Juiverie

Une juiverie est, au Moyen Âge, un quartier habité par les Juifs ; il ne s'agit pas nécessairement d'un ghetto ou d'un cancel, car ces derniers supposent l'obligation de résidence là où la juiverie évoque simplement une présence juive, pas nécessairement contrainte. Au fil du temps, le sens de ghetto s'est élargi, ce mot servant à désigner tout enfermement, de quelque type que ce soit, mettant à part un groupe humain.

Rue Juiverie, quartier juif de Lyon jusqu'en 1379.

Le mot cancel, très rarement utilisé, désigne plutôt l'ancien quartier juif de Genève, en Suisse, au cours du Moyen Âge.

Moyen Âge

En France

Carte de France des rues des Juifs

indique l'utilisation du terme juif
indique l'utilisation des termes rue juive
indique l'utilisation du terme juiverie
indique l'utilisation d'un autre terme désignant les Juifs

Juiverie est l'appellation donnée dès le Moyen Âge au quartier habité par des Juifs d'une communauté urbaine, espace progressivement délimité et constitué d'une ou de plusieurs rues. Qu'il fût imposé aux Juifs ou réclamé par eux, le regroupement de ces derniers dans un espace défini peut avoir diverses raisons : religieuses (les Juifs se regroupent autour de leur lieu de culte, la synagogue), sécuritaires (les Juifs, victimes d'émeutes anti-juives, réclament une protection), ségrégatives (pour les empêcher de se mêler aux chrétiens), mais également fiscales (elles sont imposées par le pouvoir pour faciliter la collecte des impôts et taxes auxquels les Juifs étaient assujettis).

Le quartier juif avait différentes appellations : carrières (mesila en judéo-provençal) dans le Comtat Venaissin et à Avignon, giudaria à Nice, Judengasse en Allemagne, judería en Espagne, ulica żydowska en Pologne. Le quartier juif de Jérusalem est appelé harat ’el yehud, חארת ליהוד, tandis que dans les pays du Maghreb, comme à Djerba, en Tunisie, on trouve aussi bien hara kebira חארה כבירה (« grande juiverie ») que hara segira חארה צגירה (« petite juiverie »), alors qu’au Maroc, on emploie le mot mellah, מלאח. On connaît aussi le terme ghetto, apparu au XVIe siècle (1516) pour désigner le quartier juif de Venise et qui s’est étendu depuis à d’autres communautés, en Italie et en Europe. Rappelons enfin le Pletzl פלצל, qui désigne le quartier juif situé dans le Marais de Paris (4e arrondissement)[1].

L'existence de ces juiveries est rappelée en France par les multiples rue de la juiverie ou rue des Juifs dans les villes ou villages ; sur la carte jointe, chaque point représente une telle rue. Selon Norman Golb, si en ville les rues des Juifs rappellent les quartiers où vivaient les Juifs, à la campagne, elles rappellent probablement des fermes cultivées par les Juifs.

Ces rues actuelles ne représentent pas tous les lieux où étaient présents les Juifs, comme le montre la carte de la Normandie publiée par Norman Golb[2].

Autres pays européens

En Europe occidentale, du Portugal à l'Allemagne et à l'Autriche, et de l'Écosse à la Sicile, ce sont plus de 500 villes ou villages qui possèdent une rue des Juifs ou de la juiverie.

Détail de la vieille ville de Francfort-sur-le-Main en 1862 autour du marché juif (aujourd'hui Börneplatz) entouré de différents bâtiments ou institutions israélites, avec la route (Judengasse) en jaune menant au nord sur le cimetière juif. Seuls l'église du monastère et le cimetière juif ont survécu jusqu'à nos jours dans le Francfort moderne.

Allemagne

Signalisation de mémoire de l'ancienne « rue juive » dans la vieille ville de Eschweiler

En Allemagne et en Autriche, malgré la période nazie, il reste encore plus d'une centaine de Judenstrasse (« rue des Juifs »), de Judengasse (« ruelle des Juifs ») ou de Judenhof (« cour des Juifs »). Elles rappellent les anciennes communautés juives du Moyen Âge, mais aussi quelques-unes, beaucoup plus récentes, qui ont pu exister jusqu'au nazisme.

Belgique

En Belgique francophone, comme en France, on trouve de nombreuses rue des Juifs dans des petits bourgs alors que du côté néerlandophone, de grandes villes comme Anvers, Gand ou Malines possèdent une rue des Juifs.

Espagne et Portugal

Plaque de rue à Tolède, Espagne.
Judería de Ségovie.

En Espagne, ce sont près de 60 villes où une rue rappelle la « judería » de l'âge d'or des Juifs en Espagne, sur le continent comme aux Baléares et aux Canaries.

En Catalogne, les juiveries sont appelées call comme celle de Palma à Majorque.

L'ensemble des villes espagnoles comportant une juiverie font partie d'un réseau[3].

Au Portugal, il n'existe qu'une dizaine de rues de la judiaria, car la plupart ont été renommées rua nova à la suite de l'expulsion ou conversion forcée des Juifs en 1496. Aux Açores, il existe un Porto judeu.

Italie

Cagliari : Gia Vico dei Giudei[4] - Traces de la présence juive à Cagliari.
Plaque de la rue des Juifs à Alghero, en Sardaigne, où le catalan est toujours parlé.

En Italie, plus de quatre-vingts villes comptent une via giudecca, une via ghetto, une via dei Giudei ou une via degli Ebrei. Elles rappellent les nombreuses communautés juives qui ont disparu à la suite de l'émigration vers les grandes villes puis de la Shoah. La giudecca correspond à la juiverie traditionnelle, c'est-à-dire au quartier juif. Elles sont nombreuses dans le sud de l'Italie, d'où les Juifs ont été expulsés à la suite du décret de l'Alhambra, au début du XVIe siècle, quand cette région passa sous domination espagnole.

Les nombreuses via ghetto rappellent l'institution typiquement italienne du ghetto, plus stricte que la giudecca. La résidence des Juifs y était obligatoire, et le ghetto muré, ses portes ne s'ouvrant que la journée. Le premier ghetto a été institué à Venise en 1516. D'autres ont suivi, notamment à Rome et dans les États pontificaux.

Lituanie et Lettonie

Rue juive (Zydu gatve) à Vilnius.

En Lituanie, une recherche sur Google Maps de « rue juive » (Žydų gatvė) indique une telle rue dans trois localités, Kedainiai, Utena et Vilnius, ville où 40 % de la population était juive avant la Seconde Guerre mondiale. La Grande synagogue de Vilna se situait Žydų gatvė avant sa destruction par les Nazis. On trouve aussi à Vilnius et à Trakaï une rue karaïme (Karaimų gatvė).

À Riga, une rue juive (Ebreju iela) existe aussi le long de l'ancien cimetière juif.

Ruelle des Juifs à Eschdorf

Luxembourg

Il existe au moins trois rues des Juifs (Juddegaass) au Luxembourg, à Eschdorf, Kehlen et Stadtbredimus.

Pologne

En Pologne, on ne retrouve sur Google Maps en 2012 qu'une douzaine de rues juives (ulica Zydowska), alors que les Juifs étaient présents dans des centaines de villes et villages avant la Shoah.

Royaume-Uni

Les Juifs ont été expulsés d'Angleterre en 1290 pour n'y être lentement réadmis que trois siècles plus tard, à partir du XVIIe siècle. Malgré cela, quelques rues (Jews lane ou Jewry lane) témoignent encore de cette présence, même en Écosse[5].

Carte d'Europe occidentale des rues des Juifs

indique l'utilisation des termes Ebrei, Giudei, Jews Joden, Jüden, Judeus, Judios, Jueus, Juifs, Zydowska, Zydu
indique l'utilisation des termes call, giudecca, jewry, juderia, judiaria, juiverie
indique l'utilisation du terme ghetto
indique l'utilisation d'un autre terme désignant les Juifs : Israélite, Joutx, Judaïque, Judentum,Juich, Sefarad, Sefardi.

En Israël

Le Quartier juif est l'un des quatre quartiers traditionnels de la vieille ville de Jérusalem. Situé dans Jérusalem-Est, il se trouve dans la partie sud-est des murailles de la ville et s'étend depuis la Porte de Sion, au sud, puis longe le Quartier arménien, à l'ouest, jusqu'au Cardo, au nord, et jusqu'au mur Occidental et au mont du Temple, à l'est.

En Inde

Des documents attestent la présence de Juifs au Kerala en Inde depuis le Xe ou le XIe siècle[6]. La synagogue Paradesi de Cochin date de 1568. Il existe toujours à Cochin une rue des Juifs (Jews Street) et une rue de la juiverie (Jew Town Road)[7].

Époque contemporaine

En français, le terme juiverie, hérité du Moyen Âge, est devenu péjoratif et n'est plus usité aujourd'hui. Les expressions juiverie internationale ou juiverie cosmopolite, couramment employées sous le régime de Vichy, ont à présent une très forte connotation antisémite et sont propres à l'extrême-droite, ainsi qu'aux théories conspirationnistes dont relèvent notamment les prétendus Protocoles des Sages de Sion.

Notes et références

  1. Simone Mrejen-O'Hana, « À propos de l’hébreu dans les ‘quatre saintes communautés’ du Comtat Venaissin et d’Avignon : lexique et grammaire », Revue des études juives, 167 (1-2), juillet-décembre 2008, voir rubrique « Mesila, carrière, communauté juiverie », p. 145-147.
  2. Exposition permanente sur l'histoire et la culture des Juifs de Normandie au Moyen Âge [PDF].
  3. (es) Caminos de Sefarad.
  4. On notera l'anachronisme de cette appellation puisque le mot ghetto (inventé à Venise en 1516) est postérieur à l'expulsion de 1492.
  5. On peut se reporter avec curiosité au livre d'Elizabeth Caldwell Hirschman et Donald Neal When Scotland was Jewish, consultable en partie sur Google Books.
  6. (en) Jewish landmarks of India, page 28, édité par le Hong Kong Heritage Project et par le American Jewish Joint Distribution Committee, mars 2013.
  7. (en) « Jews St, Jew Town, Kappalandimukku, Mattancherry, Kochi, Kerala 682002, Inde », sur Google Maps.

Voir aussi

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