Marabunta

Le mot Marabunta désigne en Amérique hispanophone une migration massive et destructrice de fourmis légionnaires, une plaga de hormigas (« plaie de fourmis »), terme où le mot plaga (« fléau », « plaie ») est pris dans le même sens que les plaies bibliques de l'Ancienne Égypte. Marabunta n'est pas le nom spécifique d'une fourmi, mais désigne le déplacement dévastateur des hormigas cazadoras (« fourmis chasseuses »), en particulier celles du genre Eciton, vivant en Amérique centrale et en Amérique du Sud.

Fourmis du genre Dorylus en déplacement dans une forêt du Kenya.

Cette « fourmi légionnaire » ou « fourmi guerrière » n'a pas de nid permanent. Les ouvrières forment un nid provisoire (le bivouac) à partir de leurs propres corps. Elle est réputée pour son agressivité, le passage d'une colonie étant très dévastateur. Celle-ci ne se déplace pourtant qu'à une vitesse de 200 m sur 24 h, mais la progression est implacable, les fourmis franchissant même les petits cours d'eau en formant des ponts et des radeaux de leurs corps. Armand Reclus, voyageur et explorateur français du XIXe siècle, décrit ainsi le passage de la marabunta, auquel il a assisté pendant son exploration de l'isthme de Panama, avant le percement du canal :

« On dirait un tapis brunâtre et vivant qui se meut et s'agite tout en restant adhérent au sol dont il dessine les moindres accidents… Leurs noires légions couvrent jusqu'à cent pieds carrés de terrain ; elles ne connaissent ni obstacles ni ennemis ; où elles ont passé, il ne reste plus rien : de tout animal au-dessous de la taille d'un rat, il ne faut que cinq minutes pour faire un squelette admirablement nettoyé ; une couvée de poussins n'a pas le temps de s'enfuir, les chiens et les porcs se sauvent éperdus. Quand elles s'approchent d'une maison, il faut leur laisser la place : par les fentes des portes, des fenêtres, des murs, par les interstices des toits, elles envahissent le logis, elles pénètrent partout ; bienheureux si l'on peut, à la hâte, sauver les victuailles ; par contre, une ou deux heures après, on retrouve la case absolument purgée de toutes les vermines qui l'infestaient. Une visite de cazadores est le meilleur des balayages. »

 Armand Reclus, explorateur, in Explorations aux Isthmes de Panama et de Darien (1877), Tour du Monde, 1880

Dana et Ginger Lamb, un jeune couple de voyageurs, ont traversé dans les années 1950 la jungle d'Amérique centrale en bivouaquant et en vivant de chasse, de pêche et de cueillette. Curieusement, la relation de ces précurseurs des back-packers fait de leur pénétration dans la jungle (Dans la jungle Maya, traduction de R. Villoteau, éditions Julliard ; autre titre du même récit : À la recherche de la cité perdue - Quest for the Lost City aux États-Unis en 1954) un voyage au pays d'Eden, alors que A. Reclus (comme Raymond Maufrais presque cent ans plus tard) évoque plutôt une épuisante succession d'épreuves. Cependant les Lamb décrivent (avec une innocence qui rend leur relation très crédible) comment les fourmis précédées d'éclaireurs ont envahi leur camp, heureusement situé à côté d'une petite rivière. Ils se sont alors réfugiés sur l'autre rive, d'où ils ont pu observer la marabunta. Les fourmis progressaient inexorablement, en groupe organisé, en transportant et en se passant de l'une à l'autre leur couvain et leurs larves, formant des ponts de leurs propres corps pour franchir les obstacles, dépeçant tout produit comestible, et essayant même de traverser le feu pour atteindre le gibier mis à boucaner…

Au Brésil, le mot Marabunta (voir articles Marabunta et Formiga-correição sur Wikipédia en portugais) désigne une fourmi bien particulière : Cheliomyrmex andicola (de), de la sous-famille des Ecitoninae, qui vit principalement sous la terre dans les selvas tropicais (jungles tropicales) d'Amérique. Elle est de couleur rougeâtre et de taille moyenne. Ses mandibules sont de grands crochets dentelés qui lui permettent de s'accrocher à ses proies. Sa piqûre est extrêmement douloureuse, irritante et paralysante, la douleur ressemble à celle provoquée par les « fourmis de feu ». Elle consomme la chair des vertébrés comme lézards, serpents et oiseaux, et d'animaux bien plus gros, et même de l'homme.

Au Brésil, la migration dévastatrice des fourmis carnivores s'appelle non pas marabunta mais taoca ou tanoca. Dans la famille des Formicidae américaines, ce comportement est commun à plusieurs sous-familles, comme les Ponerinae, les Leptanilloïdinae, les Leptanillinae, et les Ecitoninae (dont fait partie Cheliomyrmex andicola, la fourmi-marabunta). Leur invasion est identique à celle décrite plus haut, hormis l'observation que des oiseaux suivent la taoca, pour capturer les insectes et les petits animaux qui cherchent à fuir l'invasion de la formiga-correiçào

La marabunta est-elle bruyante ? Un film américain (The Naked Jungle, de Byron Haskin, 1954) dans lequel Charlton Heston joue le rôle d'un planteur qui devra ouvrir un barrage pour noyer une marabunta, a vu son titre traduit en espagnol par Cuando ruge la marabunta (« quand la marabunta rugit »). C'est sans doute ce titre espagnol qui a inspiré aux circuits de distribution cinématographique français le titre Quand la marabunta gronde, certainement attirant, mais qui ne reflète pas la réalité. Armand Reclus ne parle que d'un bruissement : « toutes les bestioles s'empressent de détaler ; on entend de tous côtés, à travers les feuilles mortes, le bruissement de ces fugitifs qui s'éloignent en grande hâte de cette phalange hérissée de mandibules ». Quant à Dana Lamb, il dit que leur couple a été alarmé par le silence subit qui régnait dans la jungle, et que c'est en partant alors en reconnaissance autour du camp qu'il a découvert les éclaireurs de la marabunta : il était pieds nus (!), il a marché sur une grande fourmi-soldat et a ressenti au pied comme une brûlure au fer rouge… Par contre Dana Lamb souligne l'odeur (forte et même nauséabonde), qui accompagne la vague de fourmis, et pense qu'il s'agit d'une substance chimique qui permet au groupe d'assurer sa cohésion… Quant à la taille de la marabunta, qui génère ses capacités de déplacement et de nuisance, elle varie avec les facteurs écologiques locaux. Il n'est pas exclu qu'une énorme marabunta puisse entraîner une fuite des hommes, et l'abandon d'un village, comme dans le film The Naked Jungle. Cependant l'effet bénéfique de la marabunta a été souligné par A. Reclus : toutes les autres « plaies » tropicales non microscopiques disparaissent, momentanément.

Dans la culture populaire

À la télévision

Au cinéma

Dans la littérature

  • 1991 : Les Fourmis, roman français de Bernard Werber. Un personnage secondaire entomologiste y décrit son expérience face à une Marabunta de fourmis magnans en Afrique.

Voir aussi

  • Portail de l’entomologie
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