Littérature enfantine en anglais

Premiers livres pour enfants

En 1658, le pédagogue tchèque Jan Ámos Comenius publie son Orbis Pictus illustré de 150 planches, pour les enfants de moins de six ans, les filles ayant les mêmes capacités intellectuelles que les garçons : cet ouvrage permet au lecteur d'apprendre le latin (langue internationale de l'époque) par association d’un mot à une image avec ancrage du texte. L'usage pédagogique des estampes dans l'apprentissage de la lecture est souligné par la suite par Roger de Piles[1].

Naissance d'un nouveau genre au XVIIIe siècle

La littérature anglaise du XVIIIe siècle est surtout connue pour ses romans réalistes et populaires ; mais, sous l'influence des opinions de John Locke sur l'éducation[2], une littérature adaptée au jeune lectorat se développe. Il conseille d'éduquer l'esprit de l’enfant en utilisant trois méthodes distinctes :

Il attire l'attention des parents sur le rôle des associations d'idées pendant la petite enfance qui forment les fondements de la personnalité[3].

Une maison d'édition se spécialise dans cette littérature enfantine, la Juvenile Library de John Newbery[4] pour répondre à l'intérêt croissant du public en pédagogie.

Pendant la première moitié du siècle

L'éditeur Thomas Boreman fait paraitre des livres sur la vie des animaux et sur les légumes, ainsi que des histoires distrayantes sur des monuments célèbres.

La veuve de l'éditeur Thomas Cooper publie un alphabet, un recueil de comptines[5] et des contes de fées, y compris des traductions d'une sélection de Marie-Catherine d'Aulnoy sous le titre de The Court of Queen Mab[6].

En 1740, l'imprimeur Samuel Richardson publie un volume de fables d'Ésope, œuvres dont la lecture est fortement recommandée par Locke, auprès des parents et des précepteurs, pour leur côté distrayant et instructif[7]. De nombreuses éditions illustrées seront publiées par différents artistes par la suite[8].

Lancer de cerf-volant, A little pretty pocket-book, 1787.

John Newbery fait paraitre des centaines d'albums pour les enfants des classes moyennes :


Au total, 18 livres de 1742 à 1750 ; 47 pendant la décennie suivante ; 111 de 1761 à 1770 ; 129 de 1771 à 1780 ; 167 de 1781 à 1790 et 218 de 1791 à 1800.

Le succès est au rendez-vous, car les parents commencent à assumer leurs responsabilités d'éducateurs, en lectures et également en jeux pour enfants. Les recueils d'histoires comportent des allégories, des contes et des fables, ainsi que des histoires d'écoles. Des magazines mensuels commencent à être édités.

Pendant la seconde moitié du siècle

Plusieurs auteurs réagissent contre la frivolité de la littérature enfantine et jouent les moralisateurs.

Moralisateurs

Ellenor Fenn, 1795

Anna L. Barbaud, enseignante, écrit en 1867 Lessons for Children, un livre de lecture en quatre volumes, pour les 7-10 ans, sur le ton d'une mère instruisant son fils, y compris dans les matières scientifiques[16]. Avec Hymns in Prose for Children, elle influença la poésie de William Blake et William Wordsworth. Elle encouragea le développement des écoles du dimanche pour les enfants pauvres. En 1793, elle publie avec son frère Evenings at home, série d'histoires, de fables, de drames, de poèmes et de dialogues illustrant les idéaux de l'éducation de l'époque des Lumières : « la curiosité, l'observation, et le raisonnement. » Les enfants deviennent des observateurs critiques et, en cas de nécessité, des résistants explicites à l'autorité[17].

Lady E. Fenn crée des jouets et des jeux pour les enfants et publie en 1783 un mélange de fables et de dialogues illustrés entre enfants :

Sarah Trimmer publie également un recueil de fables d'animaux en 1786 sur les manies de personnages excentriques :

À l'école

De nombreuses histoires se déroulent dans une école, souvent un pensionnat, avec une gouvernante. Les vertus féminines sont la tempérance, la douceur, la fidélité et l'abnégation.

Sarah Fielding lance la mode en 1749 avec The Governess; or Little Female Academy[18], un livre qui divertit et instruit en même temps. Lady Ellenor Fenn publie School Occurences en 1782, School Dialogues for Boys l'année suivante et The Fairy Spectator en 1789. Les Anectodes of a Boarding Shool de Dorothy Kilner se passent dans un pensionnat qui enseigne le contrôle de soi et la discipline.

Les magazines mensuels

Cette littérature enfantine propose de tirer des leçons de morale à partir de récits fictifs qui permettent aux lecteurs de s'identifier avec tel ou tel personnage qu'ils retrouvent tous les mois, en développant le goût de la lecture.

L'influence du conte moral français

SandFord et Merton

Jeanne-Marie Leprince de Beaumont écrit de nombreuses histoires pendant ses années de gouvernante en Angleterre : Dialogues between a Governess and Several Young Ladies of Quality her Scholars, 1759. Vingt-neuf dialogues sont entrecoupés de contes édifiants sentimentaux racontés par des jeunes filles de 5 à 13 ans.

Madame de Genlis publie en 1782 Adèle et Théodore, ou Lettres sur l'éducation et Les Veillées du château en 1784, qui sont très appréciés par les parents anglais.

La traduction de l'Ami des enfants d'Arnaud Berquin en 1787 connait un grand succès : The Looking-Glass for the Mind; or Intellectual Mirror.

Le souci de morale et d'enfant modèle est fondamental dans toute la littérature enfantine de cette fin de siècle, par exemple dans Harry and Lucy in two parts et Rosamund in three parts de Maria Edgeworth ou Sandford and Merton de Thomas Day, influencé par Jean-Jacques Rousseau. Elle appuie ses maximes et ses proverbes sur une image authentique de l'existence. Le nom que porte les enfants est souvent symbolique : Margery Meanwell est l'héroïne de Little Goody Two-Shoes. Les héros de The Village School de Dorothy Kilner portent le nom de leur caractère : Jacob Steadfast, Philip Trusty, Roger Riot, Jack Sneak.

Le merveilleux conserve sa place mais sans oublier l'aspect instructif du récit. Dans The Adventures of Six Princesses of Babylon, in Their Travels to the Temple of Virtue de Lucy Peacock, la fée Benigna annonce aux parents des princesses qu'ils retrouveront leur empire grâce aux réussites de leurs filles qu'elle éduque.

En cette fin de siècle, la littérature enfantine est devenue un champ littéraire autonome dans une culture propre à l'enfant dans sa famille et dans la société.

Au XIXe siècle

La littérature enfantine en anglais est très fortement influencée par la diffusion des œuvres d'Andersen et des Frères Grimm. Au tournant du siècle, le côté didactique qui caractérisait cette production littéraire passe au second plan au profit de l'humour et laisse place à l'imagination. En fin de siècle, le héros dont le nez s'allonge à chaque mensonge devient la marionnette favorite de tous les enfants, avec la traduction des Aventures de Pinocchio, The tale of a puppet.

Le thème de la vie scolaire

En 1857, Thomas Hughes lance la mode avec Tom Brown's School Days, basé sur son expérience de vie de pensionnaire dans les années 1830. Le héros est un sportif pas très intellectuel. Il est pris en charge à son arrivée par un camarade plus expérimenté, Harry ; mais ils deviennent la cible des brutalités de Flashman[21].

En 1887, Talbot Baines Reed publie The Fifth Form at St. Dominic's[22].

Les filles n'étant pas scolarisées dans les mêmes établissements que les garçons, elles bénéficient d'une littérature différente dont l'objectif, très victorien, est de les former à devenir épouses et femmes d'intérieur.

En 1862, le Révérend Charles Kingsley publie The Water-Babies, A Fairy Tale for a Land Baby, pour parodier L'origine des espèces de Charles Darwin.


Lewis Carroll

En 1865, la publication et le succès d'Alice au pays des merveilles redonnent à l'imagination, au merveilleux, au burlesque, à l'absurde une place centrale[23].

Les livres d'aventure

La fin du siècle est marquée par la publication du roman de L'Île au trésor par Robert Louis Stevenson, et de l'histoire de Mowgli dans le Livre de la jungle[24] de Rudyard Kipling.

Aux États-Unis

En 1868, la publication par Louisa May Alcott des Quatre Filles du docteur March (Little women sur wikisource) lance la mode de romans réalistes dans lesquels le manque d'argent et l'éducation des jeunes filles tiennent une place importante dans la vie quotidienne d'une famille.

À partir de 1874, Frances Hogdson Burnett publie une quarantaine de romans sur le thème de l'enfance après un séjour de deux ans à Paris ; les plus connus sont :

En 1876, Mark Twain publie Les aventures de Tom Sawyer[26].

Les livres-jouets

L'éditeur John Newbery avait déjà fait la promotion de livres au format spécial pour les enfants. Pendant l'époque victorienne, les livres-jouets (Toy books) envahissent le marché : ils comportent six pages illustrées et sont vendus au prix de six pence. Les images, de qualité, ne sont pas une simple illustration du texte. L'imprimeur Edmund Evans[27] et l'éditeur Routledge utilisent la technique de la chromolithographie pour colorier les planches en pierre ou en bois. Ils font appel à trois artistes, Walter Crane, Randolph Caldecott et Kate Greenaway[28]. Les livres offrent une version abrégée de contes traditionnels[29].

Walter Crane est intéressé par les arts décoratifs et le cadre de chaque dessin est un véritable décor de théâtre[30].

Randolph Caldecott, spécialiste de croquis humoristiques, prend sa succession en 1878 avec The House that Jack Built et The Diverting History of John Gilpin[31].

Kate Greenaway est une aquarelliste mettant en scène des petits enfants habillés à la mode du début du XIXe siècle[32].

Bibliographie

Références

  1. De l'utilité des Estampes & de leur usage, 1699
  2. Pensées sur l'Éducation, 1693 (en anglais, sur wikisource, réédité 19 fois jusqu'en 1761)
  3. Quelques pensées sur l'éducation, traduction en français
  4. Littérature enfantine en Angleterre au XVIIIème siècle
  5. Tommy Thumb's Pretty Song Book en anglais
  6. Tales of the Fairies, 1752
  7. Children’s understanding of Aesop’s fables: relations to reading comprehension and theory of mind
  8. Aesop's Fables, 1882
  9. A Little Pretty Pocket-Book en anglais sur Wikisource
  10. Illustrations sur Commons
  11. Mother Goose's melody
  12. Giles Gingerbread
  13. The twelfth-day gift
  14. The wonders of nature and art: being an account of whatever is most curious and remarkable throughout the world, whether relating to its animals, vegetables, minerals, volcanoes, cataracts, hot and cold springs and other parts of natural history, or to the buildings, manufactures, inventions, and discoveries of its inhabitants
  15. Description of England and Wales, containing a particular account of each county, with its antiquities, curiosities, situation, figure, extent, climate, rivers, lakes, mineral waters, soils, fossils, caverns, plants and minerals, agriculture, civil and ecclesiastical divisions, cities, towns, palaces, seats, corporations, markets, fairs, manufactures, trade, sieges, battles, and the lives of the illustrious men each county has produced : embellished with two hundred and forty copper plates, of palaces, castles, cathedrals, the ruins of Roman and Saxon buildings, and of abbeys, monasteries, and other religious houses, besides a variety of cuts of urns, inscriptions, and other antiquities
  16. Lessons for children
  17. Evenings at home or the juvenile budget opened, sur Gutenberg
  18. The Governess; or Little Female Academy
  19. The Lilliputian Magazine
  20. The Juvenile Instructor
  21. Illustrations de Tom Brown's schooldays, sur Commons
  22. The Fifth Form at St. Dominic's
  23. Alice
  24. The Jungle book, sur wikisource
  25. Cent ans après le Jardin secret
  26. Illustrations de Tom Sawyer sur Commons
  27. Livres en ligne d'E. Evans
  28. L’œuvre de Walter Crane, Kate Greenaway et Randolph Caldecott, une piste pour une définition de l’album
  29. Illustrations sur Commons
  30. Illustrations de Walter Crane sur Commons
  31. Illustrations de Caldecott sur Commons
  32. Illustrations de Kate Greenaway sur Commons
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