Extraction de l'uranium

L’extraction de l'uranium est une industrie minière qui va de la prospection initiale jusqu'au produit transportable, le « yellowcake ». Elle est la première étape du cycle du combustible nucléaire visant à fournir le combustible des réacteurs nucléaires. Elle comprend les opérations successives suivantes :

  • La prospection de nouveaux gisements ;
  • La préparation d'un site pour l'exploitation d'un gisement (autorisations, conception et installation des équipements, construction éventuelle des ouvrages d'accès) ;
  • L'extraction du minerai, seul ou en coextraction avec de l'or, du cuivre, du phosphate... ;
  • Le traitement du minerai (concassage, broyage, dissolution de l'uranium) pour concentrer l'uranium sous forme de « yellowcake » (majoritairement composé de U3O8),
  • Le transport sécurisé du yellow cake,
  • Le démantèlement des équipements industriels et la gestion de l'après-mine.

La production d'uranium 2014[1].

État initial : Minerai d'uranium
État final : « yellowcake »
Prix spot de l'uranium en dollars par livre

En 2014, les trois premiers pays producteurs d'uranium dans le monde – le Kazakhstan, le Canada et l'Australie – totalisent les deux tiers de la production mondiale d'uranium. La production d'uranium, qui atteint 56,2 milliers de tonnes, est en baisse de 5,7 % par rapport à 2013.

Historique

Mine de Shinkolobwe. L'uranium pour le projet Manhattan et la bombe atomique lancée sur Hiroshima provenait de cette mine.

La première exploitation systématique de minerai radioactif est réalisée à Jáchymov (en allemand, Joachimsthal), une cité minière située dans ce qui est à présent la République tchèque. Marie Curie utilise de la pechblende provenant de Jáchymov pour isoler le radium, un descendant radioactif de l'uranium. Par la suite, et jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, l'exploitation minière vise principalement le radium. En France, la première exploitation est réalisée par Hippolyte Marlot à Saint-Symphorien-de-Marmagne, pour extraire le radium[2]. Cet élément est utilisé comme composant de peintures phosphorescentes pour des cadrans de montres ou autres instruments, ainsi que pour des applications médicales (certaines applications sont à présent considérées comme dangereuses pour la santé). L'uranium est alors un produit dérivé de ces applications, principalement utilisé comme pigment jaune.

Une demande spécifique en uranium apparaît au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le projet Manhattan, développant des études préparant les applications militaires de l'énergie atomique, cherche à acquérir des stocks d'uranium en quantité suffisamment importante. Le gisement historique de Jáchymov, sous occupation allemande, n'étant pas accessible, les Américains utilisent des minerais provenant de la mine de Shinkolobwe du Congo belge, fournis par l'Union minière du Haut Katanga, ainsi que du Canada. En application d'une politique d'auto-suffisance, ils récupèrent également l'uranium présent dans des exploitations de vanadium, présents dans le sud-ouest des États-Unis, mais de teneurs beaucoup plus faibles. L'Union soviétique, qui n'a pas de stock d'uranium au début de son programme d'armes atomiques, a une démarche similaire.

Le réacteur nucléaire naturel d'Oklo a été découvert en 1972 par des scientifiques français étudiant l'uranium extrait dans la mine d'Oklo au Gabon.

Les mines d'Arlit au Niger, exploitées par Areva, ont fourni depuis les années 1970 une part importante de l'uranium français.

On compte en France près de 210 anciens sites d'extraction et de traitement des minerais d'uranium. Tous ces sites ont représenté une production d'environ 72 800 tonnes d'uranium. L'activité minière d'extraction d'uranium en France a pris fin en mai 2001 avec la fermeture de la mine souterraine de Jouac/Le Bernardan, en Haute-Vienne, qui était exploitée par Cogéma. Certaines mines françaises servent aujourd’hui comme sites d'entreposage des résidus de traitement et des déchets radioactifs importés[3],[4].

Géologie de l'uranium

Minéralogie

Minerai sédimentaire d'uranium

L'uranium est relativement répandu dans l'écorce terrestre, que ce soit dans les terrains granitiques ou sédimentaires. La concentration d'uranium dans ces roches est de l'ordre de g/tonne. À titre d'exemple un terrain carré de 20 m de côté constitué uniquement de roche contient ainsi, sur une profondeur de 10 m, environ 24 kg d'uranium, ou encore un rocher cubique de 5,5 m de côtés contient environ kg d'uranium, ces ordres de grandeur n'étant que des moyennes (dans la plupart des gisements l'uranium n'est présent qu'à l'état de traces).

L'uranium naturel est également présent dans l'eau. On trouve mg/d'uranium par mètre cube d'eau de mer, soit mille fois moins que dans les roches. Le Rhône en charrie en effet près de 30 tonnes chaque année. Cet uranium provient de l'érosion des reliefs comme les Alpes, due au ruissellement de l'eau. Du point de vue prospectif, la récupération de l'uranium dissous dans l'eau de mer a été étudiée au Japon sans toutefois pouvoir conclure sur la faisabilité industrielle du procédé (en effet, les techniques d'extraction de l'uranium par matrice à échange d'ions est très gourmande en énergie et les coûts liés à son extraction sont exorbitants, rendant pour l'instant illusoire son extraction de l'eau de mer).

Le minerai naturel d'uranium est la pechblende, qui peut apparaître sous forme de filons métallifères. En ce qui concerne la cristallisation de l'uranium dans la nature, on connaît environ 300 minéraux différents, dont une grande quantité montre des cristallisations des plus remarquables (voir les cristaux de Autunite, Boltwoodite, Francevillite, Sengierite, Vanuralite, et tant d'autres).

Selon les gisements, le minerai considéré comme exploitable a une teneur de l'ordre de 1 à kg d'uranium par tonne de minerai (soit plusieurs centaines de fois la concentration naturelle moyenne du sol). La concentration exploitable varie très fortement suivant les conditions d'exploitation et suivant le cours du minerai[note 1].

Prospection

Carnotite à côté d'un compteur geiger

La prospection de l'uranium utilise tous les outils géologiques classiques. Sa principale originalité est d'utiliser en outre des techniques de prospection radiologique : le passage du compteur Geiger de quelques dizaines de chocs par seconde à quelques milliers indique la proximité d'un affleurement présentant une concentration potentiellement intéressante.

L'activité du minerai dépend de sa concentration, et est de l'ordre de 1,6 × 106 Bq kg−1 pour un minerai riche d'une teneur de %. Dans des gisements exceptionnel comme ceux du Canada, la teneur peut aller jusqu'à 15 %.

L'uranium est un métal relativement courant dans l'écorce terrestre, dont la caractéristique la plus remarquable est la radioactivité du minerai (l'uranium pur n'est que faiblement radioactif mais le minerai qui contient les corps de la décroissance jusqu'au plomb est fortement radioactif). Il contribue majoritairement au bruit de fond radiométrique. Historiquement, l'outil de détection employé a été le compteur Geiger, dont les premiers modèles transportables (de l'ordre de 25 kg) sont apparus dans les années 1930. Le compteur Geiger est encore utilisé aujourd'hui, mais les mesures qui demandent plus de précision sont effectuées par un compteur à scintillation.

L'idée d'une prospection aérienne radiologique a été émise en 1943, par G.C. Ridland, géophysicien travaillant à Port Radium (Canada). C'est à présent la technique la plus employée pour la prospection initiale de l'uranium. L'extension du gisement est ensuite précisée par des moyens plus classiques : échantillonnages, puis forages prospectifs.

Gisements sous discordance

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Les minéralisations uranifères de type discordance ont été découvertes pour la première fois à la fin des années 1960 dans les bassins de l'Athabasca (Canada) et de McArthur (Saskatchewan, Canada[5]). Leur richesse est exceptionnelle.

Les dépôts d'uranium se situent à l'interface entre un socle d'âge archéen à protérozoïque inférieur et une puissante couverture de grès du protérozoïque moyen. Ils sont généralement associés à des failles à graphite et entourés de halos d'altérations argileuses de haute température. Les minéralisations ne sont pas clairement datées mais sont plus récentes que les couvertures sédimentaires.

Le modèle communément admis pour la genèse de ces gisements est diagénétique hydrothermal, c'est-à-dire que le dépôt a lieu pendant la diagenèse à la faveur de circulations de fluides. Une saumure très concentrée et oxydante percole dans le socle et s'enrichit en calcium, magnésium et uranium par dissolution de monazite, s'appauvrit en quartz et augmente sa température. Au contact d'un front rédox à la discordance, cette saumure dissout du quartz et précipite de l'uranium dans l'espace libéré. Des altérations, remobilisations et précipitations successives ont probablement lieu ultérieurement.[réf. nécessaire]

Voir par exemple la configuration illustrée dans l'article réacteur nucléaire naturel d'Oklo.

Les mécanismes de minéralisation en Australie et au Canada sont assez semblables mais leurs formes et leurs emplacements diffèrent sensiblement, ce qui amène les scientifiques à spéculer sur des mécanismes de réduction différents pour les deux bassins. Les géologues essayent cependant de comprendre ce qu'ils ont en commun pour trouver de nouveaux gisements de ce type. Enfin, l'analogie entre ce type de gisement et la conception actuelle du stockage des déchets radioactifs en couche géologique profonde intéresse fortement les chercheurs.[réf. nécessaire]

Mines d'uranium

Technique d'extraction

Le minerai d'uranium est extrait selon quatre techniques, dites conventionnelles[6] :

  • l'exploitation en galerie souterraine : le minerai est atteint grâce à des galeries à l'instar des mines de charbon. En 1990, 55 % de la production mondiale provenait de mines souterraines, mais cette technique a diminué de façon spectaculaire pour ne représenter plus que 33 % en 1999 et 28 % en 2010 avec 15 095 tonnes extraites.
  • l'exploitation à ciel ouvert : l'uranium est extrait après décapage de la partie de la roche qui le recouvre. 13 541 tonnes ont été extraites en 2010 selon cette technique, soit 25 % de l'uranium extrait cette année dans le monde.
  • L'exploitation par lixiviation in situ (ISL) : un premier forage est réalisé, permettant d'injecter dans le sol une solution chimique puis l'uranium dissous par cette solution est récupéré à la surface grâce à un deuxième forage. 22 108 tonnes ont été extraites selon cette technique en 2010, soit 41 % du minerai mondial. Cette technique connaît un important développement essentiellement au Kazakhstan.
  • La coproduction consiste à extraire l'uranium simultanément à l'extraction d'autres minerais, de l'or, du cuivre ou du phosphate. 2 920 tonnes ont été extraites en 2010, soit 5 % du tonnage mondial.

Pour pallier la présence de radioactivité dans la mine d'uranium, l'industrie minière met en place des mesures de sécurité spéciales : par exemple des systèmes d'arrosage et ventilation permanente pour diminuer l'irradiation et réduire les concentrations de poussières et de radon.

Concentration en « pâtée jaune »

État final : « pâtée jaune » (yellowcake).

Les faibles concentrations en uranium des minerais extraits rendent son transport économiquement non rentable, et imposent un traitement de concentration sur place. Le concentré de « pâtée jaune » est préparé aux abords de la mine par de nombreuses méthodes d'extraction et de raffinage, dépendant du type de minerai. On extrait typiquement environ 500 g de pâtée jaune par tonne de minerai.

Le minerai est tout d'abord réduit mécaniquement en une poudre fine par concassage, en le faisant passer à travers une série de concasseurs et de tamis.

Il est ensuite traité par diverses opérations chimiques dans des bains concentrés d'acide, de base, ou de peroxyde, afin de dégager l'uranium par dissolution.

Le pâté jaune est obtenu par précipitation de la solution, filtration puis lavage, séchage et emballage. Le résultat est une pâte jaune dont la teneur en uranium est de 750 kg/tonne.

Plus grandes mines en exploitation

55 % de la production mondiale provient de dix mines, dont quatre sont situées au Kazakhstan[6].

MinePaysPropriétaireTypeProduction 2010% de la production mondiale
McArthur RiverCanadaCamecosouterrain7 65414 %
RangerAustralieERA (Rio Tinto : 68 %)ciel ouvert3 2166 %
RossingNamibieRio Tinto : 69 %ciel ouvert3 0776 %
KraznokamenskRussieARMZsouterrain2 9205 %
ArlitNigerSOMAÏR/Arevaciel ouvert2 6505 %
TortkudukKazakhstanKatco JV/ ArevaISL2 4395 %
Olympic DamAustralieBHP Billitonsouterrain2 3304 %
Budenovskoye 2KazakhstanKaratau JV/KazatomopromISL1 7083 %
South InkaiKazakhstanBetpak-Dala JV/ Uranium OneISL1 7013 %
InkaiKazakhstanInkai JV/CamecoISL1 6423 %
Total 10 plus grandes mines29 33754 %

Mines récemment ouvertes

Année
d'ouverture
PaysNom de la mineProduction projetéePropriétaireCommentaires
2007ChineQinlong100 tU/an
KazakhstanKendala JSC- Central Mynkuduk2 000 tU/an en 2010
2008KazakhstanKharasan-11 000 tU/an vers 2010-2012production pilote
2009KazakhstanKharasan-22 000 tU/an vers 2010-2012production pilote
KazakhstanAppak LLP-West Mynkuduk1 000 tU/an en 2010
KazakhstanKaratau LLP – Budenovskoye-1production pilote
KazakhstanSemizbai-U LLP – Irkol750 tU/an eb 2010
MalawiKayelekera1270 tU/an en 2010
Afrique du SudUranium One – Dominium & Rietkuil1460 tU/an en 2010
2010AustralieHoneymoon340 tU/anLes réserves estimées sont de 3230 tU[NEA 1].
AustralieFour Mile1000 tU/anLes réserves estimées sont de 12 700 tU d'une teneur de 0,31 %[NEA 2].
IndeTummalapalle215 tU/an
KazakhstanKyzylkum LLP – Kharasan-11000 tU/an3 000 tU/an en 2014
KazakhstanSouthern Inkai1000 tU/an
KazakhstanBaiken-U LLP– Northern Kharasan1 000 tU/an2 000 tU/an en 2014
NamibieValencia1 150 tU/an
États-UnisLost Creek770 tU/an
États-UnisMoore Ranch770 tU/an
2011IndeMohuldih75 tU/an
KazakhstanZhalpak750 tU/an vers 2015
KazakhstanAkbastau JV JSC – Budenovskoye3 000 U/an vers 2014
KazakhstanCentral Moinkum500 tU/an vers 2018
NamibieValencia1 000 tU/an
NigerAzelik700 tU/anSOMINALa Société des mines d’Azelik (SOMINA) a été créé le 3 juin 2007 spécifiquement pour exploiter le gisement d'Azelik. La composition de cette société est la suivante : SOPAMIN (gouvernement du Niger) 33 % - SINO-U (Chine) 37,2 % - ZX Joy Invest (Chine) 24,8 % - Trenfield Holdings SA (Sté privée du Niger) 5 %[NEA 3].
RussieKhiagda1 000 tU/an1 800 tU/an vers 2018
2012BrésilSt. Quitéria/Itataia1 000 tU/anExploitation reportée en 2017
IndeKilleng-Pyndengsohiong Mawthabah340 tU/an
IndeLambapur-Peddagattu130 tU/an
IranSaghand50 tU/an
JordanieCentral Jordan2 000 tU/an
KazakhstanSemizbai-U LLP – Semizbai500 tU/an
MongolieDornod1150 tU/an
2013NamibieHusab5 700 tU/an
CanadaCigar Lake6 900 tU/anCameco - Areva - Idemitsu - TEPCOLes ressources identifiées sont de 88 200 tU d'une teneur moyenne d'environ 16 % U, faisant de cette mine le deuxième plus grand gisement d'uranium du monde à forte teneur en uranium. La propriété est partagée entre Cameco (50,025 %), Areva (37,1 %), Idemitsu (7,875 %) et TEPCO (5 %). Environ la moitié de la première phase du minerai de Cigar Lake sera expédiée sous forme d'une solution d'uranium enrichi de l'usine de McClean Lake vers l'usine de Rabbit Lake pour le traitement final[NEA 4].
CanadaMidwest2 300 tU/anLes réserves sont estimées à 16 700 tU[NEA 5].
2014RussieGornoe600 tU/an
RussieOlovskaya600 tU/an
2015RussieElkon5 000 tU/an
RussieNovokonstantinovskoye1 500 tU/an

Projets de mines abandonnés

Année
d'ouverture
PaysNom de la mineProduction projetéePropriétaireCommentaires
2011NamibieTrekkopje1 600 tU/anAreva"gel" du projet en 2012 après un investissement de plus d'un milliard d'euros
2013NigerImouraren5 000 tU/anSOPAMIN / Areva / KepcoAprès un investissement de plus de 1,6 milliard de dollars, le projet Imouraren est "gelé" par Areva en 2014

Économie minière de l'uranium dans le monde

Production mondiale

Évolution de la production mondiale en uranium entre 1945 et 2010
10 pays produisent en 2010 96 % de l'uranium extrait dans le monde

La demande en uranium a connu un pic historique à partir des années 1950, avec le début de la course aux armements nucléaires de la guerre froide. La demande militaire s'atténua dans les années 1960, et à la fin des années 1970, les programmes d'acquisition s'achevèrent, un niveau de destruction mutuellement assuré (MAD) étant atteint.

Les années 1970 virent une nouvelle demande émerger avec le démarrage de l'énergie nucléaire civile, et la construction de centrales nucléaires. Cette demande s'effondra au début des années 1980, d'une part parce que les constructions de centrales étaient achevées, et d'autre part parce que la pression d'opinion antinucléaire à la suite des catastrophes de Three Mile Island et surtout Tchernobyl entraîna dans de nombreux pays un moratoire de fait sur la construction de nouvelles centrales.

Le graphique comparatif de l'offre et de la demande entre 1945 et 2010, établi sur la base des données de la World nuclear Association, fait apparaître sur certaines périodes une différence entre la demande et l'offre. Ce manque de ressources a pu atteindre en particulier entre 25 % et 48 % des besoins pour alimenter les réacteurs entre 2000 et 2008. Les apports qui ont permis de répondre à la demande proviennent de ressources secondaires : les stocks commerciaux précédemment accumulés, les matières issues de la réduction des stocks de matières militaires, consécutivement à la réduction des arsenaux des deux superpuissances et, beaucoup plus faiblement, des matières issues du recyclage via le traitement des combustibles usés du cycle civil[Capus 1].

En 2010, les trois principaux pays producteurs d'uranium sont le Kazakhstan, le Canada et l'Australie. À eux trois, ils se partagent 62 % du marché mondial qui atteignait cette année 53 663 tonnes.

  • Le Kazakhstan qui ne produisait que 3 300 tonnes en 2003 a vu sa production multipliée par 5, passant à 14 020 tonnes en 2010, prenant ainsi le rang de premier producteur mondial, avec 33 % de la production ;
  • Le Canada voit sa progression maintenue entre 2003 et 2010, s'infléchissant légèrement, passant de 10 457 tonnes à 9 783 tonnes, sa part du marché mondial passant de 29 % en 2003 à 18 % en 2010 ;
  • L'Australie connaît également une baisse d'exploitation, le tonnage d'uranium extrait passant de 7 572 à 5 900, et la part dans le marché mondial de 21 % à 11 %.

Trois autres pays produisent entre 5 % et 10 % de la production mondiale. Il s'agit de la Namibie (4 496 tonnes - 8 %), du Niger (4 198 tonnes - 8 %), et de la Russie (3 562 tonnes - 7 %). Le reste de la production (moins de 15 %) se partage entre petits producteurs tels notamment l'Afrique du Sud, l'Ouzbékistan, l'Ukraine et les États-Unis.

L'évolution des productions d'uranium par pays producteur entre 2003 et 2010 est, selon les statistiques de la world nuclear association, la suivante[6].

Pays20032004200520062007200820092010Taux 2010
Kazakhstan3 3003 7194 3575 2796 6378 52114 02017 80333 %
Canada10 45711 59711 6289 8629 4769 00010 1739 78318 %
Australie7 5728 9829 5167 5938 6118 4307 9825 90011 %
Namibie2 0363 0383 1473 0672 8794 3664 6264 4968 %
Niger3 1433 2823 0933 4343 1533 0323 2434 1988 %
Russie3 1503 2003 4313 2623 4133 5213 5643 5627 %
Ouzbékistan1 5982 0162 3002 2602 3202 3382 4292 4004 %
États-Unis7798781 0391 6721 6541 4301 4531 6603 %
Ukraine (estim.)8008008008008468008408502 %
Chine7507507507507127697508272 %
Malawi1046701 %
Afrique du Sud7587556745345396555635831 %
Inde (estim.)2302302301772702712904001 %
République tchèque4524124083593062632582540 %
Brésil3103001101902993303451480 %
Roumanie (estim.)90909090777775770 %
Pakistan (estim.)45454545454550450 %
France077545870 %
Allemagne104779465410000 %
Monde35 57440 17841 71939 44441 28243 85350 77253 663
Tonnes U3O841 94447 38249 19946 51648 68351 71659 87563 285
Pourcentage des besoins mondiaux65 %63 %64 %68 %78 %78 %

Producteurs

En 2010, dix compagnies se partagent 87 % du marché de l'extraction de l'uranium dans le monde[6].

EntrepriseUranium extrait en 2010
(tonnes)
taux mondial
Cameco8 75816 %
Areva8 31916 %
Kazatomprom8 11615 %
Rio Tinto6 29312 %
ARMZ4 3118 %
Uranium One2 8555 %
Navoi2 4004 %
BHP Billiton2 3304 %
Paladin2 0894 %
Sopamin1 4503 %
AngloGold5631 %
Denison5551 %
Heathgate3541 %
Mestena2881 %
Autres4 9829 %
Total53 663100 %

Réserves mondiales

Répartition des réserves mondiales d'uranium (AIEA - livre rouge 2010)

Les ressources en uranium se subdivisent en diverses catégories par degrés de connaissance géologique et par catégorie de coût de récupération de l’uranium. On distingue les « ressources identifiées », regroupant des ressources raisonnablement assurées (RRA) et des ressources « inférées » (IR), à savoir des gisements découverts, étudiés et correctement évalués[Capus 2]. Selon les analyses, de l'AIEA, Livre rouge 2005, les ressources mondiales identifiées s'élevaient en 2005 à 4,75 millions de tonnes d'uranium (pour un coût d'extraction inférieur à 130 US$/kg U), auxquelles s’y ajouteraient potentiellement 10 MtU de « ressources non découvertes », catégorie hautement spéculative. Ces ressources permettraient de faire fonctionner, selon l'AIEA, le parc 2005 de réacteurs à eau légère pendant 70 ans[Capus 3],[7].

Au 1er janvier 2009, les ressources identifiées s'élevaient à 5,4 millions de tonnes d'uranium[NEA 6].

Ressources identifiées au 1er janvier 2009
PaysTonnage d'uranium par coût d'extraction|Taux %
< 40 US$/kg< 80 US$/kg< 130 US$/kg< 260 US$/kg(< 130 US$/kg)
AustralieNA1 612 0001 673 0001 679 00031 %
Kazakhstan44 400475 500651 800832 00012 %
Canada366 700447 400485 300544 7009 %
Russie0158 100480 300566 3009 %
Afrique du Sud153 300232 900295 600295 6005 %
Namibie02 000284 200284 2005 %
Brésil139 900231 300278 700278 7005 %
Niger17 00073 400272 900275 5005 %
États-Unis039 000207 400472 1004 %
Chine67 400150 000171 400171 4003 %
Ouzbékistan086 200114 600114 6002 %
Jordanie0111 800111 800111 8002 %
Ukraine5 70053 500105 000223 6002 %
Inde0080 20080 2001 %
Mongolie041 80049 30049 3001 %
Algérie0019 50019 500<1 %
Argentine011 40019 10019 100<1 %
Malawi08 10015 00015 000<1 %
République centrafricaine0012 00012 000<1 %
Espagne02 50011 30011 300<1 %
Suède0010 00010 000<1 %
Slovénie009 2009 200<1 %
Turquie007 3007 300<1 %
Portugal04 5007 0007 000<1 %
Roumanie006 7006 700<1 %
Japon006 6006 600<1 %
Gabon004 8005 800<1 %
Indonésie004 8006 000<1 %
Italie004 8006 100<1 %
Pérou002 7002 700<1 %
Finlande001 1001 100<1 %
République tchèque0500500500<1 %
France001009 100<1 %
Chili0001 5000 %
République démocratique du Congo0002 7000 %
Danemark00085 6000 %
Égypte0001 9000 %
Allemagne0007 0000 %
Grèce0007 0000 %
Hongrie0008 6000 %
Iran0002 2000 %
Mexique0001 8000 %
Slovaquie00010 2000 %
Somalie0007 6000 %
Tanzanie00028 4000 %
Vietnam0006 4000 %
Zimbabwe0001 4000 %
Total794 4003 741 9005 404 0006 298 500%

Adéquation entre l'offre et la demande

Pour répondre aux besoins, les « ressources identifiées » doivent faire l'objet d'une extraction et les « ressources non découvertes » doivent être découvertes et exploitées. Or ce sont essentiellement les conditions du marché qui sont le principal moteur de développement et de décisions de lancement de nouveaux projets de centres de production. Avec l'augmentation du prix de l'uranium depuis 2003, et malgré une baisse depuis la mi-2007, des projets pour accroître la capacité de production sont apparus dans différents pays. Certains, notamment le Kazakhstan, mais aussi l'Australie, le Brésil, le Canada, la Namibie, le Niger, la Fédération de Russie et l'Afrique du Sud, ont fait état de projets pour augmenter de manière conséquente leur capacité de production future. En outre de nouveaux pays émergent : le Malawi a maintenant une mine d'extraction et la Jordanie envisage de commencer la production dans un proche avenir. Toutefois, la hausse des coûts d'exploitation minière et de recherche et développement, la baisse des prix du marché depuis 2007 ont entraîné des retards dans certains de ces projets[NEA 7].

Évolution estimée de l'offre et de la demande entre 2010 et 2035

Parallèlement à l'évolution de la capacité de production, les besoins devraient augmenter jusqu'à 2035. Deux hypothèses sont prises en compte par l'AIEA. L'hypothèse haute, scénario de la World Nuclear Association (WNA) publié en 2005, correspond à un doublement d’ici 2030 de la puissance installée, qui passerait ainsi de 370 GWe à 740 GWe. Sur la base d’un parc essentiellement constitué de réacteurs à eau légère existants et progressivement renouvelés par des homologues de troisième génération auxquels s’ajoutent les nouveaux réacteurs du même type, les consommations d’uranium passeraient ainsi de 66 000 tU/an à 159 000 tU/an[Capus 3].

Les plans de développement connus en 2009 sont censés couvrir les besoins mondiaux, s'ils sont mis en œuvre avec succès, même dans le cas de cette hypothèse haute, pendant une grande partie de cette période 2010-2035, même sans l'apport de ressources secondaires[NEA 7]. Ces ressources secondaires devraient continuer à être une composante d'approvisionnement pour les années à venir, bien que les informations disponibles sur celles-ci ne permettent pas de préciser combien de temps elles contribueront à satisfaire la demande future. En 2007, Georges Capus, expert auprès d'Areva, constatait que les stocks commerciaux excédentaires étaient proches de zéro et ceux de matières militaires réputés mobilisables devaient arriver à épuisement en 2013[Capus 1].

Si toutes les mines existantes et commandées produisent au niveau de leur capacité de production déclarée, l'hypothèse haute devrait être atteinte d'ici 2020. Si on prend en compte les mines prévues et envisagées, le niveau haut devrait être atteint en 2029. La capacité de production des centres de production existants et commandés ne devrait par contre satisfaire en 2035 qu'environ 78 % des besoins en cas d'hypothèse basse et 49 % des besoins en cas d'hypothèse haute. Dans le cas de l'hypothèse basse, les mines existantes additionnées à celles prévues et envisagées devraient permettre de satisfaire la demande jusqu'en 2035, mais ne permettraient pas de répondre à l'hypothèse haute (79 % des besoins de l'hypothèse haute en 2035)[NEA 8].

Le défi sera de combler l'écart entre la production mondiale et les besoins en uranium (particulièrement dans le cas de l'hypothèse haute). Il conviendra en particulier de confirmer avant 2030 que les ressources spéculatives, évaluées essentiellement sur des bases théoriques, correspondent bien à de vrais gisements[Capus 4]. Le réseau "sortir du nucléaire" s'appuyant en particulier sur les constatations de l’Energy Watch Group, affirmant que l'exploration accrue de ces dernières années n’a en fait provoqué aucune augmentation significative des ressources répertoriées, en doute[8],[9].

Ainsi Georges Camus, expert auprès de Areva, et le réseau Sortir du nucléaire arrivent à la même conclusion, à savoir qu'une tension sur le matériau uranium est quasiment certaine au milieu du XXIe siècle. Ils divergent toutefois sur les solutions : le premier préconise de se préparer pour disposer d'un parc de réacteurs à neutrons rapides vers 2040-2050, bien moins exigeant en ressources d'uranium, le second propose de se désengager du nucléaire.

Cours de l'uranium

Évolution du prix spot de l'uranium depuis 1978 (indicateur Trade Tech) - kg d'uranium = 2,6 lb d'U3O8
Prix spot de l'uranium en dollars par livre jusqu'en 2017

Le prix de l'uranium avait atteint 43 US$/lb U3O8 en 1978. La surproduction d'uranium qui durait depuis le début des années 1990 conjuguée avec la disponibilité de ressources secondaires ont conduit à une baisse du prix dans les années 1980 jusqu'en 1994 où ils ont atteint leur niveau le plus bas en 25 ans. L'importante baisse et la nouvelle demande en uranium ont entraîné un léger sursaut jusqu'en 1996 où la baisse a repris pour atteindre un plus bas niveau en 2001 avec 7 US$/lb en 2001[NEA 9].

Depuis 2001, son prix est remonté de manière spectaculaire pour atteindre un sommet en juin 2007 à 136 US$/lb avant de retomber à 85 US$/lb en octobre 2007[NEA 9]. Cette hausse est due à de nombreux facteurs structurels[10] :

  • Le moratoire sur les centrales nucléaires tend à prendre fin, à la suite du Protocole de Kyoto ; l'énergie nucléaire étant peu productrice de gaz à effet de serre.
  • La consommation mondiale en énergies fossiles (gaz et pétrole) en tire les prix vers le haut, et accélère l'épuisement des réserves. Le passage à une énergie de substitution est préparé dès à présent.
  • Le prix du kWh nucléaire ne cesse de baisser, ce qui en fait une source toujours plus attractive économiquement, bien que les coût de démantèlement des centrales qui arrivent au terme de leur exploitation n'est toujours pas pleinement pris en compte.

La lente remontée des cours à partir de 2010 vers 73 USD s'est brutalement arrêtée en mars 2011 avec l'Accident nucléaire de Fukushima entrainant la décision de fermetures de nombreux réacteurs en Allemagne et en Belgique notamment. Le cours se stabilisent entre septembre 2011 et l'été 2012 vers 50-52 USD.

Certains experts prévoient le doublement du nombre de centrales d'ici 2050, sans compter les besoins probables d'une industrie chinoise émergente. Les stocks prévisibles à cette échéance sont insuffisants pour faire face à la demande, justifiant une hausse des cours. Cette remontée des cours a donné un coup de fouet à l'expansion des mines actuelles. Parallèlement, de nouvelles mines sont ouvertes (ou d'anciennes mines sont rouvertes), et la prospection minière a été relancée. Mais il faut des années pour mettre une mine en production, et ces ajustements économiques n'auront d'effet qu'à plus long terme.

Sûreté nucléaire et impacts environnementaux

Le minerai d'uranium est un élément faiblement radioactif, qui ne présente pas de danger pour l'environnement s'il reste dans son état naturel. Cependant, après le démantèlement d'une mine d'uranium, il reste plus de 80 % des radioisotopes dans les collines de déblais. Le vent diffuse des particules radioactives dans toutes les directions. L'eau ruisselante est contaminée et s'infiltre dans les nappes phréatiques ou les ruisseaux. Les résidus miniers constituent ainsi la source la plus importante d'exposition aux radiations sur l'ensemble du cycle d'exploitation de l'énergie nuclaire[11].

Une mine d'uranium en exploitation produit de nombreux déchets :

  • des rejets atmosphériques : le radon et les poussières radioactives. L'un des rejets les plus dangereux d'une mine d'uranium est le radon, un gaz rare invisible et inodore qui se propage depuis les installations de conditionnement et les collines de déblais ou les réservoirs de déchets liquides. Le radon entraîne un risque de cancer du poumon.
  • des rejets liquides : l'eau d'exhaure créée par les forages et l'évacuation d'eaux de ruissellement à l'intérieur de la mine peut être plus ou moins bien traitée avant rejet.
  • des déchets solides : les boues et les précipités en provenance du traitement des effluents liquides.
  • des stériles : les roches extraites qui ne contiennent que trop peu d'uranium pour être exploitées. Ces roches ne sont pas traitées. La quantité des stériles de mines d'uranium atteint des centaines de millions de tonnes. Si les stériles ne sont pas bien couverts et situés, ils rejettent du radon et des poussières radioactives dans l'air et par infiltration d'eau de pluie des matières toxiques et radioactives passent dans les eaux souterraines et superficielles.
  • des minerais pauvres : les minerais dont la teneur en uranium se situe entre 0,03 et 0,8 % environ. Ils ne sont pas toujours traités. Les stocks posent les mêmes problèmes que les stériles, aggravés par la teneur supérieure en uranium.

Ces déchets exposent l'environnement à la radioactivité des radioisotopes, qui peuvent entraîner une contamination radioactive des humains, de la faune et de la flore. Dans l'air, les concentrations en uranium sont très faibles. Il est présent sous forme de poussières qui retombent dans les eaux de surface, les plantes ou sur le sol. Il se retrouve ensuite dans les sédiments de l'eau ou dans les couches les plus profondes du sol, où il se mélange avec l'uranium déjà présent. Dans l'eau, la plupart de l'uranium est de l'uranium dissous qui provient des roches et des sols que l'eau recouvre. Une partie de l'uranium est en suspension, ce qui donne à l'eau un aspect boueux. La quantité d'uranium dans l'eau potable est en général très faible. Il n'y a en général pas de risques à boire une eau contenant des petites quantités d'uranium. L'uranium n'a pas tendance à s'accumuler dans les poissons ou les légumes et l'uranium qui est absorbé est éliminé rapidement dans les urines et les fèces. Dans le sol, on trouve des concentrations diverses d'uranium, elles sont en général très faibles. L'homme augmente les quantités d'uranium dans le sol du fait de ses activités industrielles. L'uranium présent dans le sol se combine avec d'autres composés, et peut rester dans le sol pendant des années sans rejoindre les eaux souterraines. Les concentrations en uranium sont souvent plus élevées dans les sols riches en phosphate, mais ceci ne représente pas un problème car ces concentrations ne dépassent souvent pas la valeur limite pour un sol non contaminé. Les plantes absorbent l'uranium par leurs racines et le stockent là. Les légumes-racines, tels que les radis, peuvent donc contenir des concentrations en uranium plus élevées que la normale.

L'érosion des produits extraits des mines peut entraîner la libération de quantités plus importantes d'uranium dans l'environnement. De plus, certains déchets ont non seulement un danger lié à la radioactivité mais aussi un risque lié à la toxicité des produits chimiques conventionnels tels que l'acide sulfurique et les métaux lourds, résidus du traitement du minerai d'uranium. Enfin, il faut aussi considérer les nuisances de la mine dues à :

  • la surface totale de terrain occupé par la mine, ses stériles et ses infrastructures annexes et d'accès ;
  • l'impact social pour la population indigène vivant sur le site d'exploitation ou à proximité (exemples aux États-Unis, Canada, Afrique (Niger…), Australie, Tibet (voir Sun Xiaodi), etc.).

La CRIIRAD a mené en décembre 2003 une inspection à Arlit (Niger) où se trouvent des mines d'uranium exploitées par l'industrie nucléaire française (Cogéma-Areva). De nombreuses irrégularités ont été pointées dans le rapport final, bien que l'inspection ait été perturbée par la confiscation du matériel et diverses obstructions de la part des autorités nigériennes et de la Cogéma[12].

Selon l'Institut écologique d'Autriche[13], l'exploitation des mines d'uranium et les opérations de traitement du combustible usé sont les étapes du cycle du combustible nucléaire qui contribuent le plus aux doses radiatives dues à l'énergie nucléaire[14] (en tenant compte d'un fonctionnement normal et de « petits » incidents, c'est-à-dire en excluant les essais nucléaires et les accidents graves tels que la catastrophe de Tchernobyl).

Pour le président de la commission canadienne de sûreté nucléaire, « Les activistes, les médecins praticiens et les politiciens qui ont demandé un moratoire sur l'extraction de l'uranium peuvent avoir des raisons variées de le faire, mais leurs allégations relatives à une mise en danger du public ou de l'environnement sont fondamentalement fausses ; elles sont contredites par des années d'investigations scientifiques et de constats objectifs »[15]

Lorsque la réglementation est laxiste, des stériles ou minerais pauvres peuvent être utilisés dans la construction comme remblais. D'après Areva, Ceci peut conduire à des concentrations de radon radioactifs dans les habitations notamment en l'absence de ventilation adaptée à la quantité de radon[16].

Une étude faite entre 2012 et 2014 sur le bassin versant de la Dordogne par l'IRSN, sur la base d’une démarche pluraliste menée avec les acteurs du territoire, conclut que les mines d'uranium n'ont « pas d'impact perceptible sur l'environnement »[17].

Fin d'exploitation, réhabilitation d'anciennes mines

Les codes miniers (différents selon les pays) imposent de plus en plus que l'exploitant (public ou privé) s'engage à réhabiliter le paysage, en veillant - en fin d'exploitation - à ce qu'il y ait le moins de dégâts environnementaux possibles pour l'avenir.

Besoin en radioprotection

D'une manière générale, il est normal de retrouver de la radioactivité sur un ancien site minier d'uranium ou de thorium, mais une radioactivité même élevée n'atteint pas nécessairement un niveau où des mesures de radioprotection doivent être mises en œuvre :

  • Le « niveau normal » ou « niveau naturel » de radioactivité dans la nature correspond à une exposition permanente de l'ordre de 0,1 µSv h−1.
  • Le seuil de référence édicté par l’Union Européenne en dessous duquel une exposition à des rayonnements est « en pratique négligeable »[18] du point de vue de la protection contre les rayonnements, et n'impose donc pas de déclaration réglementaire, est de μSv h−1, soit dix fois le « niveau normal ».
  • En France et en 2015, la limite réglementaire pour l'exposition du public aux rayonnements artificiels, en dessous de laquelle il n'est pas nécessaire de mettre en place une zone surveillée radiologique, est de 2,5 µSv h−1, ou mSv par an (Code de la santé publique, Article R1333-8), ce qui représente vingt cinq fois ce « niveau naturel » - sans conséquence particulière attendue.
  • Cependant, l'exposition de la population aux rayonnements naturels dépasse parfois fortement ces « limites réglementaires » dans de larges régions comme le Kerala en Inde[19] qui peut atteindre une moyenne de 3,7 µSv h−1, ou dans les quartiers à radioactivité naturelle élevée de la ville de Ramsar en Iran (exposition moyenne de 1,14 µSv h−1 mais pouvant atteindre 30 µSv h−1 dans certaines habitations)[20],[21], soit une trentaine de fois le niveau « en pratique négligeable », ou encore trois cents fois le « niveau normal », sans qu'aucun effet néfaste n'ait jamais été constaté sur ces populations.
  • À plus de mille fois le « niveau naturel », cent fois le « niveau négligeable », et plus de trente fois la « limite légale », l'expérimentation ne rencontre toujours pas d'effets détectables sur le plan biologique : des souris exposées à 120 µGy h−1 pendant cinq semaines ne montrent pas d'effet détectable sur l'ADN[22], bien que la dose totale (0,1 Gy) entraîne des dommages détectables quand elle est reçue en une seule fois.
  • Il faut en pratique un débit de dose supérieur à 1 000 µSv h−1, et pour des animaux le subissant en permanence, pour commencer à voir apparaître des effets néfastes pour de tels débits de dose : Des rats mâles restent fertiles pendant 10 générations s'ils sont exposés à 20 mSv par jour mais un accroissement, même léger, au-delà de cette limite inhibe totalement la spermatogenèse[23],[24]
  • Les premiers cancers de la peau n’apparaissent que pour des débits de dose encore dix fois supérieurs.

Autrement dit, il y a un facteur cent entre la « limite légale » et les débits qui seraient objectivement nuisibles pour qui s'y exposerait en permanence (et nécessitant de ce fait une surveillance). Sachant de plus qu'un ancien site minier n'est généralement pas un lieu d'habitation permanent, des mesures complémentaires de réhabilitation des sites ne sont donc pas nécessaires même au-delà de ces valeurs, compte tenu des scénarios d'occupation.

Trouver quelque part des débits de dose au-dessus de la « limite légale » (et même cent à mille fois supérieurs) n'est donc pas en soi un problème tant que l'on n'a pas précisé quel était le scénario d'occupation des lieux.

Cette distorsion entre ce qui est le « niveau naturel » et ce qui est objectivement préoccupant est encore plus forte quand on rapporte les mesures en becquerels (mesurant une quantité de matière radioactive sans notion d'impact), au lieu de les donner en sieverts (seule unité mesurant l'impact sur la santé humaine). Des mesures en Becquerel très élevées peuvent être négligeables, ainsi, une contamination au sol de 1 MBq/m2 en césium 137 (un million de becquerels par mètre carré) entraîne un débit de dose de l'ordre de la dizaine de mSv par an (1,5 à 4 µSv/h)[25] pour une personne qui y serait exposée en permanence, ce qui correspond en réalité à un « niveau négligeable ».

Séquelles d'exploitation

Elles peuvent perdurer des années, décennies ou siècles selon les cas.

En France où la dernière mine a été fermée en mai 2001, la surveillance des anciennes mines d'uranium (210 sites, répartis sur 25 départements selon l'IRSN[26]) se fait sous le contrôle de l'IRSN[27], les données anciennes devant être stockée dans une Base de donnée nationale des sites miniers d'uranium utilisable par les générations actuelle et futures (Programme MIMAUSA). L'IRSN selon son site internet[28] a réalisé des expertises les mines du Limousin, les mines de Saint-Pierre, les méthode d’évaluation de l’impact des sites de stockage de résidus de traitement de minerais d’uranium, la Division minière de La Crouzille (Haute-Vienne) et hors de France les Mines d'uranium du Niger (les plus importantes d'Afrique)

Débits de dose induits par des stériles

Des stériles miniers (et même des minerais relativement riches) n'induisent pas de risque mesurable du fait de l'exposition externe.

Le débit de dose induit par des roches radioactives dépend de plusieurs facteurs. La mesure de base est la radioactivité de la roche elle-même (évaluée en becquerels par kilogramme), mais l'effet biologique de ce rayonnement sur l'homme dépend également la nature et l'énergie des rayonnements émis. Cet effet se calcul à travers un facteur de conversion, en (nGy/h)/(Bq/kg), qui permet de calculer pour une radioactivité donnée le débit de dose moyen, conventionnellement reçu à un mètre du sol (l'irradiation à distance étant essentiellement due au rayonnement gamma, cette mesure est relativement indépendante de la distance).

Pour l'uranium-238 ou le radium-226, le facteur de conversion[29] est de 0,46 nGy h−1 (Bq/kg)−1. Ainsi, un minerai d'uranium de 40 kBq kg−1 (correspondant à une concentration relativement importante de 250 ppm) conduirait à une exposition de l'ordre de 18,4 µSv h−1, sans conséquence pratique pour la santé : il faudrait des concentrations pratiquement dix fois plus fortes pour commencer à envisager des effets somatiques pour une population qui y serait exposée en permanence, et justifier des mesures de prévention. Inversement, des « stériles miniers » seront toujours au-dessous d'un tel débit de dose.

La réhabilitation

  • Elle concerne les aspects paysagers et géomorphologiques, qui varient selon le contexte (mine à ciel ouvert, en puits ou à flanc de coteaux ou en tunnels, etc) et la quantité de « stériles » accumulés sur les sites exploités.
  • Elle concerne la gestion de la radioactivité ou de toxiques susceptibles d'être lixiviés par les eaux de ruissellement ou d'inondation ou d'être dispersée par les envols de poussières.
  • Elle peut utiliser diverses techniques de génie écologique pour accélérer le retour de la nature, avec alors un suivi possible par bioindicateurs[30]

Prospective et gisement alternatif

L'uranium contenu par les grandes masses d'eau océanique représenterait plus de quatre milliards de tonnes qui pourraient peut-être à l'avenir être aussi exploité selon une annonce faite par des chimistes à Philadelphie (en août 2012[31]). Des filtres spéciaux peuvent le capter (près de 1 000 euros le kilogramme d’uranium en 2012, mais ce coût pourrait être divisé par deux ou plus par l'utilisation de bio-filtres à base de chitine de carapace de crustacé). (530 euros le kilogramme d’uranium). Reste à vérifier la tenue de tels filtres dans le temps, de nombreux organismes marins pouvant dégrader la chitine ou y produire des bio-films diminuant sa capacité à capter l'uranium.

Notes et références

Notes

  1. Pour fixer les idées, à la fin des années 1970, au plus fort des cours de l'uranium, on estimait qu'un doublement des cours rendrait la moitié de la Bretagne exploitable. Depuis, les cours ont été pratiquement divisés par dix.

Références

  • Georges Capus, « Que savons-nous des ressources mondiales d’uranium ? », Clefs CEA, CEA, no 55, (lire en ligne [PDF], consulté le 15 juin 2011).
  1. p.  18
  2. p.  19
  3. p.  20
  4. p.  22
  1. p.  126
  2. p.  127
  3. p.  306
  4. p.  156
  5. p.  157
  6. p.  27
  7. p.  100
  8. p. 101.
  9. p.  97
  1. (en) WISE Uranium Project, 2014 annual uranium production
  2. Guiollard Pierre-Christian : L'Uranium du Morvan et du Forez.
  3. Inventaire national des déchet, ANDRA 2006
  4. L'IRSN a mis en ligne une base de données nationale des sites miniers d'uranium (programme ).
  5. http://www.cameco.com/mining/mcarthur_river/
  6. (en) « World Uranium Mining », sur www.world-nuclear.org/ (consulté le 15 juin 2011)
  7. (en) Akira Omoto, « Global Trends in Nuclear Power and Fuel Cycle and IAEA Activities » [PDF], sur iaea.org, (consulté le 15 juin 2011) dia. 15
  8. « De l'uranium jusqu'à quand? Lorsque les réacteurs s'arrêteront faute de combustibles », sur www.sortirdunucleaire.org/ (consulté le 15 juin 2011)
  9. (en) Energy Watch Group, « Uranium resources and nuclear energy » [PDF], sur lbst.de, (consulté le 15 juin 2011)
  10. Voir http://www.moneyweek.com/file/25277/seven-reasons-the-uranium-price-will-hit-100-this-year.html pour une analyse économique de la hausse des cours.
  11. « Le contrôle de la sûreté et de la sécurité des installations nucléaires (conclusions du rapporteur) », sur www.senat.fr (consulté le 20 décembre 2015)
  12. Microsoft Word - Note CRIIRAD 0340 ARLIT V4(PDF)
  13. Enquête radio-écologique autour de l'usine de transformation du minerai d'uranium MAPE, Bohême du sud, République tchèque
  14. En France, la dose annuelle moyenne correspond pour 70 % à l'exposition naturelle (radon, rayonnements terrestres et cosmiques, eau et aliments) et pour 30 % à l'exposition artificielle (28,5 % pour le médical, 1,5 % pour l'industrie électronucléaire, la recherche ou les essais nucléaires militaires). Voir la fiche d'information page 4 de l'ASN
  15. Uranium Moratoriums Are Not Supported by Science, Open Letter from Canadian Nuclear Safety Commission President Michael Binder, November 22, 2012.
  16. http://www.maxisciences.com/radioactivit%E9/maison-radioactive-pourquoi-a-t-on-retrouve-du-radon-en-forte-dose-dans-une-maison_art32268.html
  17. Bassin versant de la Dordogne: un constat pilote a mesuré l’impact environnemental des anciennes mines d’uranium, IRSN, 26/05/2016.
  18. [htvint tp://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;?cidTexte=JORFTEXT000000333367 Directive 96/29/Euratom du Conseil] du 13 mai 1996, fixant les normes de base relatives à la protection sanitaire de la population et des travailleurs contre les dangers résultant des rayonnements ionisants.
  19. High levels of natural radiation Report of an international conference in Ramsar
  20. [PDF] Irradiation médicale, déchets, désinformation : un avis de l’Académie de médecine. Guy de Thé et Maurice Tubiana. Communiqué adopté le 4 décembre 2001.
  21. M. Sohrabi, Recent radiological studies of high level natural radiation areas of Ramsar, ICHLNR 39 (1990), p. 39–47.
  22. Integrated Molecular Analysis Indicates Undetectable DNA Damage in Mice after Continuous Irradiation at ~400-fold Natural Background Radiation. Environ Health Perspect. 2012 Apr 26
  23. Effets des radiations, Roland Masse
  24. Effect of continuous low intensity radiation on successive generations of the albino rat, Sidney O. Brown, Genetics 50: 1101-1113 November 1964.
  25. Report DRPH/2010-010, IRSN 2011.
  26. L'exploitation du minerai d'uranium en France métropolitaine : impact environnemental et risque pour la population, consulté 2010 01 17
  27. La surveillance des anciennes mines d'uranium
  28. Site IRSN consulté 2010 01 17
  29. D'après Gamma radiation measurements and dose rates in commercially-used natural tiling rocks (granites), Michalis Tzortzis and Haralabos Tsertos
  30. Andersen, AN (11993). Ants as indicators of restoration success at a urnanium mine in tropical Australia. Restoration Ecology 3/156-167
  31. Dimanche 26 août 2012 à 08h04 Source : 20 minutes.fr

Annexes

Bibliographie

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Articles connexes

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