Jean-Baptiste-Marie Lacombe

Jean-Baptiste-Marie Lacombe, instituteur et magistrat occasionnel, né à Toulouse le , guillotiné 14 aout 1794 à Bordeaux, est connu comme le président de la Commission militaire révolutionnaire de Bordeaux sous la Terreur.

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Jean-Baptiste-Marie Lacombe
Biographie
Naissance

Toulouse
Décès
(à 34 ans)
Bordeaux
Activité
Président de la Commission militaire de Bordeaux
Autres informations
Lieu de détention

Biographie

Jean-Baptiste-Marie Lacombe nait à Toulouse en 1760. Second fils d'une famille de modestes artisans, il bénéficie d'une bonne éducation, assurée par un ecclésiastique.

Il se marie le , à 24 ans, avec Jeanne Lagarde, fille d'une famille paysanne de Blagnac, avec laquelle il aura quatre enfants.

En 1784, Lacombe ouvre une école à Toulouse. En 1787, il s'installe à Bordeaux et continue à enseigner comme maitre de pension et instituteur dans différents quartiers de la ville. A cette fin, il est inscrit dans la corporation des maitres écrivains en .

Lors de la Révolution, il se signale par ses sentiments patriotiques, adhère à des clubs révolutionnaires (Café national, devenu Club national, dont il devient président en 1791), s'inscrit à la Loge maçonnique du Saint-Esprit et rejoint le Club des Amis de la Constitution en [1]. Il est exclu de ce club favorable au Girondins en . Il fonde une nouvelle pension nommée « École Nationale », s'inspirant des principes révolutionnaires et s'établit pour quelques mois, à Sainte-Foy-La -Grande, en . Revenu à Bordeaux à l'automne 1793, au moment où les Girondins pourchassés se réfugient à Saint-Emilion (). Considéré comme un jacobin convaincu, il rencontre Tallien et est nommé, le , président de la Commission militaire de Bordeaux.

Président de la Commission militaire

Durant la Terreur, dans les départements les plus affectés par les mouvements hostiles à la Révolution française, les représentants en mission installent des commissions militaires révolutionnaires, tribunaux d'exception, distincts des tribunaux militaires, spécialisés dans le jugement des faits en rapport avec l'état de guerre et dans le châtiment des activités contre-révolutionnaires.

Sont visés ceux qui «conspirent contre l'unité ou l'indivisibilité de la République », les émigrés, les prêtres réfractaires, les « accapareurs », les fonctionnaires corrompus...

A Bordeaux, une commission militaire, créée par arrêté du , est installée le et siège rue Monbazon. Jean-Baptiste-Marie Lacombe en est le premier et seul président. Ses membres portent des uniformes militaires. A 34 ans, Lacombe officie en costume chamarré de général[2].

Un Comité de surveillance établit la liste des étrangers et des suspects pour les renvoyer devant la Commission militaire, tribunal composé de sept membres.

Pour la totalité de sa période d'activité, du au , la commission militaire de Bordeaux, durant 157 séances sur 282 jours, fait comparaitre 898 prévenus, prononce 376 acquittements et 302 condamnations à mort[2]. Elle distribue en outre des amendes, pour un total de 6.940.300 livres, dont l'utilisation n'est pas clairement identifiée.


Procès et exécution

Le président Lacombe monnaye souvent son indulgence. Après la chute de Robespierre, Lacombe est arrêté pour prévarication le 15 thermidor an II au petit matin () à son domicile de la rue Immortelle (Rue du Hâ). L'ordre est signé le 14 Thermidor an II par le conventionnel Jacques Garnier, dit Garnier de Xantes, agent du Comité de salut public.

Lacombe est aussitôt conduit devant le Comité de surveillance qui tente de lui faire avouer ses méfaits en organisant des confrontations. Une nouvelle commission militaire est composée pour le juger, présidée par Lataste.

Le procès de Lacombe a lieu le 27 thermidor an II (14 aout 1794) à l'ancien couvent des Minimes. Lacombe reconnait ses crimes et déclare « avoir mérité la mort ». Déclaré traitre à la Patrie, ennemi du peuple, Lacombe est condamné[3] pour exaction, concussion, prévarication, corruption des mœurs et de l'esprit public à la peine de mort et exécuté le jour même. Tous ses biens sont confisqués. Il est guillotiné place Nationale (place Gambetta). La foule s'empare de sa dépouille pour la mutiler. Sa tête est promenée dans la ville au bout d'une pique. Le même jour, un arrêté de Claude-Alexandre Ysabeau fait enlever la guillotine qui était en permanence en fonction depuis dix mois.

Son épouse Jeanne Lagarde, veuve Lacombe, est condamnée[4] à la peine de vingt ans de gêne.

Divers couplets ou chansons commémorent l'événement[2]. Au bas du portrait de Lacombe en médaillon figure le quatrain[5] :

« En me voyant, frémis et recule d'horreur
De Plutus j'eus la soif, du tigre la fureur
La balance en mes mains, au gré de mon caprice
Penchait pour l'or, le sang, jamais pour la justice »

Le président Lacombe laisse donc le souvenir d'un révolutionnaire sanguinaire et corrompu, même si des travaux universitaires ultérieurs[2] ont tenté d'atténuer l'image, en démontant certaines accusations, en dévoilant les intrigues et en analysant le fonctionnement de la juridiction collégiale qu'il présidait. Le jugement prononçait la confiscation de ses biens. Mais il n'en fut trouvé aucun à confisquer.

Bibliographie

  • Pierre Bécamps, La Révolution à Bordeaux (1789-1794). J.-B.-M. Lacombe, président de la Commission militaire (thèse de doctorat, Lettres, 1951), Bordeaux, impr. Bières, , 401 p. (lire en ligne)
  • Pierre Bernadau, Histoire de Bordeaux: depuis l'année 1675 jusqu'à 1836, Volume 1, Bordeaux, Impr. de Balarac jeune, , 304 p. (lire en ligne), p. 228 et suiv; et  : manuscrit des Chroniques générales de Bordeaux pour le XVIIIe siècle. Tome I, p. 371
  • Charles Fabre de La Bénodière, La justice révolutionnaire à Bordeaux : Lacombe et la commission militaire : discours prononcé à l'audience solennelle de rentrée du vendredi 3 novembre 1865, Bordeaux, Cour impériale de Bordeaux, (lire en ligne)
  • Patrice-John O'Reilly, Histoire complète de Bordeaux, Bordeaux, Delmas, imprimeur, , supplément p. 5 et suiv
  • Charles Berriat-Saint-Prix, La justice révolutionnaire à Paris et dans les départements : d'après des documents originaux la plupart inédits (17 août 1792-12 prairial an III), Paris, impr. de A. Guyot et Scribe, 1864-1868, 462 p. (lire en ligne)
  • Aurélien Vivie, Histoire de la Terreur à Bordeaux, vol. II, Bordeaux, Féret et fils, , 509 p.
  • Mirassem, G. (pseud. du Dr Géraud Marmisse), Chronique de Bordeaux, éphémérides des jugements de la commission militaire sous la Terreur à Bordeaux : distribution par mois, jour, nom, âge, profession, lieu de naissance des personnes qui ont comparu devant ce tribunal du 23 octobre 1793 au 31 juillet 1794 : pour faire suite aux "Éphémérides de la guillotine" / par un Bordelais, Bordeaux, , 182 p. (lire en ligne)
  • Anne de Mathan, Mémoires de la Terreur : l’an II à Bordeaux, Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, collection « Mémoires vives », , 232. p. (ISBN 2-86781-288-7, lire en ligne)

Notes et références

  1. Ce club prend le nom des « Amis de la Liberté et de l’Égalité » le 30 août 1792 à Bordeaux
  2. Pierre Bécamps, La Révolution à Bordeaux (1789-1794), J.B.M. Lacombe, Président de la Commission militaire, Bordeaux, Bière, 401 p., p. 119 et 384
  3. « 14 août 1794 - Commission Militaire Spéciale de Bordeaux - Jugement et condamnation de Jean-Baptiste Lacombe - La Maraîchine Normande », sur shenandoahdavis.canalblog.com, (consulté le 5 décembre 2018)
  4. Archives municipales de Bordeaux, Période révolutionnaire, 1789 - an VIII, Impr. G. Gounouilhou, (lire en ligne)
  5. Gravure à l'eau forte attribuée à François-Louis Lonsing, in Meaudre de Lapouyade, Lonsing 1739-1799

Articles connexes

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