Nutrisco et extinguo

Nutrisco et extinguo (« je nourris et j'éteins »), plus rarement nutrisco et extingo, est une devise en pseudo-latin adoptée par le roi François Ier, en lien avec l'emblème de la salamandre.

Hôtel d'Alluye à Blois. Ange au phylactère, portant la devise.
Château d'Azay-le-Rideau, façade principale, bas-relief sur l'alège d'une fenêtre de l'escalier. La devise avec la forme extingo.

Forme de la devise

La devise a l'apparence d'une devise en latin, mais il ne s'agit pas de latin correct (qui serait nutrio et exstinguo). En fait, on a donné un air latin à une devise en vieil italien, qu'on trouve associée au futur roi sur le revers d'une médaille datant de 1504, alors qu'il avait dix ans : notrisco al buono, stingo el reo[1].

François Ier

La devise est souvent associée à la salamandre dans les décors glorifiant le roi, à Fontainebleau, à Chambord, à Blois, à Azay-le-Rideau. Adoptée par François Ier, elle est en fait, comme la salamandre, liée aux Valois-Angoulême avant lui.

La tradition attribuait à la salamandre des pouvoirs exceptionnels par rapport au feu : elle était insensible aux effets du feu et pouvait vivre dans un brasier ; elle pouvait éteindre le feu[2]. La devise italienne de la médaille de 1504, notrisco al buono, stingo el reo, conduit à comprendre la devise ainsi : « je nourris le bon (feu), j'éteins le mauvais ». Le bon feu peut être celui de la vertu, de la foi et de l'amour chrétien, tandis que le mauvais feu est celui des passions destructrices et de l'impiété.

Une autre interprétation, pas nécessairement incompatible avec la précédente, fait référence au feu de la passion qui animait le roi. On la trouve par exemple chez le père Bouhours[3] : « Ce prince, qui n'avait pas moins d'esprit que de cœur, fil luy-mesme sa devise : & il voulut marquer par là son courage, ou plustost son amour. Nutrisco montre qu'il se faisait un plaisir de sa passion : mais estingo peut signifier qu'il en estait le maistre, & qu'il pouvait l'éteindre quand il voulait : le propre de la salamandre estant non seulement de vivre dans le feu & de s'en nourrir, mais encore de l'éteindre. »

Autres utilisations de la devise

  • Plusieurs villes françaises ont adopté cette devise. Il s'agit du Havre, de Vitry-le-François, villes dont la construction est due à François Ier, et Villers-Cotterêts, où le roi restaura le château ; il y fit de fréquents séjours et détermina le développement de la ville.
  • Jean Cavellat, libraire à Paris vers 1585 à l'enseigne de la Salamandre, avait pour marque une salamandre avec la devise Nutrisco et extinguo[4].
  • La famille poitevine Frémond de La Merveillère avait pour devise : nutrisco, non extinguor, réécriture de la devise royale[5].

Notes et références

  1. Louis de La Saussaye, Le château de Chambord, Paris, Aubry, 1865, p. 7 (en ligne) ; R. J. Knecht, Francis I, ouvrage cité en bibliographie, avec une reproduction de ce revers.
  2. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, X, dit que « la salamandre est si froide qu'elle éteint le feu lorsqu'elle le touche ».
  3. Les Entretiens d'Ariste et d'Eugène. Dialogues, éd. de 1683, p. 545.
  4. Guy de Tervarent, Attributs et symboles dans l'art profane : Dictionnaire d'un langage perdu (1450-1600), Droz, 1997, p. 389 (en ligne).
  5. Gustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, vol. 10, s. v. « Frémond ».

Voir aussi

Bibliographie

  • R. J. Knecht, Francis I, Cambridge University Press, 1984, p. 6-7 (en ligne).

Articles connexes

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