Les Lois

Les Lois (en grec : Νόμοι) est le titre du dernier des dialogues de Platon, après le Philèbe. C’est aussi le plus long des dialogues platoniciens et le seul où Socrate n’apparaît pas.

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Dans les Définitions, le platonisme définit le mot « Loi » : « Décision politique du grand nombre, qui vaut sans limitation dans le temps »[1]. Platon, dans ce dialogue, tout comme la République, traite de philosophie politique et touche au problème de la meilleure constitution politique. Comme dans la République, Platon vise dans les Lois la constitution de la cité la meilleure possible en prenant pour modèle le juste selon les dieux. Dans les deux cas, ce modèle est l'image que les dirigeants doivent suivre pour unifier une cité et la rendre entièrement vertueuse, sans qu'il soit cependant possible de l'instituer réellement. Platon est toutefois plus « empirique » dans les Lois, puisqu'il examine des constitutions réelles et propose une description très détaillée d'une constitution aussi juste que possible. Dans les Lois, Platon fait discuter plusieurs vieillards sur la valeur de la constitution de plusieurs cités. Les punitions des lois infligées aux êtres vivants ne doivent être inférieures à celles des Enfers et vont d'une amende de 20 drachmes à une mine[2].

L'éducation qui, à Sparte, négligeait l'âme et ne s'occupait que du corps, la politique de domination, la passion guerrière, l'immoralité des femmes, furent sévèrement jugées par Platon[3]. Tout au long de son œuvre, il a dénoncé les excès de l'oligarchie, où les riches dominent les pauvres, et ceux de la démocratie, où les pauvres tentent de dominer les riches. C'est pourquoi Platon proposa dans La République un régime original : la timocratie, régime où la population est divisée en classes sociales strictement délimitées ayant chacune des prérogatives propres[4].

La scène se passe en Crète, sur le chemin de Cnossos au temple de Zeus, où se rendent les trois interlocuteurs. Lorsque Platon mourut à Athènes, il rédigeait Les Lois, dont on a pu penser que le livre XII était inachevé, mais ce jugement est sujet à discussion, d'autant que d'aucuns considèrent l’Épinomis comme le treizième livre des Lois[5]. La tradition voudrait faire mourir Platon à 81 ans, d'après le symbolisme des nombres, car 81 est le carré de 9[6]. Zénon de Cition avait écrit Contre les Lois de Platon.

Personnages

  • Un étranger, dit l'Athénien, dont on ne sait si c'est Platon lui-même
  • Mégillos, un Spartiate
  • Clinias, dit Le Crétois, que l'on retrouve également dans l’Épinomis. Il n'a aucun rapport avec les autres Clinias des dialogues platoniciens, qui sont d'Athènes : ce Crétois n'est pas connu en dehors de ces dialogues ; tout au plus sait-on qu'il descendrait d'Épiménide

Thèmes de l’œuvre

Rôle des lois

Selon Platon, les lois sont essentielles pour l'évolution et la cohésion dans la cité idéale, car l'homme ne possède pas de prédisposition à cultiver l'intérêt général dès la naissance, ainsi il est le premier philosophe à évoquer des règles possibles, un mode d'organisation ayant pour but de lutter contre la corruption et de faire naître la notion de devoir moral chez le citoyen, là où selon Sénèque[7], c'est la décadence des mœurs entraîne l'invention de lois, comme celles de Solon. Hésiode, dans Les Travaux et les Jours, développe le mythe de l'Âge d'or : la perfection de la race humaine se situe à l'origine, et le progrès technique est signe de décadence.

Dans ses Lois, Platon classe la population en deux grandes catégories (les esclaves, les artisans et commerçants d'un côté, et les « gardiens de la cité » de l'autre) dont un « Conseil Nocturne »[8] est à la tête. Cette société utopique serait statique, Platon considérant tout changement dans son organisation comme étant potentiellement subversif. Dans l’Épinomis, Platon expose le programme des membres du Conseil Nocturne, qui s'occupe d'astronomie confondue à la théologie.

Rôle de l’éducation

Le rôle de l'éducation y est défini comme primordial autant dans le domaine sportif que scolaire, étudier n'est pas un droit mais un devoir dans la Cité idéale platonicienne, et ce jusque l'âge de 18 ans. Puis le jeune adulte est contraint d'effectuer l'éphébie pour une période de deux ans, après quoi il décidera ou non de la poursuite de ses études. S'il opte pour les continuer, il devra se soumettre à dix années de synthèse des connaissances précédentes et à l'étude de quatre domaines fondamentaux — l'arithmétique, la géométrie, l’astronomie et la science de l’harmonie — après quoi seulement ils pourront se consacrer à l'étude de la philosophie. Ce passage obligé par les sciences s'explique par l'intérêt que porte Platon pour celles-ci car elles sont formatrices pour l'esprit et permettent la compréhension et l'analyse des concepts. Enfin l'homme devra s'acquitter d'une quinzaine d'années de loyaux services dans l'armée ou l'administration afin de rejoindre l'appareil politique de la Cité. Dans ce dialogue, Platon critique la loi en tant que fondement de la légitimité, la reconnait comme étant nécessaire à la vie politique.

Plan des Lois[9]

Livre I

Ce livre I traite des institutions nécessaires au développement du courage[10]. Clinias soutient que la guerre est la fin principale de la législation (625e). L'Athénien riposte que le but du législateur est de mettre ce qui est bon à même de vaincre ce qui est mauvais (626d). Il y a une hiérarchie des biens :

  • Les biens extérieurs (richesse, honneur, pouvoir),
  • Les biens du corps (santé, beauté, force, adresse),
  • Les biens de l'âme (pensée, sagesse, justice, courage)[11]. Platon traite ensuite de l'éducation[12] et des banquets. Mégillos énumère les différents types de vertus pratiquées dans sa cité. Après les repas en commun (syssities), la pratique de la gymnastique et la chasse, il cite « l'endurance à la douleur ». Parmi les exercices destinés à l'acquérir, il évoque les rixes, la fête religieuse des Gymnopédies et la kryptie :

« Il y a aussi ce qu'on appelle la kryptie, exercice prodigieusement pénible et propre à donner de l'endurance, et l'habitude d'aller nu-pieds et de coucher sans couverture en hiver, celle de se servir soi-même sans recourir à des esclaves, d'errer la nuit comme le jour à travers tout le pays[13]. »

Les Gymnopédies n'étaient pas que des festivités religieuses. Le Spartiate Mégillos, dans Les Lois de Platon, les appelle un « redoutable endurcissement (…), de redoutables exercices d'endurance où il faut résister à la violence de la canicule »[14].

Mégillos se borne à souligner la difficulté de l'épreuve, sans entrer davantage dans ses caractéristiques (durée, public concerné, etc.). Rien n'interdit d'en déduire que la kryptie est un exercice obligatoire pour tous les jeunes gens, à l'instar du service militaire moderne[15]. Cela paraît néanmoins peu probable, attendu que Xénophon ne l'évoque pas[16]. Platon dénonce dans les Lois[17] ce qu'il juge être des amours contre nature.

Citations

« ...de ce roi Minos, que le grand Zeus, tous les neuf ans, prenait pour confident »[18]

  • Tyrtée est cité, et plusieurs fois paraphrasé :

« fut-il le plus riche des hommes »[19]

Livre II : L'éducation est « éclosion initiale d'un mérite moral chez l'enfant »[20]

L'éclosion consiste en la musique et la gymnastique ; la beauté, santé, vigueur et richesses sont des maux pour le mal

Citations
  • Tyrtée est cité, et plusieurs fois paraphrasé :

« plus riches que ne le furent Cinyras et Midas »[21]

« Le délicieux plaisir est en son printemps »[22]

Livre III : Les régimes politiques

Une vie sans tort, une âme sans souillure est synonyme de philosophie et de la vie ou la mort d'un philosophe, quand bien même ne saurait-il ni lire ni écrire ou nager[23]. Les régimes politiques se succèdent selon des étapes sociales (premières communautés isolées, regroupements, invasions, histoire des constitutions[24]. On connaît le gouvernement autocratique chez les Perses[25], la démocratie chez les Athéniens[26], le mélange de monarchie et de démocratie chez les Lacédémoniens. Après avoir exposé les différentes sortes de gouvernement. Platon propose dans La République et Les Lois une éducation collective dans le but de former des citoyens où la Cité remplace totalement les parents. L’éducation consistait à « mettre la science dans l’âme » selon le sens commun, d’après Platon à élever l’âme vers le bien, le beau et la justice (en fait une éducation morale). Ceci est clairement expliqué ici : « On ne saurait mieux les élever, dit-il. N’est-ce donc pas, Glaucon, repris-je, que l’éducation musicale est souveraine parce que le rythme et l’harmonie ont au plus haut point le pouvoir de pénétrer dans l’âme et de la toucher fortement, apportant avec eux la grâce et la conférant, si l’on a été bien élevé, sinon le contraire. Et aussi parce que le jeune homme à qui elle est donnée comme il convient sent très vivement l’imperfection et la laideur dans les ouvrages de l’art ou de la nature, et en éprouve justement du déplaisir ? Il loue les belles choses, les reçoit joyeusement dans son âme pour en faire sa nourriture, et devient ainsi noble et bon ; au contraire, il blâme justement les choses laides, les hait dès l’enfance, avant que la raison lui soit venue, et quand la raison lui vient, il l’accueille avec tendresse et la reconnaît comme une parente d’autant mieux que son éducation l’y a préparé. - Il me semble en effet, dit-il, que ce sont là les avantages que l’on attend de l’éducation par la musique. - Je repris : À l’époque où nous apprenions les lettres nous n’estimions les savoirs suffisamment que lorsque leurs éléments, en petit nombre, mais dispersés dans tous les mots, ne nous échappaient plus, et que, ni dans un petit mot ni dans un grand, nous ne les négligions, comme inutiles à noter ; alors, au contraire, nous nous appliquions à les distinguer, persuadés qu’il n’y avait pas d’autre moyen d’apprendre à lire. - C’est vrai. - Il est vrai également que nous ne reconnaîtrons pas les images des lettres, reflétées dans l’eau ou dans un miroir, avant de connaître les lettres elles-mêmes, car tout cela est l’objet du même art et de la même étude. - Très certainement. - Eh bien ! je dis de même, par les dieux, que nous ne serons pas musiciens, nous ni les gardiens que nous prétendons élever, avant de savoir reconnaître les formes de la tempérance, du courage, de la générosité, de la grandeur d’âme, des vertus leurs sœurs et des vices contraires, partout où elles sont dispersées ; avant de percevoir leur présence là où elles se trouvent, elles ou leurs images, sans en négliger aucune, ni dans les petites choses ni dans les grandes, persuadés qu’elles sont l’objet du même art et de la même étude. »

Citations

« Ceux-là n'ont pas d'assemblées ni de règlements
Mais ils habitent les cimes de hautes montagnes
Au creux des cavernes, et chacun régit
Ses enfants et ses femmes, sans soucis du voisin »
[27]
[28]

Livre IV : Sur ceux qui font les lois

  • « La Divinité avec Hasard et Occasion »[29] : Platon raconte le mythe de l’Âge d'or, sous Cronos[30].
  • La justice est l'uniqu