Nécropole gallo-romaine et mérovingienne de Breny

La nécropole gallo-romaine et mérovingienne de Breny est un vaste ensemble funéraire situé sur la commune de Breny, dans le département de l'Aisne (France). Elle regroupe 2.200 tombes répertoriées, s'échelonnant sur sept siècles, du Haut-Empire romain aux premiers temps du déclin mérovingien. Ces sépultures ont livré au XIXe siècle des objets de grand intérêt - bijoux, armes, verreries - dont la plupart[1] a fait l'objet d'un récent collationnement.

Nécropole gallo-romaine et mérovingienne de Breny
Présentation
Type
Localisation
Pays
Région
Département
Aisne
Commune
Coordonnées
49° 11′ 11″ N, 3° 21′ 13″ E
Localisation sur la carte de l’Aisne
Localisation sur la carte de France

Ce site ne bénéficie actuellement d'aucune signalétique, ni d'aucune protection d'aucune sorte.

Situation géographique

Le village de Breny se situe à 106 km à l'est de Paris par l'autoroute A4, sur la D1 qui relie Château-Thierry au sud (19 km) et Soissons au nord (21 km). Dans le village même, la petite gare d'Oulchy-Breny est desservie quotidiennement par la ligne ferroviaire reliant la gare de Paris-Est à Reims, via La Ferté-Milon.

Le site de la nécropole s'atteint depuis la place de l'Église en prenant la route de La Croix. À environ 200 m en montant, peu après la sortie du village, un calvaire s'élève sur la droite[2] : il marque l'emplacement de la nécropole qui s'étend alentour sous terre. La toponymie en a conservé le souvenir puisque le lieu-dit s'appelle Le Martroy ou Martois, terme désignant un cimetière en vieux français[3].

On ne connaît pas l'emplacement précis des tombes mais un croquis de l'époque des fouilles donne une indication générale[4]... À droite de la route que l'on vient d'emprunter, se trouve la partie gallo-romaine abritant les tombes les plus anciennes, certaines datant du Ier siècle. On y distingue un petit tertre artificiel, peut-être un ancien tumulus. À gauche, dans un grand creux vallonné, s'étend la partie mérovingienne.

Historique des fouilles

1880-1881 : la chasse au trésor

Malgré les siècles, comme l'indique le nom du lieu-dit, la mémoire locale avait conservé le souvenir d'un cimetière. Le site rejetait d'ailleurs régulièrement des objets exhumés par les socs de charrue. En 1864, A. (Armand ?) de Vertus signale dans un opuscule[5] qu'un instituteur a trouvé sur le site une pièce d'or dont il s'est empressé de savoir "non de quelle époque elle est, mais ce qu'il pourrait la vendre". Il rapporte également la découverte d'une tombe contenant plusieurs squelettes "dont les têtes reposaient entre deux pierres" et "qui fut brisée pour en faire des moellons"... Il faut attendre 1880 pour qu'un personnage haut en couleurs révèle enfin toute la dimension de la nécropole de Breny : Frédéric Moreau.

Né dans une famille de notables du Tardenois (son père et ses deux frères sont agents de change), Frédéric Moreau se tourne très jeune vers le commerce de bois où il s'enrichit. Il deviendra conseiller municipal de Paris sous la monarchie de Juillet. À l'âge de 75 ans, à la tête d'une fortune considérable, il se découvre une passion pour les fouilles archéologiques qu'il semble confondre avec une chasse au trésor. Son collègue à la Société historique et archéologique de Château-Thierry (dont ils sont tous deux membres), Frédéric Henriet, a laissé de lui un portrait partagé entre admiration et ironie[6]. La passion de monsieur Moreau lui a été révélée au lieu-dit Caranda, dans la commune de Cierges, où la découverte d'un dolmen l'a amené, selon l'expression de Frédéric Henriet, à "s'emparer du terrain" et à entamer des fouilles fructueuses. De là, il va diriger ses recherches vers de nombreux sites de la région - Sablonnière, Trugny, Arcy-Sainte-Restitute, Armentières... - dont Breny.

S'il est certain que Frédéric Moreau, grâce à sa fortune personnelle, a fait énormément progresser la connaissance du sous-sol axonais, il n'en est pas moins vrai que son activité d'amateur est fort éloignée d'une quelconque rigueur scientifique, rigueur que prônent pourtant déjà des archéologues de son époque, tel Petrie. La campagne de fouilles commence à Breny le et s'étendra jusqu'au mois d'août de l'année suivante. Elle est menée tambour battant. Les champs sont littéralement hachés, les tranchées creusées en tous sens sans aucun autre souci que l'excitation de la trouvaille. Aucun emplacement de sépulture n'est noté, l'orientation des tranchées non plus. Un "journal des fouilles" est tenu mais le plus souvent a posteriori, ce qui multiplie les occasions d'erreurs et de confusions. Les objets formant un ensemble homogène - ce qu'on appelle les "ensembles clos" - ne sont pas conservés ensemble mais dissociés... Dans un ouvrage de référence publié récemment[7], Michel Kazanski, chercheur au CNRS, énumère cette impressionnante et accablante accumulation de carences.

Bien évidemment, le droit de l'archéologie étant à l'époque dans les limbes, Frédéric Moreau considère les objets qu'il trouve comme sa propriété personnelle. Il les entrepose chez lui, en offre sans compter à sa famille, à ses amis, à des musées. Il léguera le reste, comprenant heureusement la plus grande partie du mobilier[8] trouvé à Breny, au Musée d'archéologie nationale (MAN) (cf. infra, Situation légale actuelle).

Détail touchant : les habitants de Breny se verront eux-mêmes gratifier par monsieur Moreau d'un petit musée après la campagne de fouilles. Celui-ci fut installé à la mairie du village aux frais du donateur. La liste des objets qui y étaient présentés est connue[9] : silex votifs, poteries, bracelets, épingles, bagues, colliers, boucles, fibules, framées, scramasaxes, lacrymatoires, etc. Au-dessus des vitrines, des gravures d'Amédée Varin et des lithographies de Jules Pilloy montraient les plus beaux objets que Moreau s'était réservé pour lui-même. "M. Frédéric Moreau a voulu laisser au pays un souvenir de son passage et témoigner sa satisfaction aux habitants pour leur franc et loyal concours." explique benoîtement Frédéric Henriet. Ce musée n'existe plus (cf. infra).

Selon le témoignage de Henriet qui date de 1883, Moreau aurait mis au jour 1 650 sépultures. En réalité, il y en a beaucoup plus : 2.200 selon le répertoire que vient de publier Michel Kazanski. Mais il est possible que Moreau soit revenu prospecter à Breny en 1886, certains objets de Breny au MAN portant cette date. Les archives du musée ne conservent toutefois aucune trace de cette deuxième campagne.

1902-2002 : un travail de bénédictin

À quoi servirait d'exhumer des objets sans leur donner sens ? Le résultat des fouilles de Breny a été publié en partie du vivant de Frédéric Moreau, dans l'album Caranda. On ne saurait cependant parler d'une publication scientifique : série luxueuse de planches lithographiées, cet "album" est une édition à compte d'auteur de 300 exemplaires destinés à être offerts aux amis et relations de Moreau. Le commentaire succinct et les légendes accumulent les erreurs[10].

Une première tentative de classement commence en 1902, quand l'archéologue Henri Hubert publie une partie de la collection Moreau qui vient d'être léguée au MAN où il est conservateur-adjoint[11]. Il faudra ensuite attendre les années 1970 pour qu'une autre archéologue, Andrée Thénot, armée d'une patience infinie, arrive à reconstituer les ensembles clos aujourd'hui épars dans différentes institutions muséales[12]. L'étude des objets de Breny dans les collections du musée de Cluny (un autre legs de Moreau) sera, quant à elle, effectuée en 1985 par son conservateur[13].

Finalement, l'identification définitive du mobilier découvert à Breny s'achèvera en 2002 : exactement un siècle après la première publication de Hubert, le chercheur Michel Kazanski fait paraître une somme dont le champ d'investigation est lui aussi limité aux collections du MAN (celui-ci conserve la part majeure de la collection Moreau). Le travail se fonde sur une comparaison minutieuse entre l'album Caranda, le Journal de fouilles de Frédéric Moreau et l'inventaire du MAN. "C'est la confrontation de ces trois documents avec la collection du Musée des antiquités nationales qui permet finalement d'identifier une partie du mobilier de Breny" explique le chercheur. Il prend toutefois la précaution d'ajouter : "Nous proposons ici notre lecture qui n'est peut-être pas toujours exacte."

C'est de cet ouvrage de référence, appuyé sur les publications le précédant[14], que proviennent les informations qui vont suivre.

Les tombes gallo-romaines

Les tombes mérovingiennes

Situation légale actuelle du site

Notes et références

  1. Les objets concernés sont dans les collections du Musée d'archéologie nationale.
  2. Ce calvaire a été édifié peu après les fouilles de 1880-1881. Une carte postale ancienne (avant 1914) montre un aménagement soigné, avec massifs de fleurs. Il n'en reste rien, vraisemblablement depuis la Première Guerre mondiale qui a ravagé le village.
  3. Du bas latin marturetum, champ des martyrs. On trouve ailleurs les variantes Le Martray, Martrei, Les Martres, etc. Cette étymologie peut conduire à un sens différent selon les régions, notamment celui d'une place où l'on torture (cf. A. Pégorier, Les noms de lieux en France, glossaire de termes dialectaux, 3e édition, Commission de toponymie de l'IGN 2006, p. 307).
  4. "Le Journal des fouilles contient un croquis très sommaire d'une partie du site. On peut cependant remarquer [...] que le cimetière se développait de l'ouest, où se concentrent les tombes gallo-romaines, à l'est, où se trouvent la majorité des tombes mérovingiennes. Apparemment il n'y avait pas d'espace entre le cimetière gallo-romain et celui mérovingien." Michel Kazanski, La nécropole gallo-romaine et mérovingienne de Breny (Aisne), éditions Monique Mergoil, Montagnac 2002, p. 13.
  5. A. de Vertus, Breny in Oulchy-le-Château et ses environs, 1864, réimpression aux éditions Res Universis, Paris 1992, p. 136 et suivantes.
  6. "C'est véritablement une figure originale que celle de cet homme trapu, solide, vif, impérieux, irascible comme le bouillant Ajax, qui s'improvise archéologue à 75 ans, [et] s'impose, à l'âge du repos, une tâche nouvelle [...]. Heureux d'avoir donné à ses loisirs de millionnaire un intérêt et un but, M. Moreau s'est consacré avec une ardeur toute juvénile à ces attachants travaux. Radieux au milieu de son équipe de terrassiers, de son état-major d'ingénieurs, il faut le voir au milieu de ses « tombes » dirigeant les opérations, commandant la manœuvre comme un général obéi. Il se plonge dans ses sépultures mixtes, superposées, gauloises, franques, romaines, mérovingiennes comme dans une fontaine de Jouvence. Il rajeunit de plusieurs années chaque fois qu'il déterre un nouveau cimetière [...]. C'est avec une curiosité fiévreuse qu'il arrache tous leurs secrets à ces nécropoles tout à coup réveillées de leur sommeil. Avec quelle ardeur il les dépouille au profit de la science ! C'est avec la verdeur, l'entrain, la flamme, la pétulance d'un jeune homme qu'il interroge le sol et le sous-sol, qu'il recueille les trésors que la pioche fait surgir." Frédéric Henriet, Le Brennacum des anciens, contribution datée septembre 1883 in Annales de la Société historique et archéologique de Château-Thierry, éditeur Librairie Renaud, Château-Thierry 1887, pp. ?? (à préciser).
  7. M. Kazanski, op. cit., p. 11.
  8. Le terme de mobilier employé ici ne désigne pas des pièces d'ameublement mais les éléments "meubles", c'est-à-dire pouvant être déplacés. En l'occurrence... tout.
  9. F. Henriet, op. cit., p. ?? (à préciser).
  10. Exemple donné par Françoise Vallet, conservateur du département mérovingien du MAN, citée par Michel Kazanski : une plaque-boucle attribuée par l'album Caranda au site de Breny est en réalité originaire de la tombe 2829 du site d'Arcy-Sainte-Restitute.
  11. Henri Hubert, La collection Moreau au musée de Saint-Germain, in Revue Archéologique, Paris 1902, p. 167-208, et Paris 1906, p. 337-371.
  12. Andrée Thénot, Les rites funéraires dans la nécropole gallo-romaine et mérovingienne de Breny (Aisne) in Actes du 99e Congrès national des sociétés savantes, Paris 1977, p. 221-230.
  13. Jean-Pierre Caillet, L'Antiquité classique, le Haut Moyen Âge et Byzance au musée de Cluny, Réunion des musées nationaux, Paris 1991.
  14. Aux travaux déjà cités, on peut ajouter une étude du mobilier de Breny par Françoise Vallet (in La Picardie, berceau de la France. Clovis et les derniers Romains, catalogue collectif de l'exposition des Musées de Picardie, Conseil Régional de Picardie, éditeur Moulet, Amiens 1986) et l'étude des pierres tombales de Breny conservées au MAN par Marie-Pascale Flèche-Mourgues (Un groupe de sarcophages et de dalles funéraires à décor serpentiforme du Haut Moyen Age dans le département de l'Aisne in Cahiers archéologiques, numéro 44, éditions Picard, Paris 1996).
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