La Décade philosophique

La Décade philosophique, littéraire et politique, est une revue crée, le 10 floréal an II (), par Pierre-Louis Ginguené, paraissant tous les dix jours, en un cahier de 4 feuilles in-8°. Devenue Revue philosophique, littéraire et politique, le 10 vendémiaire an XIII ()[1], elle a cessé définitivement de paraitre le .

La Décade philosophique, littéraire et politique
Revue philosophique, littéraire et politique

Pays France
Périodicité décadaire
Format Cahier de 4 feuilles in-8°
Fondateur Pierre-Louis Ginguené
Date de fondation 29 avril 1791
Date du dernier numéro 21 septembre 1807
Ville d’édition Paris

Format

Comme l’indique son titre, la Décade paraissait à raison de trois numéros par mois ou trente-six numéros par an, divisés en quatre trimestres, à l’exception de la première année qui n’a que quinze numéros et de la dernière (1807), qui s’arrête au no 27[2].

Ligne éditoriale

La création de la Décade est fondé sur le constat, par Ginguené, que la plupart des journaux, grands et petits, qui paraissaient durant la Terreur, étaient beaucoup moins variés comme fonds que comme titres. Tous fournissaient au public à peu près de la même manière la même information sur l’actualité et la politique. Seules la taille différait. Ces deux importants sujets d’actualité ne laissaient aucune place à la littérature ou aux arts. L’objectif éditorial poursuivi par son fondateur était de combler ces lacunes de la presse révolutionnaire en traitant, dans la Décade, de philosophie, de sciences naturelles, d’économie politique, de lettres, de beaux-arts et d’arts mécaniques[3]. Rédigée en grande partie par Ginguené, secondé par une société de républicains modérés, la Décade traite de philosophie, où on continue Locke, Condillac et Condorcet ; d’économie politique, de littérature, surtout de littérature allemande, anglaise et italienne, de satire sociale[4].

Ligne politique

La ligne politique de la Décade, fondée sous la Terreur, a suivi l’opinion de la majorité à la Convention, c’est-à-dire du parti au pouvoir[3]. Une fois Napoléon, un temps soutenu pat les Idéologues, séduits par les prétentions intellectuelles du, si différent des autres militaires[5], la Décade dont le propre rédacteur en chef Ginguené a été nommé, un temps, au Tribunat[6], sera dans l’opposition face au Moniteur universel, organe officiel du régime[7].

Rédaction

Il est difficile de connaitre exactement les premiers collaborateurs de la Décade, car les articles, sauf quelques poésies, ne commencent à être signés qu’après le 9 Thermidor, qui marque la chute de Robespierre, et encore ne le sont-ils que partiellement, très timidement et à l’aide de quelques initiales[3]. Journaliste phare de la Décade[8], son fondateur, Ginguené est considéré comme ayant le plus contribué au succès et à la durée de cette publication par la multitude d’extraits et d’articles de littérature et de philosophie, généralement signés de la lettre G[9],[10].

Parmi les collaborateurs de la Décade, l’on a identifié François Andrieux[11],[12], qui y composait des contes[3], qui frondaient les travers du siècle[13]. Amaury Duval[14],[15], qui signait « Polyscope »[16], traitait de l’histoire ancienne et l’archéologie. L’économiste Jean-Baptiste Say s’occupait de l’économie politique[3] et son fils, également économiste, Horace Say, de la politique intérieure[3]. Le géographe La Renaudière parlait des ouvrages historiques et géographiques[17]. Le secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, Joachim Lebreton[18],[19] traitait les dossiers relatifs à la rubrique des beaux-arts.

L’historien, philologue et critique Claude Fauriel a publié, dans la Décade, des articles sur les De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales de Germaine de Staël (1800), à la suite desquels il a entretenu une amitié intime avec elle[20]. Le mécène et artiste danois Bruun de Neergaard (da) y a publié Sur la situation des beaux-arts en France, ou Lettres d’un Danois à son ami[21]. Le dramaturge La Chabeaussière y rendait compte de l’actualité du théâtre sous la signature L. C.[2]. Louis-Germain Petitain, donnait sous la signature G. P.[2], des compte-rendus du Code civil[22].

En 1804, le dramaturge et critique littéraire Louis-Simon Auger a intégré la rédaction de la Décade philosophique, où ses articles, signés d’un O[2], se faisaient remarquer par une critique franche, incisive et spirituelle[23]. Le poète et administrateur Vieilh de Boisjolin, qui écrivait sous la signature V. B.[2], et remplacera Ginguené à la rédaction, lors de sa mission d’ambassadeur à la cour de Turin[24], était à la rubrique politique[25]. Le bibliographe Antoine-Alexandre Barbier y a, entre autres, réfuté La Harpe[26]. Le bibliothécaire du Museum d’histoire naturelle Georges Toscan (d) a publié des articles de zoologie et de botanique[27], dont un sur Linné[28]. Le kantien Charles Theremin (d) traitait, sous les initiales C. T.[29], de politique extérieure et de la condition féminine[30]. Le bibliographe Gabriel Peignot y a publié une Épitre au Grand Turc[31].

Le bibliographe Adrien-Jean-Quentin Beuchot a publié, sous la signature A.-J.-Q.-B.[2], de 1796 à 1807[29], plusieurs articles, dont des nécrologies. Le théophilanthrope Publicola Chaussard a publié, dans la Décade[32], quatre articles sur le Salon[2] ainsi que sur la politique[33]. L’économiste Dupont de Nemours a publié plusieurs mémoires dans la Décade [22]:17. L’archiviste fondateur des archives nationales Armand-Gaston Camus, ainsi que le prolifique historien local fondateur des Affiches du Poitou, René Alexis Jouyneau des Loges y sont intervenu[34].

La Décade a publié, en outre, des lettres et d’autres fragments, jusqu’alors inédits, de Diderot, de Rousseau, de Voltaire et de divers écrivains des deux derniers siècles[2].

Fusion avec le Mercure

En tête de son numéro du 20 brumaire an VIII (), la Décade annonçait sa fusion avec le Mercure de France de Cailleau, et qu’elle servirait seule les abonnés des deux journaux, mais cette fusion semble avoir été tout à fait éphémère, puisque le Mercure, interrompu au mois de , n’a reparu qu’en [2].

Les articles littéraire et philosophiques de Ginguené à la Décade l’avaient placé au rang des critiques les plus judicieux de son époque[10],[13]. La Décade, devenue la Revue, restait le seul refuge de l’opposition républicaine qui, bien que très modérée, importunait encore Napoléon[9]. Huit ans plus tard, racheté par Fontanes, avec l’approbation de Lucien Bonaparte, le Mercure de tendance néo-monarchique antirévolutionnaire, végète tandis que le Moniteur universel suscite peu d’intérêt parmi le public. La Décade, républicaine anticatholique, plus proche des Idéologues, avait plus d’influence[7]. Napoléon insistant sur une fusion des deux titres[35], un avis inséré en tête du numéro du a annoncé que « la Décade se réunissait au Mercure, dont le nom avait été conservé comme le plus ancien ». Un prospectus, qui faisait ressortir les avantages de cette fusion « pour laquelle on n’avait consulté que l’intérêt des lettres », ajoutait : « Le Mercure de France, interrompu en 1793, fut continué quelques mois après par le journal connu aujourd’hui sous le nom de Revue littéraire »[2]. Tourneux se demande pourquoi, le Mercure ayant déplu à l’Empereur, c’est l’ancienne Décade philosophique qui a disparu, mais Byrnes note que Chateaubriand[36] et l’équipe du Mercure refusant de coopérer avec le pouvoir, c’est l’idéologie de la Décade qui, même affaiblie, qui a prédominé au sein du nouveau Mercure[2],[35].

Recueil

Sur les treize années et demie d’existence que compte La Décade philosophique, littéraire et politique, sa collection, distribuée en 4 volumes par an, un par saison républicaine, forme 54 volumes in-8°, présentant un tableau complet de l’histoire scientifique, littéraire et politique française, pendant cette période[3]. Tous les volumes sont pourvus d’une table des matières. Quelques-uns d’entre eux renferment des planches gravées d’après des objets d’art ou d’histoire naturelle et plusieurs morceaux de musique[2].

Jugement

« Parmi la foule innombrable de journaux et de revues enfantés par le régime révolutionnaire, je ne trouve pas de publication plus intéressante à étudier que la Décade[3]. »

« Elle fut comme la résurrection du goût et des principes en littérature, en morale et en politique[13]. »

Notes et références

  1. Napoléon ayant abrogé le calendrier républicain par le sénatus-consulte du 9 septembre 1805, le terme de « décade », division du mois en trois parties égales, de dix jours chacune, perdait sa pertinence.
  2. Maurice Tourneux, « La Décade philosophique, littéraire et politique », Bibliographie de l’histoire de Paris pendant la Révolution : monuments, mœurs et institutions, Paris, Imprimerie nouvelle, t. 3, , p. 670-1 (lire en ligne).
  3. Philippe Muller, « La Décade philosophique, littéraire et politique », Revue de la révolution, Paris, Bureaux de la Revue de la Révolution, t. 1, , p. 235 (lire en ligne).
  4. Louis Petit de Julleville, Histoire de la langue et de la littérature française des origines à 1900 : Dix-neuvième siècle. 1899, Paris, Armand Colin, , 885 p. (lire en ligne), p. 143.
  5. Jean Tulard, De Napoléon et de quelques autres sujets, Paris, Tallandier, , 336 p., 22 cm (ISBN 979-1-02103-800-4, OCLC 1091942063, lire en ligne), p. 159.
  6. Cet honneur ne servira à rien, Ginguené siégeant dans l’opposition à Napoléon, qui le mettra, peu de mois après, au nombre des vingt premiers éliminés, lors de l’épuration du Tribunat. Voir Ferdinand Höfer, « Ginguené, Pierre-Louis », Nouvelle Biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours : avec les renseignements bibliographiques et l’indication des sources à consulter, Paris, Aux bureaux de l’Artiste, t. 20 Geoffrin - Gerres, , p. 571-582 (OCLC 614646766, lire en ligne [24 cm], consulté le 4 juillet 2019).
  7. Jacques-Olivier Boudon, La France et l’Europe de Napoléon, Paris, Armand Colin, , 352 p. (ISBN 978-2-20026-533-5, lire en ligne), p. 107.
  8. Sophie Wahnich, La Révolution française, Paris, Hachette, , 304 p. (ISBN 978-2-01146-143-8, lire en ligne), p. 210.
  9. Joseph-François Michaud et Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne : ou, Histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes, t. 16, Paris, A. T. Desplaces, , 663 p. (lire en ligne), p. 478.
  10. Prosper Jean Levot, Biographie bretonne : recueil de notices sur tous les Bretons qui se sont fait un nom soit par leurs vertus ou leurs crimes, soit dans les arts, dans les sciences, dans les lettres, dans la magistrature, dans la politique, dans la guerre, etc., depuis le commencement de l’ère chrétienne, t. 1, A - J., Paris, Cauderan, , 981 p., 2 vol. in-8° (OCLC 562314957, lire en ligne), p. 799-808.
  11. Stéphane Zékian, L’Invention des classiques : le « siècle de Louis XIV » existe-t-il ?, Paris, CNRS éditions, , 383 p., 23 cm (ISBN 978-2-27107-339-6, OCLC 1019825827, lire en ligne), p. 166.
  12. Fabienne Bercegol et Cornelia Klettke, Les Femmes en mouvement : l’univers sentimental et intellectuel des romancières du début du XIXe siècle, Berlin, Frank & Timme, , 404 p., 22 cm (ISBN 978-3-73290-322-1, OCLC 994866514, lire en ligne), p. 60.
  13. Louis Eugène Hatin, Bibliographie historique et critique de la presse périodique française : ou, Catalogue systématique et raisonné de tous les écrits périodiques de quelque valeur publiés ou ayant circulé en France depuis l’origine du journal jusqu’à nos jours, Paris, Firmin-Didot, (lire en ligne), p. 246.
  14. Michel Christol et André Chastagnol, Institutions, société et vie politique dans l’empire romain au IVe siècle ap. J.-C. : actes de la table ronde autour de l’œuvre d’André Chastagnol (Paris, 20-21 Janvier 1989), École française de Rome, Palais Farnèse, , 514 p. (ISBN 978-2-72830-253-6, OCLC 470695503, lire en ligne), p. 656.
  15. (en) Julian Wright, Pluralism and the Idea of the Republic in France, Paris, Springer, , 270 p. (ISBN 978-1-34932-300-5, lire en ligne).
  16. (en) James A Leith, The Idea of Art as Propaganda in France, 1750-1799 : a study in the history of ideas, Paris, University of Toronto Press, , 184 p., 22 cm (ISBN 978-1-48758-631-7, OCLC 919980333, lire en ligne), vii, 200.
  17. Paul Hazard (dir.), Journal de Ginguené : 1807-1808, Paris, Hachette, , 83 p. (lire en ligne), p. 55.
  18. Henri Jouin, Joachim Lebreton : 1er secrétaire perpétuel de l’académie des beaux-arts, Paris, Bureau de l’artiste, , 41 p. (lire en ligne).
  19. (en) Darcy Grigsby, Classicism, nationalism and history : the prix décennaux of 1810 and the politics of art under post-revolutionary empire, Paris, University of Michigan, (OCLC 713402996, lire en ligne).
  20. (en) The Encyclopaedia Britannica : a dictionary of arts, sciences, literature and general information, t. 10 Edw-Fra, Paris, , 944 p. (lire en ligne), p. 210.
  21. Louis Paris et Ulysse Robert, Le Cabinet historique, t. 26, Paris, A. Picard ; H. Champion, (OCLC 918737670, lire en ligne), p. 73.
  22. Joanna Kitchin, Un journal « philosophique » : La Décade, 1794-1807, Paris, F. Paillart, , 315 p. (lire en ligne), p. 91.
  23. Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : ou histoire par ordre alphabétique, de la vie privée et publique de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes, t. 2, Paris, Charles Delagrave, , 704 p., 27 cm (lire en ligne), p. 423-6.
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  28. Pascal Duris, Linné et la France, 1780-1850, Paris, Droz, , 281 p. (ISBN 978-2-60003-698-6, lire en ligne), p. 112.
  29. Joseph-Marie Quérard, Pierre-Gustave Brunet et Pierre Jannet, Les Supercheries littéraires dévoilées : galerie des écrivains français de toute l’Europe qui se sont déguisés sous des anagrammes, des astéronymes, des cryptonymes, des initialismes, des noms littéraires, des pseudonymes facétieux ou bizarres, t. 1, A-E, Paris, P. Daffis, , 1277 p. (lire en ligne), p. 223.
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  32. An VII, tomes VIII et IX.
  33. (en) Isser Woloch, Jacobin Legacy : The Democratic Movement under the Directory, Princeton University Press, , 472 p. (ISBN 978-1-40087-189-6, lire en ligne), p. 158.
  34. Bulletin de la Société des antiquaires de l’Ouest et des musées de Poitiers, La Société, (lire en ligne), p. 266.
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  36. Ginguené a critiqué avec beaucoup de sévérité ses ouvrages, ainsi que ceux de Delille, dans la Décade.

Bibliographie

  • Joanna Kitchin, Un journal « philosophique » : La Décade, 1794-1807, Paris, F. Paillart, , 315 p. (lire en ligne), p. 265.
  • Marc Régaldo, Un milieu intellectuel : la Décade philosophique (1794-1807), Paris, Honoré Champion, , 635 p. (OCLC 630884855, lire en ligne).

Liens externes

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