Traité de Péronne (1468)

Le Traité de Péronne[1] de 1468 désigne le traité signé au château de Péronne en Vermandois entre Charles le Téméraire et le roi de France Louis XI le .

Pour les articles homonymes, voir Traité de Péronne.
Traité de Péronne (1468)
Le traité de Péronne vu par Job et Georges Montorgueil
(illustration d'un livre pour la jeunesse, 1905).
Signé
Péronne, une des Villes de la Somme
Parties
Signataires Louis XI, roi de France Charles le Téméraire, duc de Bourgogne

Contexte historique

L'entrevue qui, en 1468, aboutit au traité de Péronne est voulue par le roi de France. Son objectif est d'éviter une résurrection de la ligue du Bien public et que les forces bourguignonnes, dans le cas du débarquement d'une armée anglaise, ne se joignent à celles d'Édouard IV (désormais le beau-frère du duc de Bourgogne depuis le mariage de celui-ci avec Marguerite d'York). De son côté, le duc espère obtenir une confirmation de la ligne de la Somme (donc du Traité d'Arras et du Traité de Conflans), ainsi qu'une juridiction souveraine sur ses fiefs français.

Convaincu de son pouvoir de persuasion et qu'il saura manœuvrer Bourgogne, Louis XI tient à discuter directement avec lui des termes du traité de paix. D'abord hésitant, le duc accepte l'entrevue et rédige de sa propre main un sauf-conduit pour Louis qui se met alors immédiatement en route pour Péronne où est dressé le camp bourguignon. Il y arrive, avec une escorte de moins de cent hommes, le . Le roi est accompagné du duc de Bourbon et de son frère l'archevêque de Lyon, du connétable de Saint-Pol, de Jean de la Balue et de Tanguy du Chastel. De son côté, Charles le Téméraire, en tenant garnison dans la ville, a verrouillé la position.

Louis veut la rupture de l'alliance anglo-bourguignonne, et Charles ne plus être en rien le vassal du roi. Le duc souhaite en outre que Louis attribue en apanage à son jeune frère Charles de France (allié du Téméraire) le comté de Champagne et de Brie qui fait pont entre les deux blocs des terres bourguignonnes.

Après des négociations serrées, Louis et Charles sont tout proches d'un accord quand celui-ci apprend le 12 octobre qu'une nouvelle insurrection vient d'éclater à Liège, que des envoyés du roi de France y ont encouragé la rébellion et que les rebelles ont massacré le gouverneur bourguignon Humbercourt et l'évêque de Liège alors à Tongres (il s'avérera en fait que les deux hommes avaient bien été capturés, mais que le prince-évêque était parvenu à s'échapper lors de son transfert de Tongres à Liège et que le gouverneur avait lui-même retrouvé la liberté quelques jours plus tard, les Liégeois n'assassinant que son chancelier[2]).

Pris de colère devant la duplicité royale, le duc de Bourgogne fait fermer les portes du château et de la ville, puis doubler la garde. Louis XI est piégé, captif sous des apparences de feinte courtoisie et à la merci de son cousin et adversaire.

Signature du traité

Deux jours se passent. Le roi sent sa vie en danger et pour apaiser le duc, lui fait dire qu'il est prêt à l'accompagner dans une expédition punitive contre Liège. La colère de Bourgogne n'en est pas calmée pour autant.

En secret, Philippe de Commynes, alors un favori du Téméraire, conseille instamment à Louis XI d'acquiescer, sans plus discuter du contenu, au projet de traité léonin proposé par le duc (sinon, il se mettrait dans le plus grand danger possible[3]). C'est ainsi qu'au matin du 14 octobre 1468, après un entretien orageux entre les deux monarques, Louis et Charles jurent le traité de paix sur la « croix de la victoire » de Charlemagne.

Le lendemain, ils partent ensemble pour Liège étouffer la rébellion, et la participation du roi de France à cette expédition punitive est pour lui une vraie humiliation puisque, ce faisant, il cautionne Bourgogne dans son action.

Clauses principales

Louis XI. Portrait anonyme (XVe siècle).

Le traité de Péronne fit l'objet de 42 lettres patentes du roi[4], et c'est le duc Charles qui supervisa lui-même, à Bruxelles courant décembre 1468, la rédaction de ces lettres contenant les clauses du traité.

Celui-ci confirmait le Traité d'Arras de 1435 et le Traité de Conflans de 1465 (amélioré pour Bourgogne par quelques avantages territoriaux)[5]. Il confirmait donc la ligne de la Somme comme frontière entre la France et les terres bourguignonnes (les villes de la Somme furent confirmées bourguignonnes).

S'y ajoutaient pour le duc :

  • le droit de nommer les élus d'Amiens[6], le détachement des quatre « lois de Flandre » du ressort du Parlement de Paris[7];
  • l'abandon du droit d'appel qu'exerçait ce Parlement sur le Mâconnais[6], etc., mesures qui soulignaient la volonté de Charles de créer un État indépendant, dans lequel il aurait été seul maître de la justice[8].

Par ailleurs, la Champagne et la Brie étaient données en apanage à Charles de France, frère du roi mais allié du duc, offrant ainsi à celui-ci un passage entre la Bourgogne et ses États du Nord.

Surtout, le traité comportait une clause de non-respect, d'importance capitale pour Charles : «Si le roi à l'avenir viole les traités d'Arras, de Conflans ou Péronne, empêche leur application ou renie ses promesses, alors il reconnaît le duc de Bourgogne, ses successeurs et tous ses sujets dans tous ses territoires au royaume, affranchis et indépendants de la couronne.[9]»

De son côté, Louis XI obtenait certes la paix qu'il était venu chercher, mais tout en promettant de respecter l'alliance anglo-bourguignonne tant que celle-ci ne se montrait pas agressive.

Conséquences

Charles le Téméraire portant le collier de l'ordre de la Toison d'or par Rogier van der Weyden, vers 1462. Huile sur bois, Gemäldegalerie, Berlin.

Après Liège, Louis XI s'en retourna en son royaume, « comme un renard crotté parvenu à s'échapper du repaire du loup »[10], bien décidé au fond de lui-même à ne pas tenir ce qu'il a dû promettre pour sauver sa vie.

Quant à Charles le Téméraire, il atteignit alors l'apogée d'une puissance dont il jouit cinq bonnes années. Mais il avait tenu captif et humilié le roi de France (alors que, selon la juridiction française de ce temps, il en était le vassal pour une partie de ses fiefs) et Louis XI ne pouvait le lui pardonner.

Après la fin () de l'épisode « Péronne-Liège », les deux cousins qui pourtant, dix ans plus tôt à Genappe, chassaient le cerf ensemble dans les forêts avoisinant le château du dauphin en exil, plus jamais ne se revirent. Ils étaient, au fond, devenus d'irréductibles ennemis.

Postérité du traité

En , le roi réunit une assemblée de conseillers parlementaires et autres dignitaires français qui, condamnant Charles le Téméraire pour parjure (mais on peut se demander pourquoi Bourgogne n'aurait pas respecté un accord dont il avait, en fait, dicté les conditions), annulèrent le traité de Péronne[11] (bien qu'il ait été enregistré au Parlement de Paris). Suite à quoi, les troupes royales envahirent la Picardie et occupèrent Amiens (janvier 1471).

De son côté, Charles le Téméraire se déclara, en , affranchi de la suzeraineté du roi de France, conformément à la clause de non-respect qu'il avait pris la précaution d'inclure dans le traité. À la fin du printemps 1472, il lança une opération militaire durant laquelle il mirent à sac Nesle, firent le Siège de Beauvais et ravagèrent le Santerre, le Beauvaisis et le pays de Caux.

La mort de Charles le Téméraire en 1477 mit fin (ou à peu près) à la rivalité franco-bourguignonne, Louis XI récupérant le duché de Bourgogne et les villes de la Somme ; néanmoins elle se ralluma bientôt sous une forme différente, les rois de France successifs se heurtant aux héritiers ou descendants du Téméraire : les Habsbourg d'Autriche et d'Espagne (avec notamment une déroute française à Pavie : 24 février 1525, suivie du traité de Madrid : 14 janvier 1526).

Notes et références

Notes

    Références

    1. Le Petit Larousse 1998, article "Péronne" : "Charles le Téméraire et Louis XI y eurent une entrevue, et ce dernier dut y signer un traité humiliant (1468)".
    2. Favier 2001, p. 567.
    3. Klaus Schelle (trad. Denise Meunier), Charles le Téméraire. La Bourgogne entre les lys de France et l'aigle de l'Empire, Paris, éditions Fayard, 1979, p. 155.
    4. Dubois 2004, p. 207.
    5. Joseph Calmette, Les Grands Ducs de Bourgogne, Albin Michel, 1949 et juin 1976, p. 246.
    6. Joseph Calmette, op. cit., p. 246.
    7. Marcel Brion, Charles le Téméraire, grand-Duc d'Occident, Librairie Jules Tallandier, 1977, Marabout Université, 1979, p. 164.
    8. Cauchies 1996, p. 25.
    9. Dubois 2004, p. 207-208.
    10. Kendall 1974, p. 252.
    11. Jean-Pierre Soisson, Charles le Téméraire, Grasset & Fasquelle, 1997, p.  198-199.

    Annexes

    Bibliographie

    • Robert Embry et René Lavalard, Louis XI et Péronne, Péronne, Société archéologique de la région de Péronne, 1996, 208 p., (ISBN 2-906996-13-0).
    • Pierre-Roger Gaussin, Louis XI : un roi entre deux mondes, Paris, A.-G. Nizet, (1re éd. 1976), 493 p. (ISBN 978-2-7078-0080-0).
    • Jacques Heers, Louis XI : le métier de roi, Paris, Perrin, , 430 p. (ISBN 2-262-01233-4).
      Réédition : Jacques Heers, Louis XI, Paris, Perrin, coll. « Tempus » (no 40), , 430 p., poche (ISBN 2-262-02084-1).
    • Paul Murray Kendall (trad. Éric Diacon), Louis XI : « l'universelle araigne »Louis XI : The Universal Spider »], Paris, Fayard, , XXVIII-584 p. (ISBN 2-213-00038-7, présentation en ligne).
      Réédition : Paul Murray Kendall (trad. Éric Diacon), Louis XI : l'universelle araigneLouis XI : The Universal Spider »], Paris, Pluriel, coll. « Pluriel », , 702 p., poche (ISBN 978-2-8185-0428-4).
    • Amable Sablon du Corail, Louis XI ou le joueur inquiet, Paris, Belin, , 491 p. (ISBN 978-2-7011-5245-5, présentation en ligne).
      Réédition : Amable Sablon du Corail, Louis XI ou le joueur inquiet, Paris, Belin, coll. « Portraits », , 597 p. (ISBN 978-2-7011-8943-7).

    Liens internes

    Liens externes

    Déclaration et lettres patentes de Louis XI, Péronne, le 14 octobre 1468 (Ordonnances des rois de France de la troisième race, tome XVII, p.126).

    Lettres de ratification du traité entre Louis XI et le duc de Bourgogne, Amboise, le (14) mars 1469 (1468 avant Pâques) (Ordonnances des rois de France de la troisième race, tome XVII, p.197).

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