Charon (mythologie)

Fils de l'Érèbe et de la Nuit[1], Charon (pron. : [karɔ̃] « karon ») est le nocher (le pilote de la barque) des enfers dans la mythologie grecque. Sur les marais de l'Achéron[2], il faisait traverser le Styx, contre une obole, aux âmes des morts ayant reçu une sépulture.

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Achille tuant un prisonnier troyen devant Charon (à droite), cratère en calice étrusque à figure rouges, fin IVe – début IIIe siècle av. J.-C., Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France

Mythe

Selon la mythologie, Charon était un vieillard à l'aspect revêche, sale et peu conciliant, fort solide et qui ne se laissait pas fléchir par les prières de ceux qui n'avaient pas de quoi le payer. Vêtu d'une cagoule, il choisissait ses passagers parmi la foule qui s'entassait sur la rive. Il fallait donc à la fois être choisi et pouvoir payer son voyage, d'où la coutume de placer une obole sous la langue du mort avant son enterrement. Ceux qui ne pouvaient payer, faute d'avoir été enterrés convenablement, devaient errer sur les bords du fleuve Styx pendant cent ans.

Charon traversant le Styx, par Joachim Patinier, 1515-1524, musée du Prado (Madrid)

Il était très rare que Charon laisse passer un mortel encore vivant.

  • Héraclès, quand il descendit aux enfers sans mourir, n'aurait pu passer s'il n'avait utilisé la force, à l'aller comme au retour. Charon fut emprisonné un an pour l'avoir laissé passer sans en avoir obtenu le paiement habituel pour les vivants, un rameau d'or obtenu auprès de la sibylle de Cumes.
  • Énée réussira aussi, dans le but de voir son père Anchise. Accompagné de la sibylle, il convainc lui aussi Charon en lui présentant un rameau d'or donné par Apollon (chant VI de l’Énéide).
  • Autre mortel à avoir « deux fois vainqueur traversé l'Achéron[3] », Orphée charma Charon par son chant et sa lyre, et endormit le chien Cerbère, pour pouvoir ramener du monde des morts sa bien-aimée, Eurydice. C'est au retour qu'il la perdit définitivement.
  • Enfin, la belle Psyché, bien que vivante, paye par deux fois Charon (l'aller et le retour) afin d'accéder au palais de Perséphone pour le compte d'Aphrodite, comme Apulée le raconte dans ses Métamorphoses.

Occurrences dans la littérature

  • Homère et Hésiode ne font aucune référence au personnage en tant que nocher infernal. La première mention du nom « Charon » dans la littérature grecque est une citation par Pausanias d'un poème perdu rattaché au Cycle épique la Minyade[4].
  • Dans l'Énéide, Virgile décrit les âmes désespérées qui cherchent à franchir l'Achéron et sont à la merci de l'intraitable nocher :

« D'innombrables essaims bordaient les rives sombres;
Des mères, des héros, aujourd'hui vaines ombres, [...].
Tels, vers l'affreux nocher ils étendent les mains,
Implorent l'autre bord. Lui, dans ses fiers dédains,
Les admet à son gré dans la fatale barque,
Reçoit le pâtre obscur, repousse le monarque. »

 Traduction Jacques Delille

  • Dans l'Apocalypse du Nouveau Testament, il est fait allusion à Charon, à travers la mention du fleuve Styx, quand sont évoqués les enfers.
  • Charon est le premier personnage mythologique rencontré par Dante dans l'Enfer (premier livre de la Divine Comédie). L'accès lui est interdit en tant que vivant ; il franchira cependant l'Achéron de façon surnaturelle lors d'un évanouissement.

Bibliographie

Sources

Notes et références

  1. Encyclopædia Universalis, « CHARON », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 20 décembre 2017)
  2. « Achéron, le fleuve maudit | Mythologica.info », Mythologica : Encyclopédie Mythologique !, (lire en ligne, consulté le 20 décembre 2017)
  3. (Gérard de Nerval, Les Chimères « El Desdichado »)
  4. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], X, 28, 2 = Minyade, fr. 1 West.

Annexes

Articles connexes

Liens externes

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