Rébellion de la rivière Rouge

La rébellion de la rivière Rouge, entre 1869 et 1870, est le terme générique pour décrire le gouvernement provisoire constitué par les Métis et leur chef Louis Riel dans la colonie de la rivière Rouge, située dans l'actuelle province du Manitoba, au Canada. Elle désigne également les violences qui ont suivi la prise du fort Garry par les Métis de Louis Riel et la répression militaire canadienne suite à l’exécution par les Métis de Thomas Scott en mars 1870. Cette révolte est à l’origine de la création de la province du Manitoba actuel.

Ne doit pas être confondu avec la guerre de la rivière Rouge.
Le gouvernement provisoire Métis, avec au centre Louis Riel.

Histoire

Les événements précurseurs

Louis Riel, le héros métis

Né le 22 octobre 1844 à Saint-Boniface dans une famille importante de la communauté métisse, dont son père, également Louis Riel, en est un chef hautement respecté et est issu d’un héritage génétique impressionnant.[1] Il fera ses études au Québec, ce qui était alors à l’époque comme faisant partie du Canada-Uni. C’est lors des années 1860, avec la mort de son père et le destin incertain des Métis que Louis Riel fils entreprit sa carrière d’homme politique[2], une carrière qui allait permettre la création d’une nouvelle province, mais qui allait également le conduire à la potence.

La création de la colonie de la rivière Rouge

En 1811, la Compagnie de la Baie d’Hudson cède un immense territoire de 300 000km2, le long des rivières Rouge et de l’Assiniboine, à Thomas Douglas, lord de Selkirk. Il désirait fonder une colonie basée sur l’agriculture, et peuplée de colons écossais, comme lui.[3] Dès l’année suivante, il entreprit de faire venir dans sa nouvelle colonie près de 300 colons, et ce, répartie sur plusieurs années. Avec l’arrivée du premier contingent de 23 colons et du nouveau gouverneur de la colonie de l’Assiniboïa, M. Macdonell, certains Métis allèrent à leur rencontre, au fort Gibraltar, afin de leur signaler que les nouveaux arrivants étaient sur les terres des Métis et qu’ils n’étaient pas les bienvenu[4]s. Selon Hartwell Bowsfield, les Métis auraient été montés contre l’arrivée des colons dans l’Assiniboïa par les employés de la compagnie du Nord-Ouest qui pensaient que la création de la colonie n’était qu’un plan de la part de la Compagnie de la Baie d’Hudson, leur rivale, afin de prendre les terres définitivement. L’utilisation des Métis dans le cadre de cette théorie irait dans l’assistance militaire et paramilitaire.[5] La première confrontation entre les Métis et les colons de la nouvelle colonie ne sera qu’une parmi plusieurs, qui auront lieu tout au long de la décennie, la plus célèbre est la bataille de Seven Oaks (communément appelée la Grenouillère), en juin 1816. En 1821, la fusion des compagnies de la baie d’Hudson et de la Compagnie du Nord-Ouest sous le nom de la première rendra l’ensemble du territoire sous la couronne britannique, toutefois sans aucune forme de gouvernement établi, outre le Conseil d’Assiniboïa, établi autour de la colonie de la Rivière-Rouge.[6] Il va s’en suivre des décennies de cohabitation entre les Métis francophones et anglophones, où l’unification ne fut jamais vraiment établie avant les événements de 1869-70.[7] Le projet colonisateur de Selkirk n’étant pas à la hauteur des attentes, l’établissement de colons européens devra attendre la création des provinces de l’ouest, dont le Manitoba en 1870. Après les événements de 1816, la colonie jouissait d’une certaine prospérité ou du moins, d’une tranquillité relative à l’interne.[8]

Les événements de 1869-1870

La vente des terres de Rupert au Canada

Le Canada avait acquis la Terre de Rupert de la Compagnie de la Baie d'Hudson en 1869.prononcé l’annexion de la future province du Manitoba sans en consulter la population. Toutefois, l’idée d’acheter les terres de l’Ouest et de les coloniser date des années 1850. Georges Brown, dans le journal the Globe de Toronto, lança un appel à l’union  « des destinées de cet immense pays » avec « les nôtres ».[9] Une enquête de la CBH est lancée afin d’étudier le potentiel des terres, notamment, et où le ministre John Ross déclarera qu’il ne faut pas que la CBH perde son emprise sur ses terres immédiatement, car le Canada-Uni n’est pas en mesure de l’administrer dans l’immédiat.[10] Cela n’empêche pas l’établissement progressif d’Ontarien sur les territoires de l’ouest dès la fin des années 1850, suite à l’exploration du territoire par deux explorateurs, S.J. Dawson et Henry-Youle Hind.[11] Les premiers Ontariens à venir s’établir dans la colonie dans les années 1850 créèrent un journal, le Nor’Wester dont l’intérêt premier était de préparer les voies pour l’annexion pure et simple du Nord-Ouest au Canada, le projet de Confédération arrivait rapidement et où une seule question demeurait : laquelle des deux provinces, Ontario ou Québec, laquelle des nationalités, française ou anglaise, allait étendre son influence dans ces nouveaux territoires qui seront éventuellement annexés par le Canada.[12] Cependant, ceci n’est pas l’unique raison de la faiblesse de la communauté métisse. Elle a beau avoir son drapeau, son hymne national et son conseil, l’unité interne n’est pas forte et la pression extérieure se fait ressentir, le conflit arrive rapidement[13]. La création d’un réseau ferroviaire au Minnesota, l’implantation d’un bateau à vapeur sur la rivière Rouge et la vente de la Compagnie de la Baie d’Hudson à des intérêts financiers internationaux s’intéressant à la création d’un réseau ferroviaire pancanadien crée l’ouverture du territoire aux intérêts capitalistes et colonisateurs.[14]

L’orage se fait sentir sur la population métisse de la Colonie de la Rivière-Rouge et ce dernier déferlera en 1869, lorsque la Compagnie de la Baie d’Hudson, sous pression par Londres, vendra les terres de l’ouest au nouveau Dominion du Canada. L’achat de l’Alaska par les États-Unis à la Russie durant la même période fit augmenter la pression d’obtenir les terres de l’ouest et les occuper, afin de garantir sa souveraineté sur l’ensemble du nord du continent par le gouvernement canadien. Les terres de l’ouest furent alors vendues, après de longues négociations pour la somme dérisoire de 300 000 livres sterling.[15] La compagnie va garder quelques terres autour des différents postes de traite ainsi que 1120 acres dans chaque canton de trente-six milles carrés.[16] L’occupation des terres par les populations canadiennes était prévue pour l’année suivant l’acquisition, soit 1870. Ottawa va nommer un gouverneur des nouveaux territoires, l’anglophone William McDougall, dont l’opposition à la colonisation francophone est connue. Toutefois, le gouvernement d’Ottawa ne va pas attendre les délais prescrits dans la transaction et dès 1869, les travaux routiers entre le fort Upper Gary et le lac des Bois seront entamés, dans un espoir de donner du travail aux populations locales qui souffrent d’une terrible famine.[17]  

La reconnaissance des droits de la terre des Métis, l’origine du conflit

La Rébellion fut la première crise d'importance que dut affronter le nouveau gouvernement canadien après la création de la Confédération canadienne en 1867. McDougall entreprit un relevé cadastral du territoire avant même que celui-ci fût officiellement transféré sous souveraineté canadienne, les parcelles étant délimitées selon le système de cantons canadiens carrés en vigueur dans l'Ontario voisin, sans respecter la disposition des champs des métis, formés en bandes étroites perpendiculaires à la rivière. En outre les métis qui n’ont pas de titres de propriété sont spoliés de leurs terres. Cependant, lors de la transaction des terres de l’ouest au gouvernement canadien, la CBH insista sur la reconnaissance des terres des habitants des contrées des terres de l’ouest. Toutefois, la description détaillée de ces titres de propriété n’étant pas connue ni précise, il était difficile pour le gouvernement canadien de reconnaître cette partie de la transaction. Les terres des Métis s’étendent de deux mille de chaque côté de la rivière Assiniboine et de la rivière Rouge, et ces populations en réclament encore au-delà de ces limites, mais les colons anglais veulent également les terres le long des rivières[18]. La transaction des terres de l’ouest ne fut d’ailleurs pas communiquée aux populations de la colonie de la Rivière-Rouge au moment des faits, ce qui rendit la population en colère et craintive de l’avenir de leurs terres.[19]

Le gouvernement d’Ottawa ne tardait pas ensuite à désapprouver le Conseil d’Assiniboïa, qui ne régissait qu’une petite partie du nouveau territoire, la colonie de la Rivière-Rouge, plutôt que l’ensemble du grand territoire que le fédéral venait d’acquérir. Il préféra donc la nomination d’un lieutenant-gouverneur, William McDougall, un acteur important dans les négociations pour l’acquisition du territoire,  avec un conseil nommé par ce dernier afin de diriger l’énormité du territoire.

L’arpentage des terres, l’élément déclencheur

Les Métis, sous la conduite de Riel, s’opposent d’abord aux opérations d’arpentage, puis contestent l’annexion de leur territoire par McDougall avant que des engagements précis ne soient pris. Les Métis auraient aimé être consultés lors de cette acquisition. Le 11 octobre 1869, les travaux d’arpentage de John Dennis sont abruptement interrompus, après quelques mois de travaux. 18 Métis, dont à leur tête Louis Riel, sans user de la violence, les force à cesser les travaux.[20] Les travaux sont interrompus pour une durée indéterminée, et le lendemain, le gouverneur de la CBH, William McTavish publie une lettre, dans laquelle il indique que si les Canadiens veulent venir sur ce territoire, c’est le gouvernement d’Ottawa qui devra venir discuter des conditions de leur venue avec un gouvernement métis qui est reconnu par sa population.[21] Riel exprimait une profonde colère envers les travaux d’arpentage. Selon ce dernier, le gouvernement canadien ne pouvait faire ses travaux sans la permission de la population.  En octobre 1869, ils constituent un Comité national chargé d’assumer la défense de leurs intérêts. Ainsi, 10 jours après les incidents du 11 octobre 1869, les Métis se réunirent en secret  pour discuter de la situation sous tous ses aspects et s’organisèrent pour s’opposer par la force à ce qu’ils considéraient à juste titre comme l’invasion de leurs pays et la violation d’un droit sacré, car ils n’étaient jamais consultés lors des décisions politiques et l’administration de leurs terres.[22] Ils se constituèrent ainsi en société, et se  choisirent des chefs. Riel fut nommé secrétaire, alors que l’hôte de la réunion, John Bruce, fut nommé chef.[23]  Cette nouvelle organisation politique métisse prit alors le nom de Comité National des Métis de la Rivière-Rouge et dans une lettre adressée à McDougall, lui ordonna de ne pas entrer sur le Territoire du Nord-Ouest sans une permission spéciale de ce comité.[24] Le Comité entra alors en négociation avec le Conseil National de McDougall et où Riel et Bruce émirent leurs revendications concernant leurs terres :

1-   Que ses compatriotes se trouvaient très bien du gouvernement actuel métis et qu’ils n’en désiraient pas d’autres ;

2-   Qu’ils n’admettaient pas que le Canada vint leur imposer un nouveau gouvernement sans les consulter;

3-   Qu’ils étaient décidés à ne pas laisser entrer le gouverneur qu’on leur envoyait, quel que fût le pouvoir, en dehors de la Compagnie de la Baie d’Hudson ou de la Couronne, qui l’eût nommée, à moins qu’auparavant, on ne leur envoyât des délégués pour discuter les termes et les conditions de son admission ;

4-   Que même si les Métis n’avaient qu’une instruction rudimentaire et n’étaient que des « demi-civilisés », ils se rendaient très bien compte que bientôt, on les bannirait du pays qu’ils proclamaient leur appartenir en propre

5-   Qu’ils se rendaient bien compte de leur pauvreté, mais que cette considération ne faisait que rendre plus odieux les traitements qu’on leur imposait;

6-   Qu’on ne s’était préoccupé ni de leur existence ni de leurs désirs;

7-   Que le pouvoir discrétionnaire arrivé, les habitants de langue anglaise s’empresseraient autour de lui pour lui accorder plein pouvoir de parler et d’agir en maitre;

8-   Qu’ils ne voulaient pas de lui et qu’ils étaient décidés à tout faire pour empêcher son entrée dans le pays;

9-   Qu’en agissant ainsi ils avaient en vue non seulement leur propre intérêt, mais aussi celui de l’établissement tout entier;

10- Qu’ils étaient sûrs qu’en cela ils n’enfreignaient aucune loi divine ou humaine et qu’ils ne faisaient que défendre leur propre liberté;

11- Qu’ils ne s’attendaient pas à rencontrer de l’opposition chez leurs compatriotes de langue anglaise et qu’ils leur demandaient, au contraire, de se joindre à eux afin de les aider à conserver la plénitude de leurs droits communs

12- Qu’ils comptaient peut-être des adversaires dans l’élément canadien du pays, ce à quoi ils s’attendaient tout naturellement et se trouvaient préparés.[25]

Le 2 novembre, Riel s’empare par surprise du fort Garry, construit au confluent de la Rivière-Rouge et de l’Assiniboine, et contrôle la colonie. Un contingent de 120 Métis pénètre dans le fort via un portail laissé ouvert par inadvertance. La CBH était au fait des dangers d’une éventuelle insurrection de la part des populations métisses depuis quelques jours, mais aucune mesure préventive ne fut réalisée, laissant même présager un sentiment de collusion entre la CBH et les Métis de Riel.[26] Les Métis possédaient alors un fort duquel leurs opérations de défense de leur souveraineté territoriale pouvaient prendre place sans que le sang ne coulât. La vieille, les patrouilleurs métis à cheval, armés, ont été envoyés à la frontière des États-Unis, afin de bloquer les représentants des gouvernements canadiens de venir dans la colonie, y compris McDougall.[27]

Le 16 novembre de la même année, 12 représentants des communautés anglophones du territoire et autant des communautés francophones se réunirent au palais de justice de la colonie de la Rivière-Rouge, dans ce qui sera connu comme étant le Conseil des vingt-quatre. Ce dernier a pour mission de résoudre la situation entre le fédéral et la colonie. Cependant, la démonstration de force des représentants français, qui vont tirer en l’air avec leurs fusils et tirer des salves d’artillerie au début de la réunion sera perçue négativement par le côté anglophone, qui l’interprète comme étant hostile au sujet débattu.[28] Les pourparlers poursuivirent cependant pendant quelques jours, jusqu’au matin du 23 novembre, où Riel demande que l’on apporte à son bureau du fort Garry les documents administratifs en lien avec les affaires publiques de la colonie.[29] Ces lectures ne feront que confirmer à Riel l’importance, voire l’obligation de se constituer un gouvernement provisoire dans la colonie de la Rivière-Rouge. La crainte d’une opération militaire canadienne contre un mouvement jugé trop extrémiste rend certains membres du Conseil des vingt-quatre réticent face à cette idée, mais Riel va de l’avant en affirmant la protection de l’hiver qui arrive leur donnera un jeu de six mois afin de se constituer un état fort. Mais l’entente ne vient pas.[30] Les rencontres seront alors ajournées jusqu’au 1er décembre, date où le transfert des terres de l’Ouest allait devenir officiel. McDougall signa deux proclamations ce même matin, l’une qui annonçait la fin du régime de la CBH dans l’ensemble sur territoire et l’autre qui était un mandat autorisant le lieutenant-colonel J.S. Dennis à lever une armée d’hommes fidèles et loyaux pour soutenir l’autorité du gouverneur dans le nouveau territoire.[31] Cependant, le gouverneur McDougall ignorait l’ajournement du transfert de souveraineté par Ottawa, car le fédéral ne voulait acquérir un nouveau territoire en état d’insurrection.[32]

Le gouvernement provisoire

Après que McDougall déclara que la région n'était plus sous contrôle de la Compagnie et que le Canada avait demandé l'ajournement du transfert de souveraineté, les Métis fondèrent leur gouvernement provisoire (9-10 décembre 1869) qui, toujours sous la direction de Riel, entreprit de négocier directement avec le gouvernement canadien afin de donner à l'Assiniboine le statut de province. Le fait que pendant plus d’une semaine, le territoire n’était plus sous aucune autorité permit la création de ce gouvernement provisoire. En exprimant le refus de reconnaître l’autorité du Canada qui semble tenter d’instaurer une forme despotique de gouvernement sur une population qui le refuse, Riel insiste encore sur la solution du gouvernement provisoire comme étant la seule autorité légitime légale sur ses terres. Ce document va donc terminer avec la mention suivante : « Nous nous tenons prêts à entreprendre avec le gouvernement canadien toute négociation pouvant être favorable au bon gouvernement et à la prospérité de cette population. »[33] L’état d’anarchie plongée par l’abandon des terres accidentelles par McDougall sera donc l’instigateur du gouvernement provisoire. Le 10 décembre, lors d’une cérémonie au fort Garry, Riel s’adresse aux Métis qu’ils doivent être loyaux à la reine, et qu’ils doivent le rester même si le drapeau métis flotte au-dessus du fort, et ce jusqu’à ce que les droits de son peuple soient pleinement reconnus par Ottawa et par la Reine Victoria.[34]  

Ce gouvernement provisoire dresse avec l’aide du clergé une liste de droits qui seront incorporés à la Loi sur le Manitoba. Cependant, le but de ce gouvernement est de forcer le Canada à reconnaître « que les Métis, les Écossais et les Sang-mêlé anglophones, en tant qu’habitants de longue date de la Rivière-Rouge, ont des droits qu’on ne peut tout simplement pas écarter de la voie menant à l’annexion. »[35] Le plus grand défi de Riel dans toutes les négociations qui vont s’amorcera demeure d’empêcher la division interne des habitants de la colonie, et où les populations anglophones ne se désistent et rejoignent la cause des Canadiens.[36] Ainsi, débute également les tentatives de négociation des Métis, où personne à Ottawa ne semble être ouvert à négocier. Après quelques jours sans réponse, certains hommes politiques canadiens vont venir dans la colonie, mais sans jamais réellement ouvrir les pourparlers, plaidant des raisons personnelles quant à leurs raisons d’être dans la colonie, comme l’un des pères fondateurs du Canada, Charles Tupper, qui viendrait simplement chercher les objets de sa fille, laissés au fort Garry lors de la prise de celui-ci. Il rencontra même Riel, mais sans jamais parler ouvertement de la situation politique. Sur son retour, il écrira cependant à John A. Macdonald, que la crise pourrait se résoudre sans violence par la nomination d’un homme d’État « ayant la qualité et l’habileté d’agir, et muni d’un pouvoir discrétionnaire étendu. »[37] L’année 1869 se termine sans que les Métis de Riel eussent réussi à amener à la table de négociation l’autre parti.

Les premières négociations réelles entre les Métis et le gouvernement d’Ottawa débutèrent lorsque des émissaires canadiens arrivèrent au fort Garry, dont Donald A. Smith, gouverneur à Montréal de la CBH. Ce dernier faisait tout pour s’adresser à la population et non seulement à Riel, afin de ne pas reconnaître le gouvernement provisoire. Malgré tout, une première réunion de la convention des quarante délégués eut lieu le 25 janvier 1870, avec la présence de Smith, qui indiqua que le gouvernement canadien était prêt à parlementer et à accorder à la Rivière-Rouge toute demande raisonnable.[38] Mais un point demeure lors de cette rencontre, personne autour de la table, tant du côté métis que du côté canadien n’avait l’autorité pour régler le conflit. Il fallait l’intervention directe d’Ottawa dans les négociations pour régler le tout. Les partisans anglophones de la cause de la Rivière-Rouge ne faisant toujours pas entièrement confiance aux moyens de Riel se tournèrent vers MacTavish, l’ancien gouverneur, mourant, de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Mais ce dernier répondit qu’il fallait former un gouvernement, qu’il n’avait plus le pouvoir ni l’autorité pour régler ce genre de conflit. Il est mort quelques semaines plus tard.[39] Sans attendre, la formation d’un réel gouvernement provisoire eut lieu, qui se nomma « Gouvernement Provisoire de la Terre de Rupert »[40] Riel fut nommé président. La nomination de quatre anglophones et de trois francophones, dans une convention légitime enchanta la population de la Rivière-Rouge, car la volonté bilingue était représentée et le gouvernement provisoire avait des dirigeants légitimes. [41]


C'est pendant cette période que les hommes de Riel arrêtèrent les membres d'une faction procanadienne qui s'était soulevée contre le gouvernement provisoire. Parmi eux se trouvait l'orangiste Thomas Scott, partisan de l’annexion sans condition. Emprisonné dans le passé, puis s’étant évadé avec d’autres prisonniers plus tôt dans l’année, puis de nouveau emprisonné, il faisait constamment face à de multiples répressions verbales et physiques de la part de la garde du fort Garry.[42] Le 28 février 1870, sans avertissement, les gardes entrèrent dans sa cellule, le sorti de force en le frappant jusqu’à ce qu’un autre Métis les arrête, sans quoi il en serait probablement mort. À la grande surprise de tous, y compris Scott, au lieu de punir les gardes, Riel va plutôt juger Scott pour insubordination dans ce qui ressemblait à une cour martiale et sera condamné à être exécuté par peloton d'exécution le 2 mars 1870.[43] Le lendemain, le condamné est amené devant un escadron de soldats, mais dont l’apparence de la démonstration semblait être fausse. Malheureusement pour Scott, un Irlandais dans l’assistance, William O’Donoghue n’était pas satisfait de la fausseté du jugement de Scott et va prendre les choses en main, en déchargeant son révolver sur le prisonnier, le tuant instantanément.[44]

Cette exécution relance l’opposition entre métis et colons ontariens. Cependant, il s’agit davantage d’un meurtre commis par un citoyen plutôt qu’une exécution politique, mais les journaux américains relatant la nouvelle n’en font pas de distinction, et plus tard, en Ontario.[45] Le Canada et le gouvernement provisoire n'en arrivèrent pas moins à un accord, et en 1870 la colonie put entrer dans la Confédération en tant que province du Manitoba. La loi d'intégration inclut également certaines demandes particulières de Riel, notamment des écoles francophones séparées pour les enfants métis ainsi que la protection du catholicisme.

Après la conclusion de l'accord, le Canada envoya sur place une expédition militaire constituée d'éléments de la milice du Haut-Canada et de forces régulières britanniques sous le commandement du colonel Garnet Wolseley, afin d'établir l'autorité fédérale sur le Manitoba. À mesure de sa progression vers l'Ouest, l'opinion publique en Ontario s'indigna de plus en plus du sort réservé à Scott, et nombreux furent les Ontariens à demander que l'expédition fût utilisée pour arrêter Riel et écraser ce qu'ils considéraient comme une rébellion. Bien que Riel ait fui avant l'arrivée des troupes canadiennes à Fort Garry, celle-ci marqua officiellement la fin de la rébellion.

Notes et références

[1] J.M. Bumsted, Louis Riel C. Canada, les années rebelles, Saint-Boniface, Plaines, 2005, p.9

[2] Gilles Boileau, Louis Riel et les troubles du Nord-Ouest, de la Rivière-Rouge à Batoche, Montréal, Méridien, 2000, p.180

[3] Auguste-Henri de Trémaudan, Histoire de la nation métisse dans l’ouest canadien, Canada, 1935, p.83.

[4] Hartwell Bowsfield, Louis Riel le patriote rebelle, Montréal, Oxford University Press (Canadian branch), p.22

[5] Ibid, p.21

[6] J.M. Bumsted, p.10

[7] Ibid, p.11

[8] Auguste-Henri de Trémaudan, p. 151

[9] Ibid. p.16

[10] Ibid, p.16

[11] Auguste-Henri de Trémaudan, p.151

[12] Ibid, p.151-152

[13] G.F.G. Stanley, Manitoba 1870, une réalisation métisse, Winnipeg, Presse de l’Université de Winnipeg, 1972, p.18

[14] Ibid.

[15] Auguste-Henri de Trémaudan, p.157

[16] Ibid.

[17] J.M. Bumsted, p.18-19

[18] Ibid p.19

[19] Ibid.

[20] J.M. Bumsted, p.27

[21] Ibid.

[22] Auguste-Henri de Trémaudan, p.172

[23] Ibid.

[24] Ibid, p.172-173

[25] Ibid, p.174-175

[26] J.M. Bumsted, p.36

[27] Ibid. p.33

[28] Ibid, p.39

[29] Ibid. p.46

[30] Ibid, p.47

[31] G.F.G. Stanley, p.23

[32] Ibid.

[33] J.M. Bumsted, p.57

[34] Ibid. p.58

[35] Ibid. p.59

[36] Ibid.

[37] Ibid. p.63

[38] Auguste-Henri de Trémaudan, p.212

[39] Ibid. p.213

[40] ibid

[41] Ibid.

[42] SPRAGUE, D.N. Canada and the Métis, 1869-1885. Waterloo, Presse de l’Université de Wilfrid Laurier, 1988. p.50

[43] Ibid

[44] Ibid, p.51

[45] Ibid.

Annexes

Bibliographie

  • BOILEAU, Gilles. Louis Riel et les troubles du Nord-Ouest, de la Rivière-Rouge à Batoche. Montréal, Éditions du Méridien, 2000. 208 p. (Coll. « Mémoire québécoise »).
  • BOWSFIELD, H. Louis Riel, le patriote rebelle. Montréal, Éditions du Jour, 1973. 173 p.
  • BUMSTED, J.M. Louis Riel C. Canada, les années rebelles, Saint-Boniface, Plaines, 2005 . 367 p.
  • SPRAGUE, D.N. Canada and the Métis, 1869-1885. Waterloo, Presse de l’Université de Wilfrid Laurier, 1988. p.50
  • STANLEY, G.F.G. Manitoba 1870, une réalisation métisse. Winnipeg, Presse de l’Université de Winnipeg, 1972. 32 p.
  • DE TRÉMAUDAN, A-H. Histoire de la nation métisse dans l’Ouest canadien. Lieu d’édition inconnu, édition Albert Lévesque, 1935. 450 p.

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