Lazare Kaganovitch

Lazare Moïsseïevitch Kaganovitch (en russe Лазарь Моисеевич Каганович), né à Kabany le et mort le , est un homme d'État soviétique. Surnommé « la locomotive » du fait de son tempérament bouillant[1], il est membre du bureau politique du Parti communiste de l'Union soviétique sous la direction de Joseph Staline.

Lazare Kaganovitch

Lazare Kaganovitch, années 1930.
Fonctions
Vice-président du Conseil des ministres de l'Union soviétique

(4 ans, 3 mois et 24 jours)
Premier ministre Georgy Malenkov
Nikolai Bulganin
Nikita Khrouchtchev
Prédécesseur Lavrentiy Beria
Successeur Anastas Mikoyan
Membre du Politburo

(26 ans, 7 mois et 14 jours)
Biographie
Nom de naissance Lazar Moiseyevich Kaganovich
Date de naissance
Lieu de naissance Kabany (Empire russe)
Date de décès
Lieu de décès Moscou (URSS)
Nationalité russe → soviétique
Parti politique PCUS

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Biographie

Un fidèle de Staline

Joseph Staline et Lazare Kaganovitch

Lazare Moïsseïevitch Kaganovitch est issu d'une famille juive des environs de Kiev[2]. Il travaille dès son enfance comme apprenti cordonnier[3] dans des fabriques de chaussures et, rejoignant son frère aîné Mikhaïl, adhère au bolchévisme en 1911. Après avoir fait de l’agitation sous le pseudonyme de « Kosherovitch »[1], il se fait remarquer par Lénine, puis est envoyé gouverner Nijni Novgorod en 1918[1]. En 1919, il pousse à la militarisation du Parti[1], et se voit confier des tâches politiques mineures dans l'Armée rouge pendant la guerre civile russe et se bat sur le front Sud. En 1920, il est envoyé en Asie centrale. C'est lui qui est à l'origine de l'abandon du nom Turkestan, alors utilisé pour désigner cette région, estimant qu'il manifestait « une aspiration grand-turque qui devrait être rayée au plus tôt de la terminologie soviétique ».

Faisant partie des proches de Staline, Kaganovitch connaît alors une rapide ascension : candidat au Comité central en 1923, il en est membre l'année suivante. Il idolâtre Staline, qu’il appelle « notre père »[4], et participe à la théorisation du futur stalinisme. Premier secrétaire du Parti communiste ukrainien de 1925 à 1928, il dirige les opérations d'élimination des opposants et joue un rôle considérable dans la mise en œuvre des purges staliniennes des années trente dans cette république bouleversée par la collectivisation. Il est ensuite envoyé écraser les jacqueries entre Caucase et Sibérie occidentale[5].

Élu suppléant au Politburo, il en devient titulaire en 1930 et  longévité remarquable  y demeure jusqu'en 1957, ayant par ailleurs rejoint le Præsidium du Soviet suprême en 1952. De 1930 à 1935, il est premier secrétaire du Parti à Moscou, où il se distingue par son action dans la modernisation de Moscou, en particulier dans la destruction de monuments historiques préalable aux constructions[5], et dans la construction de la première ligne du métro de la capitale. Jusqu'en 1939, il est également l'un des trois secrétaires du Comité central, adjoint de Staline[3], supervisant notamment successivement l'industrie, l'agriculture et les transports.

Holodomor

Kaganovitch joue un rôle de premier plan lors de l’Holodomor (extermination par la faim), qui se produit dans le contexte des famines soviétiques et qui fait entre 2,6 et 5 millions de victimes en Ukraine. Le plan de collecte prévu par le gouvernement n’ayant pas été rempli, Kaganovitch et Molotov sont dépêchés en octobre 1932 dans le Caucase du nord et en Ukraine afin d’« accélérer les collectes » et empêcher à tout prix les paysans de fuir vers les villes[6]. Kaganovitch se montre passablement insensible au spectacle de désolation laissé par la famine, addressant au contraire critiques et réprimandes aux cadres en place pour leur mollesse dans la collecte[7].

Le , la commission présidée par Kaganovitch adopte la résolution suivante : « À la suite de l’échec particulièrement honteux du plan de collecte des céréales, obliger les organisations locales du Parti à casser le sabotage organisé par les éléments koulaks contre-révolutionnaires, anéantir la résistance des communistes ruraux et des présidents de kolkhoze qui ont pris la tête de ce sabotage ». À partir de ce moment-là, les opérations « anti-sabotage » se multiplient et les victimes se compteront par dizaines de milliers, sans compter les déportations de villages entiers. Nikita Khrouchtchev s’illustrera d’ailleurs également par sa férocité durant cette sombre période, en Ukraine. II a été calculé qu’au plus fort de la famine, jusqu’à 33 000 personnes mouraient de faim chaque jour dans cette région. Le cannibalisme réapparaîtra.

Le , Lazare Kaganovitch, jugé à titre posthume, a été reconnu coupable de « génocide du peuple ukrainien en 1932-1933 » par la cour d'appel de Kiev[8].

Une cible de la déstalinisation

Après la mort de Staline, Kaganovitch réussit à conserver son influence. De à , il est ministre du Travail et des Salaires. En 1947, il remplace Khrouchtchev pour quelques mois au poste de premier secrétaire du Parti en Ukraine et contribue à la montée au pouvoir de ce dernier. Pour autant son influence décroît très rapidement. Avec ses collègues de la tendance conservatrice Molotov et Vorochilov, il fomente une intrigue pour éliminer son ancien protégé devenu entre-temps un détracteur de plus en plus virulent des méthodes staliniennes. Accusé d'avoir fomenté les activités du « groupe anti-parti », Kaganovitch est démis de ses fonctions au gouvernement, puis du Praesidium en , pour être relégué à la direction d'une cimenterie en province.

Violemment critiqué au XXIIe Congrès du PCUS d' qui défend une ligne de déstalinisation radicale, il n'est pourtant exclu du Parti que trois ans plus tard. Tombé dans l'oubli, Kaganovitch retrouve une certaine notoriété au début de la glasnost au milieu des années 1980 quand des journalistes obtiennent du vieux dirigeant l'exhumation de révélations controversées. Il le doit aussi à sa longévité. Ayant réussi à atteindre l'âge de 97 ans, il meurt en 1991, très peu de temps avant les évènements qui aboutissent à la disparition de l'Union soviétique qu'il a largement contribué à façonner.

Vie privée et personnalité

Simon Sebag Montefiore le qualifie d’« « impétueux et viril », grand et robuste avec des cheveux noirs, de longs cils et de « beaux yeux bruns » »[3]. C’était un bourreau de travail au fort accent juif, qui jouait sans cesse avec des objets et qui avait gardé de la cordonnerie l’habitude de regarder les chaussures de ses interlocuteurs, voire de les examiner à son bureau[3]. Son tempérament explosif et exubérant, dynamique et tenace lui valut le surnom de « locomotive », et l’amenait à frapper ses subordonnés au marteau ou à les soulever par le veston[3]. Khrouchtchev, qui fut son protégé à ses débuts, dit de lui que « [S]i le Comité central lui avait mis une hache dans les mains, il aurait fait place nette comme un ouragan mais détruit les arbres sains en même temps que les pourris », ce qui amena Staline à le surnommer « l’homme de fer »[1]. En revanche, il pouvait manquer de courage, car il se sentait vulnérable du fait de son origine juive[1].

Staline le protégea de l’antisémitisme et lui enseigna l’orthographe et la ponctuation[9]. Kaganovitch, lui, vénérait Staline qu’il se refusait à tutoyer[10], et inventa le terme « stalinien » au cours d’un repas à Zoubalovo, terme que Staline réfuta alors[1].

Il avait connu sa femme en mission, au cours de laquelle ils devaient jouer un couple ; ils eurent ensemble une fille et un fils adoptif[10].

Notes

Bibliographie

  • Simon Sebag Montefiore (trad. Florence La Bruyère et Antonina Roubichou-Stretz), Staline : La cour du tsar rouge, vol. I. 1929-1941, Perrin, , 723 p. (ISBN 978-2-262-03434-4). 

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