Cens (époque romaine)

Le cens (en latin : census) était une des institutions fondamentales de la Rome antique, il était destiné à établir la liste hiérarchisée des citoyens et de leurs biens, tâche confiée aux censeurs. Le cens servait de base au recrutement dans l'armée romaine, à la délimitation des droits politiques, à l'organisation des scrutins, au calcul des impôts, puis à l'élaboration d'un état civil.

Objectifs

Le cens est une institution fondamentale de la République romaine, qui constitue le peuple romain (populus) en un corps civique organisé, structuré et hiérarchisé. À chaque citoyen est attribué un rang permettant de préciser sa dignité, ses droits et ses devoirs envers la cité. Ce rang dépend essentiellement du patrimoine foncier.

Procédure de recensement

Bas-relief de l'autel de Domitius Ahenobarbus, représentant une opération de recensement : un employé assis enregistre la déclaration d'un citoyen, tandis que le censeur en mettant la main sur l'épaule d'un citoyen l'affecte dans une centurie militaire[1].

On trouve un exposé des formalités de l’ouverture du recensement dans un fragment des Tabulae Censoriae, repris par Varron. Après la prise des auspices, les citoyens sont sommés par un crieur public (praeco) de se présenter devant les censeurs. Chaque tribu est appelée séparément. Dans chaque tribu la liste des noms est faite préalablement par les tribuns des tribus.

Chaque paterfamilias doit venir en personne devant les censeurs qui établissent les règles spécifiant les différentes sortes de propriétés sujettes au recensement et la méthode d'estimation de leur valeur. Selon ces lois chaque citoyen doit fournir - sous serment - un décompte de lui-même, de sa famille et de ses propriétés:

  • Fournir d'abord ses nom, prénom et surnom et ceux de son père ou s'il est affranchi ceux de son patron ; puis donner son âge.
  • Indiquer s'il est marié, donner le nom de son épouse et aussi le nombre, les noms et les âges de ses enfants éventuels. Les femmes célibataires (viduae) et les orphelins sont représentés par leurs tutores ; leurs noms sont inscrits sur des listes séparées et ils ne sont pas compris dans la somme totale des capita.
  • Faire un compte rendu de tous ses biens qui sont objets de recensement. Dans un premier temps il semble que chaque citoyen donne simplement la valeur de l’ensemble de ses biens sans entrer dans les détails ; mais bientôt l'usage s'établit de déclarer les spécifications détaillées de chaque objet ainsi que la valeur générale du tout. C’est la terre qui est la partie la plus importante dans le recensement.

Chiffres des recensements

Les recensements romains connus par les annalistes sont au nombre de 37 échelonnés entre 508 av. J.-C. et 28 av. J.-C., pour un nombre théorique de 96 avec un rythme quinquennal. Des incertitudes sont possibles, par les erreurs de transcriptions dans les manuscrits. J. Beloch en a corrigé plusieurs valeurs qui s'écartaient manifestement de la tendance générale[2].

Toutes les dates sont av. J.-C. et les valeurs établies par Peter Astbury Brunt sont les suivantes[3] :

Recensements romains connus
Date Nombre Source Commentaires
508130 000Denys, V, 20
503120 000Jérôme de Stridon, Ol, 69, 1
498150 700Denys, V, 75
493110 000Denys, VI, 96
474103 000Denys, IX, 36
465104 714Tite-Live, III, 3« Sans les veuves et les orphelins »
459117 319Tite-Live, III, 24
Eutrope, I, 16
393-2152 573Pline, Histoires naturelles, XXX, 10, 16
340165 000Eusèbe, Ol, 110, 1
323150 000Orose, V, 22, 2
Eutrope, V, 9
294-3262 321Tite-Live, X, 47
289-8272 000Tite-Live, Periochae, XI
280-79287 222Tite-Live, Periochae, XIII
276-75271 224Tite-Live, Periochae, XIII
265-4292 234Eutrope, II, 18382 233 dans Periochae, XVI
252-51297 797Tite-Live, Periochae, XVIII
276-75241 712Tite-Live, Periochae, XIX
241-40260 000Jérôme de Stridon, Ol, 134, 1
234-33270 713Tite-Live, Periochae, XX
209-08137 108Tite-Live, XXVII, 36Rectifié en 237 108
204-03214 000Tite-Live, XXIX, 37
194-93143 704Tite-Live, XXXV, 9Rectifié en 243 704
189-88258 318Tite-Live, XXXVIII, 36
179-78258 794Tite-Live, Periochae, 41
174-73269 015Tite-Live, XLII, 16267 231 dans Periochae, 42
169-68312 805Tite-Live, Periochae, 45
164-63337 022Tite-Live, Periochae, 46
Plutarque, Aem., 38
159-58328 316Tite-Live, Periochae, 47
154-53324 000Tite-Live, Periochae, 48
147-46322 000Eusèbe, Ol., 158, 3
142-51322 442Tite-Live, Periochae, 54
136-35317 933Tite-Live, Periochae, 56
131-30318 823Tite-Live, Periochae, 59
125-24394 736Tite-Live, Periochae, 60ou 294 336 ?
115-114394 336 (?)Tite-Live, Periochae, 73
86-85463 000Jérôme, Ol, 173, 4ou 963 000 ?
70-69910 000Tite-Live, Periochae, 98
Phlégon de Tralles, fr. 12, 7
284 063 000Auguste, Res Gestae, 8, 2
84 233 000Auguste, Res Gestae, 8, 3
14 ap. J-C4 937 000Auguste, Res Gestae, 8, 4[4]
47 ap. J-C5 984 000Tacite, Annales, XI, 25

Le saut quantitatif de 70 av. J.-C. marque l'extension du droit de cité aux Italiens. La pause pendant plus d'une génération vient de la mise en sommeil de la censure par Sylla, et de la reprise par Auguste. Un nouveau saut quantitatif en 28 av. J.-C. est dû à un changement du comptage, par individu, comprenant femmes et enfants (sans doute d'au moins un an), et non par citoyen mâle et adulte. En raison des lacunes du cens, les chiffres sont minorés, peut-être jusqu'à 20%[5].

Notes et références

  1. Élisabeth Deniaux, Rome, de la Cité-État à l'Empire, Institutions et vie politique, Hachette, 2001, 256 p., (ISBN 2-01-017028-8), p. 59-60
  2. Nicolet 2001, p. 78
  3. Nicolet 2001, p. 88-89
  4. Pour cette même année, un fragment des Fasti Ostienses (Année épigraphique, 1946, 169) donne seulement 4 100 900. Claude Nicolet, L'inventaire du Monde…, p. 144-145.
  5. François Jacques et John Scheid, Rome et l'intégration de l'Empire (44 av. J.-C. 260 ap. J.-C.). Tome 1, PUF, coll. « Nouvelle Clio, l'histoire et ses problèmes », 2010 (1re éd. 1999), 480 p., (ISBN 9782130448822), p. 140

Bibliographie

  • A. Bérenger, « Les Recensements dans la partie orientale de l'Empire : le cas de l'Arabie », dans Les archives du census : le contrôle des hommes, MEFRA, 113-2, 2001, p. 605-619.
  • Michel Christol, « Le Census dans les provinces, ses responsables et leurs activités », dans François Chausson dir., Occidents romains, Errance, Paris, 2009, p. 247-275.
  • Theodor Mommsen, Le Droit public romain, IV, p. 1-160.
  • Claude Nicolet, Le Métier de citoyen dans la Rome républicaine, Gallimard, Paris, 1976, part. chap. II, « census », p. 71-121.
  • Claude Nicolet, L'inventaire du monde : géographie et politique aux origines de l'Empire romain, Paris, Fayard, 1988, chap. VII « Contrôle de l'espace humain : les recensements », p. 133-157.
  • Claude Nicolet, Rome et la conquête du monde méditerranéen 264–27 av. J.-C., Paris, PUF, coll. « Nouvelle Clio, l'Histoire et ses problèmes », , 10e éd. (1re éd. 1979), 462 p. (ISBN 2-13-051964-4)
  • Georges Pieri, L'Histoire du cens jusqu'à la fin de la république romaine, Sirey, Paris, 1968.
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