Procès des Távora

Le procès des Távora (dit aussi affaire Távora) est un scandale judiciaro-politique portugais se déroulant entre et et qui, suite à la tentative d'assassinat du roi Joseph Ier, entraîne l'exécution pour haute trahison des représentants de plusieurs familles nobles portugaises, dont les Távora. Ce procès, dont l'aboutissement est un cas unique dans l'Europe des Lumières, ainsi que le procès et l'expulsion des jésuites du Portugal, permettent au chef du gouvernement, le futur marquis de Pombal, d'affirmer sa position auprès du souverain et de faire taire les prétentions de la noblesse.

Armes de la famille Távora d'Alvor.
La marquise de Távora (vers 1730), par Ana de Lorena (1691-1761).
Le marquis de Távora (portrait anthume, Instituto Camões).
Sebastião José de Carvalho e Melo, le chef du gouvernement, chargé de l'Intérieur.

Aujourd'hui encore, les historiens ne savent pas exactement si les Távora furent réellement mêlés au complot ou bien plutôt les victimes d'un coup monté par le premier ministre. Toujours est-il que la reine Maria, après avoir chassé Pombal, fera réhabiliter le nom de la famille Távora le , après un procès en révision[1].

Prélude

Depuis le tremblement de terre de Lisbonne le et la destruction de son palais, le roi José réside avec sa cour au milieu de tentes et de constructions en bois, à Ajuda, située non loin de la capitale. Le premier ministre, Sebastião José de Carvalho e Melo a la confiance du roi, car il a su gérer la crise née de la catastrophe. En revanche, la vieille noblesse le méprise, du fait de ses origines parvenues et brésiliennes. De son côté, le roi a une maîtresse en la personne de Teresa Leonor, épouse de Luis Bernardo de Távora, fils de la marquise de Távora et de son époux Francisco de Assis de Távora, comte de São João da Pesqueira et d'Alvor, ancien vice-roi des Indes (1750-1754), l'une des plus anciennes et riches familles du pays. Les Távora sont liés aux Cadaval, Aveiro et Alorna.

La marquise de Távora déteste copieusement le premier ministre qu'elle considère comme inculte, et, pieuse catholique, elle s'entoure de jésuites. Son confesseur n'est autre que Gabriel Malagrida.

L'attentat

L'Attentat contre le roi José par Vieira Lusitano, sanguine d'époque, Palácio Pimenta.

Dans la nuit du , le roi José est à bord d'un carosse anonyme, passant par une route assez isolée, et se rendant à Ajuda, après une soirée passée avec sa maîtresse. En chemin, deux ou trois hommes à cheval interceptent le convoi et tirent sur ses occupants. Le roi est touché au bras et le cocher grièvement blessé, mais il n'y eut aucun mort.

Le premier ministre Sebastião de Melo prend les choses en main, diligente une enquête immédiate et quelques jours plus tard, deux hommes sont arrêtés et torturés. Ils avouent leur crime et déclarent qu'ils agissent au nom de la famille Távora, laquelle aurait décidé de placer le duc d'Aveiro sur le trône. Les deux hommes sont pendus le lendemain, sans même que le régicide ne soit rendu public. Durant plusieurs semaines, on cache au peuple et à la cour les raisons pour lesquelles le roi est alité[2].

Arrestation, procès et exécution

Pierre d'infamie à Belém où est écrit : « En cet endroit, se trouvait la demeure, désormais rasée et salée, de José Mascarenhas, déchu de ses titres de duc d'Aveiro et autres, déclaré coupable par le tribunal de l’inconfidence le 12 janvier 1759. Traduit devant la justice comme l'un des chefs du plus barbare et exécrable attentat qui fut commis le 3 septembre 1758 contre Sa très sainte et royale personne Sa Majesté José I. Sur cette terre maudite, nul ne doit construire à jamais. »

Au cours des semaines suivantes, certains membres de la famille Távora cherchent à fuir de Lisbonne. Ils sont arrêtés dans le village de A-dos-Ruivos (près Bombarral), puis sont emprisonnés : la marquise de Leonor de Távora, son époux le comte d'Alvor, leurs fils, filles et petits-enfants, tous se retrouvent en cellule. Sont également soupçonnés de complots et emprisonnés, José de Mascarenhas da Silva e Lencastre, comte de Santa Cruz et duc d'Aveiro, le marquis d'Alorna et le comte d'Atouguia, ainsi que leurs familles. Le confesseur Gabriel Malagrida est également placé sous les verrous.

Tous sont accusés de haute trahison et de tentative de régicide. Des preuves sont présentées durant leur procès, qui se tient devant une chambre de justice d'exception, l'inconfidence[2] : a) les aveux des deux tireurs pendus ; b) l'une des armes du crime retrouvée qui appartient au duc d'Aveiro ; c) le fait que seuls les Távora connaissaient le chemin emprunté par le roi ce soir-là. Du côté de la défense, la marquise voulut plaider en faveur d'une attaque de simples brigands et rappelle que le roi ne prenait aucune protection avec lui ce soir-là, mais ne fut pas entendue : le procès fut expédié courant décembre[2].

Les membres du clan Távora récusèrent l'ensemble des accusations. La sentence tombe : tous les membres de la famille, femmes enfants compris, seront exécutés, leurs biens saisis, leurs demeures rasés, le sol salé, leurs titres déchus et leurs armes effacées. Seule l'intervention de la reine Marie-Anne-Victoire d'Espagne et de la princesse héritière Maria Francesca permet de réduire le nombre de condamnés à mort et donc d'épargner femmes et enfants. La marquise de Távora fut la seule femme exécutée, en compagnie de dix hommes, dont trois valets du duc d'Aveiro[2].

Le , dans un champ à Belém près de Lisbonne, une grande estrade en bois est installée sur laquelle sont disposés des roues, des croix de saint André équipées de lacets étrangleurs. Sous le vaste échafaud, on installe un bûcher. La marquise monte la première et est décapitée à l'épée devant son fils et son mari, qui eux sont ligotés. Ensuite sont à demi étranglés seulement les dix autres condamnés, puis on les bastonne et on les dispose sur les roues pour leur briser les membres. Quand tout est fini, le bûcher est allumé. La terre est ensuite salée et interdiction d'y construire ou cultiver est ordonnée.

Dans le public, le roi est présent, ainsi que toute la cour, dont de nombreux parents indirects : le premier ministre les avait convoqués sur ordre du roi, afin de leur infliger ce spectacle.

Aujourd'hui encore, on trouve à cet endroit de la banlieue de Lisbonne, un beco do Chão Salgado (impasse du sol salé). Tout au bout, on remarque les restes d'un ancien autel mémoriel élevé aux Távora, mais qui ne porte aucune inscription.

Répercussions

Les attendus du procès sont publiés dans La Gazette de Vienne le [3].

Gabriel Malagrida est traduit en justice et condamné au bûcher en ; l'ordre des jésuites avait été déclaré hors la loi dès et tous ses membres sont expulsés.

Certains membres de la famille Alorna, ainsi que les sœurs du duc d'Aveiro, sont condamnées à l'enfermement à vie, dans des monastères. La maîtresse du roi reçoit une pension durant ses dix-huit ans de pénitence[2].

Ayant dompté la noblesse et éloigné les jésuites, Sebastião José de Carvalho e Melo, seul au pouvoir, est élevé en au titre de marquis de Pombal. Le roi José n'ayant pas de descendance mâle, certains ont vu dans cette affaire une forme de manipulation, afin de décourager les prétendants au trône et toute forme de fronde.

Par un décret rendu le , et après avoir exilé Pombal, la reine Maria ordonne que tous les prisonniers liés à cette affaire soient libérés de prison et de résider à moins de vingt lieues du tribunal jusqu'à leur réhabilitation. Le , José Ricalde Pereira de Castro, après avoir été le rapporteur du procès en révision des Távora, prononce l'innocence du marquis et de la marquise de Távora, ses fils, du comte d'Atouguia, mais confirme la culpabilité du duc d'Aveiro. Titres et terres sont donc rendus aux anciens prisonniers[1].

Notes et sources

  1. (pt) Viana de Outros Tempos e Sua Gente Através da Memória de Porto Pedroso, Arquivo do Alto Minho, volume IV de la 2e Série (XIV), Tome I, Viana do Castelo, 1965, p. 43.
  2. « Le Marquis de Pombal, sa vie et son gouvernement » par Michel Chevalier, In: Revue des deux Mondes, 2e période, tome 89, 1870 pp. 156-180 — sur Wikisource.
  3. Version numérisée, sur Google Livres.

Lien externe

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