Daniel Hallé

Daniel Hallé ( à Rouen - à Paris) est un peintre français connu pour ses scènes bibliques, père de Claude Guy Hallé, grand-père de Noël Hallé, peintres également.

Pour les articles homonymes, voir Hallé.
Daniel Hallé
Saint Benoit recevant le viatique, 1664
Naissance
Décès
(à 60 ans)
Paris
Activité
Lieux de travail
Enfant
signature

Biographie

Daniel Hallé a fait ses études de peintre à Rouen où il est entré apprenti chez un oncle, le , pour cinq ans, puis fut reçu maître-peintre dans la confrérie de Saint-Maur. La guerre déclarée à l'Espagne par Richelieu, en 1635, qui imposa aux Rouennais un effort financier particulier, ainsi que le piétinement et les ravages de la Guerre de Trente Ans, peu favorables aux commandes artistiques, peuvent expliquer le départ de Daniel Hallé vers Paris. Sa présence y est attestée en 1646, rue de Buci, dans la maison dite « du grand Turc » ou il se maria et eut une nombreuse descendance (15 enfants, qui moururent pour la plupart en bas âge).

Signature de Daniel Hallé

On sait peu de choses de son activité artistique jusqu'en 1658, date à laquelle Charles Le Brun, premier peintre du Roi et futur directeur de l'Académie Royale, fit appel à lui pour l'assister dans la décoration d'un hôtel particulier, quai Malaquais, à Paris. C'est le début d'une certaine notoriété. En 1660, il travaille à la décoration peinte d'un Arc de triomphe érigé sur la place Dauphine, pour le mariage de Louis XIV. Mais la consécration arrive en 1661, par la commande d'un may pour la Cathédrale Notre-Dame de Paris en 1662[1]. Il peindra à cette occasion Le Martyre de Saint Jean à la porte latine. À cette date, les commandes d'église semblent se multiplier : pour les Bénédictins de l'Abbaye de Saint-Wandrille de Fontenelle, puis pour l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés. On ne connait rien de la production artistique des quatre dernières années de sa vie.

Le style

Le martyre de Saint Jean à la porte latine exposé dans l'atrium du Musée d'art Roger-Quilliot à Clermont-Ferrand.

En France, au XVIIe siècle, le développement de l'emprise royale sur les arts a occulté les formes atypiques. Comme le dit Claude Lebedel[2], l'identité d'un art français s'est construit sur le rejet des influences étrangères. L'œuvre de Daniel Hallé a sans doute pâti de ce rejet : il ne fut pas de l'Académie royale de peinture et de sculpture qui assurait le contrôle de l'état et le triomphe du classicisme.

Son style, remarque Nicole Willk-Brocard[3], est empreint d'un maniérisme tardif qui s'exprime par la fraîcheur de ses couleurs, par un goût de l'exotisme et du raffinement, par l'allongement des mains et les torsions corporelles des personnages représentés. Mais ce qui frappe d'abord dans ses compositions, c'est la multiplicité des plis : plis des vêtements, lourde robe de bure, velours, étoffes légères des anges, qui se mêlent aux plis des nuages et aux bouclettes des chevelures, comme dans Le Christ et la vierge apparaissant à Saint François. Les différents personnages du Saint Roch, de La nativité ou du Saint François, semblent enveloppés dans les plis mêlés des étoffes qui s'autonomisent et débordent les corps. Comme le montre Gilles Deleuze[4], si, dans l'art baroque, les plis des vêtements s'autonomisent, ce n'est pas par simple souci de décoration, « c'est pour exprimer l'intensité d'une force spirituelle qui s'exprime sur le corps, soit pour le renverser, soit pour le redresser et l'élever. » Le pli est un des éléments caractéristiques de l'œuvre de Daniel Hallé et est, dit Gilles Deleuze, la « fonction opératoire » du baroque. Une autre caractéristique du monde baroque est qu'il est un « monde comme pyramide ou cône, qui relie sa large base matérielle, perdue dans les vapeurs, à une pointe, source lumineuse ou point de vue. »[5] C'est ce schéma qui est à l'œuvre dans L'annonciation : base matérielle et réaliste de fil à coudre et d'étoffe, dont la largeur est renforcé par la vue da sotto in sù en légère contre-plongée, qui tend vers la pointe d'un cône de lumière spirituelle.

Quand Daniel Hallé emprunte à Charles Le Brun le sujet du Martyre de Saint Jean à la porte latine c'est plutôt pour emporter cet iconologie classique dans un monde baroque de plis, s'éloignant ainsi de l'équilibre à la française prôné par l'Académie, du classicisme qui impose ordre et solennité.

Liste des peintures

Tableau Titre Date Dimensions Notes Lieu de conservation N° de Catalogue raisonné
(Willk-Brocard, 1995)
L'Annonciation1659282 x 205 cmCommande de Jean III de Choisy, chancelier du duc d'Orléans.Paris, église Notre-Dame de BercyD2
Le martyre de saint Jean à la porte latine1662412 x 383 cmMay de Notre-Dame de l'année 1662.Clermont-Ferrand, musée d'art Roger-QuilliotD4
Apparition de la Vierge et de l'enfant Jésus à saint François et saint Antoine1663330 x 181 cmSaint-Henri (Québec), église Saint-HenriD5
La multiplication des pains1664580 x 396 cmPeint pour le réfectoire de Saint-Ouen de Rouen.Rouen, église Saint-OuenD7
Saint Benoît recevant le viatiquevers 1660-1665247 x 151 cmPeint pour le retable de la chapelle Saint-Benoît dans l'église abbatiale de Saint-WandrilleRouen, église Saint-OuenD9
L'aumône faite par la Vierge encore enfantvers 1660190 x 124 cmPeint pour le retable de la chapelle Sainte-Anne dans l'église abbatiale de Saint-WandrilleCollection particulièreD10
La vision de saint Benoît1664160 x 113 cmSaint-Wandrille-Rançon, abbaye de Saint-WandrilleD11
Saint Roch secouru et pansé par les anges1669204 x 134 cmVersailles, église Saint-SymphorienD16
La Nativité1669246 x 175 cmPeint pour la contretable du maître-autel de l'église Saint-Michel de Rouen.Rouen, musée des Beaux-ArtsD17
Le martyre de saint Symphorien1671225 x 168 cmPeint pour l'autel de la chapelle Saint-Symphorien, dans l'église de Saint-Germain-des-Prés.Saint-Flour, cathédrale Saint-PierreD19
Le Christ et la Vierge apparaissant à saint François agonisant1671224 x 182Huriel, église Notre-DameD20 bis
La déploration sur le Christ mortvers 1670-167536 x 47 cmTournus, musée GreuzeD21

Autres tableaux :

Notes et références

  1. Les grands mays de Notre-Dame de Paris
  2. Claude Lebedel, Histoire et splendeur du baroque en France, éditions Ouest-France, 2003, p.108
  3. Nicole Willk-Brocard, Une Dynastie Les Hallé. Daniel (1614-1675) Claude-Guy (1652-1736) Noël (1711-1781), Arthena, 1995.
  4. Gilles Deleuze, Le pli, Leibniz et le baroque, éditions de Minuit, 1988, p.165[réf. non conforme]
  5. Gilles Deleuze, Le pli, Leibniz et le baroque, éditions de Minuit, 1988, p.169

Annexes

Bibliographie

  • O. Estournet, La famille des Hallé : Geoffroy Hallé Ier, Geoffroy Hallé II, Daniel Hallé, Claude Hallé, Noël Hallé, p. 11-236, Réunion des sociétés savantes des départements à la Sorbonne. Section des beaux-arts, Ministère de l'instruction publique, 1905 (lire en ligne)
  • Georges Bilhaut, « Une famille d'artistes oubliés : Les Hallé », dans le bulletin de la Société d'émulation artistique et littéraire d'Abbeville, tome XXI, fascicule 1, 1962.

Articles connexes

Liens externes

  • Portail de la peinture
  • Portail de la France du Grand Siècle
Cet article est issu de Wikipedia. Le texte est sous licence Creative Commons - Attribution - Sharealike. Des conditions supplémentaires peuvent s'appliquer aux fichiers multimédias.