Louise de Belgique

Louise Marie Amélie, princesse de Belgique, duchesse de Saxe, princesse de Saxe-Cobourg-Gotha, née à Bruxelles, le et décédée à Wiesbaden le . Fille du roi des Belges Léopold II et de la reine Marie-Henriette de Habsbourg-Lorraine, mariée à Bruxelles, le , à son cousin le prince Philippe, duc de Saxe, prince de Saxe-Cobourg-Gotha, duc de Kohary. Ils ont deux enfants : Léopold (1878-1916) et Dorothée (1881-1967)[1]. La célèbre avenue Louise de Bruxelles porte aujourd'hui son nom.

Princesse Louise de Belgique (1858–1924)
Princesse Louise de Belgique
Titre de noblesse
Princesse
Biographie
Naissance
Décès
(à 66 ans)
Wiesbaden
Sépulture
Nationalité
Activité
Aristocrate
Famille
Père
Mère
Fratrie
Conjoint
Enfants
blason

Enfance

La princesse Louise est le premier enfant du duc et de la duchesse de Brabant, couple fort mal assorti et malheureux. L'enfant reçoit pour marraine son arrière-grand-mère, la reine Marie-Amélie, veuve de Louis-Philippe Ier, roi des Français qui, depuis la Révolution de 1848, vit en exil en Angleterre. Celle-ci avait émis le vœu que sa filleule reçût le prénom de la première reine des Belges, sa fille bien-aimée prématurément disparue.

Louise a très rapidement un frère Léopold, titré comte de Hainaut dont la naissance semble assurer la pérennité de la Maison royale belge. Le petit garçon fait la fierté de la famille royale. Une sœur cadette, Stéphanie, future archiduchesse héritière de l'Empire austro-hongrois naît en 1864.

En 1865, meurt le roi Léopold Ier, fondateur de la dynastie belge dont la politique avait assuré le prestige de la maison de Saxe-Cobourg-Gotha. Le père de Louise monte sur le trône de Belgique et prend le nom de Léopold II. Son frère qui devient à l'âge de six ans l'héritier du trône relève le titre de duc de Brabant.

En 1867, son oncle Philippe, comte de Flandre épouse la princesse Marie de Hohenzollern-Sigmaringen, parente du roi de Prusse. Ainsi la dynastie Belge, déjà forte de ses relations familiales avec la Maison Royale d'Angleterre, après un mariage Français pour lui assurer la paix avec son puissant voisin du sud, un mariage autrichien pour entrer dans le cercle des grandes dynasties catholiques, consolide-t-elle sa position en Europe en s'alliant à son puissant voisin Allemand.

Élevée sans confort pour l'aguerrir ainsi que le veulent les principes d'éducation de l'époque[2], l'instruction de la princesse est soignée : elle reçoit des cours de français, d'anglais, d'allemand et d'italien pour les langues, tandis que des leçons de mathématiques, d'équitation, de religion et de musique lui sont également dispensées[3].

Le premier drame de la vie de la jeune princesse et de toute la famille royale belge est la disparition prématurée du jeune duc de Brabant, héritier du trône à l'âge de neuf ans en 1869[4]. Le comte de Flandre redevient l'héritier du trône et la même année, la comtesse de Flandre donne le jour à un garçon qui reçoit le prénom national et ancien de Baudouin. Le couple royal ne s'en remet pas et, après la naissance d'une troisième fille, Clémentine, en 1872, le Roi se détourne tout à fait de sa famille, devient cynique, adultère et se consacre à la colonisation du Congo qui l'enrichit fabuleusement.

Une princesse convoitée

La fille aînée du roi des Belges est activement recherchée par les princes européens. Le souverain a longtemps craint de devoir la donner en mariage au prince impérial, fils et héritier de Napoléon III. Or, il considère les Bonaparte comme des parvenus. Après la chute du Second Empire et la proclamation de la république en France, cette "menace" s'estompe et, très rapidement, deux candidats demandent la main de la princesse encore adolescente : le prince Frédéric de Hohenzollern-Sigmaringen (1843-1904[5]), frère de la comtesse de Flandre (épouse du frère de Léopold II) et du prince (futur roi) Charles de Roumanie et, un cousin de son père, le prince Philippe de Saxe-Cobourg-Kohary[6], tous deux trentenaires.

Le Roi ne désirant pas d'un rapprochement avec la Prusse si peu de temps après la guerre franco-prussienne de 1870, accepte le mariage Saxe-Cobourg : Philippe est doublement proche de la famille royale belge étant membre de la maison de Saxe-Cobourg par son père et petit-fils du roi des français – dont il porte un des prénoms – par sa mère, la princesse Clémentine d'Orléans.

Autre avantage, cette branche de la maison de Saxe-Cobourg dite "Saxe-Cobourg-Kohary" est aussi très riche du fait du mariage en 1816 du grand-père du prince, Ferdinand de Saxe-Cobourg, avec une des plus riches héritières de Hongrie : Antoinette de Kohàry.

Enfin, la défunte tante du prince Philippe, Victoire de Saxe-Cobourg, a épousé un Orléans le duc de Nemours - fils cadet du roi Louis-Philippe. Leurs deux fils se sont brillamment mariés : l'aîné avec la princesse héritière de Brésil, le second avec la duchesse Sophie-Charlotte en Bavière, sœur de l'impératrice d'Autriche, la fameuse « Sissi » devenant donc un beau-frère de l'empereur François-Joseph. Enfin son oncle paternel, Ferdinand de Saxe-Cobourg, prince consort du Portugal par son mariage avec la reine Marie II est, depuis son veuvage, régent du Royaume durant deux années.

La reine Marie-Henriette elle-même approuve ce mariage : la famille de Philippe vit en Hongrie, son pays d'origine[6] et la sœur de Philippe, Clotilde de Saxe-Cobourg-Kohary, est l'heureuse épouse de son frère aîné l'archiduc l'archiduc Joseph.

Le mariage se déroule à Bruxelles le . La fiancée a 16 ans, le fiancé, 30.

Un mariage délétère

La princesse Louise de Belgique et le prince Philippe de Saxe-Cobourg et Gotha. Gravure d'après une photographie prise à l'époque de leur mariage à Bruxelles, le 4 février 1875.

La princesse ne s'adaptera pas à cette nouvelle vie : si son beau-père est un homme effacé, la princesse Clémentine est une femme de caractère et une mère possessive qui impose sans ménagement son style de vie à sa belle-fille de 17 ans. Le prince Philippe, de 14 ans l'aîné de son épouse, est un débauché pour ne pas dire un pervers qui n'hésite pas à faire preuve d'un autoritarisme borné et à initier sa très jeune épouse à la pornographie. Son jeune beau-frère Ferdinand, aux mœurs étranges, est attiré par la sorcellerie. La princesse Louise, dotée d'une personnalité forte et entière, ne peut se soumettre sans réagir à un tel régime. Elle prendra donc sa revanche en menant une vie prodigue de mondaine dépensière, faisant les beaux jours de la cour de Vienne où sa beauté attire et son attitude choque. Néanmoins, le couple a deux enfants, un fils, Léopold en 1878 et une fille, Dorothée en 1881.

Son anticonformisme et sa beauté lui acquièrent l'amitié de l'archiduc héritier Rodolphe, qui a son âge et qu'elle incite à épouser sa jeune sœur Stéphanie en 1881. Son mariage rapproche encore davantage l'archiduc des Cobourg, mais s'il estime la princesse Louise, il n'en partage pas moins les débauches du prince Philippe. De plus, le prince héritier n'a guère d'intérêts en communs avec sa trop jeune épouse qui lui a donné une fille. Atteint d'une maladie vénérienne, il contaminera sa femme qui en deviendra stérile. Déçu tant dans sa vie affective que politique, il mènera une vie de débauche jusqu'au dénouement tragique de Mayerling (1889).

Son fils, Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha, né en 1878, lui est enlevé très tôt. Il mourra célibataire en 1916 des suites d'une rixe avec sa maîtresse qui avant de se donner la mort lui avait jeté de l'acide au visage pour ensuite le blesser en lui tirant quatre balles[7]. Sa fille Dorothée (1881-1967) épouse le – pendant l'internement de sa mère – Ernest-Gonthier de Schleswig-Holstein (1863-1921), frère de l'impératrice Augusta-Victoria. Elle avait également renoncé à toute relation avec sa mère[8].

Une nouvelle vie

SAR la princesse Louise de Belgique.

En [9], Louise rencontre un officier croate, le comte Geza Mattachich, qui deviendra son grand amour et son bienfaiteur.

Le prince Philippe fait alors déclarer son épouse folle et convainc l'empereur François-Joseph de la faire enfermer dans un hôpital psychiatrique, tandis que le comte Mattachich est accusé de faux et incarcéré. Libéré quatre ans plus tard, il réussit à faire évader la princesse. Tous deux parcourent ensuite l'Europe.

Lors d'un séjour en France, Louise réussit à prouver son équilibre mental. Le prince Philippe propose une séparation à l'amiable moyennant une pension confortable. Le couple divorce en 1906 mais la princesse, habituée à vivre fastueusement, se trouve rapidement endettée et voyage à travers l'Europe fuyant ses créanciers.

Avec sa sœur Stéphanie, elle intente plusieurs procès pour récupérer l'héritage de leur père (décédé en 1909) dont elle s'estime lésée. Ces procès sont perdus par les deux princesses.

La guerre et la défaite appauvrissent encore la princesse qui décide de publier ses mémoires sous le titre Autour des trônes que j'ai vu tomber. Son ex-mari, ayant également perdu une grande partie de sa fortune, meurt en 1921.

Le comte Mattachich meurt en 1923, la princesse meurt d'une thrombose à Wiesbaden le [10]. Sa fille, qui n'a pas eu d'enfant, meurt en 1967.

Notes et références

  1. Olivier Defrance, Joseph van Loon, La fortune de Dora, une petite-fille de Léopold II chez les nazis, Bruxelles, 2013.
  2. Louise de Belgique, Autour des trônes que j'ai vu tomber, 1921.
  3. APR - Cahiers de la princesse Louise (1865-1869).
  4. Damien Bilteryst, Le Prince Baudouin, frère du Roi-Chevalier, Bruxelles, 2013, p. 27.
  5. Olivier Defrance, Louise de Saxe-Cobourg, Amours, argent, procès, Bruxelles, 2001, p.34
  6. Olivier Defrance, Louise de Saxe-Cobourg, Amours, argent, procès, Bruxelles, 2001, p.32
  7. Olivier Defrance et Joseph van Loon, La fortune de Dora : Une petite-fille de Léopold II chez les nazis, Bruxelles, Racine, 2013, pp. 123
  8. Olivier Defrance, La fortune de Dora, une petite-fille de Léopold II chez les nazis, Bruxelles, 2013.
  9. Olivier Defrance, Louise de Saxe-Cobourg, Amours, argent, procès, Bruxelles, 2001, p.121
  10. Olivier Defrance, Louise de Saxe-Cobourg, Amours, argent, procès, Bruxelles, 2001, p. 307

Œuvre autobiographique

  • Louise de Belgique, Autour des trônes que j'ai vu tomber, Paris, Albin Michel,

Autres sources

  • Olivier Defrance, Louise de Saxe-Cobourg : Amours, argent, procès, Bruxelles, Racine, (ISBN 2-87386-230-0)
  • Ouvrage collectif, Louise et Stephanie de Belgique, Le Cri, (ISBN 2-87106-324-9)
  • Comte Geza Mattachich, Folle par raison d'État : la princesse Louise de Belgique. Mémoires inédits du comte Mattachich,

En Littérature

  • (en) Dan Jacobson, All for Love, Hamish Hamilton, Londres, 2005 (ISBN 0241142733)

Articles connexes

Liens externes

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