de nombreux notables et de personnes
d'excellent conseil ; je pense, en effet, que tu dois vrai-
ment l'apprendre par cœur et non pas seulement le
prendre en main chaque jour. En plus de la correction
d'innombrables fautes en maints endroits, on y
trouve des annotations d'Érasme et une
lettre de Budé, érudits de notre temps,
dont le talent ne doit rien au hasard.
S'y ajoute également une
lettre fort savante de
More lui- même.
Porte-toi
bien.
+
₵ Avec permission et privilège[314]. »

S. Gély, quant à elle, relève ceci : « L'édition parisienne qui suit en 1517 celle de Louvain efface les aspects de la fiction satirique sous-jacents au titre de 1516 au profit des principes de sagesse politique offerts par l'auteur à un "lecteur de bonne foi" »[300]. En effet, la formule « libellus uere aureus » entre « dans le rang », « non sans une passagère modification de vocabulaire dans l'édition parisienne »[312]. S. Gély précise : « Libellus, s'est ici neutralisé en opusculum, en troisième ligne et en minuscules, cependant toujours accompagné de l'épithète qui lui attribue l'éclat d'or[300]. » Peut-être faudrait-il rapprocher cette vue de S. Gély d'une remarque d'A. Prévost : « L'édition a été faite sous forme de manuel. Budé est l'un de ces notables qui ont recommandé le format maniable[314]. »

Sinon, A. Prévost constate : « Le titre de cette édition de Paris rejette plus loin encore que celle de Louvain, […], la mention de l'île d'Utopie et ne relève pas le ton humoristique de l'œuvre. L'éditeur est tout attentif au principe de sagesse qu'elle contient et refuse les détails de l'affabulation utopique[314]. »

Frontispice de la troisième édition parue en mars 1518 chez Johann Froben. (« Source e-rara.ch / Universitätsbibliothek Basel »)
Le frontispice de mars 1518

Le frontispice qui apparaît dans l'édition de n'a « aucun rapport avec le texte[316]. » En fait, ce frontispice dessiné par Hans Holbein le Jeune « avait déjà servi de page de titre à d'autres œuvres d'Érasme publiées l'année précédente[316]. » A. Prévost décrit brièvement ce frontispice : dans le haut, « une "Véronique" »[316] avec, au sommet, « une tête de Christ couronné d'épines »[167] ; dans le bas, « une scène tragique, le suicide de Lucrèce », le tout « encadré d'amours et de grotesques divers[316]. »

S. Gély relève que « le terme libellus qui figurait en première place dans le titre de l'édition de Louvain » passe définitivement au second plan[317] ; désormais, la formule du titre « donne le plus grand relief à l'idée de "l'excellence et de l'utilité" (cette dernière notion annoncée dans l'édition parisienne [de 1517] : "non minus utile") »[317], passe ainsi au premier plan et en majuscules « DE OPTIMO REIP. STATU ». Ceci afin de souligner l'excellence et l'utilité de « l'exemplaire communauté politique illustrée dans l'île Utopie[317]. »

Quant à la présentation extérieure du livre, signale A. Prévost, « elle fait entrer l'Utopie dans la classe des éditions de luxe. Grâce à la présence d'Ambrosius Holbein et de Hans Holbein [le Jeune] à Bâle, Froben fait exécuter pour les titres et les grandes divisions du texte : frontispices, illustrations de scènes typiques, initiales, des gravures sur bois qui rehaussent singulièrement le charme de l'œuvre[316]. »

1516 La première carte de l'île d'Utopie

La gravure de cette carte est attribuée à un « peintre éminent » par Gérhard Geldenhauer dans une lettre à Érasme datée du [188] ; A. Prévost, suivant en cela Surtz, attribue le dessin de la carte à G. Geldenhauer lui-même[186]. Selon Surtz, les initiales « N.O. » inscrites sur le pavillon de la caravelle sont celles de l'alias que G. Geldenhauer utilise pour signer sa correspondance : « No. », soit « Noviomagus »[188],[n 47].

Sinon, concernant la gravure : « le "Figure de l'île d'Utopie" reproduit les détails pittoresques donnés au début du Livre II de l'Utopie, dit A. Prévost. Elle situe notamment Amaurote, la capitale, l'Anydre, sa source et son embouchure. L'orientation de la carte est révélée par un trait particulier : la forme même de l'île qui est celle d'un croissant d'une nouvelle lune, une lune "re-naissante" ; l'entrée de la mer est donc tournée vers l'Est, au bas de la carte[185],[318]. » Effectivement, en latin, Th. More a inventé une expression : « in lunae speciem renascentis ».

Carte de l'île d'Utopie gravée pour la première édition chez Thierry Martens en 1516, titrée « VTOPIAE INSVLAE FIGVRA ». Elle disparut de l'édition de 1517 imprimée chez Gilles de Gourmont. (« Source : Bibliothèque Mazarine »)
Carte de l'île d'Utopie gravée pour l'édition de mars 1518 chez Johann Froben, elle est reprise dans l'édition de novembre sans le titre « VTOPIAE INSVLAE TABVLA ». (« Source e-rara.ch / Universitätsbibliothek Basel »)

L'image du croissant se prolonge dans la circularité de l'île : « Cette circonférence intérieure protège la capitale dans une sorte de "matrice" ; après la lune "renaissante", le vocabulaire de la description géographique de l'île au début du Livre II souligne, du reste, cette anthropologie : "les flots font du sein de cette terre, presque tout entier, un port", où l'étonnant terrae alvus évoque l'image du ventre maternel bientôt confirmée par le mot sinus ; l'entrée dans ce golfe est protégée par de dangereuses fauces, qui sont la "gorge" de ce corps, et la capitale se trouve tamquam in umbilico terrae, "comme au nombril de la terre"[78]. » Ou, chez Louis Marin : « l'île en son centre est un alvus, un ventre, une matrice ou un estomac »[319] ; L. Marin rend « fauces » ainsi : « le goulet du port intérieur (mais aussi, la gorge, le cratère étroit) est source d'effroi et de terreur[319]. »

Sinon, comme le rappelle S. Gély : « On n'a pas manquer de noter une analogie entre la description ainsi que les illustrations successives de l'Utopie (surtout l'insulae Utopiae figura de 1516), et la carte, ou plutôt le schème de la Grande-Bretagne — Albion, l'île blanche des symboles primordiaux, dont en quelque manière l'ouvrage morien figurerait une renaissance rêvée[320]. » S. Gély poursuit : « Or quant à l'évolution de l'insulae figura, qu'il s'agisse seulement d'Utopia ou de la grande île Angleterre, ou encore des deux à la fois, le texte et les illustrations qui, successivement, l'enrichissent, de l'édition de Louvain (1516) à celle de Bâle (1518), ces "figurae" la dessinent, au sein même et à l'appui d'un ludus révolutionnaire, dans une vision englobante qui inclut des allers-retours entre l'ancien et le nouveau, le même et l'autre[320]. »

Pour finir, quelques brèves remarques sur les différences entre ces deux cartes : les trois bateaux présents sur la carte de 1516 (la caravelle, le bateau à voile latine et la barque masquée par la caravelle) sont reproduits comme en miroir sur celle de 1518 (sur la caravelle le personnage fait désormais face au lecteur, alors qu'en 1516 il regardait l'île d'Utopie) ; sur la carte de 1518, des personnages sont présents sur le rivage (Hythlodée, possiblement Th. More, un soldat) ; la ville imposante visible en arrière plan sur la carte de 1516 a disparu de celle de 1518 ; curieusement, et comme accrochée au cadre qui ceint la gravure, une guirlande passe au devant de l'île d'Utopie sur la gravure de 1518 ; dernière remarque : des croix sont visibles sur les clochers des églises sur la carte de 1518.

Première page de la lettre de Jean Desmarais adressée à P. Gilles, édition de 1517 chez Gilles de Gourmont. (« Courtesy of the John Carter Brown Library »)

Quant à l'île d'Utopie, est-elle véritablement inversée ? La source et l'embouchure du fleuve Anydre n'ont pas changé de site. Par contre, l'entrée de la mer intérieure semble désormais s'effectuer par l'Ouest, où se dirige le bateau à voile latine, et non plus par l'Est.

1516 La lettre et le poème de Jean Desmarais

Cette lettre et ce poème de Jean Desmarais figurent dans les deux premières éditions de l'Utopie, la princeps de 1516 chez Thierry Martens et celle de 1517 chez Gilles de Gourmont ; ces deux parerga seront supprimées des éditions de Bâle en 1518. J. Desmarais, originaire de Cassel, fut « rhéteur et secrétaire général de l'Académie de Louvain[321]. »

Dans sa lettre adressée à Pierre Gilles, J. Desmarais tisse des liens entre les cultures passées et présentes en évoquant de grands écrivains du passé et ceux du présent. Ainsi, « les Grecs et les Romains n'ont pas eu tout l'honneur. L'érudition a brillé aussi dans d'autres régions. L’Espagne a quelques noms célèbres desquels elle s’enorgueillit. La sauvage Scythie a son Anacharsis[n 48]. Le Danemark a son Saxo[n 49]. La France a son Budé. L’Allemagne aussi a nombre d’hommes célébrés pour leurs écrits, l’Angleterre également, et des notables[322]. » Alors, J. Desmarais s'attache à louer les mérites de Th. More et à le distinguer : « Mais est-il besoin de parler des autres ? Tenons-nous en à More, car c'est lui qui excelle au suprême degré. Toujours dans la fleur de l'âge, et alors même qu'il fut distrait par les affaires publiques aussi bien que domestiques, il achève tout ce qu'il entreprend plus facilement que ses écrits[322]. »

Poème de Jean Desmarais, édition de 1517 chez Gilles de Gourmont (« Courtesy of the John Carter Brown Library »). (En haut de la page se trouvent les dernières lignes de la lettre de J. Desmarais.)

Ensuite, J. Desmarais prend du recul, puis il se met en retrait face au talent de Th. More ; aussi, il évoque les mécènes Charles de Castille et Jean le Sauvage. Pour finir, J. Desmarais s'adresse directement à P. Gilles et le presse de publier l'Utopie rapidement : « je vous demande, savantissime Pierre Gilles, de veiller, dès que possible, à ce que l'Utopie soit publiée. Car dans ce travail, comme dans un miroir, on y verra tout ce qui sera nécessaire pour fonder une République parfaitement ordonnée. Daignât vouloir le Ciel que comme les Utopiens ont commencé d'embrasser notre religion, nous pussions, en échange, emprunter d'eux la forme d'un bon et heureux Gouvernement[322] ! » Dans le poème (sans titre) qui suit sa lettre, Jean Desmarais s'intéresse aux vertus, un aspect essentiel de l'éthique des Utopiens.

« Rome donna des hommes courageux, et l'honorable Grèce donna des hommes éloquents,
Des hommes stricts donnèrent la renommée Sparte.
Marseille donna des hommes honnêtes, et l’Allemagne, elle, des hommes robustes.
Des hommes courtois et charmants, l'Attique donna.
L'illustre France, un temps, donna des hommes pieux, l’Afrique des hommes prudents.
Des hommes munificents, autrefois, les Britanniques donnèrent.
Des exemples d’autres vertus sont recherchés chez différents peuples,
et ce qui est absent chez l’un, abonde chez l’autre.
Une seule région du monde donna la totalité des vertus aux hommes, l’île d’Utopie[322]. »

1517 La seconde lettre de Thomas More à Pierre Gilles

La seconde lettre de Th. More, aussi nommée « Impendio », fut jointe à l'édition imprimée en 1517 chez Gilles de Gourmont et supervisée par Thomas Lupset[n 50]. Tandis que furent retirés de cette édition la carte de l'île d'Utopie, l'alphabet des Utopiens et le quatrain en langue vernaculaire, la lettre de G. Budé adressée à T. Lupset fit son apparition ; quant au texte de l'Utopie, il prit place au centre de la publication (la lettre de J. de Busleyden, le poème de G. Geldenhauer et celui de C.de Schrijver furent déplacés après le texte de l'Utopie).

Première page de la seconde lettre (dit « Impendio ») de Th. More adressée à P. Gilles, édition de 1517 chez Gilles de Gourmont. (« Courtesy of the John Carter Brown Library »)

Cette seconde lettre fut placée juste après la fin du Livre II. Sur la forme : après avoir lu l'Utopie un lecteur (non nommé) a formulé des critiques, P. Gilles (Ægidio) les a faites parvenir à Th. More (Morus) qui prend la plume pour y répondre. Sur le fond : nombre de passages font échos à la « Lettre-Préface », ainsi au sortir du texte de l'Utopie Th. More prend soin d'accompagner le lecteur. Voici, cité par Morus, ce qu'a écrit le lecteur anonyme : « Si la chose est rapportée comme vraie, j'y vois quelques absurdités ; mais si elle est fictive, alors je regrette en certains endroits de ne pas y retrouver toute l'exactitude du jugement de More[323]. » À cette critique, Morus répond d'abord qu'il ne voit pas en quoi « on devrait s'estimer clairvoyant en découvrant qu'il y a quelques absurdités dans les institutions des Utopiens, ou qu'en façonnant [sa] République [il n'a] pas toujours inventé les solutions les plus expédiantes : ne voit-on rien d'absurde nulle part ailleurs dans le monde ? Et quel philosophe a-t-il jamais organisé une République, gouverné un prince ou dirigée une maisonnée sans qu'il y ait rien à améliorer dans ses institutions[324] ? »

Puis, Morus poursuit sa défense sur le terrain de l'écriture : « si j'avais pris la décision d'écrire sur la République, et qu'une telle fable me fût venue à l'esprit, je n'aurais peut-être pas répugné à cette fiction qui, enveloppant le vrai comme du miel, lui permet de s'insinuer un peu plus suavement dans les esprits[325]. » N'est-ce pas, justement, ce qu'il fit ? Ensuite, Morus devient plus explicite quant à l'invention et à la fabulation qui parcourt le texte de l'Utopie : « j'aurais […] semé pour les plus lettrés quelques indices qu'il eût été aisé de suivre à la trace pour percer mon dessein[325]. » Quels types d'indices ? Par exemple, il aurait donné au prince, au fleuve, à la ville et à l'île des noms singuliers. « Cela n'aurait pas été difficile à faire, et aurait été bien plus spirituel que ce que j'ai fait ; car, si je n'y avais pas été contraint par la fidélité historique, je n'aurais pas poussé la stupidité jusqu'à choisir d'employer ces noms barbares et qui ne signifient rien : Utopie, Anydre, Amaurote, Adèmus[326]. » N'est-ce pas, précisément, ce qu'il fit ?

Enfin, Morus termine sa défense en parlant de Raphaël Hythlodée. D'abord, il répète ce qu'il écrivit dans sa « Lettre-Préface » : « je n'ai fait que reproduire par écrit, en homme simple et crédule que je suis »[326]. Après, il déclare que Raphaël raconta son histoire à « beaucoup d'hommes d'une extrême honnêteté et du plus grand sérieux »[327]. Pour finir, Morus affirme que des voyageurs tout juste revenus du Portugal ont croisé Raphaël et qu'il était « aussi vivant et en bonne santé qu'il fut jamais[328]. » Ainsi : « Que [les incrédules] aillent donc s'enquérir de la vérité auprès de lui en personne, ou qu'ils aillent la lui arracher en le soumettant, s'il leur plaît, à un interrogatoire serré — pourvu qu'ils comprennent que je ne saurais répondre que de mon œuvre, et non de la bonne foi d'un autre[328]. »

1518 La lettre de Beatus Rhenanus à Willibald Pirckheimer (Extrait)

Cette lettre de Beatus Rhenanus apparaît pour la première fois dans l'édition de mars 1518 chez Johan Froben, elle fut reprise dans l'édition de novembre 1518. Adressée à Willibald Pirckheimer, cette lettre fait office de préface aux Epigrammata de Th. More ; de fait, elle n'apparaît que dans les éditions de 1518 auxquelles furent reliés ces Epigrammata. (Voir les liens vers les reproductions numérisées dans « Les quatre éditions en latines de l'Utopie ») Dans les éditions de référence de l'Utopie en langue anglaise, un extrait de cette lettre évoquant le livre de Th. More est souvent proposé car B. Rhenanus y rapporte la réception du texte Utopie par certains lecteurs contemporains. Cet extrait est brièvement résumé ci-dessous.

Page 169, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). Frontispice des Epigrammata de Th. More[n 51].
Page 169 (en fait : 173), édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). Passage de la lettre de Beatus Rhenanus adressée à Willibald Pirckheimer dans lequel il est question de l'Utopie. (Dans la marge, un lecteur a écrit « budeus ».)

B. Rhenanus introduit les propos qu'il va rapporter en comparant les Epigrammata qu'il préface avec le texte de l'Utopie : « tout comme ces [épigrammes] permettent de montrer l’esprit de More et sa noble érudition, ainsi la vivacité de son jugement dans les affaires pratiques devient lumineuse dans l'Utopie[329]. » B. Rhenanus ne s'étend point sur le sujet, il rappelle que Budé a déjà salué ce livre « dans une splendide préface » et il écrit : « Le livre de More contient des principes tels qu'on ne les trouve pas dans Platon, ni Aristote, ni même dans les Pandectes de Justinien. Son enseignement est peut-être moins philosophique que ces derniers, mais il est plus chrétien[329]. »

Sur ces brèves remarques, B. Rhenanus rapporte « une bonne histoire » qui eut lieu lorsque l'Utopie « fut mentionnée lors d'un rassemblement de divers hommes importants »[329]. Au cours d'une discussion, alors que B. Rhenanus louait l'Utopie, « un fou dit que More ne méritait pas plus de crédit qu’un scribe, qui écrit simplement ce que les autres disent tel un gratte-papier […], qui peut assister à une réunion, mais qui n’exprime pas ses propres idées[329]. » Ce « fou » ajouta : « Dans le livre tout vient de la bouche d'Hythlodée ; More ne fit que l’écrire. À ce titre More ne mérite pas plus de crédit que celui accordé à une bonne retranscription[329]. »

Ensuite B. Rhenanus rapporte que, parmi les hommes présents, « nombreux sont ceux qui donnèrent leur approbation au jugement de cet homme comme s’il eut parlé le plus correctement[329]. » B. Rhenanus termine sa « bonne histoire » par ces mots écrits en grec (voir ci-contre à droite) : N’admirez-vous pas à présent l’esprit rusé de More qui conduit ces hommes égarés, pas seulement des imbéciles ordinaires mais des hommes importants, et des théologiens à ces jugements[329] ? »

Les noms en Utopie

Par antiphrase, dans sa seconde lettre adressée à P. Gilles, Thomas More reconnaît qu'il a semé « pour les plus lettrés quelques indices » dans son texte. Ainsi, outre les références littéraires et historiques, Th. More a forgé des « noms barbares et qui ne signifient rien ». Ci-dessous, ces noms sont très brièvement présentés[330],[331] :

  • «Abraxa » : nom forgé par le gnostique Basilide d'Alexandrie ; suivant la numérotation grecque, la somme des lettres du mot Abraxas donne 365, comme le nombre de jours d'une année calendaire (α, 1 ; β, 2 ; ρ, 100 ; α, 1 ; ξ, 60 ; α, 1 ; σ, 200) ;
  • « Achorien » : du grec χωρἰoν, chôrion, lieu ; les Achoriens sont un peuple sans pays ;
  • « Adèmus » : du grec δἦμoς, dèmos, peuple ; précédé du α privatif, l'Adèmus est le chef sans peuple ;
  • « Alaopolite » : du grec λαός, laόs, peuple et, πoλἰτης, polἰtès, habitant de la cité ; précédé du α privatif, les Alaopolites sont les citoyens d'une ville inhabitée ;
  • « Amaurote » : du grec άμαυρωτόν, amaurôton, signifiant qui est rendu obscur ; Amaurote est la Ville-mirage ou la Ville-invisible ;
  • « Anémolien » : du grec ἄνεμoς, anemos, vent ; les Anémoliens sont un peuple léger comme le vent, vaniteux (Anémolius, l'auteur du « Sizain », est un anémolien) ;
  • « Anydre » : du grec ὒδωρ, hudôr, eau ; précédé du α privatif, l'Anydre est le fleuve sans eau ;
  • « Barzanès » : de l'araméen Bar, qui signifie « fils de » et de Ζάνoς, Zànos, forme dorique et poétique de Zeus ; au temps d'Abraxa, le chef était nommé Fils de Zeus ;
  • « Buthresque » : du grec βoυ, Bou, énorme et θρῆσχος, religieux ; le mot signifie ainsi le religieux par excellence, il est uniquement appliqué au grand prêtre d'Utopie ;
  • « Macarien » : du grec μάκρ, makar, bienheureux ; dans la pensée grecque, les morts habitent les îles des Bienheureux ;
  • « Néphélogète » : du grec νεφέλη, néphelé, nuage et, γενέτς, genétês, engendré ; les Néphélogètes seraient les Fils des nuages ;
  • « Phylarque » : du grec φύλαρκος, phylarkos, chef de tribu, pouvant s'entendre φἰλαρκος, ami du pouvoir ;
  • « Polylérite » : du grec πολύς, polys, beaucoup et λἦρος, lêros, radotage ; les Polylérites seraient un peuple qui parle beaucoup, qui divague ;
  • « Protophylarque » : « Proto- » du grec πρωτο, prôto, premier ; le Protophylarque est le chef de plusieurs Phylarques ;
  • « Syphogrante » : du grec σoφός, sophόs, sage, s'écrivant en dialecte éolien σύφός, syphos, et du grec γέρων, vieillard ou ancien ; le Syphogrante est un sage d'âge mûr ;
  • « Tranibore » : du grec θρἄνος, thrânos, le siège le plus haut et βορέας, Borèas, le vent du nord ; un Tranibore serait un chef aussi insaisissable que le vent ;
  • « Utopia/Utopie » : du grec οὐ, ou, et τοπος, topos, lieu ; Utopie est un lieu de nulle part (Utopus est le nom du fondateur de l'île d'Utopie) ;
  • « Zapolète » : du grec ζα, za, une particule d'intensité et πωλητής, pôletis, trafiquant ; les Zapolètes sont les trafiquants par excellence, ceux auxquels font appels les Utopiens.
Marque d'imprimeur de Gilles de Gourmont, à la dernière page de la deuxième édition du livre Utopie publié en 1517. (« Courtesy of the John Carter Brown Library »)

Thomas More se rêve en prince d'Utopie

Lors des mois qui précédèrent la publication de l'édition princeps de l'Utopie, Thomas More n'était pas sûr de la qualité de son texte, ainsi ouvre-t-il une lettre qu'il envoie à Érasme : « Je t'envoie notre Nulle-part, qui n'est nulle part bien écrite, je la fais précédée d'une lettre à mon cher Peter[332]. » Pour le rassurer, Érasme lui écrit : « Pierre Gillis est vraiment épris de toi. Tu es constamment en notre présence. C'est fou, l'intérêt qu'il porte à ta Nusquama et il t'envoie mille salutations ainsi qu'à tous les tiens[333]. » Th. More lui répond : « Je me réjouis d'apprendre que notre Nusquama, mon cher Pierre l'approuve ; si elle plaît à des gens de cette qualité, elle va commencer à me plaire à moi aussi[334]. »

Ses soucis écartés, Th. More raconte à Érasme un étrange rêve dans une lettre datée du 4 décembre 1516 : « Je ne saurais dire combien j'exulte à présent, à quel point je me sens grandi, à quel point je me fais de moi-même une plus haute idée. J'ai constamment devant les yeux la preuve que le premier rang m'est à jamais réservé par mes Utopiens ; bien plus, j'ai déjà aujourd'hui l'impression de m'avancer, couronné de cet insigne diadème de froment, attirant les regards par ma bure franciscaine, tenant en guise de spectre auguste la gerbe de blé, entouré d'une insigne escorte d'Amaurates[335]. » Et il poursuit : « en grande pompe je marche au-devant des ambassadeurs et des princes des autres nations, qui nous font vraiment pitié avec leur sot orgueil, j'entends, de s'en venir parés comme des gamins, alourdis de toilettes efféminées, enchaînés avec cet or méprisable, et prêtant à rire avec leur pourpre, leurs pierres précieuses et autres babioles creuses[336]. »

Arrivé à la fin de sa lettre Th. More écrit : « J'allais poursuivre plus longtemps ce très doux rêve, mais l'aurore qui se lève, hélas ! a dissipé mon rêve et m'a dépouillé de ma souveraineté et me ramène à mon pétrin, c'est-à-dire au tribunal. Une chose me console pourtant : c'est que les royaumes réels, je le constate, ne durent pas beaucoup plus longtemps. Porte-toi bien, très cher Érasme[337]. »

Interprétations

La variété et la profusion des interprétations de l'Utopie, qui résultent de sa réception (c'est-à-dire : des personnes par qui elle fut lue et des époques où elle fut lue), ne peuvent être présentées ni résumées ni mêmes esquissées ici. Par exemple, dès sa parution la réception de l'Utopie ne fut pas la même dans le cercle des humanistes proche de Thomas More et dans le cercle élargi des humanistes. Autre exemple, cette réception fut différente dans le public français au XVIe siècle et au XVIIe siècle, au XVIIIe siècle et au XIXe siècle. Dernier exemple : cette réception fut différente au sein même du communisme au XXe siècle. Certaines de ces interprétations, et d'autres, seront mentionnées plus bas dans la partie « Influence ». Par contre, ne seront pas mentionnés ici des interprétations étudiées aux articles « utopie » ou « dystopie ».

Ci-dessous, seront mentionnées des interprétations formulées au XXe siècle. Elles ne sont pas canoniques, mais elles tentèrent de rester au plus près du texte de Th. More. C'est-à-dire qu'elles prirent en compte l'ensemble de l'œuvre (avec ses parerga et ses paratextes) ou l'ensemble du livre («Lettre-Préface », Livre I et Livre II). Aussi, la plupart de ces interprétations prirent appuis sur de nouveaux travaux d'établissement du texte de l'Utopie (nouvelles éditions latines, nouvelles traductions) ou, mieux, ces interprétations bénéficièrent de la découverte des étapes de la rédaction du livre.

L'objet-livre

Dans la présentation de l'Utopie, cet article s'est efforcé de rappeler que le texte écrit par Th. More est accompagné d'autres textes (lettres, poèmes, notes marginales) et par des créations d'une autre nature (titres, inter-titres, frontispices, cartes et alphabet). Il faut redire ici que l'imprimerie est une invention encore récente lors des quatre premières éditions de l'Utopie ; ainsi les auteurs, les artistes, les éditeurs, les typographes et les imprimeurs qui participèrent aux publications de ce livre explorèrent et exploitèrent les possibilités de ce nouveau média.

Comme le remarque Marie-Claire Phélippeau : « It seems that only in the second half of the twentieth century did translators and scholars realize the importance of Utopia's paratext[338]. » Et M.-C. Phélippeau d'ajouter : « It is now understood that Utopia's paratext is part and parcel of Thomas More’s work and does contribute to its meaning, even if research is still needed to come to a successful conclusion regarding its actual function[339]. »

Exégèses religieuses

Th. More fut un fervent chrétien. Il est vénéré comme saint par l'Église catholique (saint Thomas More), béatifié, en 1886, par le pape Léon XIII et canonisé, en 1935, par le pape Pie XI[340]. Dans le calendrier liturgique, à partir de 1970, son culte et sa fête sont étendus à l'Église universelle par le pape Paul VI. En l'an 2000, le pape Jean-Paul II le fait saint patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques[341],[342]. Parmi ses écrits et ses ouvrages qui témoignent d'une spiritualité profonde, on peut citer son Dialogue du réconfort dans les tribulations[343].

L'Utopie, sans être un écrit proprement religieux, est un texte qui fourmille de référence aux écrits religieux, notamment à la Bible. Dans son édition de l'Utopie[344], André Prévost recense toutes ces références (voir ses notes complémentaires), et il propose une exégèse religieuse du texte de Thomas More dans son introduction au texte.

Observations philosophiques

Th. More étudia à Oxford, il y eut comme maîtres William Grocyn et Thomas Linacre. Ce dernier forma le Cercle d'Oxford, une brillante coterie de lettrés qui comptait parmi ses membres John Colet, William Latimer et Grocyn. Auprès de ce dernier, More reçu des leçons de philologie, de critique et d'exégèse ; tandis que Linacre lui enseigna et lui expliqua Aristote[345]. Le clin d'œil à Platon dans le « Sizain d'Anémolius » signale que More fut familier de ses écrits, et quelques allusions dans L'Utopie signalent que More lut les écrits d'Augustin. Sans être un écrit proprement philosophique, il y a de la philosophie dans le texte de l'Utopie, certains interprètes de ce texte firent quelques observations philosophiques à ce sujet. (Marie Delcourt, Simone Goyard-Fabre, Jean-Yves Lacroix).

Lectures politiques

Quelle est la politique, quelle est la visée politique ou quel est le propos politique de Th. More[346] ? Peut-on réellement y voir les prémisses du socialisme ou du communisme ? S'adressait-il directement au peuple ? Les lectures politiques faites de l'Utopie se sont attardées sur l'une ou plusieurs de ces questions, certains commentateurs ne s'attardèrent que sur le Livre I ou sur le Livre II, certains commentateurs s'attardèrent sur un point politique précis traversant tout l'Utopie, quand d'autres commentateurs s'attardèrent à la manière dont l'Utopie fut rédigée et présentée au lecteur. Schématiquement, il y a deux façons d'aborder politiquement l'Utopie : la présentation des propos et des propositions politiques (écriture, éditions, formulations, etc.) ; les propos, les propositions et les réalisations politiques en elle-même (leurs principes, leurs contenus, leurs faisabilités, etc).

Une écriture politique

Pour commencer, il faut peut-être s'attarder sur la rhétorique qui innerve ce livre. Selon Laurent Cantagrel :

« Si le lettré de la Renaissance, homme du livre et de l'écrit autant, sinon davantage, qu'homme du discours public, continue à considérer son travail d'écriture comme une variante de l'art oratoire, c'est parce qu'il le pense comme destiné à un public sur lequel il veut exercer une action (et non pas seulement une émotion esthétique). Rappelons que les débats de l'époque sur la rhétorique et l'éloquence impliquent la question de savoir si le philosophe doit participer activement à la vie de la cité[347]. »

Pour Miguel Abensour, c'est l'écriture même de l'Utopie qui est politique, pas simplement sa forme ni la tradition dans laquelle elle s'inscrit[346].

Des propositions politiques

Dans l'Utopie, les personnages Th. More et Raphaël Hythlodée tiennent un grand nombre de propos politiques et ils exposent un nombre impressionnant de réalisations politiques. Tout ou partie de ces propos et réalisations politiques furent questionnés par les commentateurs.

Abords de l'imagination et de l'imaginaire

Dans l'Utopie, Th. More semble faire preuve d'une inventivité sans limite. Mais il ne fut pas le seul auteur à décrire une cité idéale, d'autres le firent avant lui et d'autres après lui. Aussi, certains interprètent ont vu dans cette récurrence des descriptions de cités idéales (certes fort diverses) une constante de l'imagination, une sorte de schème réflexif. (Claude Gilbert Dubois, Jean-Jacques Wunenburger).

D'autres interprètes se sont attachés à étudier cet imaginaire à l'œuvre dans l'Utopie (Louis Marin).

Approches littéraires

L'Utopie a donné naissance à un genre littéraire à part entière, le genre utopique. Ce genre naquit de l'essor de la littérature au XVIe siècle, au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, un essor permis, entre autres, par le développement de l'imprimerie et l'augmentation progressive de la diffusion des livres dans les différentes couches de la société. Par ses caractères singuliers et pluriels (au croisement des récits de voyage, des propos et propositions politiques, de la vérité et de la fausseté, du sérieux et du futile), le genre utopique, l'Utopie, sont étudiés aujourd'hui sous le genre littéraire narratif. L'Utopie est alors abordée comme une fiction : l'épopée d'Utopus qui conquiert Abraxa ou le récit de voyage de Raphaël Hythlodée.

Toutefois, la composition et l'écriture de l'Utopie emprunte à d'autres genres littéraires : épistolaire (la simple correspondance exemplifiée par la lettre d'Érasme à J. Froben, le genre épistolaire avec l'échange entre P. Gilles et J. de Busleyden, enfin l'épître avec la lettre-préface de G. Budé), poétique (les épigrammes conclusifs de l'édition de 1518), argumentatif (nombre de paraboles sont présentes dans l'Utopie, l'influence des fabliaux ne peut être exclue). Pour finir, une autre branche des études littéraires s'est penchée sur une composante importante de l'Utopie : la rhétorique. Et il ne faut pas oublier la satire ou le dialogue philosophique.

Traditions et inspirations

Lorsqu'il rédige l'Utopie, Th. More emprunte et singe de nombreuses forme d'écrits dont il avait connaissance, par exemple : l'épopée, le fabliau, le récit de voyage, le dialogue philosophique ou la satire. Il met à profit toutes les dimensions de l'art rhétorique : sa tradition, ses composantes et la façon dont il est enseigné dans les écoles d'alors. Une dimension essentielle de l'art rhétorique est présente dans l'Utopie : l'oralité. À l'époque les livres sont lus à voix haute, ainsi chaque lecteur de l'Utopie lisait ce texte à voix haute.

Novations

L'Utopie est un livre fondateur pour la pensée utopiste. Cette œuvre, ce livre, sont devenus la matrice littéraire d'un genre littéraire : l'utopie. Différentes formes d'écrits sont articulés différemment et créent ainsi une nouvelle forme d'écrit. C'est cette articulation qui fait le noyau d'un écrit utopique : la description d'un pays autre et la discussion de ses institutions. Rétrospectivement, ce sont ces deux éléments qui forment le genre utopique, ces deux éléments qui font d'une fiction littéraire : une utopie.

Ainsi, Raymond Trousson dans son Voyages au pays de nulle part, sous-titré : Histoire littéraire de la pensée utopique.

Utopia, ou l'utopie enfin nommée

Une utopie parmi d'autres

Au XXIe siècle, il n'est pas un amateur ni une spécialiste de l'utopie qui n'oublie de rappeler que le mot « utopie » fut inventé par Thomas More en 1516. Puis, à la suite d'un raisonnement au premier abord logique, plusieurs corollaires suivent : d'une part le livre de Th. More est une utopie et son auteur un utopiste, d'autre part l'Utopie marque une étape décisive dans l'histoire de l'utopie et l'histoire de l'utopisme. Pourtant généralement écartées, des difficultés surgissent et s'amoncellent lorsqu'il s'agit de justifier l'emploi du terme utopie pour qualifier La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie et inclure ce livre et son auteur dans une histoire de l'utopie et une histoire de l'utopisme. Comme le rappelle Thierry Paquot : « Lorsqu'il publie Utopia en 1516, Thomas More ignore qu'il crée un genre littéraire et surtout qu'il introduit dans le vocabulaire ordinaire un mot inusable — du moins toujours utilisé — et controversé, car polysémique[348]. » En outre, comme le formule Norbert Elias : « Est-il besoin de rappeler que More n'est pas l'inventeur du concept d'utopie ni de l'ensemble des textes rassemblés sous cette étiquette[349] ? »

Pour le dire plus clairement et plus brièvement : ce n'est qu'a posteriori que l'Utopie fut considéré comme une utopie et que son auteur fut qualifié d'utopiste. Partant, aborder La meilleure forme de communauté politique et le nouvelle île d'Utopie de Th. More par le prisme de l'utopie c'est risquer une approche non exempte de contresens et/ou d'anachronismes conceptuels (littéraires, politiques, historiques, sociologiques, philosophiques, psychologiques, etc.). Ci-après, un court historique de l'introduction du mot utopie en français vise à remettre ses usages courants et académiques actuels en perspective ; ensuite, un bref rappel de l'évolution de la signification du mot utopie vise à marquer l'écart qui existe entre la signification de ce mot au XXIe siècle et le contenu d'un texte rédigé au XVIe siècle ; pour finir, « L'utopie Utopia » présente un rapide survol d'une question toujours ouverte au XXIe siècle : « Est-ce que La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie est une utopie ? »

S'Utopianniser & Utopiser, l'introduction du mot utopie dans la langue française

Page 19 de l'édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). Au deux dernières lignes, Th. More s'adresse à son ami Pierre Gilles : « j'ai terminé l'Utopie et je vous l'envoie, cher Pierre »[201],[n 52].

« Puisque le mot ''utopie'' est devenu un nom commun, nous savons combien le retentissement de l'œuvre a été considérable[350]. » Effectivement, les premiers emplois du mot « utopie » et de ses dérivés attestés dans la langue française datent de la première moitié du XVIe siècle, ils se trouvent dans un ouvrage de Geoffroy Tory (« Utopiques », 1529), sous la plume de François Rabelais (« Utopie », 1525-1535) et dans la première traduction française de l'Utopie par Jean Le Blond (« Utopie », « Utopiens » et « Utopiennes », 1550)[n 53]. « Ces mots forment une famille sémantique qui ne sera complétée qu'au début du XVIIIe siècle[351]. » Au XVIe siècle, les traductions de l'Utopie par J. Le Blond en 1550 et par Barthélemy Aneau en 1559 favorisèrent la diffusion du mot utopie et de ses dérivés[352]. Hans-Günter Funke note que dans de nombreux textes de la seconde moitié du XVIe siècle les emplois du mot « utopie » attestent que « celui-ci se distancie de plus en plus du nom propre de l'ouvrage de More[353]. »

Au XVIIe siècle « le mot utopie ''disparaît'', tandis que le genre littéraire de l'utopie apparaît dans la littérature française »[354]. Au XVIIIe siècle, dans la nouvelle traduction qu'il propose de l'Utopie, Nicolas Gueudeville forge trois nouveaux mots, « s'Utopier », « Utopier » et « s'Utopianniser », dont le sens est à peu près le suivant : « changer la (sa) réalité politico-sociale d'après l'état-modèle d'Utopia »[352]. Ces mots ne passeront pas l'épreuve du temps. En 1752, le mot « utopie » entre pour la première fois dans un dictionnaire de langue française, Dictionnaire universel françois et latin, vulgairement appelé Dictionnaire de Trévoux, la définition donnée est la suivante : « UTOPIE s. f. Région qui n'a point de lieu, un pays imaginaire »[355] ; dans la nouvelle édition de ce Dictionnaire de Trévoux en 1771 la définition est celle-ci :

« UTOPIE. Région qui n'existe nulle part, un pays imaginaire. De ΰ τόπος, non locus. Rabelais, L.II. ch. 23. C'étoit le Royaume de Grandgousier ou de Gargantua. Selon le Commentateur Le Motteux , ce mot indique le Royaume de Navarre, dans l'état où il étoit alors par rapport à Jean & à Henri d'Albret, Royaume dont il ne restoit presque rien, ayant été envahi par le Roi d'Espagne. Obs. sur les Ecr. mod. tom. 25. p. 40. Le mot d'Utopie, (titre d'un ouvrage,) se dit quelquefois figurément, du plan d'un gouvernement imaginaire, à l'exemple de la République de Platon. L'Utopie de Thomas Morus[356]. »

Au XIXe siècle, Charles Fourier forge un nouveau dérivé du mot utopie toujours employé aujourd'hui : « utopistes » ; C. Fourier utilisait ce mot dans un sens péjoratif pour qualifier « ses critiques bourgeois »[357]. Au XXe siècle, après la francisation d'un néologisme anglais par Jean Jaurès (« utopisme »[358]), une explosion de néologismes se produit à partir des années cinquante lors du foisonnement des recherches et des études sur l'utopie ; par exemple, dans un article de synthèse sur l'utopie Henri Desroches forment les néologismes suivants : « utopographie », « utopologie », « utoponomie », « utopistique » et le participe présent « utopisant »[359]. Au XXIe siècle la formation de néologismes se poursuit[360].

Les significations du mot utopie jusqu'au XXIe siècle

Comme le résume H.-G. Funke : « L'évolution sémantique de la notion [''utopie''] correspond à une extension continuelle du potentiel sémantique et à une suite de combinaisons nouvelles de ses éléments sémantiques, combinaisons qui résultent de causes socio-culturelles et idéologiques[361]. »

« Utopie ! entendons-nous dire communément… » est-il écrit à la première ligne de l'« Avant-propos » rédigé par Eugène Muller pour son édition du livre Voyage à l'île d'Utopie publié en 1888[362].

Brossée grossièrement, l'évolution de la signification du mot « utopie » en France est la suivante : du XVIe siècle au XVIIe siècle, le nom propre « Utopia » devient un nom commun « utopie » dont le sens est celui d'une « métaphore pseudo-géographique de l'état (idéal) fictif »[363] ; au XVIIIe siècle, le sens du mot passe de cette métaphore à la notion de « genre littéraire » et au « concept politique ambivalent »[363]. Dans la première moitié du XIXe siècle, le sens évolue de la notion politique ambivalente au « concept politique péjorisé »[363] employé lors des polémiques politique et sociale entre le socialisme pré-quarante-huitard et la bourgeoisie libérale ; dans la seconde moitié du XIXe siècle : le mot « utopie » est employé comme « une injure contre le socialisme et le communisme »[364] après la révolution de février et l'insurrection de juin 1848, ce mot est aussi employé pour qualifier des communautés (socialistes, communistes, anarchistes, libertaires, etc.) plus ou moins étendues, autarciques et technicisées. Au XXe siècle, tandis que certains discours philosophiques et certains critiques littéraires revalorisent le sens du mot « utopie »[n 54], de nombreuses expériences totalitaires viennent en déprécier le sens[n 55] ; quant à son usage il devient de plus en plus varié, élargissant encore ainsi la signification du mot « utopie » : sous la plume d'un commissaire de police (1903[365]), sous la plume d'un médecin (1919[366]), sous le crayon d'un illustrateur (1943[367]), dans les prédictions d'une astrologue (1947[368]), sous le stylet d'un artiste (1987[369]) ou dans le numéro d'une revue de la Caisse Nationale d'Allocation Familiale (1994[370]).

En ce début de XXIe siècle, le sens du mot « utopie » recueille tous ces usages, quant à sa valeur elle est largement dépréciative[n 56]. Dans le langage courant, le mot « utopie » est généralement employé pour désigner « ce qui appartient au domaine du rêve, de l'irréalisable »[358] ; ce mot est alors employé au sens figuré. Dans le domaine socio-politique une « utopie » désigne soit un « plan imaginaire de gouvernement pour une société future idéale, qui réaliserait le bonheur de chacun »[358], soit un « système de conceptions idéalistes des rapports entre l'homme et la société, qui s'oppose à la réalité présente et travaille à sa modification[358]. » Par métonymie, on peut appeler « utopies » des « idées qui participent à la conception générale d'une société future idéale à construire, généralement jugées chimériques car ne tenant pas compte des réalités »[358] ; aussi par métonymie, un « ouvrage qui conceptualise une société idéale à construire »[358] peut être qualifié d'« utopie »[n 57].

Toutes ces définitions du mot « utopie » données par un dictionnaire du XXIe siècle ne conviennent pas tout à fait au livre de Th. More. Certes, Th. More s'est rêvé en roi d'Utopie, pour autant il n'a jamais considéré son livre comme un rêve, ni certaines de ses idées comme irréalisables. Certes le livre intitulé La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie semble proposer un « plan de gouvernement », néanmoins le texte de Th. More est plus subtile et plus ambiguë. Certes, l'Utopie est un livre tenu comme le début ou comme un jalon essentiel de l'histoire de l'« utopie » et de l'« utopisme », cependant il ne faut pas oublier que cette caractérisation est postérieure à sa rédaction et à sa publication.

Utopie l'utopie

La meilleure forme de communauté et la nouvelle île d'Utopie, dit l'Utopie, est-elle une utopie ? Comme il est suggéré ci-dessus, cette question ne reçut pas les mêmes réponses aux XVIe siècle, XVIIe siècle, XVIIIe siècle, XIXe siècle et XXe siècle. Au XXIe siècle les réponses varient encore, et cette remarque de N. Elias datée de la fin du XXe siècle est toujours valable : « Comme c'est souvent le cas dans les interprétations littéraires et historiques, il y a autant d'avis que d'individus[371]. » Grosso modo, il existe deux positions : l'Utopie est une utopie et l'Utopie n'est pas une utopie. Pour les tenants de cette dernière position, la discussion s'arrête là. Par contre, pour les tenants de la première position les discussions ne font que commencer : le livre Utopie est-il le modèle de toute utopie littéraire ? Est-il même le commencement de l'utopie comme genre littéraire ? Aussi, en rédigeant l'Utopie, Th. More marque-t-il le début de l'histoire de l'utopisme ou est-ce Platon ou, avant lui, Hippodamos de Milet ? L'Utopie est-il un texte millénariste ? Ou est-il un texte anti-libéral voire totalitaire ? Et cetera, etc. Toutes ces questions sont dues au fait que l'« utopie » intéresse différents individus (amateurs et spécialistes) issus de champs disciplinaires variés : « Chaque discipline qui s'intéresse à ce domaine voudrait l'avoir pour elle seule. Les spécialistes de littérature voudraient bien définir l'utopie exclusivement comme genre littéraire, les historiens voudraient peut-être qu'on la conçoive comme une construction historique unique, les philosophes comme une donnée philosophique éternelle et les sociologues comme une donnée sociale[372]. » Afin d'offrir un aperçu de ces diverses positions, les plus répandues sont synthétisées dans les paragraphes ci-dessous.

Actuellement, le point de départ de toute discussion et la position la plus répandue excluent de l'histoire de l'utopie les textes écrits avant celui de Th. More. Cette position est très bien résumée par T. Paquot : « Les historiens de l'utopie s'accordent à penser que le texte de Thomas More constitue indéniablement la matrice de ce genre littéraire[373]. » À sa suite, des auteurs vont s'inspirer de ce modèle et le modeler selon leurs motivations et leurs convictions, quitte à le remodeler de bout en bout. T. Paquot ajoute : « Force est de constater que, d'Angleterre, l'utopie s'implante en Italie dès la fin du XVIe siècle pour peu de temps, puis en France et de nouveau en Angleterre au début du XVIIe siècle, où elle s'attarde tout au long des XVIIIe siècle et XIXe siècle. De ces deux derniers pays, elle essaime en Russie et aux États-Unis, en Espagne et en Amérique du Sud, avant d'être revendiquée un peu partout dans le monde industriel au cours du XXe siècle[374]. » Partant de ce postulat, Christian Godin peut écrire : « Le mot et le concept d'utopie sont né d'un livre (L'Utopie de Thomas More) »[375]. Plus subtil, Frédéric Rouvillois ne retient que le Livre II de l'Utopie : « Ce texte, par lequel débute le second livre de l'ouvrage de Thomas More, est à la fois le point de départ de l'Utopie et de l'utopie, de l'œuvre et du genre[376]. »

Cette position peut ensuite être nuancée, selon Maurice Tournier : « Le mot [''utopie''] a eu au moins deux naissances, aux 16e et 19e siècles, sous la plume de Thomas More puis sous celles de Proudhon et de Marx. La première naissance est celle d'un mythe ; la seconde d'une démystification[377]. » Mais M. Tournier ne s'arrête pas là, il écrit : « depuis l'Antiquité, le genre existait, voué à la peinture du ''bonheur commun'', au prêche de l'harmonie sociale dans la paix égalitaire des citoyens, tradition qui court de la République de Platon aux News from nowhere de William Morris, à la fin du 19e siècle[378]. » Parti d'une position consensuelle, M. Tournier considère ensuite que l'utopie existait avant que son nom soit inventé (du moins comme genre littéraire). De même pour John Cartledge : « Au sens d'eu-topie, le genre auquel appartient l'Utopie de Thomas More est aussi ancien que la littérature occidentale[379]. »

La discussion au jardin (détail de la page 25). (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

C'est ce paradoxe que relève Gérard Raulet : « Utopia est, comme on sait, un toponyme imaginaire inventé par Thomas More en 1516 — en 1516 seulement : ceci est de quelque importance[380]. » Il poursuit : « Il importe de souligner au passage que c'est a posteriori qu'on applique le terme d'utopie à des œuvres anciennes. Bien que formé d'une racine et d'un préfixe grecs, il n'est pas attesté en tant que tel dans la littérature grecque[381]. » Comme Bronislaw Baczko[382] G. Raulet relève que, dans une singulière relecture des œuvres du passé, « l'utopie va désigner un type de littérature et un type de pensée qu'on va repérer dès l'Antiquité[383]. » Autre paradoxe : une fois le mot inventé, peut-il s'appliquer indéfiniment à n'importe quelle création littéraire et à tout type de discours ? L. Marin écrit : « Le terme d'utopie apparaît dans le titre d'un livre publié au début du XVIe siècle. D'où une question qui n'est point seulement terminologique : est-ce que des discours utopiques existaient avant le livre de More ? Tel roman alexandrin, la République de Platon… L'Atlantide, dans le Critias, est-elle une utopie ? N'est-ce pas un mythe, une fable ? Ce sont des problèmes importants car si on en préjuge la solution, si l'on dit que l'utopie est apparue au XVIe siècle, cela signifie qu'elle est liée à un ensemble de processus politiques, sociaux, économiques… Se posera également la question de la fin de l'utopie. Un exemple : est-ce que le roman de science-fiction est utopique[384] ? »

Pour éclairer autrement ces diverses positions abordées jusqu'ici, faisons appel à Ruth Levitas qui pose la question de ''l'utopie de l'Utopie'' différemment : « Some people see More as a “founder” of a utopian tradition. But More did not invent the practice of imagining the world otherwise. […]. Nor has it ever made sense to me to see More as the founder of a literary genre of Utopia, partly because the expression of the desire for a better way of living can take so many different forms and cannot therefore be defined as a genre, and partly because Utopia is in any case not a literary fiction in the sense of the Western novel[385]. » Effectivement, l'utopie littéraire n'est pas le seul moyen d'expression, ni l'utopie le seul mode de penser, qui permettent d'imaginer le monde autrement.

Mais qu'en est-il de l'Utopie comme utopie ? Pour Raymond Ruyer, seule la deuxième partie du livre est « proprement utopique »[386]. Pour Roger Mucchielli, « Thomas More aboutit a une une utopie authentique »[387], à une « utopie sociale »[388]. Parmi les « grandes familles idéologiques » de l'utopie qu'il distingue, Claude Gilbert Dubois range le texte de Th. More dans « L'utopie humaniste »[389]. De son côté, André Prévost écrit ceci : « Les tentatives pour la faire entrer dans des cadres antérieurs en ont faussé les perspectives et en ont gauchi l'intention ; les comparaisons avec les prétendues Utopies postérieures, du XVIIIe siècle au XXe siècle surtout, ont conduit à une impasse. L'Utopie est unique, non seulement dans son individualité mais dans son genre même[390]. »

Pour Nicole Schwartz-Morgan, « si l’on relit attentivement L’Utopie au complet on conclura que Thomas More n’est pas un utopiste[391]. » Pour Laurent Cantagrel, « l'Utopie ne doit pas être considérée comme le premier exemplaire de la littérature utopique : si l'on voulait la situer dans une tradition générique, ce serait plutôt, malgré le long discours ininterrompu du livre II, dans celle du dialogue, qui permet à More de redoubler la réflexion politique par la mise en scène d'une discussion critique sur les conditions nécessaires pour que le discours lettré soit entendu et puisse influer sur la politique de son temps[392]. » De son côté, lorsqu'il considère les textes de Th. More et de T. Campanella, Jean-Louis Fournel écrit : « S'il est un genre constitué auquel appartiennent ces textes, c'est sans doute moins celui de ce que nous appelons de façon impropre les ''textes utopiques'' que celui des traités sur le bon gouvernement[393]. »

Il n'est pas question de trancher ces débats ici. Pour autant, il faut rappeler aux lectrices et aux lecteurs du XXIe siècle que l'Utopie n'est pas un « roman »[394], pour lire l'Utopie au plus près il faut lire ce livre en lecteur du XVIe siècle. Ainsi, il faut garder en tête ces quelques mots de Damian Grace : « We can be misled by details that are familiar to us into taking Utopia for a utopia »[395], et ces propos de Nicole Morgan : « Ni humaniste, ni philosophe, ni même penseur, Thomas More ne se laisse point catégoriser à moins qu'on le réduise à être un utopiste. Ce serait, à notre sens, un non-sens. Certes, Thomas More a donné son nom à un genre littéraire, mais ce serait le traiter bien pauvrement que de le limiter à ce nom[396]. » Le livre de Th. More La meilleure forme de communauté politique et l'île d'Utopie est-il une utopie ? Le dernier mot sera laissé à L. Marin : « Je veux dire que si l'Utopie de More a eu, historiquement, un tel impact, sa force est peut-être là, dans ces espèces de flous, d'hésitations, de zones aveugles[397]. »

Influence

Pour le dire vite, esquisser l'histoire des œuvres influencées par l'Utopie au cours des siècles, c'est retracer l'histoire de différentes interprétations et réceptions des quatre éditions de La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie réalisées par Thomas More en compagnie d'un groupe d'humanistes de 1516 à 1518. Aussi faut-il rappeler quelques faits : imprimée après l'affichage des 95 thèses de Martin Luther dans un contexte social, politique et religieux européen totalement différent, l'édition ne varietur de l'Utopie vit la réception et l'interprétation de son message chrétien irrémédiablement altérées (la décapitation de son auteur fit le reste) ; diffusé hors des cercles humanistes proches des centres de pouvoir, le texte de l'Utopie tomba dans les mains d'un lectorat auquel il ne fut pas adressé (les siècles suivants accentuèrent cet écart) ; enfin, traduit dès le XVIe siècle dans plusieurs langues vernaculaires, les qualités et les singularités du texte latin de l'Utopie furent inévitablement perdues, sans parler des motivations des traducteurs successifs ni de la composition des éditions dans lesquelles ces traductions furent publiées (avec tout ou partie des Livres I et II, avec ou sans les parerga et les paratextes originels[86])[n 58].

L'Utopie de Th. More influença un grand nombre d'auteurs : certains mentionnèrent l'île d'Utopie dans leurs textes ou rendirent grâce à son auteur ; d'autres s'en inspirèrent librement, ne retenant qu'une idée ou qu'un détail de l'Utopie ; d'autres encore imitèrent tout ou partie de la composition de l'Utopie ; d'autres enfin prirent l'Utopie à la lettre et tentèrent de passer du texte à l'action. Depuis notre XXIe siècle, il est possible de distinguer deux sortes d'œuvres influencées par l'Utopie de Th. More : celles qui sont listées dans les histoires ou les dictionnaires de l'utopie et les autres.

Quelques dernières précisions en forme de chronologie synthétique : avec le temps, l'influence du texte et du livre La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie diminue jusqu'à presque disparaître au XXIe siècle ; depuis le XVIIe siècle l'influence de l'utopie comme genre littéraire prend le relais[n 59] ; depuis le XVIIIe siècle le concept philosophique d'utopie ne cesse d'être raffiné et critiqué ; enfin, depuis le XVIIIe siècle l'idée sociale-politique d'utopie ne cesse de se répandre et d'influencer nombre d'auteurs, de penseurs et de citoyens[n 60].

Au XVIe siècle

« Macariæ et Eudæmonis tabella », carte de l'île de Macaria réalisée par Johannes Oporinus pour l'ouvrage de Caspar Stiblin De Eudaemonensium republica Commentariolus (1555).

Pour Domenico Taranto, l'une des premières traces d'une influence de l'Utopie se trouverait dans un ouvrage de Johann Eberlin von Günzburg intitulé Statuti di Wolfaria[398], publié en Allemagne en 1521. Dans le pays imaginé par J. Eberlin, les injustices sociales sont éliminées mais les différences sociales et politiques subsistent ; en fait, l'auteur veut réformer les mœurs des ecclésiastiques et des laïques en s'inspirant des principes de la Réforme. Ainsi, note D. Taranto : « Voilà donc une vie religieuse axée sur l'électivité des charges du gouvernement et contrôlée par le peuple ; voilà une vie sociale basée sur la primauté de l'agriculture où sont éliminées aussi bien la servitude de la glèbe que les corvées, et voilà enfin une vie politique où les charges continuent à appartenir aux nobles, mais deviennent toutefois électives et liées dans leur exercice à la consultation des Conseils auxquels, du reste, participent aussi les paysans[399]. »

Un autre auteur allemand « n'ignor[ait] peut-être pas l'écrit génial de More »[400], il s'agit de Caspar Stiblin qui publia en 1555 le livre intitulé De Eudaemonensium republica Commentariolus[401]. En effet, les ressemblances avec l'Utopie sont saisissantes : « L'auteur imagine qu'il a rendu visite aux fameuses cités idéales d'Aristote, de Platon et de Xénophon, puis qu'il a voulu, charmé par la douceur de la saison, poursuivre le voyage pour connaître Eudémoné, la fameuse capitale de l'île de Macaria[402]. » Luigi Firpo poursuit son résumé : « Après deux jours de navigation dans l'Océan Indien, voilà qu'apparaît l'île, élevée et de forme arrondie, toute couverte de champs fertiles et de vignobles, avec de fières murailles et de superbes édifices qui font d'elle le plus beau et le plus heureux pays du monde[403]. » À la fin du livre (p. 120-121), une double page propose une carte de l'île de Macaria qui « acted as an equivalent to the colophon and thus functioned in a way similar to that of a frontispiece »[404] ; pour Franz Reitinger cette carte réalisée par Johannes Oporinus est la première qui mérite le nom de « carte utopienne »[405] (voir ci-contre à droite). F. Reitinger ajoute : « As Holbein’s frontispiece had done for More’s Utopia, the tabella brought the subject of Stiblin’s Commentariolus to the reader’s eye as additional evidence of the utopian reality described[406]. » Sur l'île, l'intérêt public prévaut sur l'intérêt privé, la population est divisée en plébéiens et patriciens, un Sénat rédige les lois, l'éducation des enfants dans les mœurs sévères et les bonnes lettres est à la basse d'un régime patriarcal et conservateur. Enfin, L. Firpo ne manque pas de noter : « [L']État de Macaria baigne déjà tout entier — d'une façon étrangement précoce — dans l'atmosphère austère de la Contre-Réforme[407]. »

Après l'Allemagne, c'est en Espagne que l'on trouve l'influence de l'Utopie. D. Taranto[408] perçoit celle-ci dans un ouvrage de Fray Antonio de Guevara publié en 1529 intitulé Relox de los principes[409]. Mais cette influence de l'Utopie peut aussi quitter les écrits. Vasco de Quiroga, le premier évêque de Michoacán au Mexique, fut si impressionné par l'Utopie qu'il s'inspira de certaines descriptions de l'organisation socio-politique des Utopiens données par R. Hythlodée au Livre II. Silvio Zavala résume l'organisation imaginée par V. de Quiroga : « Une cité de six mille familles chacune se composant de six à seize personnes mariées, — donc, au total, une cité de soixante mille âmes au moins, — serait administrée et gouvernée comme s'il s'agissait d'une seule famille. Chaque juré veillerait sur trente familles. Les regidores présideraient des groupes de quatre jurés. Il y aurait de plus deux alcaldes ordinaires et un tacatecle. Les magistrats seraient élus selon la méthode décrite dans l'Utopie. Au-dessus de tous, se trouverait un alcalde mayor ou un corregidor nommé par l'Audience, qui elle-même constituerait au temporel le tribunal suprême. Et dans de telles cités les religieux pourraient instruire un plus grand nombre d'âmes[410]. » V. de Quiroga réclama l'application en Nouvelle-Espagne du régime utopien, « pour ''ordonner'' la vie des Indiens »[411]. S. Zavala expose ainsi la démarche de V. de Quiroga : « La civilisation aura donc pour tâche dans le Nouveau Monde, non d'y transplanter la vieille culture chez les peuples indigènes, mais d'élever ceux-ci de leur simplicité naturelle jusqu'aux buts idéaux de l'humanisme et du christianisme primitifs. Et cela grâce à l'Utopie de More, qui offre les lois les plus propres à guider cette œuvre enthousiaste d'amélioration de l'homme[412]. »

Frontispice de I Mondi del Doni (1552), livre d'Antonio Francesco Doni.

L'influence de l'Utopie se retrouve aussi en Italie. Par exemple, D. Taranto[399] aperçoit celle-ci dans un ouvrage de Mambrino Roseo publié en 1543 intitulé Intitutione del Principe cristiano[413]. Dans cet ouvrage, comme dans celui de l'espagnol F. A. de Guevara, ce sont certaines idées de Th. More qui furent reprises ou reformulées. Outre des idées, certains auteurs italiens retinrent aussi une partie du canevas littéraire de l'Utopie et le modifièrent à leur goût : au lieu d'écrire un dialogue suivi de la description d'une île, ils écrivirent un dialogue mêlant la description d'une cité idéale. Ainsi Anton Francesco Doni, un écrivain et polygraphe qui édita en 1548 la première traduction italienne de l'Utopie[n 61], fut l'auteur d'une « fiction utopique, à la fois ludique et substantielle, qui va influencer la production ultérieure[414]. » Cette fiction s'appelle « Monde sage, Monde fou » (1552[415]). Dans la cité qui y est décrite, il n'y a pas de véritable gouvernement, pas d'armée, ni guerre, ni famille, ni hiérarchie. L'égalité est complète, la liberté sexuelle totale, la religion sans mystique. De cette fiction, Adelin Charles Fiorato dit : « Les Mondes de Doni, qui abordent les principaux thèmes de l'utopie antique et "moderne", laissent transparaître la "folie" d'Érasme et les renversements ironiques de Thomas More, […], dans un dialogue entre deux fous/sages, qui ne semblent être que les deux faces de l'auteur[416]. »

Autre exemple italien, le philosophe Francesco Patrizi composa son utopie en 1551 (publiée en 1553[417]). « Sa Cité heureuse s'éloigne sensiblement des utopies à caractère égalitaire et communautaire, qui fleurissent au XVIe siècle, dit A. C. Fiorato. Entendant ordonner sa république selon la raison, et tout imbu des conceptions platoniciennes et aristotéliciennes, Patrizi propose en effet une Cité-État aristocratique et élitaire, organisée en une pyramide sociale des plus rigides : au sommet, les magistrats, les hommes de guerres et les prêtres, qui peuvent accéder à la spéculation et à la contemplation divine ; cependant qu'au bas de l'échelle, les marchands, les artisans et les paysans, voués à satisfaire les biens matériels des premiers, sont privés de tout droit politique, puisqu'ils représentent, selon le schéma des philosophes grecs, la partie irrationnelle et mécanique de la cité[418]. »

« VTOPIÆ TYPUS, EX », carte de l'île d'Utopie dessinée par Abraham Ortelius vers 1595. Voici la traduction du titre : « UNE IMAGE d'UTOPIE. D'après le récit de Raphaël Hythlodée, la relation de Thomas More, et le dessin d'Abraham Ortelius »[n 62]. Le cartouche en bas à droite dit : « AU SPECTATEUR. Regardez les plaisirs de la terre. Voyez l'heureux royaume. Le monde n’en a pas d’autre, qui soit meilleur ou plus beau ! Car Utopie, bastion de paix, lieu d’amour et de justice, bon port et beau rivage, louée par d’autres pays, honorée par vous qui savez pourquoi, ce lieu, plus que tout autre, offre une vie heureuse. [Pour] J[ohannes] M[atthæus] W[ackher] de W[acken] f[els]. Telle que la décrite Raphaël ; telle que la relatée More ; réalisée par Abraham Ortelius ; profitez-en et portez-vous bien. »[n 63]

Un parerga iconique de l'Utopie fut réinterprété à la fin du XVIe siècle. Vraisemblablement gravée à Anvers vers 1595 en douze exemplaires, il ne reste aujourd'hui qu'un seul exemplaire de la carte « Utopiæ »[419] réalisée par Abraham Ortelius « as a private commemorative print »[420] (voir ci-contre à gauche). Catherine Hofmann remarque ceci : « Respectant les conventions géographiques de son époque, [cette carte] propose une illustration très libre de l'Utopia de More : si cinquante-quatre cités (plus une) dont la célèbre Amaurote sont représentées conformément au récit de l'humaniste anglais, l'île dessinée par Ortelius n'a guère la forme d'une nouvelle lune et la grande baie intérieure, fidèlement figurée dans la première gravure de 1516, a complètement disparu[421]. » Regroupés par langue sur la carte, les noms de lieux dérivés du grec ancien, du latin, de l'allemand, de l'italien, du français, de l'espagnol, du néerlandais, du sarmate, de l'arabe et de l'utopien furent forgés par Johannes Matthæus Wacker ; ce dernier souhaitait que chaque nation puisse reconnaître une part d'elle-même en Utopie. C. Hofman repère cinq noms inspirés de la signification littérale du terme « utopie » (non-lieu) : « Pour le français, on dénombre trois villes — Horsdumonde, Nulleville, Sansterre — et deux fleuves — Sanspoisson flu., Sanseau flu.[421]. » En outre, J. M. Wacker nomma trois fleuves d'après les patronymes de trois de ses amis, Felsius, J. Monau et A. Ortelius : « Felsius flu. », « Mavonius fl. » et « Ortileus flu. » (trois affluents de l'« Anydrus flu. »). Enfin, comme remarqué par C. Hofmann, J. M. Wacker porta le nombre de villes de l'île d'Utopie de 54 à 55 ; la cinquante-cinquième reçut le nom de « Favolia », un hommage au scientifique anversois Johannes Baptista Favolius. Voici d'autres singularités relevées par C. Hofman : « L'abondance des navires et des détails topographiques sur l'île elle-même — montagnes et forêts, villes et rivières, champs de blé et vignes, bestiaux —, tout suggère la prospérité de cette cité idéale[421]. » Selon F. Reitinger, la nomenclature de la carte établie par J. Monau, J. M. Wackher de Wackenfels et A. Ortelius visait à surmonter l'adversité politique et religieuse de leur temps, il ajoute : « The fictitious place on the map turned into a virtual ''site'' that enabled the companions to meet each other through a medium and to stay in touch even across long distances, similar to what we experience when we visit a web site today. Though physically far away, the friends were close to each other by means of their names inscribed on the Ortelian map[422]. »

Sinon, certaines révoltes et certains soulèvements contemporains de la publication de l'Utopie sont parfois qualifiés d'utopies ou d'être utopiques ; par exemple : l'anabaptisme[423]. Toutefois, il n'est pas établi que leurs protagonistes aient lus ou eus accès à l'Utopie, ni qu'ils prirent l'Utopie comme modèle ou qu'ils s'en inspirèrent ; aussi, s'il semble établi que Luther lut le livre de Th. More, rien ne l'indique pour Thomas Müntzer. Par ailleurs, comme l'anabaptisme, la plupart de ces mouvements furent millénaristes (c'est-à-dire tendu vers le Millénium) ; or l'Utopie n'est pas un texte millénariste, quant à Th. More il abhorra ces mouvements.

L'Utopie en France au XVIe siècle

Frontispice de Pantagruel (1525-1535), livre écrit par François Rabelais. (« Source : Gallica — Bibliothèque Nationale de France »)

Pour faire court, Th. More est connu en France au XVIe siècle. Claire Pierrot rappelle que « More [eut] maille à partir avec un érudit, Germain de Brie, qui publi[a] l'Antimorus, libelle qui s'attaque à la fois au goût de More pour le comique, son maniement libre du latin et sa façon de concevoir le genre de l'éloge[424]. » Mais, comme l'indique Jean Céard, « c'est au chancelier d'Angleterre, martyr de la foi, que vont la plupart des mentions[425]. » Il ajoute : « fugitives ou détaillées, ces mentions sont le plus souvent silencieuses sur l'Utopie[425]. »

Toutefois, quelques livres montrent que l'Utopie est connue et lue. Ainsi, un pamphlet contre les théologiens de la Sorbonne publié aux alentours de 1526 est intitulé Misocacus ciuis utopiensis Philaletis ex sorore nepotis Dialogi tres, l'adresse de l'imprimeur est Apud Utopiæ Aurotum et « l'explicit précise : Amauroti in metropoli Utopiæ[426]. » J. Céard souligne : « Pour que l'on ait choisi d'accumuler ainsi les références à l'Utopie de More dans un texte polémique, on devait être bien certain qu'elles seraient tout de suite perçues des lecteurs et qu'ils étaient assez bien informés du livre pour en saisir la portée[426]. » Dans l'article qu'il consacre aux premiers lecteurs français de l'Utopie au XVIe siècle, J. Céard observe que le livre de Th. More rencontra « un certain intérêt en France et [que] l’ouvrage y a été vraiment lu[427]. » Parmi les noms relevés par J. Céard, on trouve : Guillaume Budé, Jean Le Blond, Barthélemy Aneau, Jean Bodin, Guillaume de la Perrière, Loys Le Roy et Jean de Serres[428], ainsi que Gratien du Pont et Agrippa d'Aubigné[426]. De son côté, C. Pierrot note : « C'est Rabelais qui favoris[a] la vulgarisation de l'Utopie par le succès de ses romans et des productions autour de la geste gargantuine[429]. »

En effet, dans son livre intitulé Pantagruel[430] (1532), François Rabelais fait deux clin d'œil à l'ouvrage de Th. More[431] : la mère de Pantagruel est « fille du roi des Amaurotes en Utopie » ; aussi, Gargantua signe sa fameuse lettre dressant un programme éducatif idéal, qu'il adresse à Pantagruel, depuis « Utopie »[432]. Pour Verdun-Louis Saulnier : « On a le droit de penser que l'Utopie fut parmi les livres qui stimulèrent la pensée de Rabelais. Il n'en est que plus remarquable que Morus ne soit jamais cité dans son œuvre, accueillante aux noms de ses maîtres[433]. » Parfois, un lieu du livre Gargantua est considéré comme une utopie (une micro-société utopique), il s'agit de l'Abbaye de Thélème.

« Lettres Vtopiques & Voluntaires », planche réalisée par Geoffroy Tory pour son livre Champ fleury paru en 1529. (« Source : Gallica — Bibliothèque Nationale de France »)
« VTOPIENSIVM ALPHABETVM » (vraisemblablement créé par P. Gilles), édition de 1516 chez Thierry Martens. (« Source : Bibliothèque Mazarine »)

À comparer les dates, c'est l'imprimeur et libraire Geoffroy Tory qui fit entrer le premier dérivé du mot latin Utopia dans la langue française en 1529 dans son traité de dessin de caractères intitulé Champ fleury. Au quel est contenu Lart & Science de la deue & vraye Proportion des Lettres Attiques, quon dit autrement Lettres Antiques, & vulgairement Lettres Romaines proportionnees selon le Corps & Visage humain[434] (graphie légèrement modernisée). En hommage à Th. More, G. Tory publia sur une page entière le dessin des lettres de l'alphabet utopien légèrement reprises et nommées « Lettres Utopiques & Voluntaires » (voir ci-contre à droite). G. Tory rajouta même une lettre à cet alphabet utopien : le « z ». En guise de présentation de ces lettres, G. Tory écrit : « iappelle Vtopiques pource que Morus Langlois les a baillees & figurees en son Livre quil a faict & intitule Insula Vtopia, Lisle Vtopique. Ce sont Lettres que nous pouvons appeller Lettres volutnaires /& faictes a plaisir » (Feuil. LXXIII, verso ; graphie légèrement modernisée).

Sinon, un autre livre publié en France au XVIe siècle comporte une utopie (un passage utopique), il s'agit d'un « roman fort peu connu »[435] de Barthélemy Aneau intitulé Alector. Kirsti Sellevold remarque que B. Aneau rédigea Alector alors qu'il fut en pleine révision et correction de la première traduction française de l'Utopie réalisée par Jean Le Blond[436] (Voir dans les annexes « Les traductions françaises de l'Utopie / XVI »). V.-L. Saulnier observe : « Si le XVIe siècle français a peu connu, à la suite de More, de créations authentiquement utopiques, c'est qu'il préfère ordinairement le voyage imaginaire, et à l'occasion le contraire de l'utopie, à savoir la position satirique positive, procédant par une représentation allégorique et critique du réel (là où l'utopie donne un négatif flatteur)[437]. »

Pour finir, un avocat du Parlement de Paris, René Choppin, loua Th. More et son Utopie dans son ouvrage intitulé De Privilegiis Rusticorum Libri Tres. C'est au sud de Paris dans sa propriété de Cachan que R. Choppin tenta d'appliquer une loi utopienne qu'il affectionnait tout particulièrement : celle selon laquelle tout Utopien et Utopienne doit tous les deux ans travailler aux champs. Cependant, comme le résume Natalie Zemon Davies : « One lawyer dreamed of a society in which peasants would be more effectively exploited than before ; the other of a society in which both ''peasants'' and exploiters had disappeared[438]. » Le premier fut R. Choppin, le second Th. More. N. Zemon Davies écrit : « More described a society in which the separation between rural and urban life was broken down for everyone and in which agricultural tasks were not despised. Choppin intended a society in which the separation between rural and urban life was broken down for wealthy townsmen, lawyers and magistrates and in which agricultural administration was taken more seriously[439]. » Il n'en reste pas moins que R. Choppin appliqua la loi utopienne dans sa propriété ; malheureusement, lorsqu'il s'absentait les serfs et les contremaîtres songeaient plus à le voler qu'à travailler pour lui[440].

Première traduction en langue française

En 1550 paraît la première traduction de l'Utopie en langue française qui est due à l'humaniste normand Jehan Le Blond, voici son titre : La description de l'isle d'Utopie, où est comprins le miroer des républicques du monde, & l'exemplaire de vie heureuse[70] (à Paris, édition de C. L'Angelier, un in-8 de 112 feuillets).

Cette traduction est précédée d'une épître de Guillaume Budé, (les autres parerga et paratextes ne furent pas repris), un portrait gravé de Th. More suit la page de titre et le traducteur joint un poème de sa main. La « Lettre-Préface » de Th. More adressée à P. Gilles a disparu et est remplacée par une présentation de R. Hythlodée.

Au XVIIe siècle

« Vtopia », carte de l'île d'Utopie (auteur inconnu, Leipzig 1612).

Ce siècle est le premier où l'Utopie sort définitivement des cercles et des lectures humanistes. Traduit avant la fin du XVIe siècle dans diverses langues vernaculaires européennes (allemand, italien, français et anglais), l'Utopie vit sa diffusion géographique s'élargir et ses lecteurs augmenter. Désormais et pour toujours, l'Utopie touche un lectorat auquel le texte n'était pas destiné.

Parmi les auteurs qui reprirent la composition d'Utopie, on peut mentionner Tommaso Campanella dont l'ouvrage La Cité du Soleil[441] (1602[n 64]) décrit ce que pourrait être une société idéale : « la Cité du soleil est une œuvre messianique ou, si l'on préfère, le lieu dans lequel la tradition prophétique-messianique se transforme en genre utopique[442]. » Le texte de Tommaso Campanella reprend le modèle de l'Utopie de Thomas More : « c'est le récit d'un navigateur qui a découvert une cité parfaite, bâtie sur une île perdue dans l'océan. Le voyageur est "un Génois marin de Colomb", et la cité est à juste titre un nouveau monde[443]. » Pour Adelin Charles Fiorato : « Si La Cité du soleil est la plus accomplie des utopies italiennes, ce n'est pas seulement parce que Campanella est un philosophe dont l'envergure dépasse de loin celle des autres utopistes polygraphes, mais aussi parce que ce dominicain calabrais, […], a sublimé en elle les ambitions avortées d'un mouvement révolutionnaire qu'il avait lui-même inspiré et en partie organisé[444]. »

« Le grand royaume d'Antangil », carte dudit royaume placée après l'avant-propos au livre Histoire du grand et admirable royaume d'Antangil (l'auteur de la carte est inconnu). (« Source : Gallica — Bibliothèque Nationale de France »)

En 1616 en France, un siècle après la parution de l'édition princeps de l'Utopie, parut à Saumur un ouvrage intitulé Histoire du grand et admirable royaume d'Antangil incogneu jusques à present à tous Historiens & Cosmographes : composé de six vingts Provinces tres-belles & tres-fertiles. Avec la description d'icelui, & de sa police nom-pareille, tant civile que militaire. De l'instruction de la jeunesse. Et de la Religion[445]. Considérée comme la première utopie littéraire française, cette œuvre est signée « I.D.M.G.T. » (un acronyme dissimulant un auteur dont l'identité est toujours discutée). « L'affabulation est transposée de celle de More, remarque Jean Céard. Comme Raphaël Hythlodée s'est joint aux voyages de Vespucci, l'auteur d'Antangil dit s'être embarqué pour les Indes Orientales avec l'amiral Jacques Corneille von Neck, lors de la seconde expédition à lui confié par les Provinces-Unies des Pays-Bas[446]. » Le nom même d'« Antangil » évoque « le navigateur portugais Anton Gil, qui donna son nom à une baie de Madagascar où les Hollandais eurent un temps une habitation[447]. » L'ouvrage d'I.D.M.G.T. contient une carte représentant « Le grand Royaume d'Antangil » (voir ci-contre à gauche), des numéros portés sur cette carte renvoient à une « Table des lieux principaux tant des villes que des rivieres du grand Royaume d'Antangil »[n 65]. Pour V.L. Saulnier, l'État d'Antangil est « un vrai filleul de celui de Morus[448]. » Pour J. Céard : « La distance qu'entretenait More est ici presque annulée », « I.D.M. est lui-même Raphaël »[446] ; et il estime : « Visiblement, l'auteur récrit l'Utopie pour en faire un programme[449]. »

« Vera Utopiæ Descriptio ». Publié un an après la mort du dramaturge allemand Jakob Bidermann en 1640, le livre Utopia Didaci Bemardini…[450] rassemble une collection de contes dont le fil conducteur est la relation par Didacus Bemardini de son voyage à Kimmeria et dans sa capitale Utopia. La gravure de la carte n'apparut qu'à partir de l'édition de 1670, celle proposée ci-dessus date de l'édition de 1714[451]. (« Source : Bayerische StaatsBibliothek digital »)

La trame de La Nouvelle Atlantide[452] (1622[n 66]) peut être considérée comme la « seule utopie au sens littéraire du terme »[453] rédigée par Francis Bacon. Scientifique et philosophe, grand chancelier d'Angleterre sous Jacques Ier, il souhaitait « donner à la science un espace théorique indépendant de l'espace sacré[453]. » Son utopie se différencie grandement de l'Utopie de Thomas More et de La Cité du Soleil de Campanella : « L'utopie de Bacon se situe […] à un double niveau, épistémologique et politico-institutionnel. D'une part, l'espérance devient une vertu scientifique qui [lui] permet de faire éclater le monde clos et statique de savoirs obscurcis par les préjugés, et de penser la science en mouvement. […]. D'autre part, le projet baconien pose explicitement la question du centre d'impulsion de la réforme et l'encadrement politique des progrès scientifiques. C'est à l'État que le grand chancelier assigne cette nouvelle fonction, […] »[453].

En France, l'Utopie eut un retentissement particulier avec une nouvelle traduction publiée en 1643, due à Samuel Sorbière[454], et la publication de nombreux textes considérés aujourd'hui comme des utopies littérraires[n 67]. Un livre, devenu classique, porte quelques traces de l'Utopie dans sa composition au XVIIe siècle : la Suite du quatrième livre de l'Odyssée d'Homère ou les Aventures de Télémaque fils d'Ulysse (1699), de Fénelon. « Pour les spécialistes de l'utopie en tant que genre littéraire (suivant le canon de L'Utopie de Thomas More), seuls quelques épisodes de l'ouvrage méritent d'être qualifiés d'utopiques : principalement les tableaux de la Bétique (livre VII) et de Salente — avec des traits caractéristiques, comme à Salente, livre X […], le port d'un même vêtement pour toutes les classes sociales, distinguées seulement par une marque de couleur[455]. »

En Angleterre pour Christopher Hill : « La nouveauté, au dix-septième siècle, fut l'idée que le monde pouvait être maintenu à l'envers de façon permanente : que le rêve du Pays de Cocagne ou le Royaume des Cieux pouvait se réaliser ici et maintenant[456]. » Lors de la Première révolution anglaise, cette idée rencontra « les théories communistes [qui] refirent surface dans l'atmosphère de liberté des années 1640[457]. » Durant ces années, différents courants de pensée émergèrent et, parfois, s’agrégèrent[458]. Parmi ceux-ci, les Levellers et les Diggers essayèrent de traduire en actes leur lecture communiste de l’Évangile en collectivisant les terres[459]. Dans un pamphlet anonyme imprimé aux Pays-Bas en août 1649, Tyranipocrit Discovered, C. Hill remarque un passage qui rappelle celui du Livre I de l'Utopie où R. Hythlodée dénonce les lois sur le vol. « Faisant écho à Sir Thomas More, écrit C. Hill, l'auteur dénon[ce] les ''riches voleurs'' qui ''prennent langue pour fabriquer ce qu'ils appellent la loi à seule fin de pendre un pauvre homme si d'aventure il vole, alors qu'ils l'ont injustement dépouillé de tout moyen d'existence''[460]. » Plus loin, cet auteur anonyme estime que le partage des terres et des richesses pourrait supprimer le vol : « Donner à chaque homme avec discernement la portion la plus juste qui puisse assurer l'égal partage des biens de ce monde » est conforme à la loi de Dieu et de la nature ; et l'égalité des biens et des terres est aussi souhaitable « afin que ceux qui sont jeunes, forts et propres à travailler permettent aux vieillards, aux faibles et aux impotents de se reposer[460]. »

« Accurata Utopiae Tabula », de Johann Baptiste Homann (1694). Le dessin général de la carte évoque la forme d'un chapeau de fou, avec ses deux pointes inclinées de chaque côté et les îles sur la gauche faisant songer à des grelots. Le cartouche montre des personnages représentant chacun un vice : les jeux d'argent, la luxure, l'alcoolisme et l'extravagance. (« Courtesy of Cornell University — PJ Mode Collection of Persuasive Cartography »)

Imprimée pour la première fois en 1694, la carte intitulée Accurata Utopiae Tabula[n 68] signée par un « auteur anonyme », fut réalisée par le géographe et cartographe allemand Johann Baptist Homann[461]. Originellement commandée par l'éditeur et marchand d'art Daniel Funck[462], la carte accompagnait un livre écrit par l'officier militaire Johann Andreas Schnebelin : Erklärung der wunder-seltzamen Land-Charten Utopiae, so da ist das neu-entdeckte Schlarraffen-Land[463],[n 69]. La carte suit tous les codes de la cartographie alors en vigueur : la topographie est figurée (forêts, rivières, lacs et montagnes), les latitudes et longitudes ainsi que l'échelle de la carte sont indiquées. Elle est couverte de noms de lieux (plus de 1700) indiquant les villes, les forteresses, les villages, les rivières, les montagnes, les lacs, les îles et les océans des vingt-huit empires, royaumes, pays et provinces du « Pays de Cocagne ». Parmi les sources d'inspirations probables du livre et de la carte : un écrit satirique de Hans Sachs paru au XVIe siècle intitulé Schlarraffenland, qui reprenait les motifs du pays de Cocagne issus des traditions médiévales anglaise, française et italienne ; aussi paru au XVIe siècle, un ouvrage satirique de Joseph Hall intitulé Mundus alter et idem[464] où le narrateur voyage dans les mers du sud et visite les pays « Crapulia », « Viraginia », « Moronia » et « Lavernia »[465]. Parodie du paradis, le pays de Cocagne est décrit comme un « pays de lait et de miel » où volent les poulets rôtis et où des haies de saucisses entourent chaque maison. La carte de J. B. Homann représente le contraire du paradis : le pays des vices. Les toponymes révèlent que chaque vice a son royaume : « Pigritaria » est le « Pays de la Paresse », « Lurconia » le « Pays de la Gourmandise », « Bibonia » le « Pays de la Boisson » ou encore « Schmarotz Insula » est l'« Île des Faignants ». Aussi, l'observateur trouve en haut de la carte la « Terra Sancta », dite « Incognita », où est située la « Nouvelle Jérusalem » ; alors qu'au bas de la carte se trouve l'Enfer (« Das Hollische Reich »), où des localités portent les noms de « Satan », « Lucifer » et « Beelzebub ». Enfin, ce « Pays de Cocagne » se déploie des longitudes 360° à 520°, soit hors du monde connu, tandis que l'équateur passe quasiment en son centre. Selon F. Reitinger, « Homann merged the traditions of the Reformist cartography of twofold predestination and the Catholic cartography of mundane corruption[466]. »

Au XVIIIe siècle

« Ces Ambassadeurs [anémoliens], dit Hythlodée, firent donc leur Entrée : ils étoient trois, avec une suite de cent personnes ; tous habillez de couleur diferente ; & la plûpart d'un drap de Soïe. Pour les trois Ministres, qui étoient grans Seigneurs en leur Païs, voici leur équipage de corps : l'habit d'une étoffe d'or ; de grosses chaines d'or autour du Coû : des boucles d'oreilles d'or ; des anneaux d'or aux mains ; & au Chapeau des colliers suspendus, tout brillans de perles et de pierreries. Ainsi, ces Ambassadeurs étoient parez de ce qui sert en Utopie au châtiment des esclaves, à la honte des infames, & à l'amusement des enfants[467]. » (Gravure de François van Bleyswik[468] à la page 169 de l'édition française de L'Utopie de 1715, trad. N. Gueudeville[469] ; italique de l'auteur, graphie légèrement modernisée.)

Au XVIIIe siècle, de nouvelles traductions, éditions et rééditions de l'Utopie, par Nicolas Gueudeville en 1715[469], en 1717[470], en 1730[471], par Thomas Rousseau en 1780[472] puis en 1789[473] et par Jacques-Pierre Brissot de Warville sous la forme de « Fragmens… »[474], firent de cette œuvre l’un des livres les plus lus de la littérature européenne moderne pendant les Lumières[n 70], au point que de nombreux auteurs[n 71] écrivirent leur utopie[475],[476],[477]. Stefan Horlacher rapporte les comptes suivants : « Jean Michel Racault constate pour les années 1675-1765 la parution de 88 utopies en France et de 72 utopies en Angleterre. Les chiffres correspondants de Raymond Trousson sont de 37 pour la France et de 8 pour l'Angleterre et Hans-Günter Funke constate la parution de 9 utopies entre 1600-1700 et de 83 entre 1700 et 1800. Pour les voyages imaginaires, Philip Babcock Gove avance le chiffre de 67 parutions pour l'Angleterre, de 65 pour la France et de 59 pour l'Allemagne entre 1700 et 1800[478]. » De son côté, H.-G. Funke remarque : « De 1750 à 1789, plus de 60% des textes nouveaux furent l'objet d'un compte rendu dans un des périodiques les plus importants de l'époque[479]. » Ce XVIIIe siècle est l'« âge d'or » de l'histoire de l'utopie littéraire[480], il est aussi celui qui voit foisonner l'« utopie sociale »[481].

Voltaire, dans son conte philosophique Candide[482] (1759), reprend l'idée du voyage dans un pays autre. Au sein de quelques chapitres (I, XVIII et XXX[483]) le lecteur trouve des descriptions (celle de L'Eldorado par exemple) qui s'inscrivent dans le genre littéraire de l'utopie : ces descriptions de mœurs différents et d'autres sociétés ne font, par décalages, que pointer les dysfonctionnements de la société du XVIIIe siècle.

L'An 2440, rêve s'il en fut jamais[484] est un roman publié par Louis-Sébastien Mercier en 1771, il s'agit de la première utopie qui se situe ailleurs dans un autre temps et non plus ailleurs dans un autre espace. « Précisons : de l'utopie, Mercier refuse le rapport à un espace exotique et imaginaire, ainsi que la constitution d'une société parfaite, conçue et exposée sous la forme d'un système. L'An 2440 est d'abord l'histoire d'un homme du XVIIIe siècle qui se réveille en perruque poudrée en plein Paris du XXVe siècle[485]. »

Écrit en 1772 et publié pour la première fois en 1796, le Supplément au Voyage de Bougainville[486] de Denis Diderot peut, dans une certaine mesure, être lié au genre utopique. « Le point de départ, ce sont les chapitres IX et X de la relation de ses voyages par un parfait homme des Lumières, militaire valeureux, mathématicien de qualité, "philosophe" de belle prestance, passablement libertin, qui avait redécouvert la "Nouvelle Cythère" : Tahiti. Diderot a sciemment gauchi, stylisé, idéalisé la relation de Bougainville, à partir d'un compte rendu qu'il en avait fait pour la Correspondance littéraire. Mais il faut être circonspect : non seulement il utilise ici "la voix de Tahiti" d'abord comme dénonciation de notre monde, comme La Hontan dans ses Mémoires et non dans l'esprit de l'idylle, mais il signale lui-même son "utopie" comme fiction transitoire et, en passant, met en doute, mezza voce, la possibilité de l'harmonie insulaire heureuse[487]. »

Entre 1782 et 1785, Jacques Pierre Brissot de Warville fit publier les dix tomes de sa Bibliotheque philosophique du législateur, du politique, du jurisconsulte ; ou Choix des meilleurs discours, dissertations, essais, fragmens, composés sur la législation criminelle par les plus célebres Écrivans, en françois, anglois, italien, allemand, espagnol, &c. pour parvenir à la réforme des Loix pénales dans tous les pays ; traduits & accompagnés de notes & d'observations historiques[488] (graphie légèrement modernisée). Dans le tome IX de cette Bibliotheque…, après une brève présentation du texte et de Th. More le lecteur trouve des « Fragmens de l'Utopie »[474]. J.-P. Brissot de Warville considère l'Utopie comme une « espece de roman politique, qu'on lit encore aujourd'hui »[489],[n 72] et la présence de fragments du texte Utopie dans sa Bibliotheque… est pour lui une évidence : Th. More « a été le digne précurseur des Beccaria, des Letrosne, &c.[490] » En tout, sept fragments du texte de Th. More sont reproduits : des propos de R. Hythlodée à la table du cardinal Morton concernant les lois anglaises (deux fragments), des description de R. Hythlodée sur les lois utopiennes (cinq fragments)[n 73]. Manifestement, le statut du texte de Th. More ne semble pas poser de difficultés à J.-P. Brissot de Warville. Ainsi, bien qu'il qualifie l'Utopie d'« espece de roman politique », les passages qu'il en extrait lui paraissent assez réalistes, ou du moins assez utiles au lectorat du XVIIIe siècle, qu'il les présente aux côtés de textes relevant du traité politique, de l'essai et de la réflexion juridique, philosophique ou politique[n 74].

Un acteur de la Révolution française est aujourd'hui parfois associé à l'utopie : Babeuf[491]. « L'utopie de Gracchus Babeuf, celui qui est considéré par Karl Marx comme le premier communiste agissant, mort sur l'échafaud à trente-six ans, est de vouloir réaliser le bonheur commun[492]. » Qu'est-ce que le bonheur commun pour Babeuf ? « Il entend par là une société (non une communauté sectaire !) garante pour tous d'une vie décente, au moyen de la mise en commun des biens, d'un partage égale des richesses, quelque talent particulier qu'ils apportent avec eux : car les hommes sont ensemble souverains[492]. »

Au XIXe siècle

« A ma quatrième Navigation, dit Hythlodée, j'avois embarqué, au lieu de marchandise, un assez joli balot de livres ; car j'avois plus envie de ne revenir jamais que de hâter mon retour ; & même j'avois résolu de ne revoir jamais un Monde aussi gâté, aussi corrompu, aussi pervers que celui-ci. Aïant eu le malheur de ne pas tenir assez ferme dans un si bon dessein, je laissai, en partant, à nos Insulaires ma petite bibliothèque ambulante : vous plait il en ouir le Catalogue ? Presque tous les Ouvrages de Platon : plusieurs Oeuvres d'Aristote : Théophraste sur les plantes, mais déchiré en beaucoup d'endroits à quoi je ne puis penser sans douleur. Étant sur mer, j'avois malheureusement oublié de serrer mon Théophraste : un Singe à queuë, trouva ce volume sous sa patte ; & ne pouvant en faire usage des yeux, encore moins de la tête, il se fit un jeu d'arracher, de côté & d'autre, les feuillets & de les mettre en fragmens[493]. » (Gravure de François van Bleyswik à la page 211 de l'édition française de L'Utopie de 1715, trad. N. Gueudeville ; italiques de l'auteur, graphie légèrement modernisée.)

Après la Révolution française, l'Utopie voit sa réception et son influence sur les auteurs d'alors changer. À la littérature utopique du XVIIIe siècle qui jouait avec l'Utopie (ses codes et ses possibilités) succède une littérature sociale et politique du XIXe siècle qui, souvent, n'est pas tendre avec l'Utopie, l'utopie et l'idée même d'utopie[n 75]. Pour autant : certains auteurs reprendront ce mot à leur compte et feront d'Utopie leur source d'inspiration, certains iront même jusqu'à réaliser concrètement des utopies qui ne furent d'abord que suggérées et imprimées sur du papier.

Charles Fourier, philosophe français et fondateur de l’École sociétaire, écrit dans ses Manuscrits (manuscrits publiés par la Phalange, Revue de la science sociale, IV, 1857-1858) : « Qu'est-ce que l'utopie ? C'est le rêve du bien sans moyen d'exécution, sans méthode efficace »[494]. Auteur de nombreux ouvrages, ce sont les plans du Phalanstère, les réalisations de phalanstères indirectement inspirées de ses écrits et la qualification a posteriori de « socialiste critico-utopique » par Karl Marx et Friedrich Engels qui rangèrent Fourier parmi les utopistes. Franck Malécot écrit : « l'épithète utopie ne peut être attribuée à la pensée de Fourier que par un retournement de sens relativement à son acception la plus courante, comme à l'usage qu'il en fait lui-même[494]. » Charles Fourier, qui déconsidère l'utopie, réfléchit dans ses écrits à l'émancipation des sociétaires des multiples phalanstères qui doivent voir le jour. C'est pourquoi, employant le mot « utopie » dans son sens positif, F. Malécot décrit ainsi le projet de Fourier : « Rendre présentes, actuelles, les potentialités de chacun ; recomposer l'ordre social sur la base d'une variation libre des intensités passionnelles : voilà l'utopie[495] ! » Les projets de phalanstère de Fourier, plus que ses idées, eurent un écho important hors de France : « Vers le milieu du XIXe siècle, les théories de rénovation sociale de Fourier se répandirent dans toute l'Europe, mais ce fut aux États-Unis qu'elles rencontrèrent la plus grande adhésion. Entre 1840 et 1860, les fouriéristes y lancèrent plus de vingt expériences communautaires, influencèrent le mouvement ouvrier, et intervinrent dans le débat qui déboucha sur la guerre de Sécession[496]. »

Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon, philosophe, économiste et militaire français, publia de nombreux écrits ; ses idées eurent une postérité et une influence sur la plupart des philosophes du XIXe siècle. Philosophe de l'industrialisme, il est considéré comme le penseur de la société industrielle française, société qui était alors en train de supplanter la société d’Ancien Régime. Dans ses écrits, « Le seul tableau à la Thomas More, la "totalité du sol français" transformée en "un superbe parc à l'anglaise", est […] rédigé au futur et mis à distance dans une note de bas de page[497]. » Comme Charles Fourier, c'est une lecture a posteriori de son œuvre et de son influence qui permet de ranger Saint-Simon parmi les utopistes. Car ses idées sur les sociétés industrielles, qui ne furent pas pour Saint-Simon des idées utopiques, eurent une grande influence par la suite. Ainsi : « Quoi de plus banal au XIXe siècle, dira-t-on (mais après-coup), que l'apologie de la société industrielle, de la méthode positive et de la reconstitution du lien social[498] ? » remarque Philippe Régnier qui ajoute : « mobiliser la propriété foncière, enlever aux oisifs les instruments du travail pour les remettre entre des mains compétentes, c'est, comme le refus de l'héritage, un point fondamental du futur programme saint-simonien[497]. » En effet, les Saint-simoniens au XIXe siècle, puis les tenants de la doctrine du saint-simonisme au XXe siècle, s'attachèrent à promouvoir les idées de Saint-Simon sur la société industrielle qui était réellement en train d'advenir.

Robert Owen, fondateur du socialisme britannique, fut un industriel du coton qui chercha à améliorer les conditions de travail de ses ouvriers dans les usines qu'il possédait à New Lanark ; aussi, il entreprit de loger des travailleurs dans des communautés coopératives (inspirant d'autres tentatives communautaires dans l'Indiana ou en Écosse). « La composante "utopique" de ses idées ne réside pas seulement dans des plans communautaires, reliés aux projets de propriété commune discutés depuis Platon. Elle tient à son optimisme égalitaire, à sa ferme croyance selon laquelle le succès d'une communauté prouverait l'insuffisance fondamentale de la vieille société[499]. »

En 1840 paraît un ouvrage intitulé Voyage et aventures de lord William Carisdall en Icarie, Étienne Cabet y « expose la possibilité pour une grande nation de procéder au partage égalitaire des richesses, de s'organiser en communauté des biens[500]. » François Fourn ajoute : « Il soutient que sa propre conversion au communisme est survenue en lisant Thomas More, comme une illumination[500]. »

Au milieu du XIXe siècle, Pierre Leroux (éditeur, philosophe, homme politique français et théoricien du socialisme) donne un nouveau souffle à l'utopie : il opère une relecture des œuvres de Fourier, Saint-Simon et Owen en les considérant comme des utopistes. Chacun d'entre eux focalise la propre doctrine de Leroux : « l'Égalité pour Saint-Simon, la Liberté pour Fourier, la Fraternité pour Owen[501]. » Sa pensée de l'utopie se distingue d'autres auteurs socialistes : « Loin de considérer, comme Proudhon, qu'il existe une antinomie entre l'histoire et l'utopie […], Leroux tien qu'elles sont intimement mêlées. Comme l'histoire est pour lui celle de l'humanité, cela signifie que les utopies sont ces coups d'audace par lesquels l'humanité se précède elle-même dans son mouvement d'émancipation, s'oriente et éclaire sa propre route[502]. »

Sinon, plus brièvement, le terme d’utopie fut aussi repris par certains auteurs à la sensibilité socialiste. Certains, comme Jean-Baptiste André Godin (fondateur du Familistère de Guise), s'inspirèrent librement de L'Utopie et/ou de l'utopie dans leurs théories économiques et sociales ; à ce titre, peuvent aussi être mentionnés Pierre-Joseph Proudhon, Karl Marx et Friedrich Engels (Engels oppose toutefois, pour s'en démarquer, socialisme utopique et socialisme scientifique[503]).

Enfin, signalons que Victor Stouvenel donna une nouvelle traduction d'Utopie[504] en 1842 ; tandis qu'en 1888 l'éditeur C. Delagrave regroupa l'Utopie de Th. More et L'Arcadie de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre dans un même livre[505], publié au sein d'une collection intitulée « Voyages dans tous les mondes. Nouvelle bibliothèque historique et littéraire ».

« les Utopiens ont une coutume qui passeroit chez nous pour déraisonnable, pour ridicule, pour malhonnête, dit Hythlodée ; & laquelle, néanmoins, ils observent avec beaucoup de sérieux & de gravité. Nos Insulaires ne savent ce que c'est que de se marier au hazard quant au corps. Une prude & vénérable Matrone fait voir à l'Amant sa Maitresse, en pur nature, c'est à dire toute nuë ; & réciproquement, un homme de bonnes mœurs, un homme de probité, môntre à la fille, ou à la veuve l'étalage viril ; il lui ôte la chemise, & le lui présente à contempler, à examiner depuis la tête jusqu'au piés[506]. » (Gravure de François van Bleyswik à la page 224 de l'édition française de L'Utopie de 1715, trad. N. Gueudeville ; italiques de l'auteur, graphie légèrement modernisée.)

Au XXe siècle

Le XXe siècle fut mouvementé pour Utopie. Le début du siècle vit son éclipse ; hormis de nouvelles traductions du texte de Thomas More, du latin à l'anglais en 1923 et 1949, du latin au français en 1935 (dont le titre indique assez la façon dont il fut lu : Le Planisme au XVIe siècle. L'Île d'Utopie ou la meilleure des républiques[507]). Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, et pour le reste du siècle, l'Utopie de Thomas More influença peu d'auteurs dans le champ de la philosophie politique[n 76] ; en revanche, l'idée d'utopie et les utopies telles qu'elles furent formulées à travers les époques intéressèrent de nombreux auteurs. Ce regain d'intérêt pour l'utopie (en général) impulsa des études tous azimuts[n 77] sur l'œuvre qui en forgea le vocable : Utopie.

Ainsi, bien qu'il ne s'agisse pas de travaux influencés par Utopie, mais de travaux de recherches et d'entreprises d'établissement du texte d'Utopie, il faut souligner : la publication en 1965 du volume 4 (Utopia) des The Complete Works of Saint Thomas More par Edward L. Surtz et Jack H. Hexter[n 78], la traduction du texte latin en français par Marie Delcourt en 1966, l'édition de référence en français due à André Prévost en 1978, enfin, l'édition anglaise de l'Utopie par Georges M. Logan en 1989 (rééditée et augmentée en 1992 avec certaines études décisives sur ce texte[n 79]). Toutes ces éditions marquèrent un tournant dans la réception de l'Utopie au XXe siècle (voir la bibliographie). À ces entreprises éditoriales, il faut ajouter la création par Germain Marc'hadour de la revue Moreana, qui accueille des études sur Th. More et son œuvre, de nombreux ouvrages proposant une interprétation de l'Utopie et quantité d'études sur des points précis du texte dispersées dans des revues littéraires, de sciences politiques, d'histoire et de sciences sociales.

Un regain d'intérêt pour l'idée d'utopie et les utopies au milieu du siècle donna lieu à de nombreuses publications et de nombreux colloques[508],[509],[510]. Parmi la profusion des travaux parus durant cette période, certains associèrent l'Utopie de Th. More à une tradition utopique par-delà les siècles, ces travaux firent remonter l'histoire de l'utopie à des temps presque immémoriaux ou inscrivirent l'utopie au cœur de l'âme ou de la raison humaine[511],[512],[513],[514],[515]. D'autres travaux focalisèrent leurs approches sur des points précis : soulèvements et utopie[516], imagination et utopie[517],[518], idéologie et utopie[519], individus et État[520],[521], corps et utopie[522], etc.

Toutefois, avant cette rénovation du texte Utopie pour les lecteurs d'aujourd'hui, certains auteurs publièrent des utopies politiques dans la lignée d'Utopie ; par exemple, Ernest Tabouriech, qui fut professeur au Collège libre des sciences sociales, publia en 1902 La cité future. Essai d'une utopie scientifique[523]. La première page du livre montre qu'il souhaite rétablir l'utopie contre une certaine tradition marxiste : « C'est un lieu commun de montrer le socialisme sorti de l'Utopie et l'auteur du livre intitulé Die Entwickelung des Sozialismus von der Utopie zur Wissenschaft[503], Engels est, après Marx, responsable du préjugé très répandu chez les socialistes auquel je me heurte. Ces deux grands penseurs, fondant, en opposition au socialisme utopique (de Saint-Simon, de Fourier et d'Owen), le socialisme scientifique, lequel consiste dans un exposé critique de l'état économique actuel dans son développement historique et des principes théoriques qui en résultent, ont, dit Anton Menger (1), repoussé comme utopique tout exposé détaillé de l'organisation sociale future et cette condamnation a été répétée après eux par tous les socialistes qui s'attribuent l'épithète de scientifiques. Quelle peut en être la raison ? Ne peut-on pas dire que les socialistes se sont laissés d'abord impressionner par le sens péjoratif que les conservateurs ont attaché à l'expression utopie[523]. » Dans la suite de son livre, E. Tabouriech expose en trois moments et en différentes sections le plan d'une société socialiste : la consommation (ex : « Comptabilité de la Consommation individuelle », « Demandes et cartes de crédits », « Petite Poste »…), la production (ex : « Grande industrie, Régies », « Inventions. Brevets. Innovations », « L'élevage des enfants »…), enfin, équilibre de la production et de la consommation (ex : « Génie », « Transports », « Pâtisseries et Glaces », « Les vins », « Journaux », « Fixation des prix »…).

« Le Prince, même, ne se distingue ni par les habits Roïaux, dit Hythlodée, ni par le Diadème, ou par la Couronne : on le reconoit, seulement, à une poignée de blé que sa Majesté Utopienne a coûtume de porter à la main ; & par lequel bouquet, incomparablement plus précieux que celui des fleurs les plus rares, les plus odoriférantes, ce Monarque, si Monarque y a, désigne simboliquement que son devoir essentiel est de nourir ses sujets & de les rendre heureux. Grand Dieu, qu'elle difference entre Prince & Prince ! La marque respectable, vénérable du Pontife, est un Cierge allumé qu'on porte devant sa figure sacratissime[524]. » (Gravure de François van Bleyswik à la page 237 de l'édition française de L'Utopie de 1715, trad. N. Gueudeville ; italiques de l'auteur, graphie légèrement modernisée.)

Certains auteurs s'attachèrent à l'utopie d'une autre manière. Ernst Bloch publia en 1918 L'Esprit de l'utopie[525]. « En faisant confiance au mal comme au bien, Bloch définit l'esprit de l'utopie comme une gnose révolutionnaire, renouant ainsi avec la tradition millénariste. Son livre écrit entre 1915 et 1917, plus provocant que démonstratif, manifeste un double mouvement de révolte et d'espérance que nous retrouvons dans son œuvre ultérieure, par exemple dans le Principe Espérance, où ce romantisme révolutionnaire acquiert mesure et détermination[526]. » Karl Mannheim publia en 1929 Idéologie et utopie[527]. Considéré comme l’œuvre maîtresse de Mannheim, ce livre est aussi considéré comme le texte fondateur de la sociologie de la connaissance. Une partie de l'ouvrage est consacrée à la notion d'idéologie : « Mannheim relie la pensée à la politique et, par sa sociologie de l’esprit et de l’intelligentsia, tente de montrer que la politique peut exister sous la forme d’une science. Pour cela, il part d’un constat surprenant : l’absence d’une politique scientifique dans un monde où domine pourtant la rationalité. Les causes d’un tel retard seraient à rechercher non seulement dans la jeunesse et l’immaturité des sciences sociales, mais aussi dans la spécificité du comportement politique par rapport aux autres genres d’expérience humaine[528]. » L'autre partie de l'ouvrage concerne la notion d'utopie : « La religion occupe une place importante dans Idéologie et Utopie. Mannheim s’intéresse particulièrement à l’utopie chiliastique, dont l’analyse est sans doute son apport le plus original à la sociologie des religions. Il n’examine pas les origines bibliques du millénarisme, mais ses manifestations modernes, à partir du mouvement anabaptiste dirigé par Thomas Münzer au début du XVIe siècle[529]. »

Ainsi, l'idée d'utopie et certaines utopies réalisées (ou non) eurent plus d'influence chez les auteurs du XXe siècle qu'Utopie elle-même. Autre exemple : un philosophe français, Miguel Abensour[530], débuta sa réflexion philosophique par le socialisme utopique, les utopies et l'idée d'utopie avant d'effectuer un détour vers le point originel : l'Utopie de Th. More. La thèse que M. Abensour rédigea pour son doctorat s'intitule : Les formes de l'utopie socialiste-communiste. Essai sur le communisme critique et l'utopie[531]. « Les recherches d’Abensour, intéressées par l’idée de la présence d’une théorie du communisme chez Marx, d’une prévision en tant que forme sociale supérieure, visent d’abord à dépasser l’opposition pétrifiée entre science et utopie, théorisée dans le marxisme. Abensour cherche à déceler dans l’œuvre de Marx un "sauvetage par transfert" de l’utopie, projetée dans le mouvement réel historique du communisme, qui conserve, par le biais d’une philosophie de la praxis, l’orientation vers le futur et à l’altérité propre à l’utopie. Plus généralement, l’étude de l’histoire des utopistes au XIXe siècle le conduit, en s’inspirant de Pierre Leroux, à repérer après le socialisme utopique et en dissidence avec sa descendance orthodoxe, un "nouvel esprit utopique" dans la seconde moitié du siècle. Intégrant des arguments de l’adversaire, sans renoncer à sa visée première, ce nouvel esprit utopique insuffle un nouveau dynamisme. Il assume l’enjeu de réveiller, face à la résignation et à l’acceptation de la servitude, un désir des masses susceptible de contribuer à l’auto-émancipation des dominés et ouvert vers l’inconnu. L’écriture utopique se transforme elle-même ainsi en moment de la praxis révolutionnaire, par exemple dans une inspiration libertaire dans le cas de Déjacque. Au sein même du marxisme, sans oublier les élaborations théoriques plus tardives de Bloch ou Benjamin, Abensour signale, en particulier avec William Morris, la persistance d’une utopie ayant davantage affaire à la question de l’éducation du désir qu’à celle d’une illustration improbable de la vérité[532]. »

Dans une perspective semblable, Michèle Riot-Sarcey (une historienne française) s'intéresse aux utopies qui naquirent au XIXe siècle (idées et réalisations), à leurs influences dans le champ politique et sur les révolutions de ce siècle. « C'est dans une lecture de l'histoire qui met la recherche de l'événement au cœur de la démarche, que Michèle Riot-Sarcey trouve le "réel de l'utopie", à l'écart tant des lectures bien pensantes du XIXe siècle (qui départageaient dans l'utopie "le bon grain de l'ivraie", à savoir le réel et la folie), que de lectures contemporaines qui ont voulu domicilier dans le goulag ce réel de l'utopie. » Monique Boireau-Rouillé ajoute : « L'utopie n'est pas "ailleurs", mais critique du présent, dans sa production, et surtout sa réception, puisqu'elle origine un autre mode politique, ouvre une brèche, manifeste une exigence dans la reconnaissance du droit humain à la liberté, rompt le "monopole libéral de la conception de la liberté". Elle est "posture" plus que contenu, c'est-à-dire un "ailleurs" qui est en fait partie prenante de la construction de l'histoire, et donc d'un présent qui se fait. Politique donc, au sens noble du terme[533]. »

« Quand [les Utopiens] arrivent au Temple, les hommes vont du côté droit ; & les femmes, separément, du côté gauche, dit Hythlodée. Ils se placent d'une maniere, que les Peres de famille ont devant eux, chacun ses garçons, & chaque Mere a ses filles devant elle. Dans cette situation-là, les Parens peuvent voir facilement, si leurs Enfans pratiquent bien au dehors la bonne education qu'on leur a donné au logis : on examine leurs gestes, leur contenance, leur exterieur ; & on regarde si tout cela répond aux soins qu'on s'est donné pour les former au bien, tant par autorité que par instruction. On observe, même, exactement la metôde que le plus jeune soit assis auprès du plus âgé, de peur que les enfans étant tout proche les uns des autres, ils n'emploïent à des puérilitez, à des badineries, à des jeux d'enfant, un tems où ils doivent concevoir le plus de crainte pour la Divinité, crainte qu'on peut nommer le plus pressant motif, & presque l'unique eguillon à la Vertu[534]. » (Gravure de François van Bleyswik à la page 323 de l'édition française de L'Utopie de 1715, trad. N. Gueudeville ; graphie légèrement modernisée.)

Par ailleurs, le mot utopie ou l'idée d'utopie (quelles que soient les formes qu'elle put revêtir ou quelles que soient les valeurs qu'elle put recouvrir), voire l'Utopie de Th. More, furent probablement scandés ou servirent de point de ralliement pour certains soulèvements ou certains mouvements sociaux et lors de certaines révolutions au cours du XXe siècle. Cependant, par manque de sources, ces points ne sont pas évoqués.

Au XXIe siècle

Passé l'émerveillement dû à la redécouverte du texte même d'Utopie au XXe siècle, cet ouvrage perdit irrémédiablement toute influence politique au xxie siècle. Le contexte historique du XXe siècle fit qu'Utopie ne put avoir la même influence qu'aux siècles précédents. En revanche, l'idée d'utopie et les utopies telles qu'elles furent formulées à travers les époques continuent d'intéresser de nombreux auteurs.

À l'ouverture du XXIe siècle l'époque fut au bilan, Christian Godin publia un livre intitulé Faut-il réhabiliter l'utopie ? Ce livre reprit les principales critiques adressées à l'utopie (dont le texte Utopie de Thomas More) au siècle précédent : « La question même comprend l'indécision dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui : le siècle écoulé doit une bonne part de ses horreurs à l'esprit d'utopie. D'un autre côté, renoncer à cet esprit au nom du réalisme, c'est rester soumis à la dictature du fait. On ne peut évidemment se réjouir du monde comme il va. Pour sortir de ce dilemme (l'acceptation de l'utopie au risque de la barbarie future, et la renonciation à l'utopie au risque de la barbarie présente), une distinction entre l'état de fait et l'état de valeur paraît nécessaire. L'utopie dangereuse est celle qui prétend décrire une société idéale. L'utopie souhaitable est celle qui se contente de prescrire un certain nombre de valeurs : la paix, la liberté, la justice et la solidarité universelles. Nous n'avons pas à réhabiliter l'utopie prise dans ce sens, nous avons à la réaliser[535]. »

Cette même année 2000, tandis que Yolène Dilas-Rocherieux publia une nouvelle histoire de l'utopie : L’utopie ou la mémoire du futur[536], Alain Pessin chercha L'imaginaire utopique aujourd'hui[537]. Et deux évènements rencontrèrent beaucoup de succès : Les Rendez-vous de l'histoire de Blois eurent pour thème « Les utopies, le moteur de l'histoire ? »[538] et la Bibliothèque nationale de France organisa une exposition évènement pour saluer le passage du millénaire : « Utopie : la quête de la société idéale en Occident »[539]. Michèle Riot-Sarcey, elle, publia un ouvrage collectif L’Utopie en questions[540] : « La publication de L'Utopie en questions ne s'inscrit guère dans ce contexte, celui d'un changement de siècle et de millénaire. Il s'agit, pour Michèle Riot-Sarcey et pour les douze autres auteurs de l'entreprise, de livrer au lecteur le fruit de nombreuses années de recherche. Trois ans de séminaire sont à l'origine de l'essentiel des contributions[541]. » De son côté, et ce dès décembre 1999, la revue Quaderni consacra pas moins de trois numéro à l'utopie : « Utopie I : la fabrique de l'utopie »[542], « Utopie II : les territoires de l'utopie »[543] et « Utopie III : passages et apocalypse »[544].

Quelques années plus tard, à partir de 2010, certains auteurs réclamèrent à l'instar de Pierre Macherey De l’Utopie ![545] ; la revue Cités consacra un numéro aux « Utopies »[546], la revue Europe publia un dossier « Regards sur l'utopie »[547] et Le Philosophoire fit de même en 2015 : « L'Utopie »[548].

En 2016, à l'occasion du cinq centième anniversaire de la première publication de l'Utopie, un auteur français publia un livre pour rendre hommage à la création de Th. More, Thierry Paquot : Lettres à Thomas More sur son utopie (et celles qui nous manquent)[549]. L'année suivante, Aymeric Caron publia un livre intitulé Utopia XXI[550] reprenant librement la composition d'Utopie : d'abord, dans la première partie du livre, un dialogue entre un personnage Aymeric Caron et un représentant de l'île d'Utopie aborde les problèmes sociaux, économiques et politiques du temps ; ensuite, dans la seconde partie du livre, Aymeric Caron expose des propositions à même d'apporter des solutions aux problèmes abordés précédemment. En 2015, un collectif d'auteurs précéda ces deux hommages en publiant Chemins d'Utopie. Thomas More à Louvain (1516-2016)[551], un livre dans lequel de courts passages du livre furent nouvellement traduits et accompagnés de brefs commentaires.

Enfin, le texte et les personnages d'Utopie ont inspiré de nombreuses créations et improvisations, non seulement cinématographiques (ou des séries télévisuelles), mais aussi musicales et théâtrales ; enfin, de nombreuses œuvres homonymes  ont repris son nom paradoxal.

Annexes

Traduire l'Utopie

La traduction d'une langue vivante est déjà un exercice délicat, traduire le texte de l'Utopie est un exercice qui requiert une fine connaissance du latin et des sources latines de Thomas More. De surcroît, comme le pointe André Prévost : « La traduction d'un texte porteur d'un message qu'il suggère plus qu'il ne l'exprime, est une gageure. Il ne faut donc pas s'étonner que l'histoire des traductions de l'Utopie soit faite de nombreux avatars. Les versions successives, anglaises et françaises entre autres, reflètent à la fois la mentalité des époques qui les voient naître et les contradictions auxquelles a donné lieu un texte ésotérique, téméraire et volontairement ambigu[552]. » Après la parution de l'édition de référence anglaise de l'Utopie[553], les études sur les différentes traductions en langues vernaculaires du texte latin se sont multipliées. Récemment, la revue Utopian Studies proposa pas moins de onze études consacrées à différentes traductions de l'Utopie dans quelques langues vernaculaires (le brésilien, le français, le grec, le hongrois, le mandarin, le polonais, l'allemand, l'italien, le tchèque, le portugais et le turque)[554],[555].

Dans un article publié en 1984, Brenda Hosington étudie cinq traductions françaises de l'Utopie, celles de Jean Le Blond, de Barthélémy Aneau, de Gabriel Chappuys, de Samuel Sorbière et de Nicolas Gueudeville. Elle recense les parerga originaux présents et absents (ainsi que les nouveaux parerga ajoutés), elle étudie certains contresens ou flottements dans ces traductions, elle compare les titres donnés à l'œuvre de Th. More et elle compare un passage du Livre I de l'Utopie rendu différemment par ces traducteurs[556].

Ci-dessous, après le passage en latin issu du Livre I de l'Utopie, sont reproduites les différentes traductions étudiées par B. Hosington. À leur suite, sont ajoutées les traductions du même passage par Thomas Rousseau, Victor Stouvenel, Paul Grunebaum-Ballin, Marie Delcourt et André Prévost. Sont aussi incluses la traduction de V. Stouvenel revue par Marcelle Bottigelli-Tisserand et la traduction de J. Le Blond revue par B. Aneau puis corrigée par G. Navaud[n 80]. Les graphies des traductions du XVe siècle, du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle ont été légèrement modernisées.

Page 54, Livre I, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). Le passage traduit commence à l'antépénultième ligne de cette page 54.
  • Thomas More (1516, 1517 et 1518): «...dum alius consulit conducendos Germanos, alius pecunia demulcendos Elvetios. Alius adversus numern imperatoriae maiestatis, auro, velut anathemate, propitiandum. Dum alii videtur cum Arragonum rege componendas esse res, & alieno Navariae regno, velut pacis authora mento cedendum…[557] » (Voir ci-contre à droite)
  • Jean Le Blond (1550) : « L'aultre conseillera qu'il fault assembler les Alemans, l'aultre qu'il fault attirer les Suisses par argent, l'aultre sera d'oppinion qu'on appaise l'Empereur, & qu'on rompe les entreprinses a force d'or, comme s'on y procedoit par censures, l'autre de composer avec le roy d'Arragon & ceder au royaume de Navarre comme un gaige de paix…[558] »
  • Barthélémy Aneau (1559) : « L'autre conseillera qu'il faut assembler les Allemands, l’autre qu’il faut attirer les Suisses par argent, l'autre sera d’opinion qu’on appaise & rende propice la sacree majesté de l'Empereur par une offrande de grand nombre d'or, l'autre de composer avec le Roy d’Arragon, & ceder au Royaume de Navarre, comme un gage de paix…[559] »
  • Samuel Sorbière (1643) : « pendant que l'autre conseille de prendre des Allemans à la solde ; de donner quelque argent aux Suisses pour les appaiser ; qu’un troisième propose d'attacher l'Empereur avec des chaisnes d’or ; qu’il semble bon à un autre de sortir premièrement d'affaires avec le Roy d’Arragon, en luy cedant le Royaume de Navarre, lequel aussi on ne peut pas retenir aisement ; […][560] »
  • Nicolas Gueudeville (1715) : « Les autres Conseillers, opinant tour à tour, & chacun selon son sentiment, disent qu'il faut prendre les Alemans à louage ; caresser les Suisses avec de l’Argent ; apaiser la Divinité Imperiale en lui sacrifiant de l’Or ; s'accomoder avec le Roi d'Arragon & pour sureté de la Paix, lui abandonner le Roiaume de Navarre qui ne lui appartient point ; […][561] »
  • Thomas Rousseau (1780) : « Un autre est d’avis de soudoyer les Allemands, & de gagner les Suisses à force d’argent : celui-ci pense qu’il faut s’attacher l’Empereur avec des chaînes d’or. Celui-là prétend qu’il faut d’abord terminer avec le Roi d’Arragon, & lui céder, comme un gage certain de la paix, le royaume de Navarre, dont la France dispose ainsi à son gré, sans y avoir aucun droit ; […][562] »
    Page 55, Livre I, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). Le passage traduit s'arrête à la troisième ligne de cette page 55.
  • Victor Stouvenel (1842) : « L’autre conseille d’engager des Allemands ; un troisième, d’amadouer les Suisses avec de l’argent. Celui-ci pense qu’il faut se rendre propice le dieu impérial, et lui sacrifier de l’or en expiation ; celui-là, qu’il est opportun d’entrer en arrangement avec le roi d’Aragon, et de lui abandonner comme un gage de paix le royaume de Navarre, qui ne lui appartient pas[563]. »
  • Paul Grunebaum-Ballin (1935) : « Un autre conseille d’engager des Allemands ; un autre, de soudoyer les Suisses. Celui-ci pense qu’il serait expédient de se rendre propice le dieu impérial, moyennant un ex-voto d’or monnayé. Il paraît à celui-là qu’il ne serait pas inutile de pactiser avec le roi d’Aragon, en lui cédant en gage de pais le royaume de Navarre, qui appartient d’ailleurs à un tiers ; […][564]. »
  • V. Stouvenel, revue par Marcelle Bottigelli-Tisserand (1966) : « L’autre conseille d’engager des Allemands ; un troisième d’amadouer les Suisses avec de l’argent. Celui-ci pense qu’il faut se rendre propice le dieu impérial, et lui faire une offrande d’or en guise de sacrifice ; celui-là, qu’il est opportun d’entrer en arrangement avec le roi d’Aragon, et de lui abandonner comme un gage de paix le royaume de Navarre, qui ne lui appartient pas[565]. »
  • Marie Delcourt (1966) : « Un autre conseille d'engager des soldats allemands, de faire miroiter de l'argent aux yeux des Suisses ; un autre encore, de se rendre propice ce dieu irrité qu'est la majesté impériale en apportant à son autel une offrande en or. Un autre veut qu'il se réconcilie avec le roi d'Aragon et lui cède le royaume de Navarre, sur lequel il n'a aucun droit, comme promesse et gage de paix[566]. »
  • André Prévost (1978) : « L’un conseille d’engager des mercenaires allemands, un autre de s’assurer à prix d’argent le concours des Suisses, un autre encore de se rendre propice la divinité de la majesté impériale et de lui faire une offrande d’or en guise de sacrifice. À l’un, il semble préférable de traiter avec le roi d’Aragon et de lui abandonner en gage de paix le royaume de Navarre, qui est bien d’autrui[567]. »
  • J. Le Blond, revue par B. Aneau, corrigée par Guillaume Navaud (2012) : « L'autre conseillera qu'il faut soudoyer les Allemands ; l’autre qu’il faut attirer les Suisses par l’argent ; l'autre sera d’opinion qu’on apaise et rende propice la sacrée majesté de l'Empereur par une offrande de grand nombre d'or ; l'autre de composer avec le Roi d’Aragon, et de se retirer du royaume de Navarre en gage de paix ; […][568]. »

La découverte des étapes de la rédaction de l'Utopie

Au milieu du XXe siècle, la découverte des étapes de la rédaction de l'Utopie a relancé la question du propos de Thomas More[n 81].

L'Utopie est un livre écrit en deux temps[569],[570],[123]. À l'origine, le Livre II fut un texte composé par Th. More tel un exercice de rhétorique répondant au texte l'Éloge de la folie de son ami Érasme[570] (que ce dernier lui a d'ailleurs dédié, extraits de l'Éloge de la folie). Ce texte fut rédigé en 1515 alors que Th. More fut en mission diplomatique aux Pays-Bas pour son roi Henry VIII. Au retour de cette mission, Th. More rédigea un dialogue entre un marin imaginaire et sa personne. Érasme le relate dans sa correspondance : « Mettant à profit une période de loisir [lors de sa mission diplomatique], il avait d'abord écrit ce qui est le second livre ; bientôt il jugea opportun d'y ajouter le premier livre : la hâte avec laquelle il dut l'improviser explique une certaine inégalité de style[571]. » Th. More assembla le tout et peaufina l'ensemble : une mise en contexte du dialogue, des rappels thématiques entre le Livre I et le Livre II, la « Lettre-Préface » pour parachever le texte[570].

La découverte des étapes de la rédaction de l'Utopie a permis de jeter un nouveau regard sur l'écriture du texte, sur l'écriture humaniste et sur l'écriture propre de Th. More[572]. Au Livre II, la description de l'île d'Utopie par Raphaël Hythlodée est un éloge paradoxal[573] qui correspond à un style rhétorique précis : la declamatio[574],[575]. Cette declamatio correspond à un genre particulier : non au genre judiciaire qui « porte sur le passé », ni au genre délibératif qui « porte sur l'avenir », mais au genre épidictique qui « porte sur le présent », où « l'orateur se propose à l'admiration des spectateurs, tout en tirant argument du passé et de l'avenir[576]. » C'est pourquoi le lecteur a l'impression que la description de l'île d'Utopie se déroule sous ses yeux, au présent. Dans une première version, tout comme la folie parle en son nom dans le livre écrit par Érasme, la sagesse (à savoir : l'île d'Utopie) parlait en son nom propre. Ce n'est que lorsque le Livre I fut écrit, et que le personnage de Raphaël Hythlodée apparut, que cette declamatio devint un discours qui fut mis dans la bouche du marin-philosophe.

Au Livre I l'écriture procède autrement : « Le dialogue est la formulation écrite d'un débat autour d'une question théorique ou pratique[577]. » Servir le prince ou non ? Dans sa forme, ce dialogue emprunte aux modèles platonicien et cicéronien[578]. Outre le fait que More/Morus soit présent comme Socrate et qu'il utilise l'ironie, un ton singulier et des figures de styles ciselés[579], Th. More suit les dialogues de Platon sur un point particulier : « Ce n'est […] pas l'échange avec un autre qui est constitutif du dialogue : le dialogue de l'âme avec elle-même est le dialogue originaire et ce qui lui est essentiel est le mouvement de l'interroger-répondre. Cela seul mérite le nom de "pensée", et c'est cela qui impose à Platon son écriture dialoguée[580]. » Morus-Ægidio-Raphaël : trois personnages qui s'interrogent et se répondent sur le futur engagement de Th. More comme conseiller du prince. À Cicéron[581], Th. More emprunte une conception différente du dialogue : « D'abord la discussion des idées prend un tour plus libre et varié, plus animé aussi ; au lieu de la lourdeur didactique, c'est l'allure souple et l'aisance de la conversation familière ; au lieu de la sécheresse d'une théorie abstraite, l'intérêt et la vie qui naissent de la mise en scène, des acteurs et de la lutte, même courtoise, des personnages aux prises : un petit drame se joue sous nos yeux[582]. » La discussion au jardin prend un tour dramatique à la table du cardinal Morton ; de retour au jardin, le ton de la discussion et la lutte des arguments deviennent plus enlevés. Aussi, dans un dialogue de la Renaissance, « il faut que les interlocuteurs aient assez d'autorité pour que leurs propos soient écoutés avec attention[583]. » Dans ce Livre I, un « citoyen et shérif de l'illustre cité de Londres » accompagné d'un secrétaire de la ville d'Anvers dialoguent avec un marin-philosophe qui voyagea avec Amerigo Vespucci.

Ainsi, l'Utopie est un texte d'une riche densité[584],[585],[586], les sources d'inspiration sont variées et la rhétorique architecture le propos. Mais, pour Simone Goyard-Fabre : « Comme Machiavel, dont il est l'exact contemporain, [Th. More] est sensible au réalisme des situations politiques et économiques, au caractère dramatique de la condition sociale. Aussi bien L'Utopie n'est-elle pas — pas davantage en tout cas que l'Éloge de la Folie ou Le Prince — un simple exercice de rhétorique[587]. »

Notes et références

Notes

  1. Traductions : Un petit livre véritablement excellent, non moins salutaire que divertissant, sur la meilleure forme de République et sur la nouvelle Île d'Utopie (L'Utopie, Édition de G. Navaud, 2012) ; Un vrai livre d'or, non moins salutaire qu'agréable, sur la meilleure forme de Communauté politique et la nouvelle île d'Utopie (A. Prévost, L'Utopie de Thomas More,1978) ; ou encore, Du meilleur état de la chose publique et de la nouvelle île d'Utopie, un précieux petit livre non moins salutaire que plaisant (P. Macherey, De l'utopie !, 2011). (Pour les références complètes, voir dans la bibliographie « Éditions recommandées / En langue française » et « Études sur l'Utopie / Chapitres d'ouvrages »)
  2. Aujourd'hui, la quatrième et dernière édition de l'Utopie arrêtée par Th. More et Érasme (novembre 1518), dont l'impression fut suivie par Beatus Rhenanus auprès de l'imprimeur Johann Froben, est considérée comme la version finale et définitive du livre de Th. More intitulé De optimo reipublicae statu, deque nova insula Utopia, dit l'Utopie. Pour lire cette quatrième édition en langue française contemporaine (XXe siècle), il faut consulter l'ouvrage d'André Prévost : L'Utopie de Thomas More, Paris, Mame, 1978. Cette édition étant épuisée dans le commerce et difficilement accessible en bibliothèque, cet article utilise autant que possible d'autres traductions : celles disponibles en format de poche et celles proposées en reproductions numérisées par différentes institutions (bibliothèques et fondations).
  3. Ce sont les auteurs qui s'inspirèrent du livre de Th. More au fil des siècles, les commentateurs et les critiques, ainsi que les traductions successives de ce livre en langues vernaculaires, sans oublier les lecteurs, qui abrégèrent le titre de ce livre sous ce nom Utopie ou L'Utopie, et dans la langue de Shakespeare : Utopia. Aujourd'hui, au XXIe siècle, même les éditions de référence continuent à abréger le titre du livre de Th. More, du moins sur la couverture. (Dans cet article, et d'après l'usage en vigueur dans les études consacrées à l'ouvrage de Th. More, le livre est généralement nommé « Utopie » ou « l'Utopie ». En revanche, il n'est pas touché au titre du livre tel qu'il apparaît dans les citations.)
  4. Pour être exact : le Livre II de l'Utopie. Ce n'est qu'à son retour, et l'année suivante, que Th. More rédige le Livre I. (Voir dans les « Annexes » la section « La découverte des étapes de la rédaction de l'Utopie »)
  5. En 1453 : première édition latine de la Bible, dite la « Bible à quarante-deux lignes », imprimée aussi par Gutenberg. Par la suite, des presses s'installent rapidement dans les grandes villes d'Europe : Cologne (1464), Bâle (1466), Rome (1467), Venise (1469), Paris (1470), Lyon (1473), Bruges (1474), Genève (1478), Londres (1480), Anvers (1481) et des centaines d'autres.
  6. En 1482, les Portugais atteignent le Congo (en 1488 Bartolomeu Dias doublera le Cap de Bonne-Espérance). En 1510, les Portugais prennent Goa. Ils s’installent à Negapatam, sur la côte sud-orientale de l'Inde et à Ceylan. En 1511, les Portugais prennent Malacca.
  7. En 1497, parti de Bristol le 2 mai, Jean Cabot explore courant juin les côtes de l'Amérique du Nord et aborde Terre-Neuve ou l'île du Cap-Breton (Canada) qu’il revendique pour l’Angleterre. Il longe les côtes du Labrador et de la Nouvelle-Angleterre, qu’il prend pour l’extrémité nord-est de l’Asie, puis rentre en Angleterre. En 1498 Cabot repart de nouveau, il quitte Bristol en mai à la tête d'une seconde expédition dans le but d’atteindre le Japon par le nord-ouest. L’expédition disparaît.
  8. En 1501, le 13 mai : le gouvernement portugais envoie une flotte dirigée par Gonçalo Coelho accompagné de l'italien Amerigo Vespucci pour effectuer la reconnaissance des côtes du Brésil, dit « Troisième voyage ». Ils rapportent en Europe (1502) le bois de brasil (bois de brésillet) qui produit une teinture rouge qui sera très prisée et qui donnera son nom au nouveau territoire. Amerigo Vespucci prend conscience que ce continent n’est pas l’Asie. En 1503, Vespucci part pour un autre voyage, dit « Quatrième voyage », toujours au compte des Portugais. Il rentre en 1504.
  9. Au sens courant du terme, l'enclosure est une « parcelle de terrain enclose de haies ou de murs ». Dans une perspective historique large balayant différents contextes socio-politiques allant du XIII au XVIII (voire jusqu'à aujourd'hui), cette pratique agricole est considérée comme un « mouvement d'enclosure ». Le terme « enclosure » recouvre alors la réalité suivante : clôture des terres privées avec suppression des droits d’usage collectif et le plus souvent des communaux (les « communaux » sont des terres en propriété collective partagées entre les ayants droit, les propriétaires) ; en outre, pratiquer l'enclosure implique de réorganiser le paysage agraire local par remembrement des terres de chaque domaine.
  10. Depuis 1495, Érasme étudiait la théologie et la littérature à Paris où il rencontra de nombreux humanistes ; puis, à partir de1499, Érasme fit le tour de l'Europe : en Angleterre d'abord, où à l'invitation de son élève Lord Mountjoy il rencontre John Colet et Th. More ; en 1500 il retourne en France apprendre le grec ; en 1502, il s'installe à Louvain ; à partir de 1506, il se trouve en Italie, il devient docteur en théologie, en 1507 il rencontre l'imprimeur Alde Manuce ; en 1509, il revient en Angleterre, où il termine la rédaction de l'Éloge de la folie chez Th. More ; en 1511, Érasme est à Paris pour publier l'Éloge de la folie ; il retourne en Angleterre en 1511 ; puis il demeure à Louvain ; en 1514 il entre en contact avec l'imprimeur suisse Johann Froben ; en 1517, Érasme effectue un voyage à Londres, puis il rentre à Louvain pour diriger le Collège Trilingue.
  11. C'est-à-dire : des notes placées non pas en bas de page, mais dans la marge du texte à la hauteur de l'appel de note (voir plus bas les illustrations qui accompagnent le résumé du livre « De optimo reipublicae statu… »). Dans les études consacrées à l'Utopie, ces notes sont aussi nommées « gloses », « notes marginales » ou « marginalia ».
  12. Certaines de ces manchettes sont capitales pour saisir le sens du texte rédigé par Th. More. Malheureusement, aucune édition contemporaine de l'Utopie en format de poche ne reprend ces manchettes.
  13. Dans les études consacrées à l'ouvrage de Th. More, l'usage des termes « parerga » et « paratexte » est parfois imprécis. Venu des études anglophones sur l'Utopie, le terme « parerga » s'applique aux divers documents qui accompagnent le texte Utopie : les lettres, les poèmes, les cartes et l'alphabet. Forgé par G. Genette, d'abord utilisé au sein des études littéraires hexagonales puis diffusé internationalement, le terme « paratexte » s'applique aux divers matériaux textuels qui accompagnent le texte Utopie : les deux pages de titres et les deux frontispices, les envois des lettres, les titres des deux cartes, les titres des Livres I & II, les titres des chapitres du Livre II, les manchettes, les lettrines, les deux pages d'errata de l'édition de 1517 et les marques d'imprimeurs. Outils critiques propres aux études littéraires, ces mots « parerga » et « paratexte » sont aussi employés pour étudier les compositions des éditions postérieures à 1518, qu'il s'agisse des éditions latines ou des traductions en langues vernaculaires ; en effet, les éditeurs et traducteurs successifs reprirent tout ou partie des compositions originales de l'Utopie, surtout ils ajoutèrent leurs propres parerga et paratextes. (Voir à ce propos le livre édité par Terence Cave, Thomas More's Utopia in early modern Europe. Paratexts and contexts, 2012)
  14. Voir les liens vers les premières traductions en langues vernaculaires proposés juste au-dessus, « Un succès éditorial » (1524 en allemand, 1548 en italien, 1550 en français, 1551 en anglais et 1553 en hollandais).
  15. Dans les premières traductions en langue anglaise, le Livre I est souvent sous-titré « Dialogue of Counsel ».
  16. D'autres mots inventés par Th. More apparaissent au fil de l'ouvrage et livrent au lecteur de nouveaux indices. Par exemple : « Amaurote », ville d'Utopie où siège le Sénat, est une « cité-mirage » ; « Anydre », fleuve qui coule à Amaurote, est un fleuve « sans eau ». (Édition « GF », p. 142)
  17. Trois dialogues de Platon traitent directement et sous différentes approches la question du « meilleur régime » ou la « meilleure forme de gouvernement » : La République, Le Politique et Les Lois.
  18. Chez Aristote les questions politiques sont abordées dans la « science pratique », l'ouvrage Politique traite directement la question du « meilleur régime » ou de la « meilleure forme de gouvernement » en décrivant les différentes sortes de politeia, tandis que la Constitution des Athéniens décrit le régime politique dans l'Athènes antique.
  19. C'est dans ses écrits politiques, De Republica et De legibus, que Cicéron abordent les questions liées au « meilleur régime » et à la « meilleure forme de gouvernement ».
  20. Pierre Gilles envoya sa lettre à Jérôme de Busleyden avec un exemplaire de l'Utopie ; Guillaume Budé et J. De Busleyden écrivirent leur lettres après avoir lu l'Utopie.
  21. L'édition de Yale donne ce titre : The Best State of a Commonwealth and the New Island of Utopia. A Truly Golden Handbook, No Less Beneficial than Entertaining, by the Distinguished and Eloquent Author THOMAS MORE Citizen and Sheriff of the Famous City of London.
  22. André Prévost ajoute : « Grâce à cette fonction de sous-shérif More entre de plain-pied dans l'existence des petites gens : leur dur labeur, leur salaire insuffisant, les injustices dont ils sont victimes de la part des puissants et des initiés à la chicane des lois. C'est dans ce contact avec la misère des humbles que l'Utopie a puisé les accents véhéments de ses appels en faveur des laborieux et des opprimés. » (L'Utopie…, op. cit., p.310, note n°1 « La meilleure… »)
  23. Les Progymnasmata sont les épigrammes rédigées par Th. More qui furent publiées à la suite de l'Utopie dans certaines éditions de Bâle (ou « Epigrammata » sur le frontispice). (Voir en fin d'article, dans la section « Les quatre éditions latines de l’Utopie », les liens proposés vers des reproductions numérisées des éditions de mars et novembre 1518 contenant ces « Epigrammata »)
  24. C'est-à-dire : le mythe de l'Âge d'Or.
  25. « Hagnopolis » : de ἁγνός, pur et πόλις, cité. Pour A. Prévost : « Hagnopolis, c'est une Cité-de-l'Innocence. » (L'Utopie…, op. cit., p. 48)
  26. Ce dernier rencontra J. de Busleyden lorsqu'il se rendit à Anvers en 1515.
  27. Ici, le mot « auteur » doit être compris dans sa polysémie latine (« auctor ») : autorité, garant, auteur. Th. More se porte garant des propos de Raphaël Hythlodée : il est l'auteur du texte Utopie et, comme l'indique le titre, il est une autorité reconnue « shérif de la Cité de Londres ».
  28. Cette lettre accompagne depuis le début le texte de l'Utopie. Pour l'impression à Louvain, Th. More fit parvenir à Pierre Gilles cette « Lettre-Préface », le Livre I & le Livre II.
  29. Th. More écrivit effectivement une partie du livre en 1515 lors d'un séjour aux Pays-Bas . (Voir plus bas dans les « Annexes » : « La découverte des étapes de la rédaction de l'Utopie ») C'est lors de ce séjour pour une réelle et authentique mission diplomatique qu'il place la rencontre (inventée) avec Hythlodée, ainsi que le dialogue et la description que le lecteur va lire dans les pages qui suivent cette « Lettre-Préface ». Le vrai et le faux commence déjà à s'entremêler.
  30. Morus suggère que la rédaction ne lui a demandé aucun effort, or la découverte des étapes de la rédaction du texte montre le contraire. P. Gilles, Érasme et quelques lecteurs de l'Utopie étaient au courant de la longue gestation de ce livre.
  31. Ces mots valent avertissement au lecteur : cette langue dans laquelle est écrit le livre, le latin, est truffé de néologismes grecs latinisés, à commencer par l'un des mots du titre de l'œuvre « Utopia ». Le lecteur doit donc prêter attention à l'usage qu'il est fait du latin et du grec dans ce livre, ainsi qu'aux jeux terminologiques distillés au fil du texte et au style même de l'écriture (les nombreuses formules orales directement rapportées par écrit).
  32. Dans sa note complémentaire n°2, S. Goyard-Fabre indique : « Il faut rappeler l'importance de la vie professionnelle de More, avocat et sous-shérif, mais aussi professeur à l'École de droit de Lincoln's Inn et conseiller juridique en matière économique à Londres. » (Édition « GF », p. 239)
  33. Ce dernier, qui fut réellement le secrétaire de Th. More lors de sa mission aux Pays-bas en 1515, rencontra lui aussi Raphaël Hythlodée. John Clement assista à une partie du dialogue rapporté au Livre I comme domestique ; mais non à la description au Livre II : « […] nous revînmes nous asseoir au même endroit, […], en disant aux domestiques que nous ne voulions pas être interrompus. » (Dernier paragraphe du Livre I, Édition « GF », p. 133) Voir aussi la note « John Clement » de Marie Delcourt. (Édition « GF », p. 76)
  34. C'est un point capital de cette « Lettre-Préface » : dans l'édition latine, la première manchette du livre apparaît ici. Il est écrit dans la marge : « Noter, en théologie, la distinction entre commettre un mensonge et dire un mensonge. » Dans sa note n°5 associée à cette manchette (L'Utopie…, op. cit., p. 349), André Prévost précise : « "Faire un mensonge", mentiri, relève de l'ordre moral. "Dire un mensonge", mendacium dicere, appartient au style, "l'art de dire". » Ainsi, Thomas More/Morus ne ment-il pas : « mendacium dicam », il se livre à un exercice de style, un exercice d'écriture. Cette « Lettre-Préface » avertit le lecteur au seuil d'entrer en Utopie : certes le vrai et le faux sont entremêlés dans les pages de ce livre, More/Morus reconnaît et annonce ce fait ; mais cet entremêlement n'a pas pour but de tromper le lecteur, ce qui serait un péché et un fait ou un acte moralement condamnable ; plutôt : More/Morus signale au lecteur que cet entremêlement du vrai et du faux relève de l'art du discours. Depuis le début de sa lettre, More/Morus distille des indices sur cet « art de dire » : un mot du titre « Utopia » est le premier indice ; le prénom du marin-philosophe, « Raphaël », est le deuxième ; l'insistance sur l'importance de la langue grecque est le troisième ; le nom du marin-philosophe, « Hythlodée », suivi de deux noms utopiens « Amaurote » et « Anydre », sont le quatrième indice ; « mendacium dicam » est un cinquième indice. (Aussi, en lisant cette « Lettre-Préface », le lecteur doit penser aux indices déjà distillés dans les parerga et les paratextes qui précèdent : le frontispice ; les lettres d'Érasme, de G. Budé et P. Gilles ; le « Sizain », la carte et l'alphabet.)
  35. Pour la troisième fois dans cette « Lettre-Préface », Morus enjoint Ægidius d'authentifier et de faire préciser les propos et les descriptions rapportés dans ce livre par Raphaël Hyhtlodée ; par un « archange diseur de non-sens ». La récurrence des demandes de précisions et d'authentification dans cette « Lettre-Préface » est un autre indice distillé par More/Morus.
  36. Voici les noms des personnes composant les deux ambassades, pour celle de Charles de Castille : Guillaume de Croy, Michel de Croy, Jean le Sauvage, Jacques de Halewin, Georges de Temsecke et Philippe Wielant ; pour celle d'Henri VIII : Sir Edward Poynings, Cuthbert Tunstall, William Knight, Richard Sampson, Thomas Spynelly, John Clifford et Thomas More.
  37. S. Goyard-Fabre indique : « Le texte latin parle ici de Philosophia scolastica, désignant une pensée d'école tout opposée aux critères pratiques de l'action politique. » (Édition « GF », note n°34, p. 241)
  38. Dans l'édition de novembre 1518 imprimée chez Johann Froben le Livre II commence à la page 70, il comporte des intertitres répartis ainsi : « Les villes et, en particulier, Amaurote » (p. 74), « Les magistrats » (p. 77), « Les professions » (p. 79), « La vie en société » (p. 86), « Les serviteurs » (p. 119), « L'art de la guerre » (p. 129), « Les religions des Utopiens » (p. 140). (A. Prévost, L'Utopie…, op. cit.)
  39. Dans l'Éloge de la folie, Érasme fait allusion aux Abraxasiens en LIV. Ces derniers appartiennent à une secte gnostique.
  40. "Délégués de quartier", "gouverneurs" et "maires" sont les dénominations et les fonctions qui, aujourd'hui, se rapprocheraient le plus des responsabilités afférentes aux charges des magistrats utopiens.
  41. M. Delcourt remarque : Th. More « ne dit à peu près rien du rôle du roi dans les affaires courantes et dans la vie du peuple. » (Édition « GF », note « Le Prince » p. 152)
  42. A. Prévost les compte au nombre de « vingt ». (L'Utopie, op. cit., note n°2 « choisir le candidat », p.678)
  43. Voir le schéma explicatif de L. Marin, Utopiques : jeux d'espaces, op. cit., p. 167.
  44. Pour S. Goyard-Fabre : « Il s'agit du Sénat confédéral de l'Île. » (Édition « GF », note n°44, p. 241)
  45. M. Delcourt remarque : « More néglige d'exposer les modalités de l'élection royale, qu'il faut imaginer semblable à celle des autres magistrats, c'est-à-dire résultant d'un choix du peuple tempéré par l'influence des plus expérimentés. » (Édition « GF », note « Le Prince » p. 152)
  46. « Dans la pensée de More, la connotation du mot servus est plus proche de service que d'esclavage. […]. Ici servus est mis en opposition à liber qui désigne les Utopiens qui jouissent des droits de pleine citoyenneté. » (A. Prévost, L'Utopie…, op. cit., p. 698, note°6 « la servitude »)
  47. De l'édition princeps de 1516 à l'édition ne varietur de novembre 1518, le poème de G. Geldenhauer est signé du nom de « Gerardus Noviomagus ».
  48. Anacharsis fut un sage scythe renommé du VIe siècle.
  49. « Saxo » est vraisemblablement Saxo Grammaticus, qui rédigea la première histoire du Danemark au XIIe siècle.
  50. C'est une « lettre réputée écrite après la première édition et destinée à la fois à affirmer le caractère original de la deuxième [édition] et à répondre aux questions soulevées par l'authenticité du personnage Hythlodée. » (A. Prévost, L'Utopie…, op. cit., p. 225)
  51. Ce frontispice fut déjà utilisé par Johan Froben en 1515 : lorsqu'il imprima l'Éloge de la folie d'Érasme. (Voir la reproduction dans l'article de Jean-François Vallée, « Le livre utopique »)
  52. Traduite du latin, il ne faut pas mésinterpréter cette phrase. Cette lettre est adressée à Pierre Gilles qui connaît les étapes de la rédaction du texte : le Livre II fut rédigé aux Pays-Bas, cette lettre-ci et le Livre I furent rédigés en Angleterre. De plus, P. Gilles connaît le premier nom de l'île décrite par Raphaël Hythlodée : « Nusquama », qui devient « Utopia » dans la version finale du texte. Ici, lorsque Th. More emploie le nom de son île pour nommer l'ensemble de son texte (le Livre I et le Livre II), il poursuit différents desseins : annoncer à P. Gilles qu'il a terminé la rédaction de son texte, annoncer à P. Gilles le nouveau nom de son île, annoncer au lecteur qu'il a terminé de rédiger la description de l'île d'Utopie faite par R. Hythlodée et, aussi, lui annoncé qu'il a terminé de rapporter la discussion que P. Gilles et lui-même ont eu avec R. Htyhlodée.
  53. Pour quelques détails supplémentaires, voir plus bas les sous-sections « Influences / L'Utopie en France au XVIe siècle » et « Les traductions françaises de l'Utopie ».
  54. Par exemple en France : André Lalande, Henri Lefebvre, Raymond Ruyer, Raymond Trousson, Miguel Abensour, René Schérer, Bronislaw Baczko, Georges Benrekassa, Louis Marin, Paul Ricœur, Maïté Clavel ou Michèle Madonna-Desbazeille. De par le monde : Ernst Bloch, Karl Mannheim, Arthur Leslie Morton, Lewis Mumford, Northrop Frye, Judith Shklar, Herbert Marcuse, Robert C. Elliott, Fritzie P. & Frank E. Manuel, Lyman Tower Sargent, Ruth Levitas, Fatima Vieira…
  55. Le régime Nazi, l'U.R.S.S et le mouvement politique et militaire des Khmers rouges.
  56. Dans son usage courant le plus répandu, la connotation négative l'emporte sur la connotation positive. Il est d'ailleurs intéressant de noter qu'à l'inverse de son emploi péjoratif ou dépréciatif, l'emploi du mot « utopie » dans un sens mélioratif nécessite toujours une justification de la part du locuteur.
  57. À l'instar d'autres dictionnaires contemporains, et malgré des mises à jours régulières, le dictionnaire du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales n'a toujours pas enregistré l'usage qu'il fut fait au XXe siècle du mot « utopie » dans la composition de certains syntagmes désormais courants : « utopie architecturale », « utopie technologique », « utopie pédagogique », « utopie internet », etc. Selon leurs contextes d'emploi, ces syntagmes sont soit péjoratifs, soit mélioratifs ; surtout, ces syntagmes possèdent des significations nouvelles qui diffèrent grandement des sens courants du mot « utopie ». Quant au syntagme « utopie concrète » forgé par Ernst Bloch, c'est un concept philosophique ; parfois employé dans le langage courant aujourd'hui, la plus grande majorité de ces usages restent encore « conceptuels » (philosophiques et sociologiques).
  58. Ceci étant rappelé, cela n'enlève rien à l'originalité ni aux qualités des œuvres trop brièvement présentées dans cette section « Influence ». Th. More lui-même interpréta l'œuvre de Platon à la lumière du christianisme, quant à sa réception des textes de Platon elle fut tributaire des ses maîtres oxfordiens et des traductions de Marcile Ficin. De fait, le ''Platon'' de Th. More n'est pas notre ''Platon'' du XXIe siècle (et encore moins Platon lui-même). Bref, pour être clair : lorsqu'un auteur crée une œuvre qui procède d'une interprétation et d'une réception plus ou moins fidèles du travail d'autrui, cela ne disqualifie pas l'œuvre nouvellement créée. Cela vaut pour l'Utopie comme pour toutes les œuvres mentionnées ci-après.
  59. Le succès de genres littéraires comme la contre-utopie, l'anti-utopie, la dystopie ou la science-fiction prouvent que l'utopie littéraire influence toujours certains auteurs, ne serait-ce que négativement (c'est-à-dire comme genre littéraire à ne pas ou ne plus suivre).
  60. Depuis le XXe siècle la diffusion, les emplois et les contextes d'usage du mot « utopie » sont si variés qu'ils sont le plus souvent fort éloignés du livre et du texte de Th. More (voir ci-dessus « Utopia, ou l'utopie enfin nommée »). Par conséquent, ci-après dans les sous-sections « Au XXe siècle » et « Au XXIe siècle » ne sont mentionnées que les œuvres qui, soit firent explicitement référence à l'Utopie, soit s'inscrivirent explicitement dans la lignée de Th. More, de l'utopie et de l'utopisme.
  61. La traduction italienne de cette édition connaîtra, par deux fois, une nouvelle vie en France. Voir l'annexe « Les traductions françaises de l'Utopie »
  62. Voici l'original latin : « VTOPIÆ TYPVS, EX. Narratione Raphaelis Hythlodæi, Descriptione D. Thomas Mori, Delineatione Abrahami Ortelij », et juste dessous : « ME RIDI ES ».
  63. Voici l'original latin : « AD SPECTATOREM. En tibi delicias mundi : regne ecce beata ! Queis melius, queis nil pulchrius orbis habet. Hæc illa Utopia est ; arx pacis ; nidis Amoris, Justitiæ, ac summi portus et ora bonj. Lauda alsias terras : istanc cole qui sapis. Isto Vel nulla fixa est Vita beata loco. I.M.W. à W.f. Lustravit Raphael : Descripsit Morus : Abrahamus Edidit Ortelius. Tu fruere atque vale. » Le cartouche en bas gauche contient ces mots latins : « NOBILISS. VIRO : IO : MATTHÆO WACKHERIO A WACKENFELS SAC.CÆS.M.tis CONSILIARIO ET EPI WRATISLAV. CANCELLARIO. Amico optatissimo. Ab. Ortelius dedicabat, L.M. » Traduction libre : « Abraham Ortelius a dédié cette carte volontairement et non sans mérite à l’homme le plus honorable, Johannes Matthæus Wackher de Wackenfels, conseiller de sa sainte majesté impériale, chancelier de l’évêque de Breslau, son plus cher ami. L.M. »
  64. Rédigée en prison, l'œuvre circula d'abord recopiée sous forme manuscrite à partir de 1604. Réécrite en latin en 1613, cette seconde version fut éditée et publiée pour la première fois en 1623.
  65. Par exemple : « 1 l'Isle Corylée », « 2 goulphe de Pachinquir », « 3 le fleuve Iarri », « 7 le fleuve Nochi », « 11 le lac de Namanga », « 15 la vil. de Batonpiramata », « 27 la ville de Curyafava » « 74 la ville de Ballialayo » ou, dernier numéro, « 129 la ville de Papinga ».
  66. Vraisemblablement rédigé entre 1622 et 1624, le texte fut publié en 1627 (de façon posthume) à la fin de l'ouvrage intitulé Sylva Sylvarum or A Naturall History in Ten Centuries aux pages 297 à 345 (avec sa propre pagination, de 1 à 47).
  67. De Savinien de Cyrano (dit de Bergerac), L'Autre monde ou les Estats et empires de la Lune (1656) et Histoire comique des Estats et empires du Soleil (1662) ; de Gabriel de Foigny, La Terre australe connue (1676); de Denis Vairasse d'Allais, Histoire des Sévarambes (1677-79) ; de Bernard Le Bouyer de Fontenelle Histoire de Ajoiens (1682).
  68. Voici le titre complet : « Accurata Utopiae Tabula. Das ist Der Neu entdeckten Schalck Welt, oder des so offtbenannten, und doch nie erkanten Schlarraffenlandes Neu erfundene lächerliche Land tabell Worinnen alle und jede laster in besondere Königreich, Provintzen und Herrschafften ab getheilet Beyneben auch die negst angrentzende Länder der Frommen, des zeitlichen Auff und Untergangs auch ewigen Verderbens Regionen, samt einer erklerung anmuthig und nutzlich vorgestellt werden ». Traduction du titre : Carte Exacte d’Utopie. C'est une création nouvelle, une carte humoristique du Monde des Fous souvent appelé le Pays de Cocagne, qui n’a jamais été trouvé, montrant et expliquant d’une manière belle et utile tous les vices par royaume, province, et domaine, les pays frontaliers des fidèles ainsi que les régions du début et de la fin des temps, et la fatalité éternelle.
  69. Traduction du titre : Explication des merveilleuses régions d'Utopie, où se trouve le nouveau Pays de Cocagne.
  70. En Europe, le Livre II de l'Utopie est nouvellement édité et publié en latin en 1750 à Glasgow chez Robert et Andreas Foulis, en 1752 à Hambourg chez Joannem Georgium Trausold et en 1777 à Londres et à Paris chez Barbou. L'Utopie est publié en anglais en 1743 chez Robert Foulis ; en allemand en 1704 à Francfort chez Henning Grossens Buchhandlung, en 1730 à Erfurt et Leipzig (sans nom d'éditeur) et en 1753 toujours à Erfurt et Leipzig chez Heinrich Ludwig Brönner ; en hollandais à Amsterdam en 1700 chez Wilhelm Linnig van Koppenol puis en 1740 chez Salomon Schouten ; en russe en 1789 à Saint-Petersbourg ; enfin, en espagnol à Madrid chez Pantaleon Aznar en 1790.
  71. Par exemple, en France : Anonyme, Relation d'un voyage du pôle arctique au pôle antarctique par le centre du monde, 1723 ; Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, 1724 ; Pierre de Marivaux, L’île des esclaves, 1725 ; Pierre-François Guyot Desfontaines, Suite de la Nouvelle Cyropédie ou Réflexions de Cyrus sur ses voyages, 1728 ; Varennes de Mondasse, La découverte de l'empire de Cantahar, 1730 ; Antoine François Prévost, Histoire de M. Cleveland, fils naturel de Cromwell, 1731 ; Ansart, Philotecte ou Voyage instructif et amusant, avec des réflexions politiques, militaires et morales, 1739 ; Morelly, Naufrage des isle flottantes, ou Basiliade du célèbre Pilpaï, poême héroïque traduit de l'Indien par M.M*** Messine, 1753 ; Voltaire, Candide, 1759 ; Charles-François Tiphaigne de la Roche, Histoire des Galligènes ou mémoires de Ducan, 1765 ; Louis-Sébastien Mercier, L’an 2440. Rêve s’il n’en fut jamais, 1771 ; Nicolas-Edme Restif de la Bretonne, La découverte australe par un homme volant, 1781 ; Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, L’Arcadie, 1781 ; Pierre-Paul-François-Joachim-Henri Le Mercier de la Rivière, L'Heureuse nation, ou relation du gouvernement de Féliciens, 1792.
  72. En Allemagne, les utopies littéraires et les écrits politiques présentant des utopies sont nommés pareillement : « Staatsroman ».
  73. J.-P. Brissot de Warville propose ces fragments dans la traduction de T. Rousseau (1780) qu'il révise. Voici les passages traduits (sont d'abord donnés les titres et les pages des « Fragmens… » dans le tome IX de la Bibliotheque… puis leur localisation dans la traduction de Rousseau publiée en 1780)  : « Fragment Ier. Loix sur le vol » p. 15-45 correspond aux pages 25 à 64 du Livre I ; « Fragment II. Origine & causes des crimes » p. 45-51 correspond aux pages 108 à 116 du Livre I ; « Fragment III. Des esclaves » p. 51-53 correspond aux pages 229 à 230 du Livre II (chapitre « VII. Des Esclaves ») ; « Fragment IV. Des Peines. Une rechûte dans l'adultere est punie de mort sans miséricorde » p. 53-55 correspond aux pages 243 à 245 du Livre II (chapitre « VII. Des Esclaves ») ; « Fragment V. Des récompenses » p. 55-57 correspond aux pages 247 à 249 du Livre II (chapitre « VII. Des Esclaves ») ; « Fragment VI. Multiplicité des loix » p. 57-61 correspond aux pages 249 à 254 du Livre II (chapitre « VII. Des Esclaves ») ; « Fragment VII. Tolérance religieuse & politique » p. 61-66 correspond aux pages 298 à 304 du Livre II (chapitre « IX. Des différentes Religions d'Utopie »).
  74. Voici la composition du tome IX dans lequel apparaissent les extraits de l'Utopie : « Fragmens de l'Utopie », de M. Thomas Morus ; « Fragmens sur les Loix criminelles » tirés des Annales politiques & civiles de M. Linguet ; « Fragmens » des Nouveaux Mêlanges, contenant des essais philosophiques & littéraires (recueil) ; Mémoire sur une erreur judiciaire, de M. Louis ; « Fragment de d'Aguesseau, sur la nécessité d'admettre dans la procédure criminelle les faits justificatifs d'un accusé aussi-tôt qu'il les propose » ; Trattato delle virtio e de premi, di Giacinto Dragonetti ou Traité des vertus et des récompenses, de M. Dragonetti ; Essai sur les réformes à faire dans notre législation criminelle, de M. Vermeil ; Réflexions philosophiques sur l'origine de la civilisation, & sur les moyens de remédier à quelques-uns des abus qu'elle entraîne, de M. Lacroix.
  75. Le développement et le renouvellement de l'écrit et de la littérature sous différentes formes au XVIIIe siècle (roman courtois, roman épistolaire, fable, conte, traité d'histoire, traité scientifique, traité philosophique, libelle, récit de voyage, tragédie, comédie …sans oublier le « genre utopique ») font que le texte Utopie devient un texte parmi d'autres et non, comme il le fut aux XVIe siècle et XVIIe siècle, un texte original exerçant un pouvoir d'attraction et de subversion. Aussi, la société a profondément changé : les préoccupations du XIXe siècle ne sont pas celles du XVIe siècle.
  76. En ce sens : l'Utopie est ancrée dans son XVIe siècle (problèmes socio-politiques abordés, formulation des questions philosophiques, texte écrit avant la Réforme, etc.), de fait il est difficile de l'inscrire dans le XXe siècle. Cependant, certains points précis de l'Utopie gardent une actualité certaine (bien qu'il faille les reformuler) : conseiller le prince ou non (Luc Ferry et Vincent Peillon, deux philosophes, furent ministres de l'éducation sous la Ve république en France) ; établir plus d'équité (de nombreux mouvements populaires, organisations syndicales, Think Tank et ONGs formulent régulièrement de telles demandes et proposent des idées) ; instituer une autre distribution du pouvoir ou d'autres institutions politiques, ou une manière de faire de la politique autrement (sur ce point aussi de nombreux mouvements populaires, organisations syndicales, Think Tank et ONGs formulent régulièrement de telles demandes et proposent des idées) ; etc.
  77. Les références de la littérature secondaire utilisées pour cet article sur l'Utopie proviennent en grande partie de ces recherches publiées à partir de la seconde moitié du XXe siècle.
  78. Auxquels il faut associés les personnes qui participèrent à l'ensemble de la publication (15 Vol.) : Leicester Bradner, Anthony S. G. Edwards, Stephen M. Foley, Katherine Gardiner Rodgers, John Guy, John Headley, Ralph Keen, Daniel Kinney, Thomas M.C. Lawler, James P. Lusardi, Charles A. Lynch, Germain Marc'hadour, Richard C. Marius, Clarence H. Miller, Louis A. Schuster, Richard S. Sylvester, Craig R. Thompson, J. B. Trapp.
  79. Russell Ames, Dominic Baker-Smith, R. W. Chambers, Alistair Fox, Northrop Frye, J. H. Hexter, Karl Kautsky, C. S. Lewis, Elizabeth McCutcheon, Eric Nelson, Frederic Seebohm, Edward L. Surtz.
  80. La traduction de V. Stouvenel publiée aux éditions suivantes : L'Enseigne du Pot Cassé, Éditions Terres Latines, Nouvelle office d'édition et Robert Laffont (dans l'anthologie Voyages aux pays de nulle part), est la traduction de 1842 : elle n'est pas revue. La traduction de V. Stouvenel publiée chez Librio et Aden est celle revue et corrigée par M. Bottigelli-Tisserand. La traduction de M. Delcourt publiée chez Droz et chez Flammarion (collections « GF » et « Le Monde de la Philosophie ») est identique à celle parue aux éditions La Renaissance du livre en 1966. Enfin, dans son livre L'Estat, Description et Gouvernement des royaumes…, Gabriel Chappuys ne traduisit que le Livre II.
  81. Plus même : cette découverte entraina une relecture de toutes les utopies qui parurent depuis l'Utopie, ainsi que de tous les écrits qui polémiquèrent avec l'Utopie, les écrits utopiques ou l'idée d'utopie. En effet, cette découverte permit d'identifier des ambiguïtés et des erreurs dans les éditions et les traductions successives, qui altérèrent la réception de l'Utopie.

Références

  1. Thomas More 1983, À la page 43 de son édition du texte latin, Marie Delcourt écrit à la note n°1 : « On remarquera combien, dans les titres des éditions contemporaines de More, le mot d'Utopie joue un rôle peu important. Les mots importants sont De Optimo Rei Publicae Statu (Sermo ou Libellus aureus) ».
  2. (en) The Center for Thomas More Studies, « Map of More's London », Cette carte propose une représentation de Londres du temps de Th. More. Les endroits qu'il fréquenta sont signalés, notamment son lieu de naissance (Birthplace), sur The Essential Works of Thomas More,
  3. Marie-Claire Phélippeau 2016a, p. 160 : Th. More « figure dans sa fonction prestigieuse, portant manteau de fourrure et vêtement de velours rouge, avec le fameux collier d'esses Tudor autour des épaules. Le portrait se veut une représentation officielle de son personnage, mais il livre une vision bien personnelle de l'homme. Le regard a une intensité qui dérange, que la fixité de la pose a sans doute alourdie. Sous le crâne coiffé du bonnet de velours noir semblent s'agiter des inquiétudes ».
  4. Bernard Cottret 2012, p. 20 : « John More possédait sa seigneurie de Gobions, à North Mimms dans le Hertfordshire, et le roi Édouard IV lui avait même permis d’arborer ses propres armoiries, "d’argent au chevron accompagné de trois coqs de bruyère de couleur sable" ».
  5. Bernard Cottret 2012, p. 18 : « Sa mère, Agnes, était la fille de Thomas Graunger, membre respectable de l’une des corporations de Londres ».
  6. Marie Delcourt 1936, p. 9-10 : « Le jeune page s'attacha profondément à Morton et le jugea dans l'Utopie avec une bienveillance que l'opinion publique du temps n'a pas unanimement partagée ».
  7. Bernard Cottret 2012, p. 30 : « Il était d’usage dans les maisons aristocratiques d’accueillir des jeunes gens afin de les éduquer en leur permettant d’utiliser leurs aptitudes au service des armes ou de la table. La permanence de cet usage en Angleterre ne manquait pas de frapper les visiteurs étrangers ».
  8. Bernard Cottret 2012, p. 28 : « L’on sait au demeurant peu de chose du séjour du jouvenceau chez le cardinal ».
  9. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 7-8.
  10. Bernard Cottret 2012, p. 30 : « Mais que sait-on au juste des qualités requises d’un page ? […]. Le service de la table était le premier souci. […]. La politesse était directement liée à l’ascendant des classes dominantes, souvent issues de la conquête normande ».
  11. Marie-Claire Phélippeau 2016a, p. 27.
  12. Marie Delcourt 1936, p. 10.
  13. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 8.
  14. Marie-Claire Phélippeau 2016a, p. 26-27.
  15. Marie-Claire Phélippeau 2016a, p. 31. « Le jeune homme n'y est pas [à la Chartreuse] reclus. Il enseigne en même temps à de jeunes juristes et se rend régulièrement, à la demande de William Grocin, à l'église Saint-Lawrence Jewry dans la Cité pour donner des conférences sur La Cité de Dieu ».
  16. Bernard Cottret 2012, p. 57 : « Excellent juriste, More s’était vu confier un poste encore modeste de lecteur (nous dirions de répétiteur) auprès des étudiants en droit. » B. Cottret ajoute en note : « More fut répétiteur à Furnival’s Inn, une annexe de Lincoln’s Inn spécialisée dans l’équité, ce droit complémentaire de la common law. » (Note n° 125, p. 399).
  17. Bernard Cottret 2012, p. 458 à 461, voir l'« Annexe 1 – La formation juridique de Thomas More » où B. Cottret expose brièvement la conception du droit de l'époque (p. 460) : « À New Inn, More eut l’occasion à partir de 1496 de se familiariser avec cette branche du droit, à l’origine distincte de la common law, que l’on connaît sous le nom d'equity, […]. Si la common law était enfermée dans la logique du précédent, l’équité faisait appel à la "conscience" pour trancher dans un sens ou dans un autre ».
  18. Bernard Cottret 2012, p. 399, note n° 115 : « L’on ignore pourtant quelle était sa circonscription. En ces temps héroïques, la vie parlementaire n’avait pas encore acquis outre-Manche sa codification actuelle ».
  19. Bernard Cottret 2012, p. 55 : « L’un de ses premiers biographes prétendit sans aucune preuve que More aurait songé à s’exiler pour ne pas s’exposer davantage au mécontentement d’Henri VII ».
  20. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 9.
  21. Marie Delcourt 1936, p. 13.
  22. Bernard Cottret 2012, p. 100 : « En mars 1509, à la veille de la disparition d’Henri VII, Thomas More avait été reçu membre honoraire de la puissante corporation des merciers, l’un des métiers jurés les plus influents de la Cité ».
  23. Bernard Cottret 2012, p. 105 : « Pour ceux qui l’employaient à l’époque, More était l’équivalent d’un avoué ou d’un avocat d’affaires ».
  24. Bernard Cottret 2012, p. 400, note n° 136 : « On le voit rapidement gravir tous les échelons du cursus honorum des hommes de loi en Angleterre : trésorier de Lincoln’s Inn, puis lecteur, il en devint l’un des quatre gouverneurs en 1512 ».
  25. Bernard Cottret 2012, p. 104.
  26. Bernard Cottret 2012, p. 105.
  27. Marie-Claire Phélippeau 2016a, p. 54-55 : « Son rôle consiste à conseiller le shérif et à siéger dans certaines cours de justice, en tant que représentant de la ville, notamment face à Westminster, le quartier royal ».
  28. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 10.
  29. Marie Delcourt 1936, p. 14.
  30. Edward L. Surtz 1953.
  31. Bernard Cottret 2012, p. 119 : « [Th. More] servit aussi de truchement toujours en 1516 entre le représentant du pape Léon X et les autorités portuaires lorsqu’un navire pontifical fut saisi à Southampton. More défendit victorieusement les intérêts du pape devant la Chambre étoilée présidée par Wolsey. Il y conforta une image de meilleur juriste du royaume qui poussa le roi à le prendre directement à son service ».
  32. Bernard Cottret 2012, p. 119 : « Durant l’été 1517, Thomas More se rendit à Calais afin de mener à bien une mission de conciliation auprès des Français, responsables de déprédations commises sur mer aux dépens des Anglais. Les autorités de la compagnie des merciers furent priées d’inviter les membres lésés à s’adresser préalablement à lui ».
  33. André Prévost 1978, p. 197 : « Le Conseil Royal est composé d'une centaine d'experts qui sont en permanence à la disposition du roi pour l'éclairer sur les questions du gouvernement. Ils sont groupés d'après leur spécialité. Entre autres activités, More entrera dans une commission de neuf conseillers chargés de l'expédition des affaires litigieuses des pauvres gens ».
  34. Marie Delcourt 1936, p. 14 : Henri VIII « paraît avoir totalement ignoré l'Utopie (elle ne fut jamais imprimée en Angleterre avant le XVIIIe siècle et elle ne fut traduite en anglais qu'en 1551) ».
  35. Bernard Cottret 2012, p. 106 : « Financièrement, More avait peu à attendre du service du roi ; ses activités de magistrat lui assuraient un revenu confortable de 400 livres par an. La somme était importante ; à trente-trois ans, More était un homme arrivé. […]. La source principale de ses revenus n’était pas pour Thomas More l’argent des plaignants mais bien plutôt les sommes collectées pour la représentation de la Cité dans les procès se déroulant à Westminster ».
  36. « Ratification de la paix d’Amiens », sur Bibliothèque Nationale de France (consulté le 8 janvier 2020)
  37. Marie-Claire Phélippeau 2016a, p. 177 : « Le chancelier du royaume est une sorte de Premier ministre et de premier magistrat. » Plus loin (p. 180) M.-C. Phélippeau précise : « Le travail de chancelier est pour l'essentiel celui d'un juriste, et plus précisément d'un juge, ensuite seulement celui d'un d'homme politique. Le chef de la politique d'Henri VIII est en réalité le duc de Norfolk » Aussi (p. 177-178) : « Le chancelier du royaume doit présider la Chambre étoilée, haute cour de justice qui est à la fois une cour d'appel et un recours direct pour les plus modestes. Sous les Tudor, la Star Chamber est respectée et considérée comme un recours presque démocratique ».
  38. Marie-Claire Phélippeau 2016a, p. 260 : « À l'automne [1534] s'ouvre une nouvelle session parlementaire où sont votées ces deux lois capitales : l'Acte de Suprématie et l'Acte de Trahison. Coupable de trahison sera désormais tout sujet qui refusera d'admettre le nouveau titre du souverain : "Chef unique et suprême de l'Église d'Angleterre" ; passible d'emprisonnement sera celui qui critiquera un membre de la famille royale ».
  39. Marie Delcourt 1936, p. 16.
  40. Sarah Foot 2005.
  41. Bernard Cottret 2012, p. 46 : « Le Moyen Âge continua à vivre, sourdement, tout au long du XVIe siècle ».
  42. Sir Rees Davies 2005.
  43. Michael Braddick 2005.
  44. Quentin Skinner 2009, p. 8.
  45. Thomas More 1987, p. 119 à 125, par exemple.
  46. Cédric Michon 2012, Voir au §1 de la version en ligne.
  47. Steven Gunn 2012, Outre l'appendice « Membres les plus actifs du Conseil du Roi d'Angleterre (1485-1558) », précisément « Henri VIII (1509-1547) » ; voir l'ensemble de l'article qui étudie divers aspects du Conseil comme institution dans le royaume anglais.
  48. (en) Helen Miller, « MORE, Thomas I (1477/78-1535), of London and Chelsea, Mdx. », sur The History of Parliament. British Political, Social & Local History
  49. Aurélien Antoine 2015.
  50. The Center for Thomas More Studies, « Sir Thomas More Defending The Liberty of the House », sur The Center for Thomas More Studies, (consulté le 8 janvier 2020)
  51. Marie-Claire Phélippeau 2016a, p. 122 : « La liberté d'expression n'étant pas une prérogative indiscutable pour les sujets des princes du XVIe siècle, la requête de More paraît malicieuse ; elle met l'accent sur une pratique qui semble aller de soi dans une assemblée parlementaire, même à cette époque, mais suggère indirectement qu'elle pourrait bien être bafouée par un roi devenu tyran ».
  52. Rodney Howard Hilton 1958, p. 542.
  53. Rodney Howard Hilton 1958, p. 551.
  54. Rodney Howard Hilton 1958, p. 549.
  55. Rodney Howard Hilton 1958, p. 550.
  56. Bernard Cottret 2012, p. 407, note n° 256 : « Anvers supplanta définitivement Bruges autour de 1516 lorsque les marchands étrangers, en particulier italiens, désertèrent son port. La ville fut de plus en plus cosmopolite. Le commerce des Indes, l’expansion atlantique profitèrent à la cité, qui fit figure d’entrepôt commercial du monde occidental, entre le Nord et le Sud du continent européen. Anvers, véritable plaque tournante des hommes et des capitaux, allait aussi jouer un rôle financier de premier ordre. La couronne d’Angleterre prit l’habitude d’envoyer son agent, ou facteur, pour négocier les emprunts ».
  57. Alec Ryrie et Tadhg Ó hAnnráchain 2009, Voir au § 5 de la version en ligne.
  58. Alec Ryrie et Tadhg Ó hAnnráchain 2009, Voir au § 3 de la version en ligne.
  59. Denis Crouzet, Pierre Couhaut et Séverin Duc 2015, article de Cécile Caby, « La République des Lettres à la Renaissance ».
  60. Denis Crouzet, Pierre Couhaut et Séverin Duc 2015, article d'Andrea Martignoni « Les humanistes et l’Europe ».
  61. Denis Crouzet, Pierre Couhaut et Séverin Duc 2015, article de Clémence Revest, « Héritages culturels de l’Europe ».
  62. Marie-Claire Phélippeau 2016a, p. 104 : « Dans [les] années 1515-1520, Thomas More écrit des lettres ouvertes retentissantes. À l'approche de la quarantaine, ses opinions sont bien affirmées. L'homme de lettres est au sommet de son art, brillant et productif. » Parmi ces lettres : la lettre à Dorp (1515) et la lettre à l'université d'Oxford en défense de l'enseignement du grec (1518).
  63. Bernard Cottret 2012, p. 100 : « More, l’humaniste fervent, More, l’helléniste distingué, le fort en thème, la coqueluche d’Érasme, le dédicataire de l’Éloge de la folie, More fut d’abord pour ses contemporains un bourgeois, un grand juriste d’affaires, l’un des meilleurs défenseurs des intérêts commerciaux de Londres et de l’Angleterre dans la compétition internationale ».
  64. Norbert Elias 2014, p. 139-140. Pour une approche et une mise en perspective sociologiques de l'Utopie, voir le chapitre « La critique de l'État chez Thomas More » (p. 31-102). Pour une mise en parallèle du contenu du texte Utopie avec la place occupée par Th. More dans la société anglaise de l'époque, voir aux pages 45 à 59.
  65. Marie-Claire Phélippeau 2016a, p. 75.
  66. André Prévost 1978, p. 650, note n°5 « souscrire unanimement ».
  67. Claude Mazauric 1999, p. 5.
  68. (de) Thomas More (trad. Claudius Cantiuncula), Von der wunderbarlichen Innsel Utopia genant das ander Buch, Basel, Bebelius, (lire en ligne)
  69. (it) Thomas More (trad. Ortensio Lando), La republica nouvamente ritrovata, Vinegia, (lire en ligne)
  70. Thomas More 1550.
  71. (en) Thomas More (trad. Ralph Robynson), A fruteful, and pleasaunt worke of the beste state of a publyque weale, and of the newe yle called Vtopia, London, Abraham Vele, (lire en ligne)
  72. (nl) Thomas More (trad. Hans die Laet), De Utopie, Thantwerpen, (lire en ligne)
  73. Marie Delcourt 1936, p. 18, « De ces récits, il se moque, parce qu'il y trouve trop pour l'imagination et trop peu pour la raison ».
  74. Pour Lisa Jardine, le livre que désigne P. Gilles de sa main droite pourrait être l'Utopie. (L. Jardine, Erasmus, Man of Letters : The Construction of Charisma in Print, Princeton, Princeton University Press, 1993, p. 40-41)
  75. Bernard Cottret 2012, p. 417, note n° 417.
  76. Thomas More 1987, p. 73. Note « Pierre Gilles » de Marie Delcourt.
  77. Peter R. Allen 1963, p. 92-99, pour une courte présentation des rédacteurs et une brève mise en perspective. « The supporters are experts not only in the humanist fields of grammar, rhetoric, poetry, and the classics, but in theology, philosophy, and, above all, law. Most of them are important public figures as well as scholars. They represent two generations of humanism and stem from all the major countries of northern Europe. » (p. 99) Traduction : « Les contributeurs sont non seulement experts dans les studia humanitatis (la grammaire, la rhétorique, la poésie et les classiques), mais aussi en théologie, en philosophie et, surtout, en droit. La plupart d’entre eux sont des personnalités publiques importantes ainsi que des universitaires. Ils représentent deux générations d’humanisme et proviennent de tous les grands pays d’Europe du Nord ».
  78. Paul-Augustin Deproost et Jean Schumacher, « Thomas More, Utopia », Les deux cartes sont présentées en miroir et brièvement décrites, sur Université catholique de Louvain
  79. Jean-François Vallée 2013, p. 17 (pagination du PDF) ; §1 de la version en ligne.
  80. Philippe Lane 1991, Dans son article P. Lane s'attache, d'une part, à éclairer la notion de « paratexte » forgée par Gérard Genette et, d'autre part, à montrer l'importance des paratextes pour les productions éditoriales contemporaines dans le domaine des sciences humaines. (Voir la note suivante quant à l'usage du mot « paratexte » dans les études consacrées à l'Utopie).
  81. Thomas More, Libellus vere aureus nec minus salutaris quam festivus, de optimo reip. statu deque nova Insula Utopia, Lovaniensium, Theodorici Martini Alustensis, (lire en ligne)
  82. Thomas More, Ad lectorem. HABES CANDIDE LECTOR opusculum illud vere aureum Thomæ Mori non minus utile quam elegans, de optimo reipublice statu, deque nova Insula Utopia, Paris, Gilles de Gourmont, (lire en ligne)
  83. Thomas More, De Optimo Reip. Statu, deque nova insula Utopia, Basileam, Johannes Froben, (lire en ligne)
  84. Thomas More, De Optimo Reip. Statu, deque nova insula Utopia, Basileam, Johannes Froben, (lire en ligne)
  85. Jean-François Vallée 2013, p. 4 (pagination du PDF) et §3 de la version en ligne : « La structure éditoriale des premières éditions de L'Utopie (1516-1518) ».
  86. Terence Cave (ed.) 2012.
  87. Federica Greco 2018, p. 8 (pagination du PDF) ; §18 de la version en ligne.
  88. Jean-François Vallée 2013, p. 2-3 (pagination du PDF) ; §1 de la version en ligne.
  89. (la) Thomas More, Utopia, a mendis vindicata, Amsterodami, Apud Joannem Jansonium, (lire en ligne)
  90. (en) Thomas More (trad. Gilbert Burnet), Utopia, London, Richard Chiswell, (lire en ligne)
  91. (es) Thomas More (trad. Don Geronimo Antonio de Madinilla y Porres), La Utopia, Madrid, Don Mateo Repullés, (lire en ligne)
  92. Thomas More 2012, p. 229-273. Cette édition de poche présente quelques-uns de ces parerga et paratextes.
  93. Jean-François Vallée 2013, p. 1 (phrase tirée du « Résumé »), voir aussi p. 2 (pagination du PDF) ; version en ligne : « Résumé » et seconde moitié du §1.
  94. Germain Marc'hadour 1968, p. 871.
  95. Peter R. Allen 1963, p. 91. Traduction : « délibérément conçu pour orienter l’interprétation du texte par le lecteur ».
  96. André Prévost 1978, p. 241-252, « La langue latine de l'Utopie ».
  97. Laurent Cantagrel 2012, p. 8 : « ces gens de lettres qui écrivent d'abord en latin, sont le plus souvent hors de l'Église et de l'université, et [leurs] activités ont pour noyau dur leur travail de philologues, éditeurs, traducteurs et commentateurs de textes anciens. » Ces activités sont celles d'Érasme, de Pierre Gilles, Guillaume Budé ou Cornelis de Schrijver. Dans une moindre mesure, celles de Thomas More aussi : il traduisit et édita des textes de Lucien de Samosate.
  98. Denis Crouzet, Pierre Couhaut et Séverin Duc 2015, article de Fulvio Delle Donne, « Le latin dans l’Europe des humanistes ».
  99. Simone Goyard-Fabre 1987, p. 31 à 57 (« II. Le sens de L'Utopie »), pages dans lesquelles S. Goyard-Fabre remet en contexte le texte Utopie ; puis aux pages 59 à 65, où elle passe en revue diverses interprétations de l'œuvre.
  100. Miguel Abensour 2009, p. 25 à 29, « La crise de l'interprétation ».
  101. Nicole Morgan 1995.
  102. Quentin Skinner 2009, p. 306 à 310.
  103. André Prévost 1978, p. 127-162, « L'Utopie, expérience existentielle ».
  104. Laurent Cantagrel 2012, p. 47-100, « L'Utopie de Thomas More, paradigme des descriptions de société humanistes ».
  105. Raymond Trousson, Voyages au pays de nulle part. Histoire littéraire de la pensée utopique, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles,
  106. Érasme, La formation du prince chrétien, Paris, Classiques Garnier,
  107. Nicolas Machiavel, Le Prince, Paris, P.U.F.,
  108. Quentin Skinner 2009, p. 178-192 « L'idéal humaniste du gouvernement princier » ou p. 301-312 « Les humanistes comme conseillers », par exemple.
  109. Guillaume Navaud 2012, p. 23.
  110. Jean-François Vallée 2013, p. 8-9 (pagination du PDF) ; §8 et §9 de la version en ligne.
  111. Laurent Cantagrel 2012, p. 57 : « les interlocuteurs de l'Utopie partagent tous une même conviction sur laquelle se détachent leurs différences : la certitude, jamais discutée ni mise en question, que les lettrés sont les détenteurs d'un savoir (qu'il faut toutefois enrichir par l'expérience) utile à l'État, qu'ils disposent d'une compétence politique ».
  112. Laurent Cantagrel 2012, p. 47 : « Le premier livre en effet est pour sa part un dialogue entièrement consacré à la question de l'opportunité, pour un lettré, de faire entendre sa voix au conseil des princes ».
  113. « More tenait à avoir un "homme politique" parmi les dédicataires de l’ouvrage. Dans une lettre à Érasme, il insiste en effet pour que son ouvrage soit élégamment lancé ("handsomely set off") par les plus hautes recommandations tant d’ "intellectuels" que d’ "hommes d’État" (by the "highest of recommendations" from "both intellectuals and distinguished statesmen") ». Thomas More, Selected Letters, éd. Eliszabeth Frances Rogers, New Haven, Yale University Press, 1961, p. 76. Cité par J.-F. Vallée, « Le livre utopique », art. cit., note no 18, p. 24 du PDF.
  114. André Prévost 1978, p. 654, note n°1 « Jérôme Busleiden ».
  115. Laurent Cantagrel 2012, p. 49 : selon L. Cantagrel, « Hythlodée entend bien donner des conseils destinés à être mis en application : il critique des décisions politiques, analyse des problèmes concrets, avance des exemples de législation… En un mot, il conçoit le rôle du conseiller politique comme une synthèse du philosophe et du législateur effectif ».
  116. Thomas More 1987, p. 91.
  117. Thomas More 1987, p. 91, note « Les membres des conseils royaux ».
  118. André Prévost 1978, p. 36 et 39.
  119. Pierre Macherey 2011, p. 57. Et tout le reste de la page, où P. Macherey indique l'existence du terme grec « atopia ».
  120. Guillaume Navaud 2012, p. 13 à 23, « Non-lieu, atopie, Utopie ».
  121. Simone Goyard-Fabre 1987, p. 17, note n°1 : « L'Utopie, par la formation même du mot, désigne la contrée qui n'est nulle-part : le ou de ou-topos ou u-topie, est privatif ; comme elle n'a existé ni n'existera en aucun temps, l'u-topie est aussi, selon la même formation linguistique, ou-chronos ou u-chronie ».
  122. André Prévost 1978, p. 66. Voir plus largement : « La genèse de l'œuvre », p. 61-82.
  123. Thomas More 2012, p. 325-327. « Rédaction et titre ».
  124. André Prévost 1978, p. 217.
  125. André Prévost 1978, p. 330. À la note n°1 « Anémolius », Prévost écrit : « L'auteur du sizain est selon toute vraisemblance Thomas More lui-même. Le ton et la forme sont ceux de l'épigramme, genre où More excellait ».
  126. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 243. Article « Utopia ».
  127. André Prévost 1978, p. 322.
  128. André Prévost 1978, p. 653, note n°4 « Udépotie ».
  129. Miguel Abensour 2009, p. 34-35.
  130. Simone Goyard-Fabre 1987, p. 38.
  131. Thomas More 1983, p. 0 (page de titre).
  132. Thomas More 1987, p. 239, à la note n°5, Simone Goyard-Fabre indique à propos du sous-titre du Livre I traduit par Marie Delcourt : « Le latin dit : de optimo reipublicae, qui serait plus exactement traduit par "la meilleure forme de communauté politique" ».
  133. André Prévost 1978, p. 310, note n°2 « communauté politique ».
  134. Norbert Elias 2014, p. 135-135 : « Peut-être puis-je vous rappeler ici que le concept d'État est nouveau à l'époque, […]. Certes, il existait le latin res publica, mais pour désigner les États, on ne disposait que de termes comme royaume, principauté, c'est-à-dire de termes particuliers. Dans les langues vernaculaires, […], il n'existait pas de terme générique, comparable à celui de res publica. Lentement, au XVe siècle et au XVIe siècle, surtout en Italie, le terme status commença à se répandre ; il a à peu près le sens de condition ou d'état. Rei publicae status pouvait-on dire alors, et cela signifiait : la situation d'un État donné ».
  135. Thomas More 2011, p. 5.
  136. Thomas More 1979, p. 1.
  137. Platon, La République, Paris, Flammarion, « GF », , p. 73.
    Page 73 : « J'étais descendu hier au Pirée, en compagnie de Glaucon, fils d'Ariston, pour faire mes prières à la déesse, et j'étais en même temps désireux d'assister à la fête. »
  138. Thomas More 1987, p. 85.
  139. Pierre Macherey 2011, p. 119-120 : « la lecture "salutaire", intellectuellement féconde, qui met en avant la référence à l'eutopie, est celle qui oriente l'attention vers "le meilleur état de la chose publique", thème traditionnel de philosophie politique, présenté dans des termes qui évoquent aussitôt une inspiration aristotélicienne, en reprise par exemple des considérations exposées dans les parties VII et VIII des Politiques ; la lecture "festive", qui met en avant la référence à l'outopie, se tourne, elle, vers la relation des étonnantes singularités de la "nouvelle île Utopie", fiction raisonnée, selon un topos littéraire dont les sources seraient à chercher du côté des mythes platoniciens, et aussi celui de l'Histoire vraie de Lucien de Samosate, auteur particulièrement apprécié dans les cercles érasmiens, qui avait déjà mis au point l'art d'utiliser le récit d'un voyage imaginaire en vue d'effectuer une remise en perspective critique de l'actualité ».
  140. R. S. Sylvester 1968, Voir les développements sur le titre aux pages 274 à 276.
  141. Marie Delcourt 1936, p. 26.
  142. André Prévost 1978, p. 265.
  143. André Prévost 1978, p. 67.
  144. Thomas More 1979, p. XV à XXXIII, « The composition of Utopia ».
  145. Thomas More 1987, p. 87.
  146. Thomas More 1987, p. 73.
  147. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 49.
  148. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 13.
  149. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 16.
  150. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 44.
  151. Dictionnaire Gaffiot, « PETRARIUM, 1169, PHÆDIMUS », sur LEXILOGOS
  152. Dictionnaire Gaffiot, « ÆGÆON, 71, ÆGINA », (Voir des pages 70 à 71 les mots dont les racines sont « Ægæ, æga, æge, ægi ». Les lecteurs hellénistes à qui L'Utopie était adressé ne pouvaient ignorer ces termes.), sur LEXILOGOS
  153. Dictionnaire Gaffiot, « DINOSCO, 531, DIOPHANES », sur LEXILOGOS
  154. Dictionnaire Gaffiot, « DISTRIBUTUS, 547, DIUTURNUS », sur LEXILOGOS
  155. André Prévost 1978, p. 77, note n°1 ; puis aux pages : 92 ; 96 ; 141, note n°2 ; 182 et 261, note n°8 (voir aussi les notes complémentaires accompagnant le texte lui-même).
  156. Miguel Abensour 2009, p. 34.
  157. Elizabeth McCutcheon 1983, p. 17.
  158. Laurent Cantagrel 2012, p. 52.
  159. Emmanuelle Lacore-Martin 2008, p. 124 et 125, par exemple (pagination du PDF) ; aux §3 et §4 de la version en ligne.
  160. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 44 à 49.
  161. Dictionnaire Gaffiot, « MORSICATIM, 996, MOS », sur LEXILOGOS
  162. Miguel Abensour 2009, p. 35.
  163. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 244. Article « Utopia ».
  164. Elizabeth McCutcheon 1983.
  165. Edward L. Surtz 1967.
  166. Thomas More, De Optimo Reip. Statu, deque nova insula Utopia, Basileam, Johannes Froben, (lire en ligne), p. 17
  167. André Prévost 1978, p. 310, note n°1 « La meilleure… ».
  168. André Prévost 1978, p. 311.
  169. André Prévost 1978, p. 310, note n°4 « shérif (vicecomes) ».
  170. André Prévost 1978, p. 310, note n°5 « Les Épigrammes de More ».
  171. Thomas More 2012, p. 271.
  172. Thomas More 2012, p. 272.
  173. Thomas More 2012, p. 273.
  174. Thomas More 2012, p. 272-273.
  175. Thomas More 2012, p. 255.
  176. Thomas More 2012, p. 256.
  177. Thomas More 2012, p. 259-260.
  178. Thomas More 2012, p. 260.
  179. Thomas More 2012, p. 261.
  180. Thomas More 2012, p. 262-263.
  181. Thomas More 2012, p. 263.
  182. Thomas More 2012, p. 264.
  183. Thomas More 2012, p. 265.
  184. Louis Marin 1973, p. 123, note n°9.
  185. André Prévost 1978, p. 218, note n°1.
  186. André Prévost 1978, p. 332.
  187. Suzanne Gély 2000a, p. 7.
  188. Thomas More 1979, p. 276-277, note « 16/1 », « Vtopia insvla tabvla [Map…Utopia] ».
  189. Sébastien Hayez 2018.
  190. Thomas More 1987, p. 187.
  191. Stephen Duncombe, « Listen », Sur cette page, la première piste sonore (intitulée « Four Verses in the Utopian Tongue ») est une lecture orale du poème en langue vernaculaire des Utopiens, sur The Open Utopia, 2010-2019
  192. Louis Marin 1973, p. 126, note n°10, crochets de L. Marin.
  193. Thomas More 2012, p. 237.
  194. Thomas More 2012, p. 238.
  195. Thomas More 2012, p. 240.
  196. Thomas More 2012, p. 240-241.
  197. Thomas More 2012, p. 241.
  198. André Prévost 1978, p. 349.
  199. Thomas More 1987, p. 73-74.
  200. Thomas More 1987, p. 74.
  201. Thomas More 1987, p. 75.
  202. Thomas More 1987, p. 76.
  203. Thomas More 1987, p. 77.
  204. Thomas More 1987, p. 77-78.
  205. Thomas More 1987, p. 79.
  206. Thomas More 1987, p. 83-84.
  207. Thomas More 1987, p. 84.
  208. Thomas More 1987, p. 86.
  209. Thomas More 1987, p. 90.
  210. Thomas More 1987, p. 94-95.
  211. André Prévost 1978, p. 378.
  212. Thomas More 1987, p. 92.
  213. Thomas More 1987, p. 93.
  214. Thomas More 1987, p. 95.
  215. Thomas More 1987, p. 99.
  216. Thomas More 1987, p. 107.
  217. Thomas More 1987, p. 115.
  218. Thomas More 1987, p. 116.
  219. Thomas More 1987, p. 118.
  220. Thomas More 1987, p. 119.
  221. André Prévost 1978, p. 434.
  222. Thomas More 1987, p. 126.
  223. Thomas More 1987, p. 124.
  224. Thomas More 1987, p. 125.
  225. Thomas More 1987, p. 128.
  226. Thomas More 1987, p. 129.
  227. Thomas More 1987, p. 131.
  228. Thomas More 1987, p. 132.
  229. Thomas More 1987, p. 133.
  230. André Prévost 1978, p. 448.
  231. Thomas More 1987, p. 137.
  232. Thomas More 1987, p. 138.
  233. Thomas More 1987, p. 139.
  234. Thomas More 1987, p. 157.
  235. Thomas More 1987, p. 158.
  236. Thomas More 1987, p. 222.
  237. Thomas More 1987, p. 141.
  238. Thomas More 1987, p. 144.
  239. Thomas More 1987, p. 143.
  240. Thomas More 1987, p. 142.
  241. Thomas More 1987, p. 162.
  242. Thomas More 1987, p. 145-146.
  243. André Prévost 1978, p. 465.
  244. Thomas More 1987, p. 145.
  245. Thomas More 1987, p. 146.
  246. Thomas More 1987, p. 152.
  247. Thomas More 1987, p. 151-152.
  248. Thomas More 1987, p. 196-197.
  249. Thomas More 1987, p. 197.
  250. André Prévost 1978, p. 470.
  251. Thomas More 1987, p. 156.
  252. Thomas More 1987, p. 154-155.
  253. Thomas More 1987, p. 191.
  254. Thomas More 1987, p. 192.
  255. Thomas More 1987, p. 193.
  256. Thomas More 1987, p. 155.
  257. Thomas More 1987, p. 140.
  258. Thomas More 1987, p. 159.
  259. Thomas More 1987, p. 147.
  260. Thomas More 1987, p. 149.
  261. Thomas More 1987, p. 166.
  262. Thomas More 1987, p. 189-190.
  263. Thomas More 1987, p. 195.
  264. Thomas More 1987, p. 194.
  265. André Prévost 1978, p. 514.
  266. Thomas More 1987, p. 148.
  267. Thomas More 1987, p. 190.
  268. Thomas More 1987, p. 163.
  269. Thomas More 1987, p. 156-157.
  270. Thomas More 1987, p. 165.
  271. Thomas More 1987, p. 164.
  272. Thomas More 1987, p. 200-201.
  273. Thomas More 1987, p. 201.
  274. Thomas More 1987, p. 212.
  275. Thomas More 1987, p. 205.
  276. Thomas More 1987, p. 223-224.
  277. Thomas More 1987, p. 174.
  278. Thomas More 1987, p. 180-181.
  279. Thomas More 1987, p. 180.
  280. Thomas More 1987, p. 186.
  281. Thomas More 1987, p. 182.
  282. Thomas More 1987, p. 213.
  283. Thomas More 1987, p. 172-173.
  284. Thomas More 1987, p. 217.
  285. Thomas More 1987, p. 216.
  286. Thomas More 1987, p. 225.
  287. Thomas More 1987, p. 221.
  288. Thomas More 1987, p. 214.
  289. Thomas More 1987, p. 235.
  290. Thomas More 1987, p. 229.
  291. Thomas More 1987, p. 231.
  292. Thomas More 1987, p. 233.
  293. Thomas More 1987, p. 233-234.
  294. Thomas More 1987, p. 234.
  295. Thomas More 2012, p. 248-249.
  296. Thomas More 2012, p. 249.
  297. Thomas More 2012, p. 250.
  298. Thomas More 2012, p. 251.
  299. André Prévost 1978, p. 642.
  300. Suzanne Gély 2000b, p. 4.
  301. Suzanne Gély 2000b, p. 6.
  302. Suzanne Gély 2000b, p. 7 (Voir l'ensemble du paragraphe).
  303. Suzanne Gély 2000b, p. 7.
  304. André Prévost 1978, p. 644.
  305. Suzanne Gély 2000b, p. 2.
  306. André Prévost 1978, p. 215 à 240, « Les premières éditions de l'Utopie ».
  307. Thomas More 1987, p. 75, M. Delcourt indique dans la note « Utopia » : « L'ouvrage parut sous des titres différents, tous très longs, à la mode du temps ».
  308. Germaine Aujac 2006, Cet article décrit le travail et l'engagement de certains graveurs auprès des humanistes : Hans Holbein le Jeune, Simon de Colines et John Day. Aussi, cet article rappelle que le livre, moyen de diffusion des idées à la Renaissance, était un objet véritablement pensé de bout en bout : les frontispices y tiennent une place importante.
  309. André Prévost 1978, p. 658, suite de la note n°1 « La meilleure forme de communauté politique » p. 657.
  310. André Prévost 1978, p. 239, note n°2.
  311. André Prévost 1978, p. 218.
  312. Suzanne Gély 2000b, p. 3.
  313. André Prévost 1978, p. 223.
  314. André Prévost 1978, p. 226.
  315. André Prévost 1978, p. 225.
  316. André Prévost 1978, p. 237.
  317. Suzanne Gély 2000b, p. 5.
  318. Suzanne Gély 2000a, p. 2, pour d'autres développements.
  319. Louis Marin 1973, p. 140.
  320. Suzanne Gély 2000a, p. 2.
  321. André Prévost 1978, p. 221.
  322. Stephen Duncombe, « John Desmarais to Peter Giles », Traduction depuis l'anglais par Kefaire, sur The Open Utopia, 2010-2019
  323. Thomas More 2012, p. 266.
  324. Thomas More 2012, p. 267.
  325. Thomas More 2012, p. 268.
  326. Thomas More 2012, p. 269.
  327. Thomas More 2012, p. 269-270.
  328. Thomas More 2012, p. 270.
  329. (en) Stephen Duncombe, « Beatus Rhenanus to Willibald Pirckheimer », Traduction depuis l'anglais par Kefaire, sur The Open Utopia, 2010-2019
  330. Thomas More 1979, p. 1 à 253. Pour chaque nom, des précisions sur son étymologie et sa polysémie sont données lors de sa première apparition dans le texte.
  331. André Prévost 1978, p. 342 à 632. Pour chaque nom, des précisions sur son étymologie et sa polysémie sont données lors de sa première apparition dans le texte.
  332. Érasme de Rotterdam et Thomas More 1985, p. 33. Lettre M3 (A 461), Londres, le 3 septembre 1516. Cette « lettre », c'est la « Lettre-Préface », « Peter », Pierre Gilles et, « notre Nulle-part » (« Nusquama »), c'est l'Utopie.
  333. Érasme de Rotterdam et Thomas More 1985, p. 39. Lette E5 (A 474), Anvers, 2 octobre 1516.
  334. Érasme de Rotterdam et Thomas More 1985, p. 42. Lettre M6 (A 481), Londres, 31 octobre 1516.
  335. Érasme de Rotterdam et Thomas More 1985, p. 46, Lettre M7 (A 499), Londres, 4 décembre 1516. Les « Amaurates » sont les habitants d'Amaurote.
  336. Érasme de Rotterdam et Thomas More 1985, p. 46, Lettre M7 (A 499), Londres, 4 décembre 1516.
  337. Érasme de Rotterdam et Thomas More 1985, p. 47, Lettre M7 (A 499), Londres, 4 décembre 1516.
  338. Marie-Claire Phélippeau 2016b, p. 305. Traduction : « Il semble que ce n’est qu’au cours de la seconde moitié du vingtième siècle que les traducteurs et les chercheurs prirent conscience de l’importance des paratextes accompagnant l'Utopie ».
  339. Marie-Claire Phélippeau 2016b, p. 305-306. Traduction : « Il est désormais entendu que les paratextes accompagnant l'Utopie font partie intégrante de l'œuvre de Thomas More et contribuent à son sens, même si des recherches doivent encore être menées pour parvenir à une conclusion satisfaisante quant à leur(s) fonction(s) réelle(s) ».
  340. Keith Watson, Sir Thomas More, dans Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée (Paris, Unesco : Bureau international d’éducation), vol. XXIV, no 1-2, 1994, p. 191 [lire en ligne].
  341. Motu proprio du pape Jean-Paul II pour la proclamation de saint Thomas More comme patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques le 31 octobre 2000.
  342. Saint Thomas More, patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques.
  343. Voir sur livres-mystiques.com.
  344. André Prévost 1978.
  345. Marie Delcourt (éd.) 1983, p. 10, « Introduction »(1936).
  346. Miguel Abensour 2009, p. 37-61, « L'articulation du Livre I et du Livre II ».
  347. Laurent Cantagrel 2012, p. 11.
  348. Thierry Paquot 2018, p. 5.
  349. Norbert Elias 2014, p. 107.
  350. Marie-Claire Phélippeau 2016a, p. 76.
  351. Hans-Günter Funke 1988, p. 21.
  352. Hans-Günter Funke 1988, p. 22.
  353. Hans-Günter Funke 1988, p. 22. Par exemple chez Jean Bodin ou Antoine du Verdier.
  354. Hans-Günter Funke 1988, p. 23. La seule occurrence du mot « utopie » est celle du titre de la nouvelle traduction française due à Samuel Sorbière : L'Utopie de Thomas Morus.
  355. Hans-Günter Funke 1988, p. 24-25. Pour être précis, il s'agit de la cinquième édition du Dictionnaire de Trévoux.
  356. Trévoux 1771, p. 489 (graphie légèrement modernisée).
  357. Hans-Günter Funke 1988, p. 31.
  358. « Définition du mot utopie », sur Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, (consulté le 8 janvier 2020)
  359. Henri Desroche 2002, p. 121-122. La première publication de cet article date de 1991, H. Desroche travaillait sur l'utopie depuis le début des années 1960.
  360. Philippe Boudon 2009, passim. Cet article témoigne de l'extraordinaire diffusion et réinterprétation du mot « utopie » dans le vocabulaire de l'architecture.
  361. Hans-Günter Funke 1988, p. 20-21.
  362. Thomas More 1888, p. 7.
  363. Hans-Günter Funke 1988, p. 19.
  364. Hans-Günter Funke 1988, p. 35.
  365. R. Payaud, « Du droit de punir », Annuaire des commissaires de police, , p. 13-21 (lire en ligne)
  366. G. de Rouville, « Parallèles entre les tendances et les buts de la gynécologie et de l'obstétrique moderne », Revue française de gynécologie et d'obstétrique, no 8, , p. 327-329 (lire en ligne)
  367. Delarue-Nouvellière, « Indiscrétion sur le nouvel avion de chasse d'Utopie », L'Air. Revue mensuelle. Organe de la Ligue nationale populaire de l'aviation, no 537, , p. 4 (lire en ligne)
  368. C. K., « Semaine astrologique », Elle. L'hebdomadaire de la femme, no 83, , p. 20-21 (lire en ligne)
  369. Massote, « L'Utopie lyrique de 68 », Causses et Cévennes. Revue du Club cévenol, , p. 67 (lire en ligne)
  370. Paule Paillet, « Héroïsme et utopie », Informations sociales. Bulletin mensuel à l'usage des services sociaux, no 40, , p. 74-80 (lire en ligne)
  371. Norbert Elias 2014, p. 60.
  372. Norbert Elias 2014, p. 33.
  373. Thierry Paquot 2018, p. 32-33.
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  375. Christian Godin 2000, p. 10.
  376. Frédéric Rouvillois 2013, p. 47.
  377. Maurice Tournier 1993, p. 114.
  378. Maurice Tournier 1993, p. 115.
  379. John Cartledge 1996, p. 212. L'article de J. Cartledge d'où est extrait cette citation ne figure plus dans la nouvelle édition du livre Le savoir grec. Dictionnaire critique parue en 2011, et plusieurs fois rééditée depuis.
  380. Gérard Raulet 1992, p. 102.
  381. Gérard Raulet 1992, p. 104.
  382. Bronislaw Baczko 2001, p. 20 (italiques de l'auteur) : « Ainsi appelle-t-on utopie tout texte qui suit le modèle narratif proposé par More : le récit d'un voyage imaginaire au bout duquel le narrateur découvre un pays inconnu où règne l'ordre social idéal qui est raconté en détail. Mais on donne aussi le nom d'utopie aux textes qui ne relèvent pas de ce genre littéraire et qui avaient été conçus plusieurs siècles avant que le très excellent homme, Raphael Hythloday ait fait à Thomas More le récit de son voyage ».
  383. Gérard Raulet 1992, p. 104. À la même page, G. Raulet constate ceci à propos de l'usage du terme « utopie » : « on l'applique de façon large non seulement aux projets de gouvernement, aux Républiques idéales ou imaginaires, mais on lui associe aussi le mythe de l'Âge d'or, les Pays de Cocagne, les Arcadies, la tradition littéraire des voyages, réels et imaginaires ».
  384. Louis Marin 1979, p. 246-247.
  385. Ruth Levitas 2016, p. 396. Traduction : « Certains considèrent More comme le "fondateur" d’une tradition utopique. Mais More n’a pas inventé la pratique d’imaginer le monde autrement. […]. Tout comme n’a jamais fait sens pour moi de regarder More comme le fondateur d’un genre littéraire utopique, en partie parce que l’expression du désir d’une meilleure façon de vivre peut prendre tant de formes différentes qu'elle ne peut pas être définie comme un genre, et en partie parce que l’utopie n’est en aucun cas une fiction littéraire au sens du roman occidental ».
  386. Raymond Ruyer 1988, p. 160.
  387. Roger Mucchielli 1982, p. 72.
  388. Roger Mucchielli 1963, p. 105.
  389. Claude Gilbert Dubois 1968, p. 34.
  390. André Prévost 1978, p. 130-131.
  391. Nicole Schwartz-Morgan 2005, p. 50.
  392. Laurent Cantagrel 2012, p. 48.
  393. Jean-Louis Fournel 2012, p. 52.
  394. Nathalie Roland 2014, p. 5. Afin d'aiguiller le lecteur dans cette très courte présentation du livre de Th. More, il est écrit en toutes lettres : « Genre : roman ».
  395. Damian Grace 2009, p. 182. Traduction : « Nous pouvons être induits en erreur par des détails qui nous sont familiers si nous prenons l’Utopie pour une utopie ».
  396. Nicole Morgan 1995, p. 148.
  397. Louis Marin 1974, p. 145-146.
  398. (de) Johann Eberlin von Günzburg, New statute[n] die Psitacus gebracht hat vß dem la[n]d Wolfaria welche beträffendt reformierung geystlichen stand : Der. X. bu[n]dtgnosz, Basel, Gengenbach, (lire en ligne)
  399. Domenico Taranto 2007, p. 334.
  400. Luigi Firpo 1963, p. 119.
  401. (la) Caspar Stiblin, Coropaedia, sive De Moribvs Et uita Virginum sacrarum, libellus plane elegans, ac saluberrimis praeceptis refertus : Gasparo Stiblino autore. Eivsdem, De Evadaemonensium Republica Commentariolus, Basileae, Johannes Oporinus, (lire en ligne)
  402. Luigi Firpo 1963, p. 111.
  403. Luigi Firpo 1963, p. 111-112.
  404. Franz Reitinger 2007, p. 439. Traduction : « placée à la place du colophon jouait ainsi le rôle similaire d'un frontispice ».
  405. Franz Reitinger 2007, p. 439.
  406. Franz Reitinger 2007, p. 439. Traduction : « Tout comme la carte d'Holbein gravée pour l'Utopie de More, la tabella mettait les propos du Commentariolus de Stiblin sous les yeux du lecteur comme une preuve supplémentaire de la réalité utopique décrite ».
  407. Luigi Firpo 1963, p. 116.
  408. Domenico Taranto 2007, p. 333.
  409. (es) Antonio de Guevara, Libro del eloquentissimo Emperador Marco Aurelio con el relox de principes. Van mas que enlos passados añadidas nueue cartas y siete capitulos no de menor estilo y altas sentecias que todo lo enel mas contenido, Lisboa, Germã Gallart, (lire en ligne)
  410. Silvio Zavala 1948, p. 6.
  411. Silvio Zavala 1948, p. 3.
  412. Silvio Zavala 1948, p. 7.
  413. (it) Mambrino Roseo, Institutione del Prencipe christiano, Venetia, Mambrino Roseo, (lire en ligne)
  414. Adelin Charles Fiorato (dir.) 2001, p. 55, A. C. Fiorato.
  415. (it) Anton Francesco Doni, I Mondi del Doni, Venegia, Francesco Marcolini, (lire en ligne)
  416. Adelin Charles Fiorato (dir.) 2001, p. 56.
  417. (it) Francesco Patrizi, La città felice, Venetia, Giovan. Griffio, (lire en ligne)
  418. Adelin Charles Fiorato (dir.) 2001, p. 76.
  419. Cathy Verbist, « Une carte unique Utopia d’Ortelius fait désormais partie de la collection de la Fondation Roi Baudouin », sur Fondation Roi Baudoin,
  420. Franz Reitinger 2007, p. 440. Traduction : « comme une gravure commémorative privée ». En effet, cette carte fut réalisée à la demande de Jakob Monau and Johannes Mattheus Wackher de Wackenfels (Ibid., p. 439).
  421. Lyman Tower Sargent et Roland Schaer (dir.) 2000, p. 109.
  422. Franz Reitinger 2007, p. 440. Traduction : « Le lieu fictif représenté sur la carte devint un "site" virtuel qui permit aux compagnons, par ce media, de se retrouver et de rester en contact malgré les distances qui les séparaient, comme lorsque nous visitons un site web aujourd'hui. Bien que physiquement éloignés, les trois amis restaient proches par la présence de leurs noms inscrits sur la carte ortélienne ».
  423. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 3-6. Article « anabaptismes ».
  424. Claire Pierrot 2003, p. 109.
  425. Jean Céard 1996, p. 43.
  426. Jean Céard 1996, p. 56.
  427. Jean Céard 2012, p. 27, première phrase du « Résumé ».
  428. Jean Céard 2012, p. 27. Dans cet article, J. Céard s'intéresse aux lectures de l'Utopie faites par G. Budé, J. Le Blond, B. Aneau et, plus brièvement, à celles de Jean Bodin, de Guillaume de la Perrière et de Loys Le Roy. Jean de Serres est mentionné en passant.
  429. Claire Pierrot 2003, p. 111.
  430. François Rabelais, Les horribles et espoventables faictz et prouesses du très renommé Pantagruel, roy des Dipsodes, filz du grand géant Gargantua, composez nouvellement, Lyon, C. Nourry, 1525-1535 (lire en ligne)
  431. Emmanuelle Lacore-Martin 2008, p. 141-147 (pagination du PDF), voir la partie intitulée « Lucien, More et Rabelais » ; où E. Lacore-Martin étudie brièvement les ressemblances et les différences de l'utopie rabelaisienne avec l'œuvre de Th. More.
  432. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 234. Article « Thélème ».
  433. Verdun-Louis Saulnier 1963, p. 159. À la page 158, V.-L. Suanier écrit : « Sans parler des points importants où les pensées s'opposent, évoquer ici une communauté de pensée entre (au moins) Érasme, Morus et Rabelais, paraît un parti plus juste que l'affirmation d'une influence sur Rabelais de l'auteur de l'Utopie ».
  434. Geoffroy Tory, Champ fleury, Paris, Gilles de Gourmont, (lire en ligne)
    La planche se trouve au « Feuil. LXXVIII », c'est-à-dire au « feuillet/folio 78 ». (Pour une recherche rapide dans la visionneuse de Gallica, il faut taper « 78r » dans la fenêtre « Folio » en bas à droite.)
  435. Jean Céard 1996, p. 60.
  436. Kirsti Sellevold 2012, p. 76.
  437. Verdun-Louis Saulnier 1963, p. 151.
  438. Natalie Zemon Davies 1968, p. 94. Traduction : « Un avocat rêvait d’une société dans laquelle les paysans seraient plus efficacement exploités qu’auparavant ; l’autre d’une société dans laquelle "les paysans" et les exploiteurs avaient disparu ».
  439. Natalie Zemon Davies 1968, p. 94 (italiques de l'auteur). Traduction : « More décrivit une société dans laquelle la séparation entre la vie rurale et la vie urbaine était supprimée pour tous et dans laquelle les tâches agricoles n'étaient pas méprisées. Choppin visait une société dans laquelle la séparation entre la vie rurale et la vie urbaine fut supprimée pour les citadins riches, avocats et magistrats et dans laquelle l’administration agricole était prise plus au sérieux ».
  440. Natalie Zemon Davies 1968, p. 93.
  441. (la) Tommaso Campanella, F. Thomae Campanellae Calabri O.P. Realis Philosophiae Epilogisticae Partes Quatuor, Hoc est De Rervm Natvra, Hominvm Moribvs, Politica, (cui Civitas Solis iuncta est) & Oeconomica, Francfurti, Tampach, (lire en ligne)
  442. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 37. Article « Campanella ».
  443. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 34. Article « Campanella ».
  444. Adelin Charles Fiorato (dir.) 2001, p. 145.
  445. I.D.M.G.T., Histoire du grand et admirable royaume d'Antangil, Saumur, Thomas Portau, (lire en ligne)
  446. Jean Céard 1996, p. 62.
  447. Jean Céard 1996, p. 65.
  448. Verdun-Louis Saulnier 1963, p. 152.
  449. Jean Céard 1996, p. 63.
  450. (la) Jakob Bidermann, Utopia Didaci Bemardini, Seu Jacobi Bidermani E Societate Jesu Sales Musici : Quibus Ludicra Mixtim & seria litteratè ac festivè denarrantur, Dilingae, Joannem Casparum Bencard, (1re éd. 1640) (lire en ligne)
  451. Franz Reitinger 2007, p. 447-448. L'auteur du dessin de la carte n'aurait toujours pas été identifié. À la page 448, F. Reitinger précise que cette carte influença probablement Johann Andreas Schnebelin et Johann Baptist Homann (voir ci-après « Accurata Utopiae Tabula »).
  452. (en) Francis Bacon, New Atlantis (A Worke unfinished), London, J. H[aviland] for W. Lee, (lire en ligne)
  453. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 19. Article « Bacon ».
  454. Thomas More 1643.
  455. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 15. Article « Aventures de Télémaque (les) ».
  456. Christopher Hill 1977, p. 17.
  457. Christopher Hill 1977, p. 93.
  458. Christopher Hill 1977, Voir des chapitres VI à XVI pour des études de chacun des ces courants (Niveleurs, Divagateurs, Quakers, Prédicateurs, etc.).
  459. Christopher Hill 1977, Voir le chapitre VII « Niveleurs et vrais niveleurs » (p. 87-119). « Niveleurs » est la traduction française de Levellers ; « Bêcheux » celle de Diggers.
  460. Christopher Hill 1977, p. 94 (passages cités par C. Hill).
  461. Cornell University Library — DIGITAL COLLECTIONS, « Johann Baptist Homann : Schlarraffenlandes », sur Cornell University Digital Library
  462. Franz Reitinger 2007, p. 438.
  463. (de) Johann Andreas Schnebelin, Erklärung der wunder-seltzamen Land-Charten Utopiae, so da ist das neu-entdeckte Schlarraffen-Land, Arbeitshausen, (lire en ligne)
  464. (la) Joseph Hall, Mundus alter et idem. Sive Terra Australis antehac semper incognita ; longis itineribus peregrini Academici nuperrimè lustrata, Waesberge, Joannem, (1re éd. 1607) (lire en ligne)
  465. Joseph Hall, « Mundus alter et idem siue… », Reproductions numérisées des cartes accompagnant l'ouvrage de J. Hall Mundus alter et idem…, sur Folger Shakespeare Library
  466. Franz Reitinger 2007, p. 448. Traduction : « Homann a fusionné les traditions de la cartographie réformiste de la double prédestination et la cartographie catholique de la corruption mondaine ».
  467. Thomas More 1715, p. 168.
  468. Lyman Tower Sargent et Roland Schaer (dir.) 2000, p. 110, Anne-Françoise Leprevots-Bonnardel identifie l'illustrateur des gravures de l'édition de N. Gueudeville comme étant François van Bleyswik.
  469. Thomas More 1715.
  470. Thomas More 1717.
  471. Thomas More 1730.
  472. Thomas More 1780.
  473. Thomas More 1789.
  474. Thomas More 1782.
  475. Antoine Hatzenberger (dir.), Utopies des Lumières, Paris, ENS éditions, « La Croisée des chemins »,
  476. Bronislaw Baczko 2001, passim.
  477. Bronislaw Baczko, Michel Porret et François Rosset (dir.), Dictionnaire critique de l'utopie au temps des Lumières, Chêne-Bourg, Georg éditeur,
  478. Stefan Horlacher 1994, p. 59.
  479. Hans-Günter Funke 1988, p. 25.
  480. Hinrich Hudde et Peter Kuon 1988, p. 9.
  481. Irmgard Hartog et Albert Soboul 1976, p. 164.
  482. Voltaire, Candide, ou l'Optimisme, Paris, Lambert, (lire en ligne)
  483. Anne Zali, Françoise Juhel, Catherine Lefrançois Tourret et Pascale Hellégouarc'h, « Les utopies de Candide », Exposition virtuelle proposée à l'occasion de l'exposition réelle « Utopie, la quête de la société idéale en Occident », qui se tint à la Bibliothèque Nationale de France en 2000, sur Bibliothèque Nationale de France, (consulté le 8 janvier 2020)
  484. Louis Sébastien Mercier, L'An deux mille quatre cent quarante. Rêve s'il en fût jamais, Londres, (lire en ligne)
  485. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 3. Article « An 2440 (l') ».
  486. Diderot, Supplément au voyage de Bougainville : Dialogue sur l'inconvénient d'attacher des idées morales à certaines actions physiques qui n'en comportent pas, Paris, Imprimerie de Chevet, (lire en ligne)
  487. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 88. Article « Diderot ».
  488. Jacques-Pierre Brissot de Warville, Bibliotheque philosophique du législateur, du politique, du jurisconsulte, t. I à X, Berlin, Desauges, (lire en ligne)
  489. Thomas More 1782, p. 4.
  490. Thomas More 1782, p. 4. De même au tome I de sa Bibliotheque…, à la page XX du Discours préliminaire qui présente son entreprise J.-P. Brissot de Warville écrit : « Beaucoup d'écrivains n'ont donné que des fragmens sur les loix criminelles. Morus, Montesquieu, Daguesseau, Voltaire, Linguet, &c. sont de ce nombre. Je crois très-fermement que les premiers auteurs qui ont écrit sur loix pénales, ont puisé dans l'Utopie de Morus, quoiqu'ils ne l'aient pas dit, & l'Utopie mérite encore d'être lue malgré leurs écrits. On en jugera par les fragmens & l'extrait que j'en donnerai ».
  491. Gracchus Babeuf, Cadastre perpétuel, ou Démonstration des procédés convenables à la formation de cet important ouvrage, pour assurer les principes de l'Assiette & de la Répartition justes & permanentes, & de la perception facile d'une contribution unique, tant sur les possessions territoriales, que sur les revenus personnels, Paris, (lire en ligne)
  492. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 17. Article « Babeuf ».
  493. Thomas More 1715, p. 210 et 213.
  494. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 108. Article « Fourier ».
  495. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 109. Article « Fourier ».
  496. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 111. Article « fouriéristes américains ».
  497. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 204. Article « Saint-Simon ».
  498. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 203. Article « Saint-Simon ».
  499. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 171. Article « Owen ».
  500. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 32. Article « Cabet ».
  501. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 139. Article « Leroux ».
  502. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 139-140. Article « Leroux ».
  503. Friedrich Engels, « Socialisme Utopique et Socialisme Scientifique », sur marxists.org, (consulté le 8 janvier 2020)
  504. Thomas More 1842.
  505. Thomas More 1888.
  506. Thomas More 1715, p. 226.
  507. Thomas More 1935.
  508. Jean Lameere (éd.), Les utopies à la Renaissance, Liège, P.U.B./P.U.F.,
    Actes du colloque international tenu à Bruxelles en avril 1961.
  509. Maurice De Gandillac, Catherine Piron (dir), Le discours utopique, Paris, UGE, «10/18»,
    Actes du colloque tenu à Cerisy en 1975.
  510. Pierre Furtet, Gérard Raulet (éd.), Stratégies de l’utopie, Paris, Galilée,
    Actes du colloque organisé par le Centre Thomas More en 1978.
  511. Raimond Ruyer, L'Utopie et les utopistes, Paris, PUF,
  512. Cioran, Histoire et utopie, Paris, Gallimard,
  513. Jean Servier, Histoire de l'utopie, Paris, Gallimard,
  514. Gilles Lapouge, Utopie et civilisations, Paris, Weber,
  515. Roger Mucchielli 1982.
  516. Bronislaw Baczko, Les imaginaires sociaux, Paris, Payot, « Critique de la politique »,
  517. Jean-Jacques Wunenburger, L'utopie ou La crise de l'imaginaire, Paris, J.-P. Delarge,
  518. Norbert Elias 2014.
  519. Paul Ricœur, L'idéologie et l'utopie, Paris, Seuil, « Points Essais »,
    Première parution en 1986.
  520. Robert Nozick, Anarchie, État et utopie, Paris, P.U.F.,
    Première parution aux États-Unis en 1974.
  521. Pierre-François Moreau, Le récit utopique. Droit naturel et roman de l'État, Paris, P.U.F.,
  522. Michel Foucault, Le corps utopique. Les Hétérotopies, Paris, Lignes,
    Ce livre réunit deux conférences prononcées en 1966.
  523. Ernest Tabouriech, La Cité future. Essai d'une utopie scientifique, Paris, P.-V. Stock, , 484 p. (lire en ligne)
    Édité une seconde fois en 1910, toujours chez Stock, ce livre est proposé en lien internet (à lire sur Gallica). La note (1) dans la citation renvoie ainsi : Voir A. Menger, Le Droit au produit intégral du Travail, p. 149 à 153 de la traduction française ; V. Giard et Brière, 1900.
  524. Thomas More 1715, p. 236 et 239.
  525. Ernst Bloch, L'Esprit de l'Utopie, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de philosophie »,
  526. André Reix, « Ernst Bloch, L'Esprit de l'utopie », Revue Philosophique de Louvain, , p. 592-593, Année 1979, n°36. (lire en ligne)
  527. Karl Mannheim, Idéologie et utopie, Paris, Marcel Rivière, , Traduction partielle
    Première parution en 1929 en Allemagne. Traduction intégrale en français sous le même titre Idéologie et utopie chez les Éditions de la Maison des sciences de l'homme, Paris, 2006 (272 p.).
  528. Corinne Delmas, « Karl Mannheim, Idéologie et utopie », L'Homme. Revue française d'anthropologie, , p. 264-266, Année 2009, n°189, « Oralité et écriture ». (lire en ligne)
  529. Michael Löwy, « Karl Mannheim, Idéologie et utopie », Archives des sciences sociales des religions, , p. 97-251 (entre…), Avril - Juin 2007, n°138, « Varia ». (lire en ligne)
  530. Miguel Abensour, Utopiques I, II, III & IV, Paris, Sens & Tonka, de 2013 à 2016
    Voici les titres de chacun des quatre tomes et, pour chacun, leur dernière date d'édition : Le procès des maîtres rêveurs. Utopiques I (2013) ; L'homme est un animal utopique. Utopiques II (2013) ; L'utopie de Thomas More à Walter benjamin. Utopiques III (2016) ; L'histoire de l'utopie et le destin de sa critique. Utopiques IV (2016).
  531. Michael Lowy, « Miguel Abensour (1939-2017), philosophe subversif », sur Club de Mediapart (consulté le 8 octobre 2019)
  532. Fabien Delmotte, « Miguel Abensour : repenser l’utopie », sur laviedesidées.fr, (consulté le 8 janvier 2020)
  533. Monique Boireau-Rouillé, « Michèle Riot-Sarcey, Le réel de l'utopie. Essai sur le politique au XIXe siècle », Revue d'histoire du XIXe siècle, année 1999, n°19 : « Aspects de la production culturelle au XIXe siècle » (lire en ligne)
  534. Thomas More 1715, p. 322 et 325.
  535. Christian Godin 2000, Les lignes de la citation sont tirées de la quatrième de couverture de l'ouvrage.
  536. Yolène Dilas-Rocherieux, L’utopie ou la mémoire du futur, Paris, Pocket, «Agora», , 672 p.
    Première édition en 2000.
  537. Alain Pessin, L'imaginaire utopique aujourd'hui, Paris, PUF, « Sociologie d'aujourd'hui », , 222 p.
  538. Michèle Riot-Sarcey (éd.), Les utopies, le moteur de l'histoire ? Les Rendez-Vous de l'Histoire. Blois 2000, Nantes, Pleins Feux, étude(s), , 123 p. (présentation en ligne)
    Le livre contient les textes (prononcés lors des Rendez-vous…) de Jacques Attali, Michèle Riot-Sarcey, Alain Touraine et Boutros Boutros-Ghali ; ce livre reprend aussi les débats animés par Pauline Schmitt-Pantel et Michel Winock. La préface est de Michèle Riot-Sarcey. Le lien internet renvoie vers une vidéo présentant les Rendez-Vous… de cette année 2000. Quelques intervenants sont interrogés, ainsi que des participants.
  539. Roland Schaer, Lyman Tower Sargent (dir.), Utopie : la quête de la société idéale en Occident, Paris, BNF - Fayard, , 368 p.
    Cet ouvrage a été publié à l’occasion de l’exposition « Utopie : la quête de la société idéale en Occident » présentée à la Bibliothèque nationale de France, à Paris, du 4 avril au 9 juillet 2000, puis à la New York Public Library, du 14 octobre 2000 au 27 janvier 2001.
  540. Michèle Riot-Sarcey (dir.), L’Utopie en questions, Paris, Presses Universitaires de Vincennes, «La Philosophie hors de soi», , 256 p.
  541. Thomas Bouchet, « Michèle RIOT-SARCEY (dir.), L'Utopie en questions », Revue d'histoire du XIXe siècle, année 2001, n°22 : « Autour de Décembre 1851 » (lire en ligne)
  542. « Utopie I : la fabrique de l'utopie », Quaderni, no 40, hiver 1999-2000 (lire en ligne)
  543. « Utopie II : les territoires de l'utopie », Quaderni, no 41, (lire en ligne)
  544. « Utopie III : passages et apocalypse », Quaderni, no 42, (lire en ligne)
  545. Pierre Macherey 2011.
  546. Yves Charles Zarka (dir. Publication), Cités. « Utopies », Paris, P.U.F., , 192 p. (lire en ligne), Revue Cités - 2010/2 (n° 42).
    Contribuèrent à ce numéro : Marc Angenot, Isabelle Barbéris, Hakim Bey, Vanessa Clairet, Éric Corne, Pascal Cribier, Christian Godin, Sandra Guigonis, Djamel Klouche, Raphaël Larrère, Michael Löwy, Fabrizio Mejía Madrid, Vanessa Nurock, Philippe Simay, Annabela Tournon, Yves Charles Zarka.
  547. Europe. « Regards sur l'utopie », Paris, Revue Europe, , 404 p., p. 89e année - n°985/Mai 2011.
    Contribuèrent à ce dossier : Miguel Abensour, Bronislaw Baczko, Emmanuèle Baumgartner, Jacques Berchtold, Yves Citton, Franck Fischbach, Thierry Hoquet, Thierry Labica, Frank Lestringant, , Laurent Loty, Jean-Baptiste Para, Claire Pierrot, Martial Poirson, Michel Porret, Jean-Michel Racault, Martin Rueff, Anna Saignes, Jean-Paul Sermain, Raymond Trousson, Franco Venturi.
  548. Frédéric Dupin (éd.), Le Philosophoire, « L'Utopie », Paris, Vrin, année, 2015, n°2, 208 p. (lire en ligne)
    Contribuèrent à ce numéro : Miguel Abensour, Florent Bussy, Anne-Marie Drouin-Hans, Frédéric Dupin, Jean-Luc Gautero, Jean-Claude Poizat, Sébastien Roman.
  549. Thierry Paquot, Lettres à Thomas More sur son utopie (et celles qui nous manquent), Paris, La Découverte, « Cahiers libres », , 160 p.
  550. Aymeric Caron, Utopia XXI, Paris, Flammarion, , 517 p.
  551. Paul-Augustin Deproost, Charles-Henri Nyns et Christophe Vielle (dir.), Chemins d'Utopie : Thomas More à Louvain, 1516-2016, Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain,
    Participèrent à cet ouvrage : Pierre d'Argent, Philippe Barret, Marie Bertrand, Vincent Blondel, Mylène Botbol-Baum, Xavier de Coster, Jean-Michel Counet, Jean-Pierre Delville, Arnaud Deseau, Iris van Dorst, Antoinette Dumont, Vincent Engel, Andre Felicetti, Nathalie Frogneux, Christian Gilot, Axel Gosseries, François Hiraux, Jacques Laffineur, Maxime Lambrecht, Pierre-Joseph Laurent, Jean Leclercq, Walter Lesch, Mathieu de Nanteuil, Philippe Van Parijs, Hervé Pourtois, Jean-Joseph Remacle, Pierre Reman, Marie-Clotilde Roose, Valérie Rosoux, Rik Torfs, Edoardo Traversa, Françoise Tulkens, Pierre-Etienne Vandamme, David Vanderburgh, Pierre Vanderstraeten et Tanguy de Wilde d'Estmael.
  552. André Prévost 1978, p. 253.
  553. Thomas More 1979.
  554. Fátima Vieira et Lyman T. Sargent (eds) 2016a.
  555. Fátima Vieira et Lyman T. Sargent (eds) 2016b.
  556. Brenda Hosington 1984.
  557. Thomas More 1518h, p. 54-55.
  558. Thomas More 1550, p. 23. J. Le Blond rend la manchette de la page 54 du texte latin : « Les Suisses sont à qui plus leur done. » (Graphie légèrement modernisée).
  559. Thomas More 1559, p. 79. B. Aneau reprend à l'identique la manchette traduite par J. Le Blond : « Les Suisses sont à qui plus leur done. » (Graphie légèrement modernisée).
  560. Thomas More 1643, p. 46. S. Sorbière ne traduit pas la manchette à la page 54 du texte latin.
  561. Thomas More 1715, p. 63 (italiques de l'auteur). N. Gueudeville ne traduit pas la manchette à la page 54 du texte latin.
  562. Thomas More 1780, p. 77-78. T. Rousseau ne traduit pas la manchette à la page 54 du texte latin.
  563. Thomas More 1842, p. 90. V. Stouvenel ne traduit pas la manchette à la page 54 du texte latin.
  564. Thomas More 1935, p. 83-84. P. Grunebaum-Ballin ne traduit pas la manchette à la page 54 du texte latin.
  565. Thomas More 1966b, p. 96 ; page 104-105 dans la nouvelle édition de 1982. M. Bottigelli-Tisserand ne rend pas la manchette à la page 54 du texte latin.
  566. Thomas More 1983, p. 40 du texte traduit en français ; page 117 dans l'édition « GF ». M. Delcourt ne traduit pas la manchette à la page 54 du texte latin.
  567. André Prévost 1978, p. 417-418. Page 417, A. Prévost rend la manchette de la page 54 du texte latin : « Les mercenaires suisses ».
  568. Thomas More 2012, p. 83. G. Navaud ne reprend pas la manchette à la page 54 du texte latin.
  569. Thomas More 1979, p. XV à XXXIII, « The composition of Utopia ».
  570. André Prévost 1978, p. 61-82, « La genèse de l'œuvre ».
  571. Thomas More 2012, p. 302. Dans la « Lettre d'Érasme à Ulrich von Hutten du 23 juillet 1519 ».
  572. Marie Delcourt 1936, p. 28 : « More sait admirablement le latin, de telle sorte qu'il peut se permettre de l'écrire avec négligence. Ses phrases sont pleines d'ellipses, coupées de parenthèses, donnent l'impression de la langue parlée. Très souvent, elles paraissent grammaticalement incorrectes. Qu'on essaie de les corriger, on s'aperçoit qu'elles disent admirablement ce qu'elles veulent dire ».
  573. Patrick Dandrey 1997.
  574. Georges Molinié 1992, p. 95, article « Déclamation » : « La déclamation est d'abord l'exercice par lequel, dans les écoles de rhétorique, on apprenait aux étudiants à se familiariser avec les conditions concrètes du métier d'avocat, dans la prononciation de plaidoyers fictifs, sur des sujets fictifs mais considérés comme exemplaire du type de discussions possibles. On commence normalement par des narrations, avant d'arriver à des discours complets ».
  575. André Prévost 1978, p. 37, A. Prévost cite le passage d'une lettre d'Érasme : « la déclamation est la forme d'expression que More préfère et dans laquelle il se plaît à développer des idées paradoxales, plus aptes que d'autres à affiner l'acuité de l'esprit. Encore adolescent, il ruminait un dialogue sur une communauté à la manière de Platon où le partage s'étendait jusqu'aux femmes ».
  576. Olivier Reboul 2011, p. 65-67.
  577. Anne Godard 2001, p. 5.
  578. Laurent Cantagrel 2012, p. 48 : « l'Utopie ne doit pas être considérée comme le premier exemplaire de la littérature utopique : si l'on voulait la situer dans une tradition générique, ce serait plutôt, malgré le long discours ininterrompu du Livre II, dans celle du dialogue, qui permet à More de redoubler la réflexion politique par la mise en scène d'une discussion critique sur les conditions nécessaires pour que le discours lettré soit entendu et puisse influer sur la politique de son temps ».
  579. André Prévost 1978, p. 141.
  580. Monique Dixsaut 2003, p. 37.
  581. Anne Godard 2001, p. 47 : « Le début de la Renaissance est lié à la redécouverte de l'Antiquité et surtout de l'éloquence latine, dont Cicéron est le parangon. En tant qu'orateur et homme politique, Cicéron a été un modèle d'éloquence orale ; en tant qu'écrivain, ayant fait entrer la philosophie dans la cité et la pensée grecque dans la langue latine, il est devenu également un modèle d'éloquence écrite. Sa personnalité et son œuvre sont des modèles qui se renforcent l'un l'autre. Cicéron domine en tant que modèle d'écriture dans la mesure où l'écriture essaie de correspondre à un mode de vie. C'est lui le point de départ pour les dialogues de la Renaissance ».
  582. Edmond Courbaud 2009, p. VIII.
  583. Anne Godard 2001, p. 43.
  584. Jean-François Vallée 2013, p. 20-21 , ainsi que le paragraphe conclusif p. 21 (pagination du PDF) ; §26 et §27 de la version en ligne.
  585. André Prévost 1971, p. 161-168 (l'article en entier).
  586. Emmanuelle Lacore-Martin 2008, p. 125-141, « Le livre I et la forme du dialogue philosophique » et « Le livre II de l'Utopie : de Platon et Aristote à Lucien » (du §5 au §35 de la version en ligne), pour une approche synthétique de cette "densité".
  587. Simone Goyard-Fabre 1987, p. 31-32.

Les quatre éditions latines de l'Utopie

Ci-dessous sont présentées en détail les quatre compositions de l'Utopie. L'édition princeps de 1516 imprimée à Louvain fut supervisée par Érasme assisté de Pierre Gilles ; Érasme prépara l'édition de 1517 qui fut supervisée par Thomas Lupset à Paris ; pour les éditions de mars et de novembre 1518 à Bâle, Érasme après avoir préparé les deux éditions délégua leur supervision à Beatus Rhenanus. Il est parfois fait mention d'une cinquième édition chez Johan Froben datée de décembre 1518, en réalité il s'agit d'une nouvelle mise sous presse de l'édition de novembre 1518. D'après Reginald Walter Gibson, au moins 100 exemplaires des quatre premières éditions revues par More ou ses collaborateurs directs sont parvenus jusqu'à nous (voir l'inventaire qui'l propose dans son livre St Thomas More : A preliminary bibliography of his works and of Moreana to to the year 1750). Certains de ses exemplaires appartiennent à des collectionneurs privés ou à des fondations, la majeure partie se trouve dans des bibliothèques nationales, municipales et universitaires ou dans des bibliothèques rattachées à des institutions publiques. À titre d'exemple : la Bibliothèque nationale de France et la Bibliothèque Sainte-Geneviève possèdent chacune un exemplaire de l'édition princeps et un exemplaire de l'édition de novembre 1518, tandis que la Bibliothèque Diderot de Lyon possède un exemplaire de l'édition de 1517.

Des liens vers des reproductions numérisées réalisées par différentes institutions sont proposés sous le détail de chaque édition. (Certaines éditions de mars et de novembre 1518 contenaient à la suite du texte Utopie des Epigrammata de Th. More et d'Érasme ; parmi les liens ci-après, se trouvent des reproductions numérisées avec ou sans ces Epigrammata.)

Le texte latin est librement disponible ici : Thomas More, « De optimo reipublicae statu… », sur The Essential Works of Thomas More, . Il est édité par Mary Taneyhill, William Farris et Jacquelyn Lee ; il comprend tous les parerga (exceptés la carte, l'alphabet utopien et son poème).

1516

L'édition princeps d'Utopie chez Thierry Martens, intitulée Libellus vere aureus nec minus salutaris quam festivus de optimo reip. statu deque nova Insula Utopia…, se présente ainsi :

  • une page de titre débute par la mention « Libellus vere aureus… » ;
  • une carte de l'île d'Utopie (peut-être due à G. Geldenhauer) ;
  • un alphabet utopien et un quatrain en langue vernaculaire des Utopiens (vraisemblablement réalisés par P. Gilles) ;
  • un « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu de Hythlodée par sa sœur » (vraisemblablement rédigé par Th. More) ;
  • une lettre de P. Gilles adressée à J. de Busleyden ;
  • une lettre de J. Desmarais adressée à P. Gilles ;
  • un poème de J. Desmarais ;
  • un poème de C. Schrijver ;
  • un poème de G. Geldenhauer ;
  • une lettre de J. de Busleyden adressée à Th. More ;
  • une « Lettre-Préface » de Th. More adressée à P. Gilles (avec quelques manchettes attribuées à. P. Gilles et/ou à Érasme) ;
  • le Livre I & le Livre II (avec plus de 150 manchettes attribuées à. P. Gilles et/ou à Érasme) ;
  • enfin, la marque d'imprimeur de Thierry Martens.

Quelques reproductions numérisées de cette édition princeps :

  • (la) Thomas More, Libellus vere aureus…, Louvain, Theodorice Martini, décembre 1516a (lire en ligne), Bibliothèque Mazarine (Mazarinum)
  • (la) Thomas More, Libellus vere aureus…, Louvain, Theodorice Martini, décembre 1516b (lire en ligne), Bibliothèque nationale de France (Gallica)
  • (la) Thomas More, Libellus vere aureus…, Louvain, Theodorice Martini, décembre 1516c (lire en ligne), University of San Francisco, Gleeson Library/Geschke Center (Gleeson Library Digital Collection)

1517

La deuxième édition imprimée chez Gilles de Gourmont, intitulée Ad lectorem. HABES CANDIDE LECTOR opusculum illud vere aureum Thomæ Mori non minus utile quam elegans, de optimo reipublicae statu, deque nova Insula Utopia…, est composée ainsi :

  • une nouvelle page de titre est composée, « Ad lectorem. HABES CANDIDE LECTOR… » ;
  • « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu de Hythlodée par sa sœur » ;
  • une lettre de G. Budé adressée à T. Lupset est ajoutée ;
  • lettre de P. Gilles adressée à J. de Busleyden ;
  • lettre de J. Desmarais adressée à P. Gilles ;
  • poème de J. Desmarais ;
  • « Lettre-Préface » de Th. More à P. Gilles (+ les manchettes) ;
  • le Livre I & le Livre II occupent à présent le centre de la publication (+ les manchettes) ;
  • une nouvelle lettre de Th. More adressée à P. Gilles est ajoutée après le Livre II (« Impendio ») ;
  • lettre de J. de Busleyden adressée à Th. More ;
  • poème de G. Geldenhauer ;
  • poème de C. Schrijver ;
  • enfin, la marque d'imprimeur de Gilles de Gourmont.

Quelques reproductions numérisées de cette édition :

  • (la) Thomas More, Ad lectorem. HABES CANDIDE LECTOR…, Paris, Gilles de Gourmont, 1517a (lire en ligne), Internet Archive (John Carter Brown Library)
  • (la) Thomas More, Ad lectorem. HABES CANDIDE LECTOR…, Paris, Gilles de Gourmont, 1517b (lire en ligne), Bibliothèque nationale de France (Gallica)

Mars 1518

La troisième édition imprimée chez Johann Froben, intitulée De optimo reipublicae statu, deqve noua insula Utopia, libellus uere aureus, nec minus salutaris quam festivus…, est composée ainsi :

  • un frontispice remplace les précédentes pages de titre, désormais le titre devient « De Optimo Reip. Statv Deqve noua insula Vtopia… » ;
  • une lettre d'Érasme adressée à J. Froben est ajoutée ;
  • lettre de G. Budé adressée à T. Lupset ;
  • « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu de Hythlodée par sa sœur » ;
  • une nouvelle carte de l'île d'Utopie est gravée par Ambrosius Holbein ;
  • l'alphabet utopien de P. Gilles est retouché et repris, ainsi que le quatrain en langue vernaculaire des Utopiens ;
  • lettre de P. Gilles adressée à J. de Busleyden ;
  • un frontispice est réalisé par Hans Holbein le Jeune pour la « Lettre-Préface » de Th. More à P. Gilles (+ les manchettes) ;
  • Livre I & Livre II, (+ les manchettes, + une gravure est réalisée au-dessus du titre du Livre I) ;
  • lettre de J. de Busleyden adressée à Th. More ;
  • poème de G. Geldenhauer ;
  • poème de C. Schrijver ;
  • enfin, la marque d'imprimeur de J. Froben.

Quelques reproductions numérisées de cette édition :

  • (la) Thomas More, De optimo reipublicae statu…, Bâle, Johan Froben, 1518a (lire en ligne), Universitätsbibliothek Basel (e-rara), sans les Epigrammata
  • (la) Thomas More, De optimo reipublicae statu…, Bâle, Johan Froben, 1518b (lire en ligne), Bayerische StaatsBibliothek digital, sans les Epigrammata
  • (la) Thomas More, De optimo reipublicae statu…, Bâle, Johan Froben, 1518c (lire en ligne), Biblioteca Nacional de Portugal (Biblioteca Nacional Digital), avec les Epigrammata de Th. More et d'Érasme
  • (la) Thomas More, De optimo reipublicae statu…, Bâle, Johan Froben, 1518d (lire en ligne), Münchener DigitalisierungsZentrum (Digitale Bibliothek), avec les Epigrammata de Th. More et d'Érasme

Novembre 1518

La quatrième édition ne varietur du livre de Th. More intitulé De optimo reipublicae statu, deqve noua insula Utopia, libellus uere aureus, nec minus salutaris quam festivus…, imprimée chez Johan Froben à Bâle et datée de , reprend l'ordonnancement de l'édition précédente :

  • un nouveau frontispice (celui de la « Lettre-Préface » de mars 1518) remplace celui de la troisième édition, le titre demeure « De Optimo Reip. Statv Deqve noua insula Vtopia… » ;
  • lettre d'Érasme adressée à J. Froben (+ une nouvelle lettrine) ;
  • lettre de G. Budé adressée à T. Lupset ;
  • « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu de Hythlodée par sa sœur » ;
  • carte de l'île d'Utopie (retrait du titre « VTOPIAE INSVLAE TABVLA ») ;
  • quatrain en langue vernaculaire des Utopiens et l'alphabet utopien ;
  • lettre de P. Gilles adressée à J. de Busleyden (+ une nouvelle lettrine) ;
  • « Lettre-Préface » de Th. More adressée à P. Gilles (+ les manchettes) ;
  • Livre I & Livre II, trois nouvelles manchettes sont ajoutées (+ deux nouvelles lettrines) ;
  • lettre de J. de Busleyden adressée à Th. More ;
  • poème de G. Geldenhauer ;
  • poème de C. Schrijver ;
  • enfin, la marque d'imprimeur de J. Froben clôt l'œuvre.

Quelques reproductions numérisées de l'édition ne varietur :

  • (la) Thomas More, De optimo reipublicae statu…, Bâle, Johan Froben, 1518e (lire en ligne), Internet Archive (John Carter Brown Library), sans les Epigrammata
  • (la) Thomas More, De optimo reipublicae statu…, Bâle, Johan Froben, 1518f (lire en ligne), Bayerische StaatsBibliothek digital, sans les Epigrammata
  • (la) Thomas More, De optimo reipublicae statu…, Bâle, Johan Froben, 1518g (lire en ligne), Biblioteca Nacional de Portugal (Biblioteca Nacional Digital), avec les Epigrammata de Th. More, mais sans ceux d'Érasme
  • (la) Thomas More, De optimo reipublicae statu…, Bâle, Johan Froben, 1518h (lire en ligne), The Folger Shakespeare Library (Luna), avec les Epigrammata de Th. More et d'Érasme

Éditions en langues vernaculaires de l'Utopie

Chronologie de quelques traductions

  • 1524, allemand, par Claudius Cantiuncula à Basel.
  • 1548, italien, par Ortensio Lando à Venise.
  • 1550, français, par Jean Leblond, Evreux, Paris.
  • 1551, anglais, par Ralph Robynson, publiée à Londres.
  • 1553, hollandais, par Hans de Laet à Anvers.
  • 1612, allemand, par Gregor Wintermonath à Leipzig.
  • 1637, espagnol, par Salvador de Cea à Cordoba.
  • 1643, français, par Samuel Sorbière, Amsterdam.
  • 1684, anglais, par Gilbert Burnet, publiée à Dublin et à Londres.
  • 1715, français, par Nicolas Gueudeville, Leyde et Amsterdam.
  • 1780, français, par Thomas Rousseau, Paris.
  • 1842, français, par Victor Stouvenel, Paris.
  • 1923, anglais, par G. C. Richards, publiée à Londres.
  • 1935, français, par Paul Grunebaum-Ballin, Paris.
  • 1949, anglais, par H. V. S. Ogden, publiée à New York.
  • 1950, français, par Marie Delcourt, Bruxelles.
  • 1964, anglais, par Edward Surtz, New Haven et Londres.
  • 1965, anglais, par Peter K. Marshall, New York.
  • 1965, anglais, par Paul Turner, Londres.
  • 1975, anglais, par R. M. Adams, New York.
  • 1978, français, par André Prévost, Paris.

Éditions recommandées

En langue anglaise

Édition de référence
  • (en) Thomas More, The Complete Works of Saint Thomas More, IV : Utopia, New Haven, Yale U.P., ed. Edward L. Surtz & Jack H. Hexter, (1re éd. 1965). Cette édition se présente ainsi : aux pages XV à CXCIV une « Introduction » conséquente où J. H. Hexter et Edward Surtz étudient la composition d'Utopie, ils contextualisent le texte, établissent ses sources et filiations, enfin, ils retracent les éditions du livre et abordent les problèmes du texte latin et les questions de traduction. Ensuite, des pages 1 à 253, le texte de l'Utopie est présenté en latin avec sa traduction anglaise en regard, les manchettes sont présentes. Après, suit un cahier iconographique : gravures, lettrines, marques d'imprimeur, portraits d'humanistes. Enfin, des pages 267 à 570 des notes détaillées apportent des éclairages sur le texte (question de traduction, contexte historique , références littéraires, etc.). Le texte latin est établi en comparant les éditions de 1516, 1517 et .
    Voici le détail de la composition du livre l'Utopie proposée dans cette édition, d'ans l'ordre : lettre d'Érasme à J. Froben ; lettre de G. Budé à T. Lupset ; la carte de 1518 et celle de 1516 présentées en regard ; l'alphabet utopien et son quatrain ; le « Sizain » ; la lettre de P. Gilles à J. de Busleyden ; la lettre de J. Desmarais à P. Gilles et le poème de J. Desmarais ; les poèmes de G. Geldenhauer et de C. de Schrijver ; la lettre de J. de Busleyden à Th. More ; la « Lettre-Préface », les livres I & II, ainsi que les manchettes ; la seconde lettre de Th. More à P. Gilles ; un extrait de la lettre de B. Rhenanus où il est question de l'Utopie.
Autres éditions
  • (en) Thomas More (trad. David Wootton), Utopia : With Erasmus's : The Sileni of Alcibiades, Indianapolis, Hackett Publishing Company, , Edited and Translated by David Wootton
  • (en) Thomas More (trad. Clarence H. Miller), Utopia, New Haven, Yale University Press, coll. « Yale Nota Bene »,
  • (en) Thomas More (trad. Robert M. Adams), Utopia, New York, W. W. Norton & Co, coll. « Norton Critical Editions », (1re éd. 1975), A revised translation, backgrounds, criticism ; edited and with a revised translation by George M. Logan
  • (en) Thomas More (trad. Robert M. Adams), Utopia, Cambridge, Cambridge University Press, coll. « Cambridge Texts in the History of Political Thought », (1re éd. 1989), Edited by George M. Logan
En format de poche
  • (en) Thomas More (trad. Dominic Baker-Smith), Utopia, London, Penguin Books, coll. « Penguin Classics », , A new translation by Dominic Baker-Smith

En langue française

Édition de référence
  • André Prévost, L'Utopie de Thomas More, Paris, Mame, . Ce livre de presque 800 pages se présente ainsi : 1) une reproduction d'un portrait de Thomas More (celui d'H. Holbein le J.) et une courte « Préface » de Maurice Schumann (p.17-21) ; 2) une longue présentation d'A. Prévost dans laquelle il retrace la formation de More, il détaille les étapes de la rédaction du texte, il étudie la composition et le propos de l'Utopie, il propose son interprétation du texte, il résume l'histoire et la composition de chacune des quatre éditions latines (p. 49-306) ; 3) l'Utopie est éditée avec l'ensemble des parerga et paratextes de l'édition de chez J. Froben dans le bon ordre, le texte original en latin est donné en fac-similé et la traduction française est donnée en regard, des notes sont données pour le texte latin et pour le texte français (p. 307-645) ; 4) après l'Utopie, A. Prévost propose un corpus de notes complémentaires détaillées : explicitation des références à la Bible, explicitation des références et des allusions à d'autres ouvrages, explicitation des adages parsemant le texte, aussi il donne les contextes et les repères historiques nécessaires à la bonne compréhension du texte, il présente chaque humaniste et chaque personnalité historique (p. 649-723.), enfin, une bibliographie, un index et des définitions achèvent cette publication (p. 726-776).
    Cette publication reproduit en fac-similé l'édition ne varietur imprimée par Johann Froben en . C'est la seule édition en français qui reprend et reproduit, dans le bon ordre et intégralement, le texte latin (avec sa traduction française en regard) et tous les parerga, à savoir : le frontispice réalisé par Hans Holbein le Jeune ; la lettre d'Érasme à Johann Froben ; la lettre de Guillaume Budé à Thomas Lupset ; le « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu de Hythlodée par sa sœur » vraisemblablement de Thomas More ; la carte de l'île d'Utopie gravée par Ambrosius Holbein ; le quatrain en langue vernaculaire des Utopiens & l'alphabet utopien vraisemblablement de Pierre Gilles ; la lettre de Pierre Gilles à Jérôme de Busleyden ; la « Lettre-Préface » de Thomas More adressée à Pierre Gilles, le Livre I & le Livre II, ainsi que toutes les manchettes ; la lettre de Jérôme de Busleyden adressée à Thomas More ; le poème de Gerhard Geldenhauer ; le poème de Cornelius Schrijver ; la marque d'imprimeur de J. Froben qui clôt l'œuvre.
Autres éditions
  • Thomas More (trad. Marie Delcourt), L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement, Genève, Droz, coll. « Les Classiques de la pensée politique », . Cette édition réunit : le texte latin de l'Utopie édité par Marie Delcourt, avec des notes explicatives et critiques, paru chez Droz en 1936 ; la traduction en français par M. Delcourt (du texte latin édité en 1936), accompagné de commentaires, paru chez La Renaissance du livre en 1966. En outre, l'édition de 1983 reprend l'« Introduction » au texte latin de 1936 et l'« Introduction » au texte français de 1966. (Cette édition ne contient aucun parerga)
En format de poche
  • Thomas More (trad. Marie Delcourt), L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement, Paris, Flammarion, coll. « GF », , repères chronologiques, introduction, bibliographie sélective, historiques des éditions de l'Utopie et notes complémentaires par Simone Goyard-Fabre. Cette édition reprend la traduction de M. Delcourt de 1966, avec ses commentaires. S. Goyard-Fabre signe une introduction, « Thomas More et L'Utopie », à laquelle il est fait renvoi dans cet article. (Cette édition ne comporte aucun parerga)
  • Thomas More (trad. Jean Leblond, revue par Barthélémy Aneau, révisée et modernisée par Guillaume Navaud), L'Utopie, Paris, Gallimard, coll. « Folio classique », . Cette édition est accompagnée d'une préface « Platon au nouveau monde » de G. Navaud, d'une chronologie, d'une notice sur la rédaction du texte et sa traduction, d'une bibliographie et de notes sur le texte. Un dossier en annexe réunit différents parerga composés pour les éditions successives de 1516, 1517 et 1518, soit : quasiment toutes les lettres (T. More à P. Gilles, J. Busleyden à T. More, G. Budé à T. Lupset, la seconde lettre de T. More à P. Gilles, celle d'Érasme à J. Froben, il manque celle de J. Desmarais), l'alphabet, le sizain, deux poèmes de G. Geldenhauer et C. Schrijver (il manque le poème de J. Desmarais), ainsi que les deux versions de la carte de l'île d'Utopie (1516 et 1518) ; des extraits de la correspondance entre Th. More et Érasme sont proposés, ainsi que des extraits d'Amerigo Vespucci.

Chronologie des traductions et des éditions de l'Utopie en langue française

XVIe siècle

  • Thomas More (trad. Jean Le Blond), La description de l'isle d'Utopie, ou est comprins le miroer des republicques du monde, & l'exemplaire de vie heureuse, Paris, L'Angelier, (lire en ligne)
  • Thomas More (trad. Jean Le Blond, revue par Barthélémy Aneau), La republique d'Utopie, Lyon, Jean Saugrain, (lire en ligne)
  • Thomas More (trad. Gabriel Chappuys), De la Republique d'Utopie. Estat & Gouvernement d'icelle, Paris, Regnault Chaudiere, (1re éd. 1585) (lire en ligne), il s'agit du « Livre XXIIII », débutant p. 298, de l'ouvrage de G. Chappuys intitulé L'Estat, Description et Gouvernement des royaumes et republiques du monde, tant anciennes que modernes

XVIIe siècle

  • Thomas More (trad. F.N.D.), Du Gouvernement et administration de la Republique d'Utopie, Paris, Jean Milot, (lire en ligne), il s'agit du « Livre vingt et deuxième » (f. 159) de l'ouvrage de Francesco Tatti da Sansovino intitulé Du Gouvernement et administration de divers estats, Royaume & Republiques, tant anciennes que modernes
  • Thomas More (trad. Samuel Sorbière), L'Utopie, Amsterdam, Jean Blaeu, (lire en ligne)

XVIIIe siècle

  • Thomas More (trad. Nicolas Gueudeville), L'Utopie, Leide, Pierre Vander Aa, (lire en ligne)
  • Thomas More (trad. Nicolas Gueudeville), L'Utopie, Amsterdam, R. & G. Wetstein, (lire en ligne)
  • Thomas More (trad. Nicolas Gueudeville), Idée d'une république heureuse ou l'Utopie, Amsterdam, François l'Honoré, (lire en ligne)
  • Thomas More (trad. Thomas Rousseau), Tableau du meilleur gouvernement possible, ou L'Utopie, Paris, L. Cellot, (lire en ligne)
  • Thomas More (trad. Thomas Rousseau revue par Jacques-Pierre Brissot de Warville), Fragmens de l'Utopie, Berlin, (lire en ligne), ces « Fragmens… » sont édités par J.-P. Brissot de Warville dans le tome IX (p. 2-66) d'une série de livres intitulés Bibliothèque philosophique du législateur, du politique, du jurisconsulte
  • Thomas More (trad. Thomas Rousseau), Du meilleur gouvernement possible, ou La nouvelle isle d'Utopie, Paris, J. Blanchon, (lire en ligne)

XIXe siècle

  • Thomas More (trad. Victor Stouvenel), L'Utopie, Paris, Paulin, (lire en ligne)
  • Thomas More (trad. Thomas Rousseau, revue par Eugène Muller), Voyage à l'île d'Utopie, Paris, Charles Delagrave, (lire en ligne)

XXe siècle

  • Thomas More (trad. Victor Stouvenel), L'Utopie, Paris, L'Enseigne du Pot Cassé,
  • Thomas More (trad. Paul Grunebaum-Ballin), Le Planisme au XVIe siècle. L'Ile d'Utopie ou la Meilleure des républiques, Paris, Albin Michel,
  • Thomas More (trad. Victor Stouvenel), L'Utopie, Bruxelles, Éditions Terres latines,
  • Thomas More (trad. Victor Stouvenel), L'Utopie, Paris, Nouvel office d'édition, coll. « Poche Club »,
  • Thomas More (trad. Marie Delcourt), L'Utopie, Paris, La Renaissance du livre, 1966a
  • Thomas More (trad. Victor Stouvenel, revue par Marcelle Bottigelli-Tisserand), L'Utopie : Discours du très excellent homme Raphaël Hythloday sur la meilleure constitution d'une république, Paris, Éditions sociales, coll. « Les classiques du peuple », 1966b, nouvelle édition en 1982
  • Thomas More (trad. Jean Le Blond), La description de l'isle d'Utopie, Yorkshire / New York / Paris / The Hague, S. R. Publishers / Johnson Reprint Corporation / Mouton & Co, , fac similé de l'édition de 1550
  • Thomas More (trad. André Prévost), La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie, Lille, Mame, 1978
  • Thomas More (trad. Marie Delcourt), L'Utopie ou Le traité de la meilleure forme de gouvernement, Paris, Renaissance du livre,
  • Thomas More (trad. Marie Delcourt), L'Utopie ou Le traité de la meilleure forme de gouvernement, Genève, Droz, coll. « Les Classiques de la pensée politique », 1983
  • Thomas More (trad. Marie Delcourt), L'Utopie ou Le traité de la meilleure forme de gouvernement, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1987
  • Thomas More (trad. Victor Stouvenel), L'Utopie, dans Francis Lacassin (éd.), Voyages aux pays de nulle part, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins »,
  • Thomas More (trad. Victor Stouvenel), L'Utopie, Paris, Librio, coll. « Philosophie »,

XXIe siècle

  • Érasme et Thomas More (trad. Pierre de Nolhac / Marie Delcourt), Éloge de la folie / L'Utopie, Paris, Flammarion, coll. « Le Monde de la Philosophie »,
  • Thomas More (trad. Jean Leblond, revue par Barthélémy Aneau, révisée et modernisée par Guillaume Navaud) L'Utopie, Paris, Gallimard, coll. « Folio classique », 2012
  • Thomas More (trad. Victor Stouvenel, revue par Marcelle Bottigelli-Tisserand), L'Utopie, Bruxelles, Aden,

Bibliographie

Sur la vie de Th. More

  • Germain Marc'hadour, L'univers de Thomas More : Chronologie critique de More, Érasme et leur époque (1477-1536), Paris, Vrin,
  • Philippe Godding, Petite vie de Thomas More, Desclée de Brouwer, 2002 (ISBN 2220051072 et 9782220051079)
  • Bernard Cottret, Thomas More : La face cachée des Tudors, Paris, Tallandier, coll. « Biographies »,
  • Marie-Claire Phélippeau, Thomas More, Paris, Gallimard, coll. « Folio Biographie », 2016a

Correspondance

  • Érasme de Rotterdam et Thomas More (trad. Gérard Marc'hadour et Roland Galibois), Correspondance, Québec, Éditions de l'Université de Sherbrooke/Centre d'études de la Renaissance,

Sur la pensée de Th. More

  • (en) Robert W. Chambers, Thomas More, Londres, J. Cape, (1re éd. 1935)
  • Germain Marc'hadour, Thomas More et la Bible : La place des livres saints dans son apologétique et sa spiritualité, Paris, Vrin,
  • André Prévost, Thomas More (1478-1535) et la crise de la pensée européenne, Paris, Mame,
  • (en) Martin Fleisher, Radical Reform and Political Persuasion in the Life and Writings of Thomas More, Genève, Droz,
  • (en) Richard S. Sylvester et Germain Marc'hadour (eds.), Essential Articles for the Study of Thomas More, Hamden, Archon Books,

Sur l'Utopie de Th. More

Première approche de l'Utopie, des utopies et de l'utopie

  • Jean Servier, L'utopie, Paris, P.U.F., coll. « Que sais-je ? »,
  • Michèle Madonna-Desbazeille, Première Leçon sur Utopia, Thomas More, Paris, Ellipses,
  • (en) Germain Marc'hadour, Thomas More : Utopia, Paris, Didier Érudition - CNED,
  • Micheline Hugues, L'utopie, Paris, Nathan, coll. « 128 »,
  • Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.), Dictionnaire des Utopies, Paris, Larousse, coll. « In extenso »,  :
« An 2440 (l') », Christophe Cave, pages 2-3 ;
« anabaptismes », Olivier Christin, pages 3-6 ;
« Aventures de Télémaque (les) », François Trémolières, pages 14-16 ;
« Babeuf », Philippe Riviale, pages 17-19 ;
« Bacon », Jean-Luc Baudras, pages 19-20 ;
« Cabet », François Fourn, pages 32-34 ;
« Campanella », Vittorio Frajese, pages 34-38 ;
« Diderot », Georges Benrekassa, pages 87-89 ;
« Fourier », Franck Malécot, pages 108-111 ;
« fouriéristes américains », Carl J. Guarneri, pages 111-112 ;
« Leroux », Georges Navet, pages 138-140 ;
« Owen », Gregory Claeys, pages 170-171 ;
« Saint-Simon », Philippe Régnier, pages 203-205 ;
« Thélème », Michèle Clément, pages 234-235 ;
« Utopia », Michèle Madonna-Desbazeille, pages 243-247.
  • Jean-Marc Stébé, Qu'est-ce qu'une utopie ?, Paris, Vrin, coll. « Chemins Philosophiques »,
  • Frédéric Rouvillois, L'utopie, Paris, Flammarion, coll. « GF Corpus », (1re éd. 1998)
  • Nathalie Roland, L'Utopie, Thomas More, Paris, LePetitLittéraire.fr, coll. « Fiche de lecture »,
  • Thierry Paquot, Utopies et utopistes, Paris, La Découverte, coll. « Repères », (1re éd. 2007)

Études sur l'Utopie

Articles
  • Silvio Zavala, « L'Utopie réalisée : Thomas More au Mexique », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 3e Année, no 1, , p. 1-8 (lire en ligne)
  • (en) Edward L. Surtz, « St. Thomas More and His Utopian Embassy of 1515 », The Catholic Historical Review, vol. 39, no 3, , p. 272-297 (lire en ligne)
  • Roger Mucchielli, « L'Utopie de Thomas Morus », Les utopies à la Renaissance, Liège, P.U.B. / P.U.F., , p. 99-106
  • Verdun-Louis Saulnier, « Mythologies pantagruéliques. L'Utopie en France : Morus et Rabelais », Les utopies à la Renaissance, Liège, P.U.B./P.U.F., , p. 135-162
  • (en) Peter R. Allen, « Utopia and European Humanism : the Function of the Prefatory Letters and Verses », Studies in the Renaissance, vol. 10, , p. 91-107 (lire en ligne)
  • (en + la) Edward L. Surtz, « Aspects of More's Latin Style in Utopia », Studies in the Renaissance, vol. 14, , p. 93-109 (lire en ligne)
  • (en) R. S. Sylvester, « "Si Hythlodaeo Credimus" : Vision and Revision in Thomas More's Utopia », Soundings : An Interdisciplinary Journal, vol. 51, no 3, fall 1968, p. 272-289 (lire en ligne)
  • (en) Natalie Zemon Davies, « René Choppin on More’s Utopia », Moreana, vol. 5, nos 19-20, , p. 91–96 (lire en ligne)
  • Germain Marc'hadour, « More (Thomas). L' Utopie, texte traduit et commenté par Marie Delcourt », Revue belge de philologie et d'histoire, vol. 46, no 3, , p. 871 (lire en ligne)
  • André Prévost, « L'Utopie comme genre littéraire », Moreana, vol. 8, nos 31-32, , pp.161-168 (lire en ligne)
  • Louis Marin, « À propos de l'Utopie de Th. More : Espace dans le texte et espace du texte », Notes méthodologiques en architecture et en urbanisme, Centre de Mathématiques, Méthodologie, Informatique / Institut de l'Environnement Paris, nos 3-4 « Sémiotique de l'espace », , p. 119-141 (lire en ligne) [PDF]
  • (en) Brenda Hosington, « Early french translations of Thomas More's Utopia : 1550-1730 », Humanistica Lovaniensia, vol. 33, , p. 116-134 (lire en ligne)
  • Jean Céard, « La fortune de l'Utopie de Thomas More en France au XVIe siècle », La fortuna dell'Utopia di Thomas More nel dibattito europeo del '500 : II Giornata Luigi Firpo, 2 marzo 1995, Firenze, L.S. Olschki, , p. 43-74
  • Suzanne Gély, « Thomas More, témoin d'humanité. Fiction, Figure et Sens dans l'Utopie », Vita Latina, no 155, 1999a, p. 2-7 (lire en ligne)
  • Suzanne Gély, « Thomas More, témoin d'humanité. Fiction, Figure et Sens dans l'Utopie II (suite) », Vita Latina, no 156, 1999b, p. 2-7 (lire en ligne)
  • Suzanne Gély, « Thomas More, témoin d'humanité. Fiction, Figure et Sens dans l'Utopie (III) », Vita Latina, no 157, 2000a, p. 2-8 (lire en ligne)
  • Suzanne Gély, « Thomas More, témoin d'humanité. Fiction, Figure et Sens dans l'Utopie (IV) », Vita Latina, no 158, 2000b, p. 2-9 (lire en ligne)
  • Claire Pierrot, « La Fortune de l'Utopie de Thomas More, en France, à la Renaissance », Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance, no 56, , p. 109-112 (lire en ligne)
  • Emmanuelle Lacore-Martin, « L'utopie de Thomas More à Rabelais : sources antiques et réécritures », Kentron, no 24, , p. 123-148 (lire en ligne)
  • (en) Damian Grace, « Utopia », A Companion to Thomas More, Madison-Teaneck, Fairleigh Dickinson Univesity Press, , p. 178-207
  • Jean Céard, « Premiers lecteurs français de l'Utopie de Thomas More », Morus - Utopia e Renascimento, vol. 8, , p. 27-39 (lire en ligne)
  • (en) Kirsti Sellevold, « The French Versions of Utopia : Christian and Cosmopolitan Models », Thomas More's Utopia in early modern Europe : Paratexts and contexts, Manchester / New York, Manchester University Press, , p. 67-86
  • Jean-François Vallée, « Le livre utopique », Mémoires du livre, vol. 4, no 2, (lire en ligne)
  • (en) Marie-Claire Phélippeau, « The French Translations of Thomas More's Utopia », Utopian Studies, vol. 27, no 2 « SPECIAL ISSUE : On the Commemoration of the Five Hundredth Anniversary of Thomas More's Utopia », 2016b, p. 300-307 (lire en ligne)
  • (en) Ruth Levitas, « Less of More », Utopian Studies, vol. 27, no 3 « SPECIAL ISSUE : On the Commemoration of the Five Hundredth Anniversary of Thomas More's Utopia — Part II », , p. 395-401 (lire en ligne)
  • Sébastien Hayez, « Utopie & langage : naissance, Renaissance », Yellow Submarine, no 138, (lire en ligne)
Introductions
  • Marie Delcourt, « Introduction », Thomas More, L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement, , p. 9 à 33 dans l'édition de 1983
  • Marie Delcourt, « Introduction », Thomas More, L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement, , p. I à XII dans l'édition de 1983
  • Simone Goyard-Fabre, « Thomas More et L'Utopie », Thomas More, L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement, , p. 13-65
  • Claude Mazauric, « Préface », Thomas More, L'Utopie, , p. 5-9
  • Guillaume Navaud, « Platon au Nouveau Monde », Thomas More, L'Utopie, , p. 7-41
Chapitres d'ouvrages
  • Pierre Mesnard, L'Essor de la Philosophie Politique au XVIe siècle, Paris, Vrin, coll. « Bibliothèque d'histoire de la philosophie », (1re éd. 1936) (« Thomas Morus ou l'utopie d'un humaniste », pages 141 à 177)
  • Louis Marin, Utopiques : jeux d'espaces, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Critiques », (« Moreana », pages 51 à 245)
  • Henri Weber, Histoires d'idées et des combats d'idées aux XIVe et XVe siècles, de Ramon Lull à Thomas More, Paris, Honoré Champion, coll. « Études et essais sur la Renaissance », (« Thomas More (1477-1535) », pages 851 à 877)
  • Miguel Abensour, L'Utopie de Thomas More à Walter Benjamin, Paris, Sens & Tonka, (« Thomas More ou la voie oblique », pages 21 à 62)
  • Quentin Skinner, Les fondements de la pensée politique moderne, Paris, Fayard, coll. « Bibliothèque de l'Évolution de l'Humanité », (Outre divers traits de la pensée politique de Th. More évoqués dans différents chapitres, Q. Skinner consacre quelques pages au livre de Th. More : « L'Utopie et la critique de l'humanisme », pages 357 à 367)
  • Pierre Macherey, De l'utopie !, Le Havre, De l'incidence éditeur, (« Radieux tropiques ? L'Utopie de More », pages 117 à 181)
  • Laurent Cantagrel, Discours lettré et transformations sociopolitiques au début du XVIe siècle, Paris, Classiques Garnier, coll. « Études et essais sur la Renaissance », (« L'Utopie de Thomas More, paradigme des descriptions de société humanistes », pages 47 à 100)
  • Norbert Elias, L'utopie, Paris, La Découverte, coll. « Laboratoire des sciences sociales », (« La critique de l'État chez Thomas More », pages 31 à 102 et « Thomas More et l'utopie », pages 133 à 150)
Ouvrages et revues
  • (en) Jack H. Hexter, More's Utopia : The Biography of an Idea, Princeton, Princeton University Press,
  • (en) Edward L. Surtz, The Praise of Pleasure : Philosophy, Education and Communism in More's Utopia, Cambridge, Harvard University Press, 1957a
  • (en) Edward L. Surtz, The Praise of Wisdom : A Commentary on the Religious and Moral Problems and Backgrounds of St. Thomas More's Utopia, Chicago, Loyola University Press, 1957b
  • (en) Karl Kautsky, Thomas More and his Utopia, New york, Russell & Russell, (1re éd. 1888) (lire en ligne)
  • (en) Reginald Walter Gibson, St Thomas More : A preliminary bibliography of his works and of Moreana to to the year 1750, London, Yale University Press,
  • (en + it + fr) Germain Marc'hadour (ed.), « A Festschrift on More’s Utopia in honour of Edward Surtz », Moreana, vol. 8, nos 31-32, (lire en ligne)
  • (en) George M. Logan, The Meaning of More's Utopia, Princeton, Princeton University Press,
  • (en) Elizabeth McCutcheon, My Dear Peter : The ars poetica and hermeneutics for More's Utopia, Angers, Elizabeth McCutcheon - Moreana, (lire en ligne) [PDF]
  • (en) John C. Olin (ed), Interpreting Thomas More's Utopia, New York, Fordham University Press,
  • (en + it + fr) Elizabeth McCutcheon et Clarence H. Miller (eds), « Utopia revisited », Moreana, vol. 31, nos 118-119, (lire en ligne)
  • Nicole Morgan, Le sixième continent, L’Utopie de Thomas More. Nouvel espace épistémologique, Paris, Vrin, coll. « De Pétrarque à Descartes »,
  • Jean-Marie Maguin et Charles Whitworth (dir.), Thomas More, Utopia : Nouvelles perspectives critiques, Montpellier, Publications de l'université Paul-Valéry, Montpellier 3, coll. « Astræa »,
  • Jean-Yves Lacroix, L'Utopia de Thomas More et la tradition platonicienne, Paris, Vrin, coll. « De Pétrarque à Descartes »,
  • (en) Terence Cave (ed.), Thomas More's Utopia in early modern Europe : Paratexts and contexts, Manchester / New York, Manchester University Press, (1re éd. 2008)
  • (en) Marie-Claire Phélippeau (ed.), « Liber Amicorum : A Collection of Essays by Elizabeth McCutcheon », Moreana, vol. 52, nos 201-202, (lire en ligne)
  • (en) Fátima Vieira et Lyman T. Sargent (eds), « On the Commemoration of the Five Hundredth Anniversary of Thomas More's Utopia », Utopian Studies, vol. 27, no 2, 2016a (lire en ligne)
  • (en) Fátima Vieira et Lyman T. Sargent (eds), « On the Commemoration of the Five Hundredth Anniversary of Thomas More's Utopia — Part II », Utopian Studies, vol. 27, no 3, 2016b (lire en ligne)
Sites internets
  • (en) « Home of The Center for Thomas More Studies », sur The Center for Thomas More Studies, (consulté le 29 octobre 2019), Site de référence consacré aux études sur l'œuvre de Thomas More (hébergé par The University of Dallas)
  • (en) Thomas More, « Title Page of Utopia », sur Open Utopia, 2010-2019, sur ce site, Stephen Duncombe a réalisé une édition complète de l'Utopie en anglais. (Cependant : la disposition des paratextes qu'il propose est arbitraire et injustifiée.)

Autres sources

Articles

  • Rodney Howard Hilton, « L'Angleterre économique et sociale des XIVe et XVe siècles », Annales. Economies, sociétés, civilisations, no 3, 1958, 13ᵉ année, p. 541 à 563 (lire en ligne)
  • Luigi Firpo, « Kaspar Stiblin, Utopiste », Les utopies à la Renaissance, Liège, P.U.B./P.U.F., , p. 107-133
  • Irmgard Hartog et Albert Soboul, « Notes pour une histoire de l'utopie en France, au XVIIIe siècle », Annales historiques de la Révolution française, no 224, , p. 161-179 (lire en ligne)
  • Louis Marin, « Le maintenant utopique », Stratégies de l'utopie, Paris, Galilée, , p. 246-252 (lire en ligne) [PDF]
  • Hinrich Hudde et Peter Kuon, « Utopie — Uchronie — et après : Une reconsidération de l'utopie des Lumières », Études littéraires françaises, no 42 « De l'utopie à l'uchronie : formes, significations, fonctions : Actes du colloque d'Erlangen, 16-18 octobre 1986 », , p. 9-17 (lire en ligne)
  • Hans-Günter Funke, « L'évolution sémantique de la notion d'utopie en français », Études littéraires françaises, no 42 « De l'utopie à l'uchronie : formes, significations, fonctions : Actes du colloque d'Erlangen, 16-18 octobre 1986 », , p. 19-37 (lire en ligne)
  • Philippe Lane, « Seuils éditoriaux », Espaces Temps, nos 47-48 « La fabrique des sciences sociales. Lectures d'une écriture », , p. 91-108 (lire en ligne)
  • Gérard Raulet, « L'utopie est-elle un concept ? », Lignes, no 17, , p. 102-117 (lire en ligne)
  • Maurice Tournier, « Utopie, ce lieu de nulle part qui est à tous et à personne », Mots, no 35 « Utopie...utopies », , p. 114-120 (lire en ligne)
  • Stefan Horlacher, « Une œuvre méconnue : Le récit de voyage et l'utopie selon Tiphaigne de la Roche », Littératures, no 31, , p. 59-77 (lire en ligne)
  • John Cartledge, « Utopie et critique de la politique », Le savoir grec. Dictionnaire critique, Paris, Flammarion, , p. 200-217
  • Henri Desroche, « Humanismes et utopies », Histoire des mœurs III, vol. 1, Paris, Gallimard, , p. 78-134
  • Françoise Lavocat, « Fictions et paradoxes. Les nouveaux mondes possibles à la Renaissance », Usages et théories de la fiction. Le débat contemporain à l'épreuve des textes anciens (XVI-XVIIIe siècles), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, , p. 87-111 (lire en ligne)
  • Nicole Schwartz-Morgan, « L'Utopie 9/11. Plaidoyer pour un monde nouveau », Diogène, no 209, , p. 50-68 (lire en ligne)
  • Sarah Foot, « L'État c'est quoi ? Questions sur l'historiographie des Anglo-Saxons », Histoire, économie & société, vol. 24e année, no 1, , p. 5-5 (lire en ligne)
  • Sir Rees Davies, « L'État, la nation et les peuples au Moyen Âge : l'expérience britannique », Histoire, économie & société, vol. 24e année, no 1, , p. 17-28 (lire en ligne)
  • Michael Braddick, « Réflexions sur l'État en Angleterre (XVIe-XVIIe siècles) », Histoire, économie & société, vol. 24e année, no 1, , p. 29-50 (lire en ligne)
  • Germaine Aujac, « À propos d’un frontispice : la science grecque dans l’Angleterre du XVIe siècle », Anabases, no 3, , p. 27-54 (lire en ligne)
  • Domenico Taranto, « Thomas More (1478-1535), Tommaso Campanella (1568-1639) : l'eudémonisme utopique », Histoire raisonnée de la philosophie morale et politique. Le bonheur et l'utile. Tome I. De l'antiquité aux Lumières, Paris, Flammarion, , p. 330 à 341
  • (en) Franz Reitinger, « Literary Mapping in German-Speaking Europe », The History of Cartography, Volume 3 (part 1) : Cartography in the European Renaissance, Chicago, The University of Chicago Press, , p. 438-449 (lire en ligne) [PDF]
  • Philippe Boudon, « Utopie, X-topies et Topiques », Villes en parallèle, nos 42-43, , p. 50-80 (lire en ligne)
  • Edmond Courbaud, « Introduction », Cicéron, De l'Orateur, Paris, Les Belles Lettres,
  • Alec Ryrie et Tadhg Ó hAnnráchain, « Les îles Britanniques et l’Irlande », L’Europe en conflits. Les affrontements religieux et la genèse de l’Europe moderne (vers 1500-vers 1650), Rennes, Presses universitaires de Rennes, , p. 287-320 (lire en ligne)
  • Cédric Michon, « Introduction. Conseils et conseillers en Europe (v. 1450-v. 1550) », Conseils et conseillers dans l'Europe de la Renaissance (v. 1450-v. 1550), Tours, Presses universitaires François-Rabelais / Presses Universitaires de Rennes, , p. 9-20 (lire en ligne)
  • Steven Gunn, « Conseils et conseillers en Angleterre sous les premiers Tudors (1485-1558) », Conseils et conseillers dans l'Europe de la Renaissance (v. 1450-v. 1550), Tours, Presses universitaires François-Rabelais / Presses Universitaires de Rennes, , p. 21-46 (lire en ligne)
  • Aurélien Antoine, « Chronologie raisonnée de l’histoire constitutionnelle de l’Angleterre, de la Grande-Bretagne, puis du Royaume-Uni », Jus Politicum. Revue de droit politique, no 14, (lire en ligne)
  • Federica Greco, « Utopie révolutionnaire et utopie conservatrice : la réception politique des textes utopiques italiens de la Renaissance », ILCEA, no 30, (lire en ligne)

Revue

  • Claude Gilbert Dubois, « Problèmes de l'utopie », Archives des lettres modernes. Études de critique et d'histoire littéraire, Minard, no 85,

Livres

  • Trévoux, Dictionnaire universel françois et latin, vulgairement appelé Dictionnaire de Trévoux, Contenant la Signification & la Définition des mots de l'une & de l'autre Langue, avec leurs différens usages ; les termes propres de chaque Etat & de chaque Profession : La Description de toutes les choses naturelles & artificielles ; leurs figures, leurs espèces, leurs propriétés : L'Explication de tout ce que renferment les Sciences & les Arts, soit Libéraux, soit Méchaniques, &c. Avec des remarques d'érudition et de critique ; Le tout tiré des plus excellens Auteurs, des meilleurs Lexicographes, Etymologistes & Glossaires, qui ont paru jusqu'ici en différentes Langues. Nouvelle édition, Corrigée et considérablement augmentée. Tome Huitième (Tha=Z), Paris, Compagnie des Libraires Associés, (lire en ligne)
  • Christopher Hill, Le monde à l'envers : Les idées radicales au cours de la révolution anglaise, Paris, Payot, coll. « Critique de la politique »,
  • Roger Mucchielli, Le mythe de la cité idéale, Brionne, Gérard Monfort Éditeur, coll. « Imago Mundi », (1re éd. 1960)
  • Pierre-François Moreau, Le récit utopique : Droit naturel et roman de l'État, Paris, P.U.F., coll. « Pratiques théoriques »,
  • Raymond Ruyer, L'utopie et les utopies, Brionne, Gérard Monfort Éditeur, coll. « Imago Mundi », (1re éd. 1950)
  • Georges Molinié, Dictionnaire de rhétorique, Paris, L.G.F., coll. « Le Livre de Poche »,
  • Patrick Dandrey, L'éloge paradoxal de Gorgias à Molière, Paris, P.U.F., coll. « Écriture »,
  • Raymond Trousson, Voyages au pays de nulle part : Histoire littéraire de la pensée utopique, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles,
  • Christian Godin, Faut-il réhabiliter l'utopie ?, Nantes, Plein feux, coll. « Lundis Philo »,
  • Lyman Tower Sargent et Roland Schaer (dir.), Utopie : La quête de la société idéale en Occident, Paris, Bibliothèque nationale de France / Fayard,
  • Bronislaw Baczko, Lumières de l'utopie, Paris, Payot, coll. « Critique de la politique », (1re éd. 1978)
  • Anne Godard, Le dialogue à la Renaissance, Paris, P.U.F., coll. « Écriture »,
  • Adelin Charles Fiorato (dir.), La cité heureuse : L'utopie italienne de la Renaissance à l'Age baroque, Paris, l'Harmattan, coll. « Utopies »,
  • Monique Dixsaut, Platon : Le désir de comprendre, Paris, Vrin, coll. « Bibliothèque des philosophies »,
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique : Théorie et pratique, Paris, P.U.F., coll. « Collection Premier Cycle »,
  • Jean-Louis Fournel, La cité du soleil et le territoire des hommes : Le savoir du monde chez Campanella, Paris, Albin Michel, coll. « L'Évolution de l'Humanité »,
  • (en) Thomas More, The Essential Works of Thomas More, New Haven and London, Yale University Press,

Site internet

  • Denis Crouzet, Pierre Couhaut et Séverin Duc, « Humanisme européen », sur Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe, (consulté le 2 novembre 2019)
« République des Lettres à la Renaissance (La) », par Cécile Caby ;
« Latin dans l’Europe des humanistes (Le) », par Fulvio Delle Donne ;
« Humanistes et l’Europe (Les) », par Andrea Martignoni ;
« Héritages culturels de l’Europe », par Clémence Revest.

Documentation complémentaire

Dossiers en ligne sur l'Utopie

Revues consacrées à Th. More ou à l'utopie

  • Moreana, revue internationale publiée par l'association Amici Thomae Mori, c'est une revue plurilingue accueillant des recherches sur Th. More, l'Humanisme et la Renaissance.
  • Utopian Studies, revue internationale publiée par la Society for Utopian Studies, c'est une revue de langue anglaise accueillant des recherches sur l'utopie sous différentes approches (littéraire, sociologique, politique, philosophique, etc.), consacrant des numéros à des auteurs (Ernst Bloch ou Octavia E. Butler par exemple) et d'autres à des thématiques (utopie et architecture, utopie et mode, etc.).
  • Morus - Utopia e Renascimento, site d'une revue brésilienne plurilingue consacrée à l'utopie.

Conférence vidéo

Émissions de radio

  • Franck Ferrand et Bernard Cottret, « L’ennemi intime d’Henri VIII, Thomas More », sur Youtube.com, Europe 1, émission « Au cœur de l'histoire », . (D'une durée de quarante cinq minutes, cette émission retrace la vie de Th. More ; l'Utopie est très brièvement abordée.)
  • Gilles Lapouge et André Prévost, « L'utopie, une fête ou une caserne ? 2/4 : Thomas More », sur FranceCulture.fr, émission diffusée le 10 juin 1980, rediffusée le 13/11/2014. (D'une durée de trente minutes, cette émission est consacrée à l'Utopie de Th. More ; un document rare : A. Prévost, auteur de l'édition de référence utilisée dans cet article, expose son interprétation du livre de Th. More.)
  • Raphaël Enthoven et Miguel Abensour, « L’utopie en philosophie politique, et chez Thomas More », sur FranceCulture.fr (La philosophie avec Raphaël Enthoven), . (D'une durée de cinquante minutes, cette émission est la première d'une série de cinq émissions consacrées à l'utopie ; interrogé par R. Enthoven, M. Abensour expose son interprétation de l'Utopie de Th. More.)

Bibliographies supplémentaires

  • Bibliothèque de la Fondation Maison des Sciences de l'Homme, « 500 ans d'utopie. L'Utopie de Thomas More, 1516-2016 », sur Calameo.com, ;
  • (en) Center for Thomas More Studies, « Bibliographies », sur The Essential Works of Thomas More (Cette page regroupe des bibliographies sur tous les écrits de Th. More. Les bibliographies consacrées à l'Utopie sont divisées en deux groupes principaux : « Utopia Part A : Editions and Translations » et « Utopia Part B : Studies ».)
  • (en) Romuald I. Lakowski, « International Thomas More Bibliography », sur Site personnel de Romuald Lakowski (Docteur en Littérature anglaise), (Cette bibliographie approche l'exhaustivité, elle recense des travaux : sur l'Utopie, sur des points précis du texte, sur les parerga et les paratextes, sur les traductions de l'Utopie, sur les éditions de l'Utopie, sur la famille et les amis de Thomas More, etc.)

Crédits pour les illustrations des éditions latines de l'Utopie

Éditions de 1516 :

  • Thomas More, Libellus vere aureus nec minus salutaris quam festivus de Optimo reip. statu deque nova insula Utopia, authore clarissimo viro Thoma Moro, inclytae civitatis Londinensis cive et vicecomite, cura M. Petri Aegidii Antverpiensis et arte Theodorici Martini Alustensis, typographi almae Lovaniensium Academiae nunc primum accuratissime editus, 1516, Bibliothèque Mazarine, cote : Bibliothèque Mazarine, 4° A 10840-2 [Res], permalien : https://mazarinum.bibliotheque-mazarine.fr/idurl/1/2457 ;
  • Thomas More, Libellus vere aureus nec minus salutaris quam festivus de Optimo reip. statu deque nova insula Utopia, authore clarissimo viro Thoma Moro, inclytae civitatis Londinensis cive et vicecomite, cura M. Petri Aegidii Antverpiensis et..., 1516, Bibliothèque nationale de France, permalien : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30976104g.

Édition de 1517 :

  • Thomas More, Ad lectorem. Habes candide lector opusculum illud vere aureu[m] Thomæ Mori no[n] min[us] vtile q[uam] elega[n]s de optimo reipublic[a]e statu, deq[ue] noua insula Vtopia, iam iteru[m], sed multo correcti[us] q[uam] pri[us], hac enchiridij forma vt vides multo[rum] tu[m] senatoru[m] tu[m] alioru[m] grauissimoru[m] viro[rum] suasu æditu[m], quod sane tibi [a]edisce[n]dum no[n] modo in manib[us] quotidie habendu[m] ce[n]seo. : Cui quide[m] ab innumeris me[n]dis vndequaq[ue] purgatio p[rae]ter Erasmi annotatio[n]es ac Budæi ep[isto]lam: viroru[m] sane qui hoc sæculo nostro extra omnne[m] ingenij aleam positi sunt: addita est etia[m] ipsius Mori ep[isto]la eruditissima., 1517, Brown University Library, permalien : http://josiah.brown.edu/record=b2220232~S7.

Éditions de 1518 :

  • Thomas More, De optimo reip. statu deque nova insula Utopia libellus vere aureus, nec minus salutaris quam festivus, clarissimi disertissimique viri Thomae Mori inclytae civitatis Londinensis civis & vicecomitis : Epigrammata clarissimi disertissimique viri Thomae Mori, pleraque e Graecis versa. Epigrammata / Des. Erasmi Roterodami, 1518, Universitätsbibliothek Basel, cote : VD16 M 6299, permalien : https://doi.org/10.3931/e-rara-30626 ;
  • Thomas More, De optimo reip. statu, deque noua insula Vtopia : libellus uere aureus, nec minus salutaris quàm festiuus, clarissimi disertissimiq[ue] uiri Thomae Mori inclytae ciuitatis Londinensis ciuis & vicecomitis ; Epigrammata clarissimi disertissimiq[ue] uiri Thomae Mori, pleraq[ue] è Graecis uersa. Epigrammata Des. Erasmi Roterodami., 1518, Hamnet Folger Library, permalien : http://hamnet.folger.edu/cgi-bin/Pwebrecon.cgi?BBID=263464.

Chacune des ces notices propose un lien vers la reproduction numérisée de l'ouvrage catalogué. (Ces liens sont proposés ci-dessus dans « Les quatre éditions latines de l'Utopie »)

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

  • Thomas More, « L'Utopie », Une édition électronique réalisée par Jean-Marie Tremblay, à partir de la traduction française de Victor Stouvenel (1842), sur Les classiques des sciences sociales (Université du Québec à Chicoutimi), (consulté le 18 octobre 2019)
  • Roland Schaer (Commissariat général) et Françoise Juhel (L'exposition sur Internet), « Utopie, la quête de la société idéale en Occident », Exposition virtuelle proposée à l'occasion de l'exposition « Utopie, la quête de la société idéale en Occident » qui se tint à la Bibliothèque Nationale de France en 2000. Ce site contient de nombreuses informations et pistes de réflexion sur l'utopie, sur Bibliothèque Nationale de France, (consulté le 22 octobre 2019)
  • Gallica, « Utopie », Dossier thématique sur l'utopie (Définitions, sources, iconographie, récits, liens internets, etc.). Depuis la refonte du site Gallica en 2015, les liens internes renvoyant aux livres numérisés et disponibles sur le site Gallica ne fonctionnent plus. Il faut effectuer les recherches (par titre et auteur) dans un nouvel onglet sur la nouvelle mouture du site Gallica (où les versions numérisées sont accessibles). Enfin, l'« Exposition virtuelle », dont le lien est brisé, correspond au lien juste au-dessus (Roland Schaer et Françoise Juhel « Utopie, la quête de la société idéale en Occident »), sur Gallica (ancienne version) (consulté le 22 octobre 2019)
  • Humour, utopie, science (en archive), par Gilbert Boss (professeur de philosophie à l'Université Laval, Québec).
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