La Trahison des images

La Trahison des images (19281929, peinture à l'huile sur toile de 59 × 65 cm ; musée d'art du comté de Los Angeles) ou aussi à voir au musée d’art moderne de Bruxelles, est un des tableaux les plus célèbres de René Magritte. Il représente une pipe, accompagnée de la légende suivante : « Ceci n’est pas une pipe. ». L'intention la plus évidente de Magritte est de montrer que, même peinte de la manière la plus réaliste qui soit, une pipe représentée dans un tableau n’est pas une pipe. Elle ne reste qu’une image de pipe qu'on ne peut ni bourrer, ni fumer, comme on le ferait avec une vraie pipe.

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La Trahison des images
Artiste
Date
1929
Technique
Huile sur toile
Dimensions (H × L × l)
59 × 65 × 2,54 cm
Série
Mouvement
Collection
Mr. and Mrs. William Preston Harrison Collection (d)
N° d’inventaire
78.7
Localisation
Inscription
Ceci n'est pas une pipe.
Image externe
Reproduction de La Trahison des images (fair use).

Magritte a d’ailleurs développé ce discours du rapport entre l’objet, son identification et sa représentation dans plusieurs tableaux de 1928 à 1966, la série commençant avec La Clef des songes et s'achevant sur une mise en abyme de La Trahison des images : Les Deux Mystères.

Dès sa parution en 1927 La Trahison des clercs, le livre de Julien Benda, avait suscité bien de commentaires et son titre, sinon son contenu, était familier au public.

Historique de la série

En 1926, René Magritte avait esquissé une réflexion sur les rapports entre mot et représentation, déjà à partir d'une pipe, avec un dessin représentant trois formes : une forme abstraite, une représentation de pipe et le mot pipe.

En 1927, La Clé des songes représente quatre cases, avec dans chaque case une représentation et un mot. Pour trois des quatre objets, il n'y a pas de lien entre l'objet et le mot (une mallette est identifiée comme le ciel). Seul le quatrième objet (une éponge) est identifié « correctement. »

En 1928, Magritte poursuit cette recherche avec Le Miroir vivant : des formes indéfinies sur fond noir, identifiées uniquement par des mots (personnage éclatant de rire - horizon - armoire - cris d'oiseaux) : la représentation n'existe plus, seuls les mots sont là pour rendre compte de la réalité.

En 1929, Magritte parachève la démonstration avec La Trahison des images, tableau emblématique de cette série dont il produira plusieurs versions.

En 1930, Magritte reprend aussi le thème de La Clé des songes : la toile est séparée en six cases, chaque objet est « incorrectement » identifié.

Enfin en 1966, Magritte apportera la touche finale à la série avec Les Deux mystères (huile sur toile, 60 × 80 cm, collection particulière, Londres). Ce dernier tableau représente un chevalet sur lequel est posée La Trahison des images, tandis qu'au-dessus est représentée une seconde pipe extérieure au « tableau dans le tableau ». Cette seconde pipe est-elle supposée être le modèle de la pipe du tableau ? Elle lui ressemble par la forme, mais pas par la couleur. Elle semble être une représentation désincarnée de pipe, théorique, sans ombre portée, tandis que la pipe du « tableau dans le tableau » est représentée de manière plus minutieuse, plus figurative, avec une intention évidente d'en rendre la perception plus « réelle » que la pipe hors tableau qui a donc l'air moins « image » que celle du petit tableau. Laquelle est alors une pipe, et laquelle n'est que représentation d'une pipe ?

Interprétation

Bien des interprétations ont été données à ces tableaux, notamment par Michel Foucault dans Ceci n'est pas une pipe (1973) dans l'édition duquel sont publiées, en appendice, deux lettres de Magritte. L'explication la plus évidente consiste à constater tout bonnement que l'image d'une pipe n'est effectivement pas une pipe, et que Magritte mobilise, par le paradoxe apparent contenu dans ces toiles, l'imagination et la réflexion du spectateur qui en tirera les conclusions qu'il souhaitera sur la question de la réalité des choses en général.

Plus précisément à cette époque, dans la peinture mais aussi dans la littérature des écrivains de science-fiction A. E. van Vogt, Isaac Asimov et d'autres, les artistes vont introduire dans l'art des théories humaines et de sociologie vulgarisées dans les années 1950-60. Cela fait référence à la sémantique générale (1934) dont la phrase la plus représentative est « Une carte n'est pas le territoire qu'elle représente » introduite par Alfred Korzybski.

Référence

  • Minecraft fait une référence a cette oeuvre avec un texte dans son menu d'accueil qui est « Ceci n'est pas une title screen! »

Voir aussi

Alfred Korzybski Julien Benda

Bibliographie

  • Michel Foucault, Ceci n'est pas une pipe : Sur Magritte, 1973, Fata Morgana (Scholies)

Articles connexes

Liens externes

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