Bombe planante

La bombe planante (en anglais glide bomb) est un type d'arme militaire imaginé durant la Première Guerre mondiale, mais non employé durant ce conflit. Avec les progrès de la technique, des modèles perfectionnés sont apparus en Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale, disposant d'un guidage à distance qui en faisait une arme redoutable. Les progrès réalisés dans le domaine de la propulsion à réaction ont permis de réaliser, durant la Guerre froide, des missiles air-mer n'ayant plus besoin d'ailes pour leur sustentation, mais seulement de surfaces de contrôle réduites (empennage). La bombe planante a alors disparu de l'arsenal des grandes puissances, sauf exceptions.

Une bombe planante allemande Fritz X.

Conception

La bombe planante est, fondamentalement, une bombe aérienne munie de sa propre voilure qui assure sa sustentation. Elle n'est donc pas uniquement soumise à la gravité, mais bénéficie d'une portance aérodynamique. Elle effectue une trajectoire en vol plané jusqu'à sa cible. Son intérêt est que l'avion qui la largue n'est plus obligé de survoler sa cible, comme en bombardement classique (en vol horizontal) ou en piqué. C'est dans cette phase que les bombardiers subissent leurs plus lourdes pertes, lorsque la cible est défendue par une importante défense antiaérienne. De nos jours, on utilise le terme d'« arme tirée à distance de sécurité » (Stand-Off Weapon en anglais).

Historique

Première Guerre mondiale

L'idée de la bombe planante naît en 1918, quand l'ingénieur naval français Marcel Besson adapte une aile sur un obus léger[1]. Durant ce temps, les autres belligérants orientent plutôt leurs efforts vers la conception d'un avion sans équipage, contenant une forte charge d'explosif ou emportant une torpille, capable d'endommager gravement voire de couler un navire de ligne fortement blindé. C'est le cas de Wilhelm von Siemens en Allemagne avec son « planeur torpilleur Siemens », qui devait être largué depuis un bombardier géant Siemens-Schuckert R.VIII. Aux États-Unis, l'armée américaine réalise le Kettering Bug conçu par Charles Franklin Kettering. Mais cet engin, disposant d'un moteur et capable de décoller seul, rentre plutôt dans la catégorie bombe volante. Aucun de ces projets ne voit d'emploi opérationnel avant la signature de l'Armistice de 1918.

Seconde Guerre mondiale

Durant les vingt ans qui séparent la fin de la Première Guerre mondiale et le début de la Seconde, la technologie fait de gros progrès dans le domaine de la transmission radio-électrique, ce qui permet de réaliser des inventions comme la télévision (1931), le radar (1935), ou la radiocommande. Les études sur ce type d'arme débutent en 1938 lorsque la Luftwaffe allemande se rend compte de la difficulté de toucher un navire en mouvement avec des bombes classiques lors de la guerre d'Espagne. Deux armes sont réalisées par le Troisième Reich :

Ces armes enregistrèrent entre fin 1943 et début 1944 plusieurs succès contre des navires alliés :

Le Henschel Hs 293 A réussit également à endommager ou couler de nombreux navires anglo-américains, tant dans l'océan Atlantique (Golfe de Gascogne) qu'en mer Méditerranée. Mais les Alliés développèrent des tactiques pour gêner ces attaques, et face à leur écrasante supériorité numérique ces armes nouvelles ne purent pas modifier le cours de la guerre.

Les Américains réalisèrent aussi des bombes téléguidées pendant la guerre, comme la Bat (« chauve-souris ») disposant d'un autodirecteur radar pesant 100 kg. Elle fut tirée en 1945 contre des navires japonais.

Guerre froide

Après la Seconde Guerre mondiale, quelques autres modèles de bombes planantes seront étudiés, comme la Breguet 910 française, conçue en 1949 par les ingénieurs Georges Bruner et Jean Brocard de la Société anonyme des ateliers d’aviation Louis Breguet. Elle avait la particularité d'avoir une aile non en métal, mais en béton précontraint réalisé par l'ingénieur Eugène Freyssinet, spécialiste des ponts[7].

Les Alliés ayant fait main-basse sur de nombreux travaux allemands relatifs aux "armes miracle" (Wunderwaffen), comme la bombe volante V-1 et le missile balistique V-2, ils abandonnèrent, du moins pour la lutte anti-navire, les simples bombes planantes au profit d'armes propulsées par un moteur à réaction, qui pouvaient décoller de façon autonome, ou être larguées par avion d'une distance de sécurité encore plus grande : missile de croisière (également doté d'ailes) ou missile air-mer.

En revanche, pour l'attaque au sol, il existe encore dans l'arsenal des grandes puissances des bombes planantes non propulsées, guidées par laser ou GPS, pour des cibles de moyenne importance ne justifiant pas le tir d'un missile de croisière[8].

Notes et références

  1. Gérard Hartmann, « Les Hydravions Georges Lévy ».
  2. « I) Les débuts du guidage militaire pendant la Seconde Guerre Mondiale » (consulté le 16 septembre 2018).
  3. « De 1945 à 1958 : La création de l’industrie missilière » (consulté le 16 septembre 2018).
  4. Rodolphe Jobard, Les drones : Fonctionnement - Télépilotage - Applications - Réglementation, Eyrolles, , 196 p. (ISBN 978-2-212-17844-9 et 2-212-17844-1, EAN 978-2-21217-844-9, présentation en ligne), p. 8.
  5. Alain Marchand, « Bombes planantes contre cuirassés », Le Fana de l'Aviation, no 237, , p. 23-30.
  6. (en) Savannah, Dictionary of American Naval Fighting Ships
  7. Jean Cuny et Pierre Leyvastre, Les Avions Bréguet 1940-1971, vol. DOCAVIA no 6, Larivière, , 360 p..
  8. Arnaud, « LA BOMBE LISSE A T-ELLE ENCORE UN AVENIR DANS L’AÉRONAUTIQUE ? », sur avionslegendaires.net, (consulté le 16 septembre 2018).

Bibliographie

  • Rodolphe Jobard, Les drones : Fonctionnement - Télépilotage - Applications - Réglementation, Eyrolles, , 196 p. (ISBN 978-2-212-17844-9 et 2-212-17844-1, EAN 978-2-21217-844-9, présentation en ligne), p. 8.
  • Alain Marchand, « Bombes planantes contre cuirassés », Le Fana de l'Aviation, no 237, , p. 23-30.
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