Bacchanales

Les bacchanales étaient des fêtes religieuses célébrées dans l'Antiquité.

Bacchanale sur un sarcophage romain de 210-220 après JC

Liées aux mystères dionysiaques, elles se tenaient en l'honneur de Bacchus, dieu romain de la fureur, de l'ivresse et des débordements, notamment sexuels.

Origine et évolution

Une bacchante, vue par la peintre Vigée le Brun.

Inspirées des anciennes Dionysies grecques célébrées en l'honneur de Dionysos, les cérémonies des bacchanales furent introduites en Italie vers 300 av. J.-C., mêlées à d'autres coutumes notamment étrusques. Elles avaient dès l'origine le caractère de superstitio. Passant à Rome, le culte de Dionysos accentua son caractère subversif, « qui passe du mythe à la réalité » et qui perd tout lien avec le vin[1].

À l'origine, ces fêtes étaient célébrées en secret parmi les femmes, les 16 et 17 mars.

Ces fêtes eurent lieu ensuite au moins trois fois par an sous le contrôle de matrones respectables. Elles devinrent publiques et étaient célébrées dans toute la Grande-Grèce, en Égypte et principalement à Rome. Ces fêtes, qui duraient environ 3 à 5 jours en fonction de la région, étaient avant tout axées sur des représentations théâtrales faisant office de cérémonie religieuse.

Elles servirent bientôt de prétexte aux désordres les plus extravagants car elles évoluèrent en fêtes orgiaques nocturnes de plus en plus fréquentes (jusqu'à cinq fois par mois selon le témoignage d'Hispala, rapporté par Tite Live, qui dévoila le scandale des Bacchanales[2]) qui eurent souvent mauvaise réputation, du fait de l'ivresse publique et des licences sexuelles qu'elles provoquaient.

Les bacchanales à Rome

Les Romains se méfiaient de ce culte orgiaque semant le désordre (Rome vit toujours dans les cultes à mystères, exigeant le secret de la part des mystes, un risque pour l'État).

Les hommes y feignaient des fureurs sacrées, les femmes, déguisées en bacchantes, couraient au Tibre avec des torches. La secte des initiés fut bientôt si nombreuse qu'elle formait presque un peuple (jam prope populum, dit Tite-Live). Elle comptait parmi ses membres des hommes et des femmes de haut rang.

On décida de ne plus admettre aux cérémonies que des jeunes gens âgés de moins de vingt ans, instruments plus dociles lors des orgies initiatiques.

Scandale des bacchanales

La jeunesse de Bacchus, peinture orgiaque de William Bouguereau (1884)

Le scandale des Bacchanales est une affaire politico-religieuse survenue à Rome en 186 av. J.-C..

Une courtisane nommée Hispala Fecenia révéla le secret de ces pratiques à un jeune homme qu'elle aimait, Publius Aebutius, afin de le protéger de sa propre mère qui voulait l'initier aux mystères de Bacchus. Suivant les conseils de Hispala, Publius refusa de se faire initier aux mystères. Il fut alors chassé par sa mère et par le mari de celle-ci. Il alla se réfugier chez une de ses tantes qui lui conseilla de parler de cette histoire au consul Postumius.

Le consul décida de mener une enquête secrète. Le sénat s'émut et l'on craignit que la secte ne cachât un complot contre la République. Il chargea les consuls d'informer extraordinairement contre les bacchanales et les sacrifices nocturnes, de promettre des récompenses aux délateurs et d'interdire les rassemblements des initiés.

Le scandale conduit à une répression des sociétés organisées pour célébrer le culte de Bacchus perçues comme un élément dangereux pour la cohésion politique et religieuse de Rome[3].

Bacchanales dans la culture populaire

Peinture

Ce thème a plu aux artistes car il permettait de montrer le nu féminin et de se replonger dans l'antiquité[4]. On le voit apparaître dans des décorations romaines et plus récemment chez Filippo Lauri, William Bouguereau, Élisabeth Vigée Le Brun, Nicolas Poussin, Leo Putz, Sebastiano Ricci.

Littérature

Série télévisée

  • Dans la troisième saison de Lost Girl, le terme « bacchanale » est utilisé pour le nom d'une fête sexuelle, organisée par Roman le Bacchus.

Au cinéma

Musique

Dans sa chanson "Champagne" sortie en 1979 Jacques Higelin parle de "frénésies bacchanales qui charment nos âmes envahies par la mélancolie".

Le Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns contient une morceau de musique appelé "Danse Bacchanale".

Notes et références

  1. Jean Haudry, Le feu dans la tradition indo-européenne, Archè, Milan, 2016 (ISBN 978-8872523438), p. 382-384
  2. Tite Live, Histoire romaine
  3. Jean-Marie Pailler, Les Bacchanales : du scandale domestique à l'affaire d'État et au modèle pour les temps à venir (Rome, 186 av. J.-C.), Politix, 2005/3 (n° 71 ), pages 39 à 59
  4. « dossier pédagogique Bacchanales modernes »
  5. Galerie de l'Académie, Venise
  6. Maurice (1895-1975) Auteur du texte Audin, Bacchanale, roman / Maurice Audin, (lire en ligne)
  7. SAN-ANTONIO, Bacchanale chez la mère Tatzi, Univers Poche, (ISBN 978-2-265-09199-3, lire en ligne)
  8. The Return of the Exorcist (lire en ligne)
  9. Bacchanalia (lire en ligne)
  10. (en) The Big Cartoon DataBase, « Hercules And The Bacchanal (Walt Disney Television Animation.) », sur Big Cartoon DataBase (BCDB) (consulté le 16 mars 2020)

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Bacchanales. Actes des colloques Dionysos de Montpellier (1996-1998). Textes réunis par Pierre Sauzeau. Montpellier : Publications de l'Université Paul Valéry, 2000, 300 p. (ISBN 2-84269-382-5) ; Cahiers du GITA'' no 13 (ISSN 0295-9909).
  • Jean-Marie Pailler, Bacchus. Figures et pouvoirs, Les Belles Lettres, coll. « Histoire », , 230 p. (ISBN 978-2-251-38029-2)
  • Jean-Marie Pailler, « Les Bacchanales, du scandale exemplaire à l'improbable affaire », Affaires, scandales et grandes causes, Paris, Stock, , p. 25-32 (ISBN 9782234066632)
  • Walter Burkert, Les cultes à mystères dans l'Antiquité, Les Belles Lettres, coll. « Vérité des mythes », , 194 p. (ISBN 978-2-251-32436-4)
  • Maria Daraki, Dionysos et la déesse Terre, Champs Flammarion, 1983.

Lien externe

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