Denise Masson

Denise Masson (née le à Paris[1], morte le à Marrakech), surnommée la Dame de Marrakech, était une islamologue française qui a traduit le Coran de l'arabe en français, publié en 1967. D'après son confrère André Chouraqui, elle se serait inspirée de la traduction en latin de Louis Marracci de 1698, reprise par Reiniccius[2].

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Denise Masson
Denise Masson devant le tableau "La Débâcle" de Claude Monet
Biographie
Naissance
Décès
(à 93 ans)
Marrakech
Nationalité
Activité

Biographie

Jeunesse et années à Rabat

Fille de l'avocat, collectionneur d'art et mécène lillois Maurice Masson[3], elle naît à Paris en dans un milieu privilégié. Comme ses parents, Denise Masson est une catholique convaincue et pratiquante. Elle passe une partie de son enfance en Algérie, obtient un diplôme de la Croix-Rouge, et à l'âge de vingt ans, elle prend la décision de se vouer à une vie de couvent[1]. Quelques années plus tard, elle s'éprend pour la culture et la langue arabe et revient sur cette décision. Elle s'installe en à Rabat et devient infirmière dans un dispensaire prenant en charge les tuberculeux.

Cette immersion est l'occasion pour elle d'apprendre l'arabe dialectal marocain et de se familiariser avec les mœurs et la religion du pays[1]. Elle profite de cette nouvelle situation pour fréquenter les bibliothèques de la ville récemment promue capitale. Elle s'éprend de l'œuvre de Louis Massignon, artisan du dialogue entre islam et catholicisme, et érige l'islamologue en modèle. Au cours des années 1930, elle est amenée à diriger le dispensaire dans lequel elle exerçait[4].

Installation à Marrakech et traduction du Coran

En , elle élit domicile à Marrakech. Là où la quasi-totalité de la communauté européenne élit domicile dans les demeures modernes du quartier de Guéliz, bâti hors les murs, elle acquiert un vaste riad, le riad El Hafdi, situé dans le quartier Bab Doukkala de la vieille ville. Elle y résidera pour les soixante dernières années de sa vie. Son père, malade, y passera également quelques années, et décédera à Marrakech, où il se fera enterrer[1].

Dans ce riad, Denise Masson crée un Centre d'études islamiques où elle accueille de jeunes chercheurs en islamologie et en histoire. Elle décide dans un premier temps de placer son institut sous la direction de l'Éducation nationale française, mais en , elle le soustrait à cette tutelle, voyant que les requêtes pour favoriser l'apprentissage de la langue arabe demeuraient lettre morte. À la différence de Louis Massignon ou de Louis Gardet qu'elle admire également[5], Denise Masson n'ambitionne pas de favoriser un « dialogue » entre christianisme et islam, consciente que les institutions de ces deux religions étaient trop différentes. Sa démarche favorisait plutôt une meilleure connaissance, non de l'islam, mais plutôt des Musulmans[4].

En , elle publie dans la collection La Pléiade une traduction du Coran saluée pour ses qualités littéraires et son style concis[5]. Consciente que son genre risquait de faire d'elle et de son œuvre les cibles d'attaques, elle signe sa traduction du nom « D. Masson ». La réédition bilingue de , publiée à Beyrouth reçut de la part des oulémas de l'Université Al-Azhar du Caire le label d'« essai d'interprétation du Coran inimitable », qui distingue les traductions les plus fidèles du texte coranique[6]. La traduction de Denise Masson est à ce jour la version française la plus vendue.

Denise Masson décède en à l'âge de 93 ans.

Ouvrages

  • Le Coran et la révélation judéo-chrétienne, Études comparées, Paris, A. Maisonneuve, .
  • Le Coran Gallimard 1967
  • Le Coran, Paris, Gallimard, (réimpr. 1986, 1991, 1996), 1223 p. (ISBN 2-07-010009-X) Bibliothèque de la Pléiade.
  • L’eau, le feu et la lumière, d'après la Bible, le Coran et les traditions, Paris, Éditions Desclée de Brouwer, (réimpr. 1991), 185 p. (ISBN 2-220-02549-7)
  • Les trois voies de l'unique, Paris, Desclée De Brouwer, coll. « Ordinaire », , 230 p. (ISBN 2-220-02436-9)
  • Monothéisme coranique et monothéisme biblique : doctrines comparées, Paris, Desclée De Brouwer, , 821 p. (ISBN 2-220-02046-0)
  • Porte ouverte sur un jardin fermé : Valeurs fondamentales et traditionnelles d'une société en pleine évolution : Marrakech, 1930-1989, Paris, Desclée De Brouwer, coll. « Iles », (réimpr. 1992), 337 p. (ISBN 2-220-03059-8)Autobiographie.

Références

  1. Paola Frangieh, « Denise Masson, dame de lettres et de cœur », Le Soir Échos, (consulté le 5 février 2020).
  2. André Chouraqui, Le Coran, l'appel, Paris, Éditions Robert Laffont, , 1434 p. (ISBN 2-221-06964-1), « Liminaire »
    traduit et commenté.
  3. http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb169636396
  4. Mohammed Habib Samrakandi, « Denise Masson. Témoin de ce siècle finissant », Horizons Maghrébins - Le droit à la mémoire, nos 25-26, , p. 311-312 (lire en ligne, consulté le 5 février 2020).
  5. Renée Champion, « Masson Denise », dans François Pouillon (éd.), Dictionnaire des orientalistes de langue française : Nouvelle édition revue et augmentée, Paris, IISMM - Karthala, , 1073 p. (ISBN 978-2-8111-0790-1, lire en ligne), p. 704.
  6. Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, « Mort de l'islamologue Denise Masson : Une catholique "interprétatrice" du Coran », Le Monde, (lire en ligne).

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