Taza

Taza (en amazigh : ⵜⴰⵣⴰ ; en arabe : تازة) est une ville située au nord-est du Maroc dans le couloir de Taza, un col de montagne où les montagnes du Rif et du Moyen Atlas se rejoignent, chef-lieu de la province de Taza. Elle est à 220 km de Oujda (est) et 316 km de Rabat (ouest). Le nom de la ville vient de l'amazigh «Tizi» qui signifie le col. La ville de Taza est majoritairement habitée par les tribus zénètes suivantes : Ghyata, Branès et Tsoul, ainsi que diverses confédérations rifaines (notamment les Ibdarsen et les Igzenayen), qui sont également zénètes. Taza fait culturellement et géographiquement partie du Maroc oriental, lequel débute aux environs de Oued Amlil, à l'ouest de Taza.

Taza
ⵜⴰⵣⴰ, تازة

La ville nouvelle depuis les fortifications.
Administration
Pays Maroc
Région Fès-Meknès
Province Taza
Maire Jamal Messaoudi
Code postal 35000/35015
Démographie
Population 148 456 hab. (2014)
Densité 4 012 hab./km2
Géographie
Coordonnées 34° 13′ 00″ nord, 4° 01′ 00″ ouest
Altitude 550 m
Superficie 37 km2
Localisation
Géolocalisation sur la carte : Maroc
Taza
Géolocalisation sur la carte : Maroc
Taza
Liens
Site web http://www.ville-taza.com/

    Géographie

    Situation

    Taza est située à 230 km d'Oujda, 120 km de Fès et 160 km d'Al Hoceïma, dans le « couloir de Taza » qui sépare le Rif du Moyen Atlas. La ville est naturellement protégée par sa situation dominante surplombant l'ouad Taza. L'explorateur français Charles de Foucauld a vanté la qualité défensive de son site : "adossée au sud à une haute chaîne de montagne, bordée de précipices au nord et à l'ouest et d'un talus très raide au nord-ouest, elle n'est facilement accessible que d'un côté, le sud-est."[1]

    Climat

    Données climatique de Taza, moyenne de la période (1961-1990)[2] :

    MoisJanFévMarsAvrMaiJuinJuilAoûtSeptOctNovDécAnnée
    Maximales (°C)14.416.018.119.924.329.434.934.730.624.218.514.723.31
    Minimales (°C)5.46.67.99.612.416.119.619.917.513.49.16.111.97
    Précipitations (mm)109.7137.390.494.253.818.68.32.614.048.0105.1118.7800.7

    Transports

    Réseau routier

    Taza est accessible par l'autoroute A2 qui la relie à Rabat et à Oujda. Elle est également accessible par la route nationale N6 reliant Fès à Oujda. La voie rapide 505, dont l'ouverture est prévue pour 2015, reliera également la ville de Nador et Al Hoceïma.

    Transports en commun

    Les « Taxis bleu ciel », appelés aussi « Petits taxis », sont utilisés comme moyen de transport pour les déplacements à l'intérieur du périmètre urbain. Ils acceptent jusqu'à trois passagers à la fois. La compagnie "Foughal Bus" propose plusieurs lignes à l'intérieur du périmètre urbain, mais aussi entre les faubourgs de la ville ainsi qu'à une dizaine de kilomètres hors Taza.

    Réseau ferroviaire

    La ville de Taza est située sur la ligne ferroviaire Fès-Oujda, la reliant aux principales villes du Maroc :

    L'électrification de la ligne est prévue pour 2014[3].

    Urbanisme

    La topologie de la zone a imposé un schéma d'urbanisme étalé. Vue d'en haut, la ville prend la forme d'un "T". Elle tire sa racine à Taza haut et s'étend vers le nord, jusqu'à atteindre le lit de l'oued Larbaâ. Dès lors l'urbanisme s'étale vers l'est et l'ouest en longeant la nationale N6 reliant Rabat à Oujda.

    À l'aube de l'indépendance, la ville était constituée de la médina à Taza haut, du quartier européen occupant la presque colline dite "Adrar n illouz". Les gens le prononcent généralement "Draâ louz". Ce quartier est devenu le centre-ville, et enfin du quartier de la gare quelques kilomètres plus bas.

    Pendant les années qui suivent (60s, 70s) des quartiers sont apparus, à mi-chemin entre le centre-ville et la gare (Bit goulem, Wrida, Bin Jradi).

    Dans les années 1980, d'autres quartiers font leur apparition, notamment au nord de la ville (Massira et Qods), des quartiers prolongés et développés jusqu'à nos jours. Le but de cette extension fut la résorption des bidonvilles. Ce fut un succès, puisqu'en 1986, la ville a été déclarée ville sans bidonvilles. L'engouement est tel que des sections comme (Massira II) sont de type villa.

    Les années 1990 marquent le début de l'urbanisation de l'axe centre-ville - Taza haut. Il s'agit d'immeubles à 6 ou 7 étages occupant une zone stratégique contenue entre des équipements publics (municipalité, espaces, protection civile, hôpital ibn baja, lycée et collèges...) et de l'autre côté, on est en bas de la roche élevée d'une centaine de mètres. Cette zone est également limitrophe des quartiers chics de Qessou-meddah, Friouato et Hay Chouhada (développés tout au long des trois dernières décennies).

    Plus récemment cette zone continue à se métamorphoser et promet une superbe vue depuis les hauteurs de la ville. L'urbanisme s'étale désormais également sur la route de Fès sur plusieurs kilomètres de façon discontinue pour atteindre la régional 508 (vers Tainast).

    Le schéma d'aménagement prévoit une liaison directe entre Taza Ouest (au niveau des "ponts blancs") et Taza haut.

    Histoire

    Taza est une ville atlaso-rifaine qui s'est développée autour du couvent fortifié bâti par les Meknassa au Xe siècle, qui revoltés contre le gouverneur de Kairouan, se refugient au Maghreb. Sa position stratégique entre le Rif et l'Atlas, donc dans le pré-Rif, fait d'elle une place forte militaire convoitée par les peuples venus de l'est, désireux de conquérir les terres marocaines. Taza est passée tour à tour aux mains des dynasties qui ont accédé à la tête du Maroc.

    Préhistoire

    Beaucoup d'indices tout autour de la ville attestent de la présence humaine (grottes de Loghmari, le pont de Qarn Ennasrani...). Les fouilles archéologiques entreprises lors du protectorat français ont révélé beaucoup d'objets qu'on retrouve au musée de Taza haut.

    Idrissides

    L'allégeance des tribus habitant la région de Taza et la vallée de l'Inaouen (Branes, Sdarata, Tsoul...) au fondateur de la dynastie Idrisside ont permis à la ville d'être un point stratégique pour l'empire montant. À la mort d'Idriss II en 828, son fils Mohammed créa une fédération et confia à son fils Daoud le pays de Houara, Tsoul, Meknassa et Branes, Daoud s'installa à Taza[4].

    Meknassa

    En l'an 910, Taza était déjà prise par les Meknassa sous le conduite de Messala ibn Habbous[5].

    En 920 son cousin Moussa Ibn Abi Elafia reçoit le commandement de la région entre Fès et le territoire fatimide[6].

    À partir de 931 Moussa Ibn Abi Elafia tourne le dos aux Fatimides et proclame l'autorité des Omayyades. Il finit par être défait par les Fatimides, il se replie à Taza où il fait bâtir un Ribat. En 936, Taza repasse sous autorité de l'Idrisside Al-Qasim Kannun ben Ibrahim allié des Fatimides, Moussa Ibn Abi Elafia s'est réfugié dans le désert[7].

    Almoravides / Almohades

    En 1074 le sultan almoravide Youssef Ibn Tachfin prend la ville. Taza demeure sous autorité almoravide tout au long du XIe siècle.

    Les Mémoires d'El Baldaq, qui fournissent une chronologie assez précise des campagnes de Abd al-Mumin dans le nord du Maroc, situent la prise de Taza par ce dernier en 1141-1142. La ville fut déclaré capitale provisoire des Almohades.

    La grande mosquée de Taza aurait été édifiée dans les années qui suivirent 1142.

    Selon le Kitab el Istibsar, les murailles almohades de la ville furent complétées en 1172[8].

    Mérinides

    Au déclin des Almohades, leurs successeurs mérinides occupent Taza dès 1216. Celle-ci est alors considérée comme « la clé et le verrou du Gharb », comme le souligne l'auteur du Bayân :

    « Une fois installé à Taza, Abû Yahya, prince mérinide, fit battre les tambours et hisser les bannières. De toutes parts, les chefs de tribus accompagnés de délégations vinrent lui présenter leur hommage. Car il avait auparavant occupé le rang d'émir au sein des tribus Banû Marîn, mais sans tambours ni étendards. ».

    C'est au méchouar que se situe la médersa mérinide, dont Abou El Hassan Ali dota la ville.

    Le sultan Abu Yahya ben Abd al-Haqq nomma son frère Abu Yusuf Yaqub ben Abd al-Haqq Wali de Taza en 1244 : il le resta jusqu'à 1258, où il devint sultan à la place de son frère, mort de maladie[9].

    La reconstruction de la grande mosquée almohade de Taza par le sultan Abu Yaqub Yusuf an-Nasr, de 1292 à octobre 1293, marque l’édification de la première construction d’influence mérinide conservée.

    Son successeur et fils la sultan Abu Thabit Amir (Abou Rebia), mort en novembre 1310, fut inhumé dans le sahn de la grande mosquée. Sa stèle funéraire est encore présente de nos jours[10].

    Le successeur Abu Said fut battu et assiégé dans Taza et contraint par son fils Abû `Ali en 1315 à abdiquer et ne garder que le commandement de Taza et sa région. Peu de temps après, les partisans Abû `Ali vinrent rejoindre Abu Said) à Taza, ce dernier marcha sur Fès mais pardonna à son fils sa trahison et désigna son autre fils Abu al-Hasan comme prince héritier[11].

    La belle médersa de Taza est fondée par le sultan Abu al-Hasan en 1323[12].

    Saâdiens

    • Le prince saâdien Ennasser ben el-Ghalib, fils du sultan Abdallah el-Ghalib constitua son armée à Mélillia qu'il quitta le 14 avril 1595 en direction de Taza qu'il occupa la même année. L'année suivante, il fut embusqué et tué près de Taza par l'armée du sultan Ahmed al-Mansur Saadi[13].
    • Le sultan Ahmed al-Mansur Saadi qui voulait fermer la porte du Maroc aux Turcs entreprit la restauration des remparts de Taza, et leur adaptation aux nouvelles conditions de la guerre de siège, auxquelles répondait le Bastioun, qu'il construit entre "1578 et 1603"