Syndrome de tako-tsubo

Le syndrome de tako-tsubo ou takotsubo (蛸壺, littéralement « piège à poulpe »), appelé également syndrome des cœurs brisés ou ballonisation apicale, est une cardiomyopathie consistant en une sidération myocardique survenant après un stress émotionnel[1].

Syndrome de tako-tsubo
Schémas du ventricule gauche, l'un atteint de cardiopathie tako-tsubo (A) et l'autre pas (B).
Spécialité Cardiologie
CIM-10 I42.8
CIM-9 429.83
DiseasesDB 33976
eMedicine 1513631
eMedicine article/1513631 
MeSH D054549

Mise en garde médicale

Cette affection a été initialement décrite par des internistes et cardiologues japonais[2],[3],[4] en 1977.

Mécanisme

Mal compris, le syndrome de tako-tsubo semble provoqué par une décharge intense et brutale de catécholamines (hormones du stress produites par les glandes surrénales — comme l'adrénaline) au cours d'un stress intense ; l'hypothèse a été confirmée par la description d'un cas de crise de takotsubo après l'injection de catécholamines exogènes[5]. Dans un tiers des cas, cependant, le stress causal n'est pas identifié[6].

Le mécanisme de l'altération de fonction cardiaque n'est pas clair. Il pourrait s'agir d'un trouble réversible de la microcirculation coronaire, non visible par la coronarographie[7]. La concentration en récepteur béta-adrénergique est supérieure au niveau de la pointe du ventricule[8], ce qui pourrait contribuer à une réponse différentielle selon les parties du cœur après stimulation adrénergique.

Épidémiologie

L'incidence semble de 15 et 30 cas pour 100 000 patients, mais elle est probablement sous-évaluée, seules les formes graves, hospitalisées, étant comptabilisées[9].

Le syndrome de tako-tsubo atteint essentiellement la femme âgée[6]. 1 à 2 % des patients se présentant pour un infarctus du myocarde reçoivent un diagnostic final de tako-tsubo[10]. Le stress causal peut être autant physique que psychique, mais il n'est pas retrouvé dans un tiers des cas[11]. Le stress causal est le plus souvent « négatif » (deuil, rupture, altercation, etc.) et, parfois, « positif » (joie intense)[12]. Dans près de la moitié des cas, il existe un terrain neurologique ou psychiatrique[11].

Diagnostic

Dans le tako-tsubo, l'électrocardiogramme montre des signes d'infarctus, mais l'échocardiographie évoque un aspect de ballonisation (forme d'amphore ou de piège à poulpe) typique du ventricule gauche. Le dosage sanguin de troponine est augmenté habituellement de manière peu importante. Plusieurs micro-ARN peuvent être détectés dans le sang des patients, alors que leur taux est bas lors d'un infarctus[13]. La coronarographie montre des artères saines. L'IRM cardiaque montre des images très évocatrices : forme du ventricule gauche, œdème myocardique sans nécrose ni fibrose[6].

L'atteinte concerne les deux ventricules dans un tiers des cas[6]. Plus rarement l'akinésie (immobilité de la paroi myocardique durant la contraction) est atypique, ne concernant plus seulement la pointe du ventricule mais d'autres parois[14].

La scintigraphie myocardique au MIBI-Tc99m synchronisée à l'électrocardiogramme montre typiquement une dysfonction ventriculaire gauche sans ischémie myocardique segmentaire. La réalisation d'une scintigraphie myocardique au MIBG-I123, radiotraceur permettant l'étude des terminaisons catécholaminergiques, montre une hypocaptation globale par le cœur, signant la saturation transitoire des récepteurs catécholaminergiques, caractéristique de la maladie.

Traitement

Le traitement du syndrome de tako-tsubo reprend celui de l'insuffisance cardiaque secondaire à l'altération de la fonction systolique (fraction d'éjection) : inhibiteurs de l'enzyme de conversion ou antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II, bêta-bloquants (l'efficacité de ces derniers est toutefois plus discutée[11]), inhibiteurs de l'aldostérone, et éventuellement diurétiques. En cas de thrombose (caillot) intra-ventriculaire, un traitement anticoagulant est mis en route.

Il existe parfois un obstacle à l'éjection contre-indiquant dans ce cas l'emploi d'inotropes positifs[9].

Évolution

Passé le cap aigu, la fonction systolique se normalise, ce qui est caractéristique de cette affection. Il peut exister toutefois des complications neurologiques[11].

La maladie peut récidiver, même si cela est rare[9]. Aucun traitement n'a démontré d'efficacité pour limiter ce risque[15] mais certains experts tendent à recommander l'utilisation de bêta-bloquants[16].

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Pièges à poulpe (tako tsubo) dans un port japonais: le syndrome cardiaque tire son nom de la forme du ventricule gauche, proche de celle d'un piège à poulpe

Le syndrome de tako-tsubo est évoqué dans la fiction:

Notes et références

  1. Muriel Gevrey, « Le tako-tsubo : un diagnostic différentiel à évoquer devant un syndrome coronaire aigu à coronaire saine », sur http://www.theheart.org, (consulté le 21 novembre 2009).
  2. (en) K. Kuramoto, « Acute reversible myocardial infarction after blood transfusion in the aged », Japanese heart journal, vol. 18, no 2, , p. 191-201 (ISSN 0021-4868, PMID 300814).
  3. (ja) K. Dote, « [Myocardial stunning due to simultaneous multivessel coronary spasms: a review of 5 cases] », Journal of cardiology, vol. 21, no 2, , p. 203-214 (ISSN 0914-5087, PMID 1841907).
  4. (en) K. Iga, K. Hori, K. Kitaguchi, T. Matsumura, H. Gen, G. Tomonaga, T. Tamamura, « Transient segmental asynergy of the left ventricle of patients with various clinical manifestations possibly unrelated to the coronary artery disease », Japanese circulation journal, vol. 55, no 11, , p. 1061-1067 (ISSN 0047-1828, PMID 1749067).
  5. O. Pourrat, M. Pinsard, J.-F. Caudiès, B. Quéron, V. Wilhelm, J.-P. Frat, F. Rayeh, O. Mimoz, « Un cas de syndrome de takotsubo après injection médicamenteuse », La revue de médecine interne, vol. 28, no S1, , p. 85 (DOI 10.1016/j.revmed.2007.03.141, lire en ligne).
  6. (en) I. Eitel, F. Behrendt, K. Schindler et al., « Differential diagnosis of suspected apical ballooning syndrome using contrast-enhanced magnetic resonance imaging », Eur. Heart J., no 29 2008, p. 2651–2659.
  7. (en) L. Galiuto, A. Ranieri De Caterina, A. Porfidia et al., « Reversible coronary microvascular dysfunction: a common pathogenetic mechanism in Apical Ballooning or Tako-Tsubo Syndrome », Europ. Heart J., no 31, 2010, p. 1319-1327].
  8. (en) A. R. Lyon, P. S. Rees, S. Prasad, P. A. Poole-Wilson, S. E. Harding, « Stress (Takotsubo) cardiomyopathy: a novel pathophysiological hypothesis to explain catecholamine-induced acute myocardial stunning », Nat. Clin. Pract. Cardiovasc Med., no 5, 2008, p. 22-29.
  9. H. Medina de Chazal, M. C. Del Buono, L. Keyser-Marcus, L. Ma, G. Moeller, D. Berrocal, A. Abbate, « Stress cardiomyopathy, diagnosis and treatment », J. Am. Coll. Cardiol., no 72, 2018, p. 1955-1971.
  10. (en) A. Prasad, A. Lerman, C. S. Rihal, « Apical ballooning syndrome (tako-tsubo or stress cardiomyopathy): a mimic of acute myocardial infarction », Am. Heart J., no 155, 2008, p. 408-417.
  11. (en) C. Templin, J. R. Ghadri, J. Diekmann et al., « Clinical features and outcomes of Takotsubo (Stress) cardiomyopathy », N. Engl. J. Med., no 373, 2015, p. 929-938.
  12. J. R. Ghadri, A. Sarcon, J. Diekmann et al., « Happy heart syndrome: role of positive emotional stress in takotsubo syndrome », Eur. Heart J., no 37, 2016, p. 2823-2829.
  13. (en) M. Jaguszewski, J. Osipova, J. R. Ghadri et al., « A signature of circulating microRNAs differentiates takotsubo cardiomyopathy from acute myocardial infarction », Eur. Heart J., no 35, 2014, p. 999-1006.
  14. (en) R. T. Hurst, J. W. Askew, C. S. Reuss et al., « Transient midventricular ballooning syndrome: a new variant » J. Am. Coll. Cardiol., no 48, 2006, p. 579-583.
  15. F. Santoro, R. Ieva, F. Musaico et al., « Lack of efficacy of drug therapy in preventing takotsubo cardiomyopathy recurrence: a meta-analysis », Clin. Cardiol., no 37, 2014, p. 434.
  16. A. R. Lyon, E. Bossone, B. Schneider et al., « Current state of knowledge on Takotsubo syndrome: a position statement from the Taskforce on Takotsubo Syndrome of the Heart Failure Association of the European Society of Cardiology », Eur. J. Heart Fail, no 18, 2018, p. 8-27.


Voir aussi

  • Karōshi, syndrome décrit au Japon de mort subite survenant au travail dans un contexte de stress.
  • Portail de la médecine
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