Proto-basque

Le proto-basque est la reconstruction du prédécesseur direct de la langue basque et constitue le substrat du gascon, tel qu'il aurait pu être hypothétiquement parlé approximativement entre le Ve et le Ier siècle av. J.-C., dans le secteur circumpyrénéen. Il est censé correspondre à un état de la langue antérieur à l'influence du latin et aux textes écrits[2],[3],[4]

Proto-basque
Langues filles basque
Pays Sud de la France actuelle et Nord de l'Espagne actuelle et probablement Andorre
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-5 euq[1]
IETF euq[1]
Carte du proto-basque en l'an 1
Recul du proto-basque et du basque médiéval au nord des Pyrénées.
Classement supradialectal de l'occitano-roman selon Pierre Bec mettant en évidence un substrat aquitano-pyrénéen antérieur au latin.

Filiation

Les hypothèses sur le proto-basque se développent au moyen de la technique linguistique de la reconstruction interne et de la comparaison avec d'autres langues pré-indoeuropéennes. En ce domaine, les travaux les plus importants sont dus aux linguistes Koldo Mitxelena (Phonétique historique basque), Henri Gavel, Alfonso Irigoyen, etc., et plus récemment Joseba Lakarra, Joaquín Gorrochategui, Ricardo Gómez, Michel Morvan. Mitxelena et Lakarra se réfèrent à des états différents du proto-basque: l'étude de Michelena concerne la langue antérieure à l'arrivée des Romains, et celle de Lakarra, la langue antérieure à l'arrivée des Celtes[5],[6]. Pour la reconstruction des étymologies proto-basques originelles les linguistes se fondent sur :

  • l'étude des inscriptions aquitaniennes ;
  • l'onomastique de l'aire bascophone actuelle et antérieure: toponymie, anthroponymie, hydronymie, etc. La comparaison avec l'onomastique ibère ;
  • la comparaison entre les différents dialectes basques: labourdin, biscayen, alavais, guipuscoan, haut-navarrais, bas-navarrais, souletin et roncalais ;
  • les textes archaïques ;
  • la littérature basque ;

Cependant, cette approche hypothétique pourrait être révisée à partir de la thèse de doctorat d’Arnaud Etchamendy Euskera-Erderak, Basque & langues Indo-européennes - Essai de comparaison et  les travaux récents de la linguiste américaine Juliette Blevins comme indiqué plus bas (voir notamment « Phonologie…une Autre analyse »)

Phonologie... une première approche

André Martinet a été le premier à approcher le système phonologique proto-basque. À l'intérieur des mots constituant des emprunts lexicaux au latin, le trait [+/-sonore] des plosives s'est maintenu. Ce n'était pas le cas en début de mot, toujours [+sonore] (par exemple, pacem > bake). Il a été proposé qu'en basque cette différence ne survenait qu'à l'intérieur des mots, mais cela semblerait peu normal par rapport aux autres langues du monde. Martinet a apporté au débat le système des plosives en danois, dont le trait n'est pas [+/-sonore] mais [fortis/lenis], c'est-à-dire qu'un phonème a une réalisation plus forte et une autre plus faible. En outre, chacune a également une prononciation différente selon sa position, forte (en début de mot) ou faible (entre voyelles). Les sonores latines ont été remplacées par l'un ou l'autre selon leur position[7].

Luis Michelena a accepté cette hypothèse et l'a en outre étendue à tout le système. Donc, à côté des paires de sifflantes affriquées (fortes) et fricatives (faibles ou lenes), et de la paire formée par les vibrantes, il a proposé les formes fortes (/N/ et /L/) de /n/ et de /l/. Le phonème /N/ explique pourquoi la nasale géminée (écrite <nn>) du latin se maintient sous la forme /n/ en basque actuel, ainsi que la disparition de la nasale simple du latin (anatem "canard" > basque ahate). De la même manière, les /L/ sont devenus de nos jours des /l/ tandis que les /l/ anciens sont aujourd'hui des /r/ simples. Ces processus de lénition semblent être survenus au cours du Moyen Âge. Par ailleurs, Michelena a exclu le /m/ du système, parce que c'était un son secondaire (on le trouve presque toujours à la place d'un /b/ influencé par la proximité d'un /n/ ; ex : *bini > mihi, *senbe > seme) ; il a également exclu le phonème /p/, parce qu'il apparaissait en distribution complémentaire, et il a considéré les phonèmes palataux comme étant expressifs.

Sur ces bases, Michelena a proposé le système suivant, accepté également par Lakarra :

  • faibles : b d g l n r s z
  • fortes : (p) t k L N R ts tz
  • aspirée : (h)

Phonologie... une autre analyse

Dans la précédente approche, la comparaison entre le supposé original latin/celte et la forme que lui a donnée le supposé emprunt basque informerait sur la phonologie du protobasque.

Les emprunts de formes, de langue à langue, sont un phénomène universel, mais, dans cette même première approche, la réalité de l’emprunt est fondée sur le postulat que l’euskera n’étant pas apparenté aux langues indo-européennes, les mots à forme et à sens proches des formes celtes et latines, hors coïncidence des universaux, sont forcément empruntées.

Or le mot basque bake “paix” cité plus haut par A. Martinet comme un emprunt au latin pourrait être antérieur à pacem. On trouve, en effet, en sanscrit les formes bhakṣa, correspondant à basque bazka “nourriture” et bhága “part, portion” mais aussi … “paix, béatitude”, sens dérivés de la notion de partage comme dans le tokharien-B pāke et le tokharien-A pãk “part, portion”.

Par ailleurs, une analyse rigoureuse des mots aussi banals que grec ἀρχος [arkhos] “archi-, archaïque”[8], latin uestigium “vestige”[9] ou grec κάλαμος [kálamos] “roseau” et καλάμη [kalámē] “chaume, paille”[8], dépourvus d’étymologie nette chez Antoine Meillet ou Pierre Chantraine, pourraient être expliquées par l’euskera. Il en est de même pour une famille aussi importante que celle du latin lux “lumière”[10]. Si les emprunts ne font pas de doute, en revanche, il n’est pas évident de déterminer qui emprunte à qui : par exemple le mot anglo-saxon fashion, très en vogue dans les fashion-weeks, est un retour du français façon, de même que l’incontournable anglo-saxon manager est dérivé de l’italien maneggiare “manier” qui a donné  l’anglo-saxon “manège” et tennis est issu du vieux français tenez, etc., etc.

Ainsi, le mot basque GORPUTZ “corps” est souvent considéré comme emprunté au latin corpus dont, toutefois, les étymologistes ne trouvent pas de racine. Il s’explique pourtant parfaitement en basque à partir de ses composantes /*GOR-/ idée de “chair” et PUTZ “souffle” … soit “chair (dotée de) souffle (de vie)”[11].

Ce type de coïncidence se répétant extrêmement souvent, la problématique de l’isolat du basque et de ses emprunts est à remettre sérieusement en question.

Dans le même esprit, les tenants de la première approche avancent que les phonèmes / p / et / m / seraient absents du proto- ou du pré-proto-basque. Mais, en euskera, des mots se situent évidemment dans la ligne des racines indo-européennes les plus archaïques. Nous donnons ci-dessous deux exemples cités par Arnaud Etchamendy pour /p/[12] et pour /m/[13] et rappelons ce qu’en dit la linguiste américaine Juliette Blevins (qui va dans le même sens) dans son ouvrage dont le titre peut être ainsi traduit en français « Avancées dans la construction proto-basque avec des preuves sur l’hypothèse proto-indo-européenne » : pour /p/[14] et pour /m/[15].

Racine syllabique

Joseba Lakarra propose le modèle syllabique CVC (consonne-voyelle-consonne) pour le pré-proto-basque, au lieu du modèle CVCV proposé antérieurement. Michelena avait au contraire proposé (C)V(W)(R)(S)(T), mais de l'avis de Lakarra ce modèle est trop général, et de plus la totalité des positions ne se réalise dans aucun mot. En basque actuel, il existe malgré tout des mots sur ce modèle, comme lur « terre », zur « bois » ou gar « flamme ». Dans certains cas, ces racines syllabiques étaient soumises à des limitations qui apparaissent au niveau phonologique.

À une époque plus tardive, les racines CVC citées ont développé la capacité de recevoir des préfixes (à la différence du basque actuel), comme les mots de type CV-CVC.

Mais, Arnaud Etchamendy estime qu’il faut savoir faire la distinction entre mot et racine, d’une part, et identifier les mots à préfixes dont certains bascologues disent que le basque en serait dépourvu, d’autre part. On trouvera ci-dessous[16] quelques exemples basques de préfixes suivis de la racine de mots jamais très éloignée des autres langues indo-européennes.

Morphosyntaxe

L'absence de textes écrits complique grandement la connaissance de la morphosyntaxe du proto-basque. En raison des caractéristiques des verbes synthétiques, Ricardo Gómez a proposé qu'au lieu de l'ordre actuel SOV, le proto-basque aurait eu un ordre VSO. Un autre indice serait le caractère fermé de la catégorie de l'adjectif, avec l'emploi, à l'emplacement où apparaît aujourd'hui l'adjectif, de participes, d'emprunts (?) ou de propositions relatives, toujours à la droite du nom.

Mais, A. Etchamendy fait remarquer que dans l’analyse de deux exemples de verbes synthétiques c’est OVS que l’on observe.

DEROANA “(ce) qu’il emmène” s’analyse comme suit : /D/ (Objet : “ce”) + /R/ (phonétique) +

/-OAN-/ (Verbe : “emmener)” + /-AN/ “que” + /A/ ;

DAKIT “je sais” s’analyse ainsi : /D/ (Objet “ce”) + /(I)A/ “déjà” + /(E)K(I)/ “œil” = “voir” (Verbe) + /T/ “je” (Sujet), soit littéralement “ce que (déjà) vu ai-je” pour “ce que j’ai vu” = “je sais”, parfait à sens de présent. Dans ces deux exemples c’est bien OVS qui est observé.

Vocabulaire

Exemples, dus à Joseba A. Lakarra, de termes monosyllabiques hypothétiques rédupliqués vers la gauche dans le pré-proto-basque. Certains sont sûrs et attestés comme gogor (racine *gor), d'autres discutables :

Pré-proto-basque Basque Français
*da-dar adar corne
*da-dats adats chevelure
*za-zal azal écorce
*de-der eder beau
*do-dol odol sang
*go-gor gogor dur
*na-nal ( > *anaL ) ahal pouvoir
*na-nan ( > *anan-tz ) ahantz- oublier
*na-nar ( > *anaR ) har ver
*ni-nin ( > *inin-tz ) ihintz rosée
*no-nol ( > *onoL ) ohol planche
*ze-zen zezen taureau


Mais, pour plusieurs des termes précédents dits « rédupliqués », Arnaud Etchamendy donne une autre analyse basée sur la comparaison avec l’indo-européen (i.-e.) :

  • (*de-der) correspondant à l’actuel eder “beau”. La comparaison entre différents dialectes donne pour EID + -DER : /*EID/ face à l’i.-e. /*weid/ idée de “voir” + /*-DER/ suffixe d’agent face à l’i.-e. -ter. Les formes basques EDER, EIDER, EIJER, EITE ont perdu la consonne initiale correspondant au / w / qui donnerait en basque une diphtongaison de type /*ueid/. Or la langue préfère substituer une consonne à une diphtongue (cf. araUera >> araBera). La forme actuelle /*EID-/*EIT-/ a donc perdu sa consonne initiale, que pourtant J. Lakarra lui-même a relevée dans les formes anciennes du mot : Larrahederra, Maria Hederra, Anan hederra [in Euskal Hiztegi Historiko-Etimologikoa (EHHE)]. La forme “protobasque” serait donc /*HEIT-/*HEID-/ + suffixe d'agent /-der/-ter/-tari/. Ainsi, l’i.-e /*weid/ donne en grec ancien εἶδος [eĩdos] “aspect, forme”, εἰδάλιμος [eidálimos] “de belle apparence” que l’on retrouve en basque avec *BEITE << BEHATE << BEGIRATE “observer”.
  • (*do-dol) correspondant à l’actuel odol “sang”. Mais le sang évoque dans diverses langues la notion de “flux”, “l’écoulement”, cf. blood, gothique bloþ, irlandais fuil, gallois gwæd “liquide” ? Quant au sanskrit ásṛ (génitif) asnáḥ, le vieux latin aser, le hittite ēshar ils évoquent le basque ISUR, IXUR, IZUR “verser, couler” et JARIO “s’écouler, flux”. ODOL “sang” semble une forme contractée et à métathèse du composé basque (h)U(r)HOLDE “inonder”, qui pourrait être à l’origine du grec πλώω [plṓō] “flotter, naviguer, flotter” et “inonder”. La forme “protobasque” pourrait donc être pour lui (h)ODOL. On ne voit pas ce qui autoriserait à attribuer une réduplication *dodol. La réforme invoquée par J. A. Lakarra est go-gor “dur”, mais il y en a d’autres, le plus souvent des formes verbales au parfait (comme en grec) : li-lirika (grec πίμπλημι [pímplēmi] “remplir”), “plein à ras bord”, ko(r)korika “accroupi” (grec κόπρος [kópros] “excrèment”).
  • (*na-nan) rapproché de *anantz “oubli”… alors que AHANTZ (a-hantz) “oubli” = (littéralement) “sans apparence”, cf. grec α-φάσις [a-phásis] “qui n’apparaît pas”.
  • (*ze-zen) rapproché de ZEZEN “taureau”. Il pourrait s'agir d'une forme verbale au parfait du verbe /*SEIN /*SEINI/ “naître, engendrer” << JIN, GIN, XIN “venir (au monde)”. Cf. l’aquitanique sembe “fils”, composé de /*SEN/ “venir, naître” et de /*BE/ “qui doit” ; et SENIDE, SENTI face à (latin) senex, (grec) γέγονα [gégona], (sanscrit) jajána “a engendré” et  jāiti (basque JAIO “naissance”), (latin) natio, genus, genitor.

Exemples de Luis Michelena de termes proto-basques :

Proto-basque Basque Français
*ardano ardo vin
*ardi-zani artzain berger
*arrani arrain poisson
*bene mehe mince, fin(e), maigre
*bini mihi langue (anatomie)
*egu-gaitz ekaitz tempête
*eLana elai hirondelle
*eNala enara hirondelle
*gaztana gazta fromage
*ini ihi jonc
*organa orga chariot
*seni sehi domestique
*suni suhi gendre
*zini zii, zi gland

Mais Arnaud Etchamendy apporte à plusieurs des termes précédents « protobasques » de Luis Michelena les commentaires suivants :

  • *ardano rapproché de ARDO “vin”. Le Codex Calixtinus porte ardum pour probablement *ar-dan, avec /*(g)AR-/ pour /*GAR-/ “feu” et /*-DAN/ pour /*-DUN/ (soit /*DU-AN/-EN / “ayant, pourvu de”), c’est à dire “(boisson) enflammée” = (castillan) “agua ardiente”, “eau de feu” = alcoolisée.
  • *bini rapproché de MIHI “langue”. Il n’y a dans cette hypothèse pas d’autre fondement qu’une autre hypothèse de Mitxelena : celle de l’absence du phonème / m / en “protobasque”.
  • *egu-gaitz rapproché de EKAITZ “tempête”. EKAITZ est une forme verbale (fléchie) auxiliée de IZan “être”, un aoriste dont le radical est HEDa- “épandre, étendre, verser, laisser tomber” : forme composée /*E-/ augment + /*-HED/ (ked-) “tomber” + /*IZ(an) “être”. Une variante de E-KUZ-i “laver, doucher” ? IKUZ-I, ÜKHÜZ-I. Comparaison : grec χέω, (homérien) χεύω et tardivement ἔχευσα [khéō, kheúō, ékheusa], mycénien (Knossos) meta-kekumena “verser, répandre, laisser tomber” à racine /*ghew-/, à travers *ἔχεϝϝα [ékheϝ/wϝ/wa] … selon Chantraine (1256).
  • *eNala rapproché de ENARA “hirondelle”. Il s'agit d’une forme composée de /*EN/ [<< /*PEN-/, /*PED-/, /*HED-/ “tomber” ou “voler”] + /*(H)ARA/ “oiseau”. Cf. latin penna ou *pet-s- “ce qui sert à voler” ; gallois hedeg “voler” face à composé basque HEG-ATZ “aile”. Et (H)ARA de (H)ARAN-O “aigle” = “oiseau” ? Comme HED-a signifie aussi “tomber” avec idée d’élan, de rapidité … (h)EN(h)ARA signifierait donc “volant rapide”, ou “oiseau impétueux” ; cf. grec ὄρνις [órnis] “oiseau” ; hittite ḫar-ás et au génitif ḫaranaš “de l’aigle” ; basque (h)ERNE “éveillé, rapide”.
  • *gaztana rapproché de GAZTA “fromage”. Mais GAZTA est une forme dialectale ; GAZNA (Souletin), GASNA (Basse-Navarre), GASENA (Haute-Navarre) existent. La forme est surcomposée dans GASENA << /*GA(R)Z-/(*) “cristal” + /*EGINA/*-INA/ “fait, devenu” ; métaphore de la coagulation rappelant la cristallisation du sel (GATZ << KARTZ) qui apparaît à l’évaporation de l’eau de source salée. [(*) /*GA(R)Z-/ “pierre vive” << /*KAR-/*HAR-/ “pierre, dur” + /*IZ/ de izan “souffle, vie”, parce que tout ce qui brille était considéré doté de vie.]

Annexes

Notes et références

  1. code générique
  2. Sur l’origine présumée du fractionnement dialectal de la langue basque par Hector Iglesias
  3. La situation de l'aranais par rapport à l'occitan de France, K. Wójtowicz
  4. 70 clés pour la formation de l'occitan de Gascogne par Michel Grosclaude, 2000
  5. (en) José Ignacio Hualde, Joseba Andoni Lakarra et Larry Trask, Towards a History of the Basque Language, Amsterdam; Philadelphia, John Benjamins Publishing, , 365 p. (ISBN 9027236348 et 9789027285676, OCLC 709596553, lire en ligne)
  6. (es)Protovasco, munda y otros: Reconstrucción interna y tipología holística diacrónica, Joseba Lakarra, UPV/EHU. Fac. de Filología y Geografía e Historia, Vitoria-Gasteiz. 2006
  7. Économie des changements phonétiques: Traité de phonologie diachronique, par André Martinet, Éditions A. Francke, 1970, 395 pages
  8. Voir thèse d’Arnaud Etchamendy /http://www.euroskara.com [/lexique / AUR, (H)AUR-, AURRE, UR + / KALAMU]. Grec ἄρχω, ἀρχή, ἀρχός [árkhō, arkhḗ, arkhós] “marcher le premier”, “faire le premier”, “prendre l’initiative” pourraient être liés à basque AURKO, AURREKO, URKO. AR-baso … “d’avant, de devant”, forme fléchie de /-KO/ “de”, génitif d’origine ou de but. Grec καλάμη [kalámē] analysé par Chantraine, 484 : « le vocalisme des mots grecs en καλα- reste isolé. » A. Etchamendy estime que cette coupe kala est incorrecte : il rapproche ce mot grec du basque καλamu [kalamu] (“chanvre” -sens secondaire provenant certainement d’un emprunt en retour ; le sens premier, de par la construction, devait être “tige de céréale”-) composé de /*GAR-/*KAL-/ “dur…, tête…, grain…” à GARI “céréale” + /*HAMU/ “tige”.
  9. Latin Uestigium du verbe uestigāre “suivre à la trace”, sans étymologie selon Meillet, 729. Or cette forme répond au basque HEEX, HE(d)EX “trace” fléchi au partitif /*-T-IK/ (~ latin ex-), verbalisé en -ium (basque HEEX = HATZ à latin pēs, pedis)
  10. Famille de lux “lumière” : lucēre “luire”, lūmen “lumière”, lūna “lune”, lustrāre “éclairer”, lūculentus “brillant, magnifique”, lucubrāre “travailler à la lumière de la lampe” … est dérivée pour A. Meillet (372-373) d’un radical /*leuk-s-men/ dont dériveraient *louksmen puis *lousmen puis lūmen. Pourtant le basque permet de comprendre /*leuk-s-/, à partir de la forme surcomposée ELUZKI (eruzki) “soleil”, face à grec ἥλιος [ϝ/hḗlios] “soleil”. ELUZKI (<< /*EL-/ <> “i.-e.” /*we/ol-/ “tourner, rotation” + /*U/ voyelle thématique facilitant la liaison phonétique à l’intérieur de la forme  + /*-Z/ suffixe instrumental ; inchoatif : “ce qui tourne”  +  /*EK(I)/ nom-racine “œil”  et  “soleil”  <>  “i.-e.”  /*okw-/ “œil”,“soleil”.
  11. Azkue, auteur d’un fameux dictionnaire de référence Basque-Français-Espagnol, donne au radical  /*GOR-/, (~/*KOR-/) le sens de “chair” en composition (Tome I du dictionnaire, p. 359, 4). Par ailleurs, dans l‘ouvrage « L‘origine de la langue basque » (des auteurs A. Etchamendy, F. Davant, D. Davant et R. Courtois) / Article 42 et 43 consacrés à « La Vie » (pages 133 à 136) on souligne que : /*PUTZ/ (BUHA-Z) “gonfler, (s)’enfler, être plein de souffle (de vie)” est une forme surcomposée de /*BE-/*BI-/ « à être, devant être + /*(I)Z/, morphème signifiant « souffle », « vent » à rapprocher de IZ-an verbe “être”. Face au basque, on a les termes grecs ἔφῦσα [éphũsa] "faire naître … ", φῦσις [phũsis] "accomplissement (effectué) d'un devenir " (selon Benvéniste) , φυσα [phusa] "souffle" qui ont tous en commun le radical /φῠ-/ [phŭ-] que Pierre CHANTRAINE rattache à l’expression /*bhū-/  “pousser, croître, se développer”, “devenir”, qu’il complète par cette autre racine /*ə1es/ “exister, être”. Enfin PIZ(TU), proche de PITZ, avec le sens de “donner vie” est à rapprocher de BIZ(I) “vie” et se rattache clairement au vocabulaire indo-européen issu de /*bhū-/.
  12. Exemples avec P :  Azkue donne la signification suivante du terme HAPAKA “… mouvement de la bouche de quelqu’un qui est essoufflé” (Tome I / p. 51), ce que Pierre Lhande (auteur d’un autre dictionnaire de référence Basque-Français) confirme en évoquant l’onomatopée du halètement HAPA (p. 406), dont dérive PAPO “jabot d’oiseau”, “poitrine, sein” (Dictionnaire de Lhande p. 842) et PAPUN [PAP(O) + /*-ON ou *-UN/ “pourvu de”],  épithète d’une poitrine généreuse“ et, par métaphore, “grand cèpe dodu” [Dans Azkue (Tome II, p. 156), “grand champignon à large chapeau…”]. Enfin, les émotions vives, les passions étant perçues siéger dans la poitrine, nous avons le terme GOGO pour papo (alternance P/G ou K comme dans HAUSPO / HAUSKO “soufflet”, ce qui peut être rapproché du latin coquō “cuire” et “mûrir”, soit la métaphore des sentiments perçus en ébullition dans la poitrine. D’où “i.-e.” commun /*pekwō-/ passé à /*kwekwō-/ en italo-celtiques, face á grec πέπων [pépōn] “mûr” (Cf πέπων [ṓ pépōn] “mon bon, mon cher”), dont l’étymologie n’est pas éclairée par Chantraine (Dictionnaire étymologique p. 884). D’où les termes français et castillans cuisine / cocina, cuisiner / cocinar, cuisinier / cocinero … qui en dérivent. Sur ce seul exemple, le phonème / p / est-il bien absent dans le protobasque ?
  13. De même pour le son M : le basque MIN, a pour sens principal “douleur”, “peine, mal”, “langue (organe) et présente de nombreux sens métaphoriques : “amer”, “piquant”, “fiel”, “intime”, “critique”, “nostalgie”, “regret”, “désir”… Il est à la base d’une vaste famille de mots comme MINTZO “parler” (le langage) ou MINBERA “douloureux, sensible”. Il est à rapprocher de termes indo-européens tels que (latin) meminī “se souvenir, avoir présent à l’esprit”, “faire mention”, mens, mentis “principe pensant”, mentiō “mention”, commentor “avoir dans l’esprit, réfléchir”… que Meillet (Dictionnaire étymologique de la langue latine, 395) fait dériver d’une même source : « La racine indo-européenne /*men-/ qui indiquait les mouvements de l’esprit, a fourni des mots nombreux dont le sens précis est déterminé par la formation. Grec μέμονα [mémona] “j’ai l’intention” ; védique mamne “je pense” ; gotique mam “je pense, je crois” ; osque memnimmonumentum” ; lituanien. mīni “il pense” ; vieux slave mǐnitŭ “il pense” ; sanskri mányate, avestique mainíyerte “il pense” ; sanskri mataḥ “pensé” ; grec μένος [ménos] “volonté, passion, ardeur, force qui anime les membres”. » Qu’en est-il de l’absence du phonéme / m / dans le protobasque ? La reconstruction interne est une chose, le plongeon dans les langues “i.-e.” en est une autre.
  14. Juliette Blevins, Advances in Proto-Basque reconstruction with evidence for the Proto-Indo-European-Euskarian Hypothesis, Routledge Taylor & Francis group, New-York & London, 2018, p. 53 [traduction libre] « La labiale muette /p/, qui de nos jours est aussi courante que toute autre oclusive dans l'inventaire, devient de plus en plus rare à mesure que nous remontons dans le temps […] Les propositions antérieures sans attribut *p /p/ en basque moderne et historique ont trois sources, comme indiqué et illustré à la figure 3.3. Une source de /p/ est la dérivation régulière post-obstructive de b (< *b) (3.3A) […] Une autre source de /p/ est le symbolisme sonore (2.3B). Bien que le mot initial /ph/ soit absent dans le vocabulaire commun d‘origine, il se trouve dans des mots symboliques sonores tels que phar-phar «son de canard». Une dernière source de /p/ en basque est le vocabulaire emprunté, en particulier le grand afflux de prêts romans […] Les noms propres empruntés à l'Aquitanique fournissent les premiers exemples attestés de <p> en euskérique [...] »
  15. Juliette Blevins (même ouvrage cité en F) [traduction libre] « Je soutiens que le proto-basque avait *m. Le proto-basque *m pourrait apparaître en position initiale des racines *CV(C) et en position médiane des racines *(C)VCV(C). En position initiale, *m continue comme /m/ devant toutes les voyelles sauf *e. Avant *e dans les domaines non nasalisés, *m était dénasalisé en /b/ (3,6) (voir ci-dessous). Dans (3.5), quatre racines hypothétiques *m-initiales. *ma "fruit", *mal "pente", *mal "doux" et *mus "contracter, fléchir" sont reconstruits sur la base des preuves internes fournies »
  16. Face (/) à des MOTS BASQUES dotés de préfixes (en CAPITALES grasses), les mots/racines indo-européens de mêmes familles (soulignés) et souvent de même sens : ASPALDI / grec πάλαι [pálai] “il y a très longtemps” ; AURKESTU “présenter” / latin pro-gerere (gestus, gessī) “porter devant” ; (E)ZAGUN “connaître” / grec διαγιγνώσκω [diagignṓskō] “diagnostiquer” (où διά [diá-]=ζά [zá]) ; ZAPATU / διά-πατέω [diá-patéō] “écraser” (où διά [diá-]=ζά [zá] en éolien) ; ERAKUTSI / latin doceō, docere  “faire voir, montrer” ; ER(H)OAN (de ERA+IOAN “faire aller”) / grec φέρειν [phérein], latin ferre “porter” ; BURU-Z-AGI “chef, dirigeant” / grec πρό-σ-αγειν [pró-s-agein] “marcher en avance” [à noter sanscrit puro-u = hittite píru-ga “chef”] ; BE-HER(EN) de /*BE/*PE/ “dessous” + /*HER/ “terre” / latin In-FER-us (dii inferi) “divinités souterraines” ; ZIRURIKA “en tourbillonnant” (TIRURI “tourbillon”) / ταράσσω [tárassō] “bouleverser, agiter”.

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