< La vallée de la mort
Police Journal Enr (Aventures de cow-boys No. 4p. 2-4).

CHAPITRE I

L’HISTOIRE DE L’AIGLON


Verchères lui demanda :

— Quel est le but de ta visite ? Mais d’abord, dis-moi, tu es un des deux enfants posthumes de l’épouse-et-squaw ?

— Posthumes… ?

— Oui, nés après la mort de ton père… ?

— C’est ça.

— Tu n’as jamais entendu parler de l’autre petit ?

— Non, pas une miette.

— Maintenant, dis-moi pourquoi es-tu venu ici ?

— Je suis venu vous demander aide et protection…

— Qu’y a-t-il ?

— Des cowboys malandrins veulent nous faire passer sur le dos à nous les peaux-rouges de ma tribu, leurs vols, leurs rapines et leurs meurtres…

— C’est vague ce que tu me dis là.

Il poursuivit :

— Précise un peu. — Vous savez que la vallée de la mort est toujours désertique…

— Pourquoi ?

— La légende veut que le fantôme de mon père, Aigle rouge, se promène la nuit dans la vallée et flotte sur les crêtes des montagnes…

Baptiste dit :

— Je ne crois pas aux revenants. C’est tout ?

— Non, non…

— Quoi encore ?

— De temps en temps des volutes de fumée s’élèvent, étranges au dessus de la vallée.

L’Aiglon ajouta :

— Le cowboys croient que ce sont des messages de guerre que mes pieds-noirs envoient aux autres tribus.

— C’est faux ?

Oui.

— Tu ignores le sens de cette fumée ?

Oui.

J. B. réfléchit.

Et finit par dire :

— L’explication la plus plausible est qu’il y a des gens qui bivouaquent dans la vallée…

— Des gens imprudents.

— Des gens qui se cachent.

— Qui se cachent mal.

Verchères dit :

— Des forbans sans aucun doute.

— Oui, des outlaws qui veulent mettre sur le dos des membres de ma tribu, monsieur Verchères, leurs forfaits passés, présents et futurs.

L’Aiglon demanda anxieusement :

— Vous consentez à venir ? — Écoute, mon jeune, tu me jures être innocent ?

— Je vous le jure, chef.

— Gare à toi, si tu es coupable, je finirai bien par l’apprendre, et alors je serai sévère, cruel, impitoyable.

— Je n’ai pas peur…

Verchères se leva, en un tournemain se roula une cigarette et dit :

— Bien, allons-y.

Après avoir donné ses instructions à son assistant, J. B. enfourcha sa monture.

L’Aiglon l’imita.

Au petit trot ils sortirent de Squeletteville, dépassèrent quelques ranches et s’engagèrent dans l’herbe à bisons : la brousse.

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