Pierre Belain d'Esnambuc

Pierre Belain, sieur d’Esnambuc est un marin, un flibustier, un aventurier et un colon français né le à Allouville (Seine-Maritime) et mort en 1637 à Saint-Christophe, Antilles. Il fut l'instrument pour la mise en place de la première "collonye" vantée par Isaac de Razilly et ensuite voulue par le cardinal de Richelieu, au prix - longtemps occulté - du massacre des autochtones et de la déportation esclavagiste des Africains. Il occupe de 1625 à 1635 Saint-Christophe, la Martinique, la Tortue, la Guadeloupe, et Marie-Galante. Il revient en 1635 à Saint-Christophe, où il meurt en 1636.

Pierre Belain d'Esnambuc
Pierre Belain d'Esnambuc débarquant à la Martinique en 1635
par Théodore Gudin (1802-1880).
Biographie
Naissance
Décès
Activités

Biographie

Jeunesse

Pierre Belain d'Esnanboc est le cinquième enfant de Nicolas Belain, sieur de Quenouville et d'Esnambuc, il est baptisé en l'église Saint-Quentin d'Allouville-Bellefosse, en Normandie, le .

Le domaine de Quenouville subit les guerres de religion qui ruinent le pays de Caux. Nicolas Belain dut emprunter en 1580 2 400 livres au duc de Cossé-Brissac qui se sont grossies des intérêts. Après son décès, en 1599, ses enfants ont dû le rembourser. François l'aîné et héritier du domaine de Quenouville décida de vendre le domaine d'Esnambuc. L'autre terre a été vendue en 1610[1]. Pierre Belain ne devait plus pouvoir porter ce titre, ce qu'il a pourtant fait quelques années plus tard. En 1603, alors qu'il a 18 ans, il embarque comme "mathelot" sur "le petit Orqui".

Commerce et flibuste

Capitaine d'un brigantin avec un équipage de 40 hommes, il pratique la piraterie artisanale. Il faisait par ailleurs du commerce entre la France, du port du Hâvre de Grâce, vers les îles de la mer Caraïbe, aidé en cela par Jean Cavelet de Hertelay, gros armateur du Havre et directeur[? Propriétaire ? Affrêteur ?] de la "Romaine". Lors de l'achat du marquisat de Graville, Jean Cavelet de Hertelay devint le procureur spécial du cardinal de Richelieu, acquéreur de plusieurs domaines maritimes.

À la signature du traité de Vervins, en 1598, les Français refusant de reconnaître le droit du pape à accorder la souveraineté sur l'océan à qui que ce soit, une clause verbale non écrite stipule qu'au-delà du méridien de l'île de Fer, appelé la Ligne des amitiés, la force déciderait et que la guerre pourrait régner au-delà de ces limites, sans altérer en rien la paix des deux nations en Europe[2]. La trêve de douze ans signée en 1609 entre les Provinces-Unies et l'Espagne grâce à la médiation de l'Angleterre et de la France va permettre un développement de la navigation vers les Caraïbes. La navigation étant libre, Pierre Belain va s'associer à Urbain du Roissey, sieur de Chardonville, pour refaire sa fortune en naviguant sur l'océan devenu libre, au seul risque de rencontrer un navire espagnol. Pendant 15 ans il a parcouru les mers sans grand succès.

En 1620 il est capitaine sur "la Marquise" puis en 1623, il est conducteur du vaisseau "l'Espérance". En 1623, une course contre un galion espagnol se retourne contre le flibustier qui trouve refuge sur l'Île Saint-Christophe où 400 colons britanniques étaient arrivés la veille. Anglais et Français, affaiblis par leurs voyages respectifs, trouvent un accord et se partagent cette petite île qui était occupée par des Caraïbes.

Colonisation

Il s’établit sur l'île Saint-Christophe dont les premiers colons français étaient des Huguenots commandés par François Levasseur. L'île est partagée avec le flibustier anglais Thomas Warner, les Anglais occupant la partie centrale, et les Français aux deux extrémités. C'est le premier établissement fixe français des Caraïbes qui se fait au prix d'abord de vives tensions avec les autochtones, les Caraïbes, puis de leur massacre.

En 1625, une flotte espagnole attaque les colons français et anglais de Saint-Christophe. Ils doivent quitter l'île. Les Français commandés par Esnambuc errent dans la mer Caraïbe et s'établissent sur plusieurs îles avant de revenir à Saint-Christophe après le départ des Espagnols. Le commerce avec les Hollandais leur permet de survivre sur l'île et de compenser le manque d'appui de la part de la Compagnie de Saint-Christophe.

Revenu en France en 1626, convoqué par le cardinal de Richelieu, grand-maître de la navigation, Esnanbuc lui montre l'utilité des colonies en lui expliquant comment il a si bien développé l'île Saint-Christophe, et tout le profit que la France aurait à y cultiver le tabac (pétun)[3] et la canne à sucre, le roucou et l'indigo... Esnambuc obtient de Richelieu l'autorisation d'amener 40 Africains à Saint-Christophe et à les y maintenir en esclavage. Il reçoit aussi du cardinal en le privilège de coloniser les îles qui ne sont pas occupées par des chrétiens avec la Compagnie des îles de Saint-Christophe. L'acte de fondation de la Compagnie de Saint-Christophe est signé le ; Richelieu est le principal actionnaire[4]. Esnambuc et son ami Urbain du Roissey deviennent les agents coloniaux de la compagnie et le cardinal leur accorde la concession des îles de Saint-Christophe, de La Barbade et de toutes autres îles circonvoisines comprises entre les 11° et 18° degré de latitude septentrionale.

Le embarquent au Havre, 532 engagés, sur quatre navires : Victoire, Trois-Rois, Cardinale, Catholique. Le tiers des émigrants n'arrive pas à destination, emportés par le scorbut et la dysenterie.

Esnambuc doit repartir en France en 1627 pour obtenir de nouveaux subsides. Une nouvelle flotte est envoyée en 1629 pour secourir les Français de Saint-Christophe.

Compagnie des iles d'Amérique

Pierre d'Esnambuc obtient la création de la Compagnie des îles d'Amérique le et, de Richelieu, le droit d'établir des colonies. La compagnie charge Jean du Plessis, sieur d'Ossonville, et Charles Lénard, sieur de l'Olive, de coloniser la Guadeloupe. Tous ces colonisateurs commencent à introduire sur l'île des esclaves noirs pour les cultures de tabac et de canne à sucre.

Le , Pierre Belain d'Esnambuc débarque dans la rade de Saint-Pierre de la Martinique avec 150 colons français venant de l'île Saint-Christophe, prend possession de l'île et fonde le fort Saint-Pierre pour el compte de la Couronne de France et de la Compagnie des îles d'Amérique. Quelques mois plus tard, après là encore avoir massacré la plus grande partie des autochtones[5], il donne le commandement du fort à Jacques Dupont (ou Du Pont), et regagne l'île Saint-Christophe. Il prend possession de l'île de la Dominique en où l'a conduit un capitaine de Dieppe, Pierre Baillardel. Jacques Dupont - après avoir résisté à une attaque des indiens Caraïbes - est fait prisonnier par les Espagnols au cours d'un voyage qu'il effectuait vers Saint-Christophe pour rendre compte de sa gestion. Pierre d'Esnambuc a alors nommé son neveu, Jacques Dyel du Parquet, comme gouverneur de la Martinique, en .

Il est mort de maladie sur l'île de Saint-Christophe, en d'après le Père Jean-Baptiste Du Tertre.


Hommages

Apprenant la mort de Pierre Belain d'Esnambuc, Richelieu déclare : « Le roi vient de perdre un de ses plus fidèles serviteurs »[6].

Une statue de Belain d'Esnambuc est érigée sur la place de la Savane à Fort-de-France en 1935, à l'occasion du tricentaire de sa prise de possession de la Martinique pour le compte de Louis XIII et de la France ; dans les années 1970 la statue est déplacée à l'angle sud-ouest de la place afin qu'elle soit moins voyante, celle-ci irritant fortement une partie de la population qui voit en elle le symbole de la colonisation et de l'esclavagisme auxquels ont été soumis les déportés d'Afrique[7]. En raison du symbole de la colonisation par les Français qu'elle représente, elle est l'objet occasionnel de graffitis indépendantistes par exemple en [8]ou en [9].

Il existe une rue Belain-d'Esnambuc au Havre.

Un navire bananier de la Compagnie générale transatlantique porte son nom de 1939 à 1942 ; réquisitionné par la Kriegsmarine, il est rebaptisé Pommern. Il coule en Méditerranée en 1943 après avoir heurté une mine italienne[10].

En 1935, à l'occasion de la célébration du tricentenaire des Antilles françaises, la Poste de France émet plusieurs timbres gravés par Jules Piel (de 40c gris, de 50c vermillon, de 1F50 bleu) à l'effigie de Pierre Belain d'Esnambuc[11].

En 1946, la Caisse centrale de la France d'outre-mer émet un billet de banque de 50 F à l’effigie de Pierre Belain d’Esnambuc[12],[13]

Une longue rue de son village natal, Allouville-Bellefosse, et la salle des fêtes située au 20 rue Jacques Anquetil, face à l'office du tourisme, construite en 1945 et complètement réhabilitée en 2017[14] portent son nom.

Un bas-relief, approximativement carré de 90 cm de côté, sculpté dans de l'ardoise, est fixé depuis 1985, pour le quatrième centenaire de sa naissance, sur la partie basse du mur sud du clocher-porche, celui sur laquelle est apposée en haut l'horloge, côté rue du Docteur Patenotre, face au chêne millénaire, à Allouville-Bellefosse[15].

À l’occasion des journées du Patrimoine des 17 et , la commune d’Allouville-Bellefosse organise une exposition consacrée au navigateur dans son église Saint-Quentin, ainsi qu'une conférence à son sujet, donnée par Marie-José Mainot[16],[17]

Famille

  • Nicolas Belain, sieur de Guenouville et d'Esnambuc
    • François Belain de Guenouville
    • Pierre Belain d'Esnambuc
    • Adrienne Belain, mariée à Pierre Dyel, sieur de Vaudroques,
      • Simon Dyel, tué en 1629 pendant le combat avec les Espagnols à Saint-Christophe,
      • Pierre Dyel, sieur de Vaudroques, est resté en Normandie,
      • Dyel du Parquet,
      • Adrien Dyel, sieur de Vaudroques, a suivi Esnambuc puis il est retourné en France. Nommé lieutenant-général de la Martinique au cours de la séance du par la Compagnie, mais il préfère rester en France. C'est alors son frère, Jacques Dyel, qui est nommé à sa place pour trois ans, le .
      • Jacques Dyel, sieur du Parquet, nommé lieutenant-général de la Martinique le .

Notes et références

  1. Pierre Margry, Origines françaises des pays d'outre-mer. Les seigneurs de la Martinique, p. 32
  2. Pierre Margry, Origines françaises des pays d'outre-mer. Les seigneurs de la Martinique, p. 34
  3. https://fr.wiktionary.org/wiki/pétun
  4. Père Jean-Baptiste Du Tertre, Histoire générale des Antilles habitées par les François, p. 10
  5. http://une-autre-histoire.org/pierre-belain-desnanbuc/ Consulté le 26 février 2020
  6. Georges de Morant, Annuaire de la noblesse de France, p. 457
  7. https://www.lesechos.fr/2006/08/la-savane-de-fort-de-france-a-la-recherche-de-sa-memoire-04082006-591959 Consulté le 26 février 2020
  8. https://www.martinique.franceantilles.fr/actualite/photo-du-jour/la-statue-d-esnambuc-vandalisee-494289.php Consulté le 25 février 2020
  9. https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/fort-france/plusieurs-degradations-monuments-fort-france-803709.html
  10. Vincent O'Hara, Enrico Cernuschi: Dark Navy. The Italian Regia Marina and the Armistice of 8 September 1943. Nimble Books LLC, Ann Arbor MI 2009, (ISBN 978-1934-84091-7), p. 45
  11. https://www.pinterest.fr/lydialapu/martinique-davant/ Consulté le 25 février 2020
  12. https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article14226
  13. https://www.cgb.fr/50-francs-belain-desnambuc-martinique-1946-p-30s-neuf,p10_0194,a.html Consulté le 25 février 2020
  14. https://www.paris-normandie.fr/region/allouville-bellefosse--la-salle-pierre-belain-d-esnambuc-remise-a-neuf-FD11477507 consulté le 25 février 2020
  15. http://36000communes.canalblog.com/archives/2014/03/28/29537482.html Consulté le 25 février 2020
  16. https://www.yvetot-normandie.fr/evenement/journees-du-patrimoine-5/ Consulté le 25 février 2020
  17. https://openagenda.com/jep-2016-normandie/events/causerie-sur-l-histoire-de-pierre-belain-d-esnambuc?lang= Consulté le 26 février 2020

Voir aussi

Sources et bibliographie

Par ordre de parution :

  • Père Jean-Baptiste Du Tertre, Histoire générale des Antilles habitées par les François, chez Thomas Jolly, Paris, 1667, tome 1, p. 1-119 (lire en ligne)
  • Pierre Margry, Origines transatlantiques. Belain d’Esnambuc et les Normands aux Antilles, d'après des documents nouvellement retrouvés, Paris, A. Faure, , 103 p. (lire en ligne)
  • Pierre Margry, Origines françaises des pays d'outre-mer. Les seigneurs de la Martinique, dans Revue maritime et coloniale, juillet-, tome 58, p. 28-50, 276-305, 540-547 (lire en ligne)
  • Georges Servant, Les compagnies de Saint-Christophe et des îles de l'Amérique: 1626-1653, Paris, Champion et Larose, 1914, pp.14-15 (lire en ligne)
  • Georges de Morant, Annuaire de la noblesse de France, 1936, 83e volume, p. 454-457 (lire en ligne)
  • Théodore Baude, D'Esnambuc ou, Lente réparation d'un injuste oubli, Impr. du gouvernement, Fort-de-France, 1942.
  • Lénis Blanche, Histoire de la Guadeloupe, M. Lavergne, Paris, 1938.
  • René Dreux-Brézé, L'Épopée des Antilles : vie de Pierre Belain d'Esnambuc, gentilhomme normand (1585-1646), Librairie de l'Arc, Paris, 1937.
  • Auguste Joyau, Belain d'Esnambuc, Bellenand, Paris, 1950.
  • René Maran, Les Pionniers de l'empire, Albin Michel, Paris, 1943-1955.
  • Georges Blond, Histoire de la flibuste., Stock, Paris, 1969.
  • Jean Servagnat, Pierre Belain D'Esnambuc, Père des Antilles Françaises, édité à compte d'auteur, 1985, (ASIN B07QR7HBGB)
  • Hubert Granier (auteur), Alain Coz (Illustrateur) Marins de France, conquérants d'empires (1) : 1400-1800 , Rennes, Editions maritimes et d'Outre-mer & Editions Ouest-France, 1990, pp. 101-112

Articles annexes

Liens externes

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