Représentation de Jésus-Christ dans l'art chrétien

La représentation artistique de Jésus-Christ dans l'art chrétien, est devenue un thème majeur de l'art occidental, ainsi qu'en Europe orientale. Jésus-Christ a été représenté de différentes manières au cours des époques, ainsi que pour illustrer les différents épisodes de sa vie codée par l'iconographie chrétienne.

Dans les bras de Joseph, Guido Reni (1635).
Le Christ-Sauveur dit Pantocrator, icône sur bois VIe siècle (Monastère Sainte-Catherine du Sinaï)
Représentation de Jésus-Christ dans un manuscrit médiéval, le Codex Bruchsal datant des années 1220 conservé à Karlsruhe en Allemagne

Sources

L'iconographie christique s'appuie notamment sur les quatre évangiles : Matthieu, Luc, Marc et Jean. Cependant, les évangiles évoquent différemment certains passages de la vie de Jésus, omettant ou rajoutant des détails ou des événements, et dressent aucun portrait physique du Christ, mais la symbolique de ces récits laisse place à beaucoup d'interprétation pour les artistes qui s'appuient en outre sur les sources apocryphes et les images acheiropoïètes.

Dès les premiers temps du développement de la religion chrétienne, plusieurs penseurs vont tenter de mettre en place une harmonie évangélique. C'est le cas de Tatien le Syrien qui, dans son œuvre Diatessaron va, dès le IIe siècle, mettre en place une concordance des Évangiles.

Évolution de la représentation du Christ

Christ hellénistique représenté imberbe, scène du procès devant Pilate sur le sarcophage de Junius Bassus daté du IVe siècle.

Au tout début du christianisme, le Christ n'est pas représenté physiquement mais est évoqué d'abord par le chrisme et par des symboles comme celui de l'ichtus ou de l'agneau, puis par des métaphores comme l'Hermès-Bon Pasteur[1].

À partir du IIe siècle, l'iconographie de Jésus emprunte en Occident ses traits aux divinités païennes et privilégie le type hellénistique : il est généralement représenté comme un jeune homme imberbe (pour le différencier des philosophes grecs, des devins et des dieux païens, tous barbus), aux cheveux courts et bouclés, vêtu d'une toge ou d'une tunique, reprenant le modèle de l'Orateur, avec le bras droit enroulé dans les plis de son manteau et la main posée sur la poitrine, le bras gauche appuyé sur la hanche[2]. Les artistes en Orient privilégient le type syro-palestinien, un personnage majestueux, barbu et aux cheveux longs. Le Christ hellénistique et le Christ sémitique coexistent jusqu'au XIe siècle, période qui voit les artistes choisir sa physionomie définitive : « visage méditerranéen, aux traits "aryens" pour le distinguer du type "juif" de ses persécuteurs, longue chevelure noire partagée par une raie centrale, retombant sur les épaules, yeux noirs, le tout animé d'une expression profondément humaine »[3].

Des typologies générales, des schémas légués par la tradition (attributs, attitudes, expressions), les artistes religieux de la pré-Renaissance et la Renaissance savent tirer un type de Christ particulier, sorti du moule d'une esthétique personnelle et enrichi par leur imagination[4].

Épisodes de la vie du Christ et œuvres associées

L'enfance

Nativité

Nativité, Giotto di Bondone, 1305.

L'iconographie du christ commence avec la Nativité, représentant la naissance de Jésus dans la crèche. Les premières représentations de la Nativité ne montrent pas d'étables, et dépeignent une vierge allaitante. La scène se fige plus tard dans l'idée de la naissance dans une étable. On y place un bœuf et un âne (non présent dans les Évangiles). Joseph est souvent représenté endormi.

Annonce faite aux bergers

Peinture de Taddeo Gaddi sur le thème de l'Annonce aux bergers.

Les bergers gardant leurs troupeaux dans les champs pour le solstice, sont prévenus de la naissance du Christ non loin d'eux, par un ange depuis le ciel.

Adoration des bergers

L'Adoration des bergers par Fragonard.

Les bergers et leurs bêtes se rassemblent autour de la Sainte Famille pour célébrer la venue du Seigneur.

Adoration des mages

L'Adoration des mages par Léonard de Vinci, 1481-1482.

La Circoncision

Présentation de Jésus au temple

La présentation au temple par Sébastien Bourdon.

Fuite en Égypte

Le repos pendant la fuite en Egypte par Philipp Otto Runge.

Dans les bras de Joseph

Madone (Vierge à l'Enfant)

Madone lisant
La Madone Pasadena par Raphaël.

Marie et l'Enfant en contemplation devant un livre ouvert :

Des tableaux traitent du même sujet sans que le titre en soit explicite :

Jésus accrochant le corsage de sa mère

Scène de transition entre la précédente et la séance d'allaitement qui va suivre, scène encore plus intime et humaine.

Marie allaitant Jésus

Scène nommée Madonna del latte pour les Italiens :

Marie du sevrage

Sainte Famille

La Sainte Famille avec sainte Élisabeth et Jean-Baptiste, par Raphaël.

Le fils de Dieu

Jésus au temple

Dans l'épisode du recouvrement de Jésus au temple, l'enfant est généralement représenté comme un enseignant de métier, la péricope devant être comprise comme la manifestation précoce de sa vocation de rabbi[5].

Baptême du Christ par Jean-Baptiste

Les représentations du baptême du Christ sont innombrables. On peut distinguer:

Le Christ bénissant Jean-Baptiste

La Tentation du Christ

Miracles

Noces de Cana
La résurrection de Lazare
Jésus guérissant les deux aveugles à Jéricho
La guérison du paralytique à Capharnaüm

Avec les apôtres

La Marche sur les eaux au lac de Tibériade

Transfiguration

par Raphaël.

La Pêche miraculeuse

Le Christ prêchant

Le Christ et la femme adultère

Jésus chez Simon le Pharisien (lavement des pieds du Christ par la femme pécheresse)

Jésus chassant les marchands hors du Temple


Arrivée à Jérusalem

Entrée à Jérusalem

L'arrivée à Jérusalem par Giotto.

Lavement des pieds

La Cène

La Cène par Domenico Ghirlandaio.

Ou Dernier Repas ou Dernière Cène (de cena : « repas du soir »)

Le Mont des oliviers

Agonie au jardin des oliviers
L'agonie au jardin par Giovanni Bellini.

Scène nommée également Agonie dans le jardin des oliviers, ou Agonie du Christ, Agonie du Christ à Gethsémani, etc.

Arrestation au jardin des oliviers
L'arrestation du Christ par Le Caravage.

Passion du Christ

Les adieux du Christ à sa mère
Les adieux par Lorenzo Lotto.
Dérision du Christ
Condamnation
devant Hérode par Duccio.
Ecce Homo
Ecce homo par Mantegna.
Le Christ quittant le prétoire
Flagellation du Christ
Flagellation par Le Guerchin.
Le Couronnement d'épines

Chemin de Croix (14 stations)

Suivant les versions autorisées, les quatorze stations du Chemin de Croix peuvent varier.

Jésus est condamné
  • ...
Jésus est chargé de sa croix
Le Portement de Croix par Raphaël.
Sainte Véronique essuie le visage de Jésus
Christ de pitié
Partage des vêtements de Jésus
Érection de la Croix
Crucifixion
Crucifix à tabelloni par Cimabue (Arezzo).
Le Christ peut être représenté seul 
sur la croix de son supplice dans un cadre rectangulaire, ou réduite au crucifix chantourné (accompagné à la fin du Moyen Âge de petits tableaux aux extrémités : les tabelloni).

À noter les postures différents du Christ en Christus triumphans (triomphant), Christus patiens (résigné), ou Christus dolens (souffrant).

La Crucifixion Mond de Raphaël.
ou dans la scène complète de La Crucifixion avec ses témoins et acteurs 
soit l'épisode de la Passion et une station du chemin de Croix.

Cette seule scène dans les musées français (base Joconde)

Le Calvaire
Le calvaire par Mantegna.
Le flanc de Jésus est percé d'un coup de lance
Plaies du Christ
  • Bréviaire de Bonne de Luxembourg, duchesse de Normandie, enluminure
Le Christ entouré des symboles de la passion
Christ bifrons
Déposition de la croix
Le Christ mort
Déploration (Lamentation)
Mater dolorosa, Pietà
Mise au tombeau

La descente aux Limbes

Descente du Christ dans les Limbes par Domenico Beccafumi, Pinacothèque nationale de Sienne.

La descente aux Limbes est effectuée par le Christ entre le vendredi saint et le dimanche de Pâques, pour visiter des justes morts avant sa résurrection.

En peinture :
En sculpture :

La résurrection

Entre mort et Résurrection

Christ de douleur, par Lorenzo Monaco.

Le Christ de douleur ou Christ représenté en « Homme de douleurs » suivant Isaïe (LIII, 3).

Résurrection

Apparition à Marie-Madeleine

Noli me tangere, Fra Angelico, 1440-1441.

Apparition aux apôtres (incrédulité de saint Thomas)

Pontormo, 1525.

La cène à Emmaüs

La montée au ciel

Ascension

Titres habituels : L'Ascension seule ou L'Ascension du Christ

Christ bénissant

Le Christ bénissant est une représentation, moins hiératique que la suivante car moins inscrite dans la chronologie, consistant en sa présence avec le geste adéquat de la main levée.

Christ pantocrator

Le Christ pantocrator ou Christ en gloire est une représentation très byzantine, et donc fréquente dans les Églises d'Orient, qu'on trouve principalement en mosaïque, mais aussi en fresques, en corps glorieux, à la fin des temps, dans sa seconde parousie.

Mosaïque de l'abside, San Miniato al Monte (Florence).

Christ du jugement

De facture byzantine également, cette représentation se distingue (quelquefois difficilement) de la précédente, et concerne principalement les scènes du Jugement dernier[6] :

Autres représentations

Notes et références

  1. Jacques de Landsberg, L'art en croix : le thème de la crucifixion dans l'histoire de l'art, Renaissance Du Livre, , p. 25
  2. Eliane Burnet, Régis Burnet, Pour décoder un tableau religieux, Les Éditions Fides, , p. 128
  3. Jacques de Landsberg, L'art en croix : le thème de la crucifixion dans l'histoire de l'art, Renaissance Du Livre, , p. 26
  4. Manuel Jover, Le Christ dans l'art, Éditions Sauret, , p. 7
  5. François Bœspflug, Jésus a-t-il eu une vraie enfance ? L'art chrétien en procès, Éditions du Cerf, , p. 27
  6. Matthieu, chapitres 24 et 25, l'Apocalypse de Jean, chapitre 4,1-11 et le récit de l'Ascension et de l'annonce du second Retour dans les Actes des Apôtres, chapitre 1
  7. Louis Charbonneau-Lassay, Études de symbolique chrétienne: Iconographie et Symbolique du Cœur de Jésus, Gutenberg Reprints, 2005

Sources

  • Le Caravage de Roberto Longhi (traduction française)
  • Le Détail, pour une histoire rapprochée de la peinture de Daniel Arasse
  • Les Figures du Christ dans l'art, l'histoire et la littérature, Paris, L'Harmattan, 2001.

Bibliographie

  • François Bœspflug, Le Regard du Christ dans l'art, Desclée-Mame, 2014
  • Éliane Burnet, Régis Burnet, Pour décoder un tableau religieux, Nouveau Testament, Les Editions Fides, 2006
  • Françoise Heitz, Annick Johnson, Les Figures du Christ dans l'art, l'histoire et la littérature, éditions L'Harmattan, 2001
  • Jérôme Cottin, Jésus-Christ en écriture d'images : premières représentations chrétiennes, Labor et Fides, 1990
  • Denys de Fourna, Manuel d'iconographie chrétienne grecque et latine, Dionysios, Imprimerie royale, 1845

Articles connexes

Liens externes

  • Portail du christianisme
  • Portail de la peinture
  • Portail de l’histoire de l’art
Cet article est issu de Wikipedia. Le texte est sous licence Creative Commons - Attribution - Sharealike. Des conditions supplémentaires peuvent s'appliquer aux fichiers multimédias.