Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, né le à Paris où il est mort le , est un écrivain français, dramaturge, musicien, homme d'affaires. Éditeur de Voltaire, il est aussi à l'origine de la première loi en faveur du droit d'auteur et le fondateur de la Société des auteurs. Également espion et marchand d'armes pour le compte du roi, c'est un homme d'action et de combats qui ne semble jamais désarmé face à un ennemi ou à l'adversité. Son existence est tout entière marquée par l'empreinte du théâtre et s'il est principalement connu pour son œuvre dramatique, en particulier la trilogie de Figaro, sa vie se mêle étrangement à ses œuvres.

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Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais
Jean-Marc Nattier, Portrait de Beaumarchais (1755),
Londres, collection particulière[1].
Nom de naissance Pierre-Augustin Caron
Alias
Beaumarchais
Naissance
Paris, Royaume de France
Décès (à 67 ans)
Paris,  République française
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français
Mouvement les Lumières
Genres
roman, théâtre, poésie

Œuvres principales

Figure importante du siècle des Lumières, il est estimé comme un des annonciateurs de la Révolution française[2] et de la liberté d'opinion ainsi résumée dans sa plus célèbre pièce, Le Mariage de Figaro :

« Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur, il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits[3]. »

L'ascension

Origine et famille

Pierre-Augustin Caron, né le [4], est l'unique garçon d'André-Charles Caron, originaire de Meaux et de sa femme Louise Pichon. Dix enfants naîtront de cette union dont six seulement devaient vivre[5]. Le père, issu d'une famille d'horlogers huguenots[6], était lui-même devenu maître-horloger après avoir abjuré le protestantisme le dans l'église des Nouvelles Catholiques, se convertissant de fait au catholicisme[7] ; c'est un artisan reconnu, amateur d'art et créateur de la première montre squelette. La famille est plutôt aisée bien que le père fasse des dettes et que les tensions soient réelles dans le couple[8].

Formation et horlogerie

Pierre-Augustin, après des études dans une école d'Alfort de 1742 à 1745, entre en apprentissage dans l'atelier paternel à l’âge de 13 ans[9]. Il donne du fil à retordre à son père, qui le chasse quelque temps de la maison familiale, mais finit par devenir un artisan compétent, puisqu'il invente, en 1753, un nouveau mécanisme d'échappement, dit « à hampe » ou « à double virgule » (peu utilisé aujourd'hui du fait des problèmes de frottement)[10] ; ce sera l'occasion d'une première controverse : l'horloger du Roi Jean-André Lepaute s'attribue l'invention et Beaumarchais doit faire appel à l'Académie des sciences pour que lui soit reconnue la propriété de l'invention. Il devient fournisseur de la famille royale.

Premier mariage

Il ne tarde toutefois pas à abandonner l'horlogerie ; Jean-Antoine Lépine qui le remplace dans l'atelier paternel, devait épouser sa sœur Fanchon et devenir l'associé en 1756, puis le successeur d'André-Charles Caron[11].

Beaumarchais se marie le avec Madeleine-Catherine Aubertin, veuve Franquet. L'épouse est bien plus âgée mais possède une fortune considérable. Il se fait appeler « de Beaumarchais » dès 1757[12], du nom du fief de Bosc Marchais[13], qui appartient à son épouse[14] et qui donne l'illusion de la noblesse.

Madeleine-Catherine meurt subitement l'année suivante à 35 ans. Immédiatement, le jeune veuf se voit dans une position inconfortable et se trouve confronté au premier de la longue suite de procès et de scandales qui marqueront son existence.

Entrée à la Cour de Louis XV

Jean-Marc Nattier, Marie Adelaïde de France, dite Madame Adélaïde, fille de Louis XV (1758), château de Versailles. Les filles du roi étaient des musiciennes consommées.

Malgré les ennuis de sa vie privée, il commence à être connu. Il se lie d’amitié avec le financier de la Cour, Joseph Pâris Duverney qui favorise son entrée dans le monde de la finance et des affaires. Il se lance alors dans les spéculations commerciales et déploie un tel génie en ce genre qu’en peu d’années il acquiert une grande fortune et achète une charge de secrétaire du roi qui lui confère la noblesse.

En 1759, faveur insigne, il est nommé professeur de harpe de Mesdames, les quatre filles du roi Louis XV, qui résident à la cour.

Patronné par un prince du sang, Louis-François de Bourbon, prince de Conti, il devient bientôt lieutenant général des chasses[15] et commence à écrire de petites parades pour des théâtres privés (Les Bottes de sept lieues, Zirzabelle, Jean Bête à la foire) qui jouent sur le comique de mots du langage populaire des Halles de Paris.

Voyage à Madrid

En avril 1764, Beaumarchais entreprend un séjour de dix mois à Madrid, vraisemblablement pour aider sa sœur Lisette délaissée par son fiancé Clavijo, fonctionnaire au ministère de la Guerre[16]. Pendant son séjour en Espagne, il s'est surtout occupé de conclure des affaires pour Duverney. Ils cherchent à gagner des contrats exclusifs pour la colonie espagnole nouvellement acquise de Louisiane et tentent d'obtenir la concession de la traite dans les colonies espagnoles en Amérique. Beaumarchais se rend à Madrid muni d'une lettre de recommandation du duc de Choiseul, devenu son protecteur. Ses affaires s'éternisent et Beaumarchais passe une grande partie de son temps à s'imprégner de l'atmosphère espagnole, appelée à exercer une influence majeure dans ses écrits ultérieurs. Bien que lié à des personnalités influentes à l'instar du ministre des Affaires étrangères Grimaldi[17] ses espoirs de contrats restent sans lendemain et il quitte la Castille pour Paris en mars 1765.

Second mariage

Menant un train de vie aisé mais toujours à la merci d'une disgrâce, il se remarie en 1768 avec Mme Lévêque, la très riche veuve du garde général des Menus-Plaisirs du roi, née Geneviève-Madeleine Wattebled (1731-1770). Ils ont deux enfants, un fils et une fille, tous deux morts jeunes[18]. Elle-même meurt dès 1770, à trente-neuf ans, après seulement quelques années de mariage[19], lui laissant une somme astronomique. À l'occasion de ce second veuvage précoce, Beaumarchais est accusé de détournement d’héritage.

Au service de l'État

L'affaire Göezman

Les années 1770-1773 sont pour Beaumarchais des années de procès et de défaveur : outre ses démêlés judiciaires avec le comte de la Blache, engendrés par la succession testamentaire de Joseph Pâris Duverney, il est victime de la corruption régnant au sein de la Grande-Chambre du Parlement, ce qui va entraîner l’affaire Goëzman. Il y manifeste un art consommé des factums, allant jusqu’à renouveler le genre mais il y perd sa fortune, ses alliés et ses droits civiques.

Beaumarchais se fait agent secret

Expert en intrigues et marchandages de toutes sortes et intégré au Secret du Roi  service personnel d'espionnage du roi , il est en une première fois envoyé à Londres pour négocier la suppression du libelle les Mémoires secrets d’une femme publique de Théveneau de Morande, dirigé contre la comtesse du Barry, favorite royale, mission où il espère regagner les faveurs de la Cour. Cependant, le roi meurt en mai suivant et la comtesse du Barry est bannie de la cour par Louis XVI.

En 1775, sur les conseils de Sartine, il est chargé par le nouveau souverain d’empêcher la publication d’un nouveau pamphlet, l’Avis à la branche espagnole sur ses droits à la couronne de France à défaut d’héritiers, d’un certain Angelucci, qui prétend que le roi a « l’aiguillette nouée ». Le , il repart pour Londres[20]. Cette mission, qui le conduit également aux Pays-Bas, dans les États allemands, et en Autriche – où il est pour un temps incarcéré pour motif d’espionnage –, devient sous sa plume une aventure picaresque. La même année, il est chargé à Londres de récupérer des documents secrets détenus par le chevalier d’Éon.

La guerre d’indépendance des États-Unis

Pierre Caron-de-Beaumarchais vu par le sculpteur François Biron.

À partir du mois de , il se lance dans une nouvelle aventure et il se fait l’avocat d’une intervention française dans la guerre d'indépendance des États-Unis. Il entame alors une correspondance enflammée avec Charles Gravier de Vergennes, où il défend la cause des Insurgents. Dès le mois de , Beaumarchais joue un rôle politique en tant qu’intermédiaire entre les Insurgents et la France, et il rencontre fréquemment Arthur Lee, député secret des Insurgents.

Le , le secrétaire d’État aux affaires étrangères lui confie une somme importante pour soutenir secrètement les Américains[21]. Initié secrètement par Louis XVI et Vergennes, Beaumarchais reçoit l’autorisation de vendre poudre et munitions pour près d’un million de livres tournois sous le couvert de la compagnie portugaise Roderigue Hortalez et Compagnie qu’il monte de toutes pièces et dont il installe les bureaux à l'hôtel Amelot de Bisseuil, dit des Ambassadeurs de Hollande, rue Vieille du Temple à Paris. La société Roderigue Hortalez et Cie devait lui permettre, pensait-il, de s’enrichir en vendant armes et munitions et en envoyant une flotte privée pour soutenir les Insurgés[22]. Pour le seconder il embauche un secrétaire Lazare-Jean Théveneau de Francy qui va travailler avec lui plus de 6 ans, et qu'il enverra aux USA pour défendre ses intérêts. N'étant pas armateur lui-même, il fait un premier essai d'envoi de bateaux vers les États-Unis à partir du port du Havre le . Seul l'Amphitrite réussit à partir. Devant cet échec, avec Jean-Joseph Carrier de Montieu ils décident de s'orienter vers Nantes et choisissent un armateur local : Jean Peltier Dudoyer. Vingt cinq bateaux, auxquels Beaumarchais est plus ou moins associé, vont ainsi se diriger vers les Antilles "officiellement" puis vers les USA directement. Beaumarchais décide une ultime expédition commerciale vers Saint-Domingue de 3 navires : l'Alexandre, la Ménagère (flûte prêtée par le Roi, en dédommagement des sinistres sur le Fier Roderigue) et l'Aimable Eugénie (du nom de sa fille) armée par Peltier Dudoyer et commandée par Nicolas Baudin. Attaqués par le Mediator à la sortie de la Gironde, seule l'Aimable Eugénie atteindra sa destination ! Toutes ces péripéties, alors que Beaumarchais s'implique dans les grandes spéculations boursières sous Louis XVI, est le sujet central du roman historique de Lion Feuchtwanger intitulé Beaumarchais, Benjamin Franklin et la naissance des États-Unis, paru en 1946. En fin de compte, bien qu'i