Rockwell B-1 Lancer

Le Rockwell B-1 Lancer est un bombardier stratégique à long rayon d'action et à géométrie variable développé par les États-Unis dans les années 1970. Il a été construit, hors prototypes, à 100 exemplaires et est toujours en service en 2019. Il est surnommé « The Bone » au sein de l'armée américaine, en référence à sa désignation « B-One » (« B-1 » en anglais)[1].

Rockwell B-1B Lancer

Un B-1B au-dessus de l'océan Pacifique

Constructeur Rockwell
Rôle Bombardier supersonique
Statut En service
Premier vol
Mise en service
Nombre construits 100
Équipage
4 : pilote, copilote, officier d'armement, officier de tir
Motorisation
Moteur General Electric F101-GE-102
Nombre 4
Type Turboréacteurs avec postcombustion
Poussée unitaire 136,92 kN
Dimensions
Envergure De 23,84 à 41,67 m
Longueur 41,81 m
Hauteur 10,69 m
Surface alaire 181,16 m2
Masses
À vide 86 134 kg
Avec armement 148 870 kg
Maximale 216 365 kg
Performances
Vitesse maximale 1 205 à 1 329 km/h (Mach 1,25)
Plafond 18 200 m
Rayon d'action 11 265 km
Armement
Interne 34 000 kg d'armement dans 3 soutes ventrales
Externe 22 700 kg d'armement sur 6 points d'emports externes

Historique

Durant les années 1960, après l'annulation du programme du North American XB-70 Valkyrie, le Pentagone mène plusieurs études pour un nouveau bombardier stratégique capable de pénétration à basse altitude à grande vitesse. Malgré la signature de quelques contrats de développement (réacteurs en 1964, avionique en 1968), le secrétaire à la Défense Robert McNamara refuse à plusieurs reprises de financer le projet désigné AMSA (Advanced Manned Strategic Aircraft), préférant améliorer les B-52 et FB-111 déjà en service dans l'US Air Force au sein du Strategic Air Command.

Il faut donc attendre 1969 pour que le projet du B-1A soit lancé par l'administration du président des États-Unis Richard Nixon, tout juste élu. En décembre de la même année, North American-Rockwell est choisi pour développer le nouvel avion et General Electric pour les réacteurs. Comme l'US Air Force réclame une vitesse élevée tant à basse altitude qu'à haute altitude, le choix d'une aile à géométrie variable s'impose. Le B-1A a trois soutes à bombes dans le fuselage et ses quatre membres d'équipage sont placés dans une capsule éjectable (au lieu de sièges éjectables classiques).

Un B-1A.

Trois prototypes et un avion de pré-production sont commandés. Le premier B-1A fait son vol inaugural le , et les campagnes d'essais des prototypes se déroulent jusqu'à fin 1976, date à laquelle l'US Air Force commande les premiers exemplaires de série malgré des problèmes résiduels au niveau de l'avionique, qui est très complexe. Entre-temps, le coût du programme a fortement augmenté et le prix unitaire du B-1A a pratiquement doublé en 5 ans. En conséquence, le programme est annulé le 30 juin 1977 par le président Jimmy Carter, qui favorise plutôt les missiles de croisière.

Les vols d'essais et de mise au point se poursuivent néanmoins, permettant de corriger les défauts dans l'avionique, d'améliorer les réacteurs et de réduire la signature radar de l'avion. Les prototypes dépassent Mach 2 en altitude sans difficulté. En parallèle, l'US Air Force lance une consultation pour un avion capable d'emporter les nouveaux missiles de croisières de type ALCM, destinés à être largués depuis un avion. En 1980, Rockwell propose une version modifiée B-1B avec une vitesse à basse altitude améliorée mais une vitesse à haute altitude réduite, une structure renforcée pour augmenter la capacité en carburant et en armement, la capacité d'emport des ALCM, et une signature radar divisée par 10 par rapport à celle du B-1A.

Le , la nouvelle administration du président Ronald Reagan annonce que la proposition de Rockwell est retenue et lance officiellement le développement du nouvel avion. Deux prototypes du B-1A sont modifiés et le vol inaugural a lieu le 23 mars 1983. Le premier véritable B-1B sort d'usine en septembre 1984. Le premier appareil est livré en juin 1985 au 96e Bomb Wing de la base Dyess AFB, au Texas. Le dernier exemplaire est livré en mai 1988 et les chaînes de montage ferment définitivement. La désignation Lancer est officiellement attribuée le .

Un B-1B au sol

Un certain nombre de problèmes apparaissent après la mise en service. Lors des vols à très basse altitude en particulier, les manœuvres d'évitement de terrain consomment beaucoup de carburant si l'avion est trop chargé, ce qui réduit le rayon d'action. Des modifications doivent donc être apportées, en particulier aux commandes de vol, pour améliorer la manœuvrabilité et permettre d'emporter plus de carburant. D'autres corrections doivent être apportées au radar (mode suivi de terrain défectueux), aux systèmes de contre-mesures électroniques et au système d'aide à la maintenance. Un défaut au niveau des réacteurs entraîne une interdiction de vol temporaire fin 1990.

Différentes mises à niveau et améliorations des systèmes électroniques ont été réalisées (ou sont en cours) depuis le milieu des années 1990. En particulier, les B-1B ont été modifiés pour pouvoir effectuer des missions de bombardement conventionnel. 66 sont en service actif en 2009[2], 65 en 2010 et 63 en 2013 au sein des 4 escadrons des 7th Bomb Wing stationnant a Dyess Air Force Base (en) et 28th Bomb Wing a Ellsworth Air Force Base ayant un effectif total de 7 000 militaires. Ces unités passent du commandement du Air Combat Command à celui du Global Strike Command le 1er octobre 2015[3]. En février 2020, on annonce une flotte réduite a 45 exemplaires les années suivantes et son replacement par le B-21 lorsque ce dernier sera disponible.

Le cockpit où sont rassemblés les quatre membres d'équipage est relativement étroit pour un avion de cette taille.

En 2011, des tests portant sur des modifications du lanceur rotatif permettent de porter la charge offensive de cet avion à 48 JDAM de 226 kg au lieu de 15 soit l'emport de 4 B-52 avec cette munition de précision[4].

Le 27 février 2012, Boeing annonce que le B-1B a atteint le seuil des 10 000 missions de combat[5].

Au 14 janvier 2014, 18 d'entre eux retirés du service sont en dépôt au 309th Aerospace Maintenance and Regeneration Group (AMARG)[6]. Au 14 avril 2018, 34 B-1B sont stockés dans cette base[7].

Coût et disponibilité

Des bombardiers B-1B Lancer en dépôt à l'AMARG dans les années 2000.

Une étude du Center for Defense Information sur le coût de l’heure de vol des avions de l'USAF déclare les chiffres suivant pour le B-1[8] :

Coût de l’heure de vol entre 2001 et 2010
Année Coût
2001 58 474 $
2002 58 441 $
2003 65 661 $
2004 53 384 $
2005 60 234 $
2006 63 525 $
2007 52 807 $
2008 57 075 $
2009 62 594 $
2010 63 215 $

En 2013, le taux de disponibilité des bombardiers américains était le suivant, 75 % pour le B-52, 58 % pour le B-1B et 46,8 % pour le B-2[9]. En 2018, le taux de disponibilité est de 51,75% et en août 2019, le général John Hyten, vice-président of Joint Chiefs of Staff, a déclaré que seulement six B-1B étaient pleinement opérationnels[10].

Le coût global des 100 exemplaires construits est de 30 milliards de dollars. Le Congrès américain a dressé un inventaire des défauts de l'appareil qui mentionne en particulier un risque de formation de givre dans les réacteurs, qui l'empêche de l'utiliser sur sol mouillé, boueux ou recouvert de neige.

Accidents

Source : B-1B Losses[11].

  • 29 août 1984 : un prototype B-1B s'écrase lors de tests à basse altitude et basse vitesse. L'équipage utilise la capsule éjectable pour s'échapper de l'avion, mais le parachute ne se déploie pas correctement, ce qui entraîne la mort du pilote Doug Benefield[12],[13].
  • 28 septembre 1987 : un B-1B est perdu, probablement à la suite d'une collision avec un gros oiseau qui a entraîné un incendie à bord. Trois des six occupants sont tués lors de l'évacuation de l'appareil.
  • 19 septembre 1997 : un B-1B appartenant à l'unité 28th Bomb Wing s'écrase pendant une mission d'entraînement menée depuis la base Ellsworth Air Force Base. Les quatre membres de l'équipage sont tués. L'accident est attribué à une erreur du pilote.
  • 18 février 1998 : un B-1B effectuant une mission d'entraînement depuis la base aérienne de Dyess, est perdu au-dessus du Kentucky. En réaction à l'allumage d'un voyant d'alarme sur le moteur 3, l'équipage commande l'extinction des pompes à carburant de ce moteur. Cependant, un court-circuit du panneau électrique provoque un feu, qui entraîne la fermeture des robinets coupe-feu de tous les moteurs, interdisant ainsi tout redémarrage en vol. Les quatre membres d'équipage peuvent s'éjecter et sont retrouvés sains et saufs.
Atterrissage d'urgence d'un B-1B victime d'un incendie moteur
  • 12 décembre 2001 : un B-1B est perdu au-dessus de l’Océan Indien, à environ 160 km de Diego Garcia, d’où il est parti pour une mission de combat en Afghanistan. Les détails restent classifiés ; le pilote, le capitaine William Steele, attribue le crash à « divers dysfonctionnements » qui ont provoqué la perte de contrôle de l’appareil. Par la suite, des informations des services de maintenance attribuent l'incident à un court-circuit ayant causé l’extinction des instruments primaires et de secours. À cause de la profondeur de l’eau dans laquelle l’avion s’est écrasé, la boîte noire n’a pas pu être récupérée et la nature exacte de l’accident n’a jamais pu être déterminée. L’avion revenait de Ellsworth AFB où il avait fait l'objet d'une inspection de routine et c’était sa première mission de combat après son retour. L’équipage a dû patienter deux heures en mer avant d’être secouru par l’USS Russell. C’est le premier B-1B perdu durant une opération de combat depuis sa mise en service en 1986.
  • 8 mai 2006 : l'équipage du vol « SLIP 57 », volant sous S/N 86-0132[14], termine un vol de 11 heures vers Diego Garcia par un atterrissage sur le ventre. L'enquête de l'Air Force conclut que les pilotes « avaient oublié d'abaisser le train d'atterrissage ». L'incendie qui s'ensuit est rapidement éteint et l'équipage indemne sort par le cockpit. Quatre jours plus tard, l'appareil est levé et son train d'atterrissage déployé. Les dégâts à l'avion sont estimés à près de 8 millions de dollars[15],[16].
  • 19 août 2013 : Un B-1B du 28th Bomb Wing s'écrase près de Broadus, dans le Montana, lors d'un vol d'entraînement sans faire de victime, les quatre membres d'équipage ayant réussi à s'éjecter[18].

Engagement

Un B-1 larguant des bombes freinées

Le B-1B fut utilisé au combat :

Variantes

B-1B exposé au National Museum of the USAF, Dayton, OH
  • B-1A - 4 prototypes
  • B-1B - 100 avions de série

Notes et références

  1. (en) Greg Goebel, « The Rockwell B-1 » [archive du ], Air Vectors, (consulté le 18 août 2018).
  2. Mehuron, Tamar A., Assoc. Editor. "The Air Force in Facts and Figures – 2008 USAF Almanac." Air Force Magazine, Journal of the Air Force Association, Vol. 92, Issue 5, May 2009.
  3. (en) « AF realigns B-1, LRS-B under Air Force Global Strike Command » [archive du ], sur Air Combat Command, (consulté le 25 avril 2015).
  4. (en) B-1B Lancer upgrade will triple payload, Charles Rivezzo, 7th Bomb Wing Public Affairs, 12 avril 2011
  5. (en) Jennifer Hogan, « Boeing B-1 Bomber Completes 10,000th Combat Mission », sur Boeing, (consulté le 20 août 2013)
  6. (en) « Inventory Database - Aircraft Type Summary », sur AMARC Expérience, (consulté le 27 janvier 2014)
  7. (en) « Rockwell B-1B Lancer », sur http://www.amarcexperience.com/, (consulté le 14 avril 2018).
  8. (en) « EXCLUSIVE: US Air Force combat fleet's true operational costs revealed », sur Flightglobal, The DEW Line, (consulté le 3 mai 2017)
  9. « Le B-2 en perte de disponibilité », Défense et Sécurité internationale, no 97, , p. 13 (ISSN 1772-788X)
  10. http://psk.blog.24heures.ch/archive/2020/02/29/deux-types-de-bombardiers-pour-les-forces-strategiques-ameri-868714.html?c
  11. (en) B-1B Losses, Global Security.
  12. B-1A accident in 1984
  13. B-1A Crash, Aug. 29, 1984
  14. « 1986 USAF Serial Numbers », sur home.att.net (consulté le 1er décembre 2006)
  15. (en) Air Combat Command Public Affairs, « Report: pilot error caused B-1B crash », USAF,
  16. (en) Recovery of B-1B "SLIP 57"
  17. (en) B-1 plane catches fire in Qatar - BBC News, 4 avril 2008
  18. « USA : un bombardier s'écrase dans le Montana », sur Europe 1, (consulté le 20 août 2013)
  19. Raids no 279, dossier 27e BCA : six mois de combat en Afghanistan. début des combats le 14 mars 2009 à 4 h du matin
  20. (fr) Pour un outil militaire français à vocation résolument stratégique - Philippe Steininger, Hérodote 3/2004 (no 114), p. 35-51

Bibliographie

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  • (en) Thomas Withington, B-1B Lancer units in combat, Londres, Osprey Publishing, 2006, coll. « Osprey combat aircraft » (no 60) (ISBN 978-1-841-76992-9, OCLC 62265686, présentation en ligne)

Voir aussi

Aéronefs comparables

Articles connexes

Liens externes

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