L214

L214, de son nom complet L214 éthique et animaux, est une association à but non lucratif française de défense des animaux, fondée en 2008.

L214
Cadre
Forme juridique Association de droit local alsacien-mosellan
But Reconnaissance des implications morales de la sensibilité des animaux
Zone d’influence France
Fondation
Fondation 2008
Fondateurs Brigitte Gothière et Sébastien Arsac
Identité
Siège Lyon (siège administratif)
Achenheim, Bas-Rhin (siège social)
Président Antoine Comiti[1]
Méthode Enquêtes, dossiers, campagnes d'information
Financement donations
Employés 75[2]
Slogan « Parce que les animaux sont des êtres sensibles, ouvrons les yeux sur les élevages, la pêche et les abattoirs »
Site web Site officiel

Historique

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Brigitte Gothière, co-fondatrice et directrice de L214, lors de la manifestation contre la Ferme des mille vaches à Abbeville, le 18 février 2012.

L'association est créée à partir du collectif « Stop Gavage », militant pour l'abolition du foie gras, qui poursuit depuis son action au sein de L214[3]. Remettant en question les rapports qu'entretient la société avec les animaux, L214 se consacre particulièrement à la défense des animaux de production, utilisés pour la consommation alimentaire humaine (viande, lait, œufs, poisson). L'association allie une approche welfariste (campagnes pour les œufs plein air) à des visées plus abolitionnistes (marche pour la fermeture des abattoirs, promotion du véganisme).

L'association est initialement créée dans le département de Haute-Loire, à Vissac-Auteyrac, comme association loi de 1901 à but non lucratif. En 2015, elle est relocalisée dans le Bas-Rhin, à Achenheim, pour devenir une association de droit local alsacien-mosellan.

Elle tire son nom de l'article L214-1 du Code rural et de la pêche maritime, dans lequel les animaux sont pour la première fois désignés comme « êtres sensibles » dans le droit français : « Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce »[4]. Son nom complet est « L214 éthique et animaux »[5].

Les fondateurs de L214, les militants véganes Brigitte Gothière et Sébastien Arsac, deux anciens enseignants, s'inscrivent dans le courant antispéciste[3]. Certains ont connu l'introduction de ces idées en France[6] et y ont participé, notamment à travers la revue des Cahiers antispécistes.

Selon Les Inrocks, en , L214 est « l’association qui s’est imposée en huit ans de militantisme comme la voix de la protection animale en France »[7].

Le , pour la première fois depuis la création de l'association, les images tournées par L214 dans un élevage de poulets sont diffusées dans l’émission Quotidien, sur TMC[8], à une heure de grande écoute, bénéficiant ainsi d'une audience de plus de 1,2 millions de téléspectateurs[9].

Objectifs

L'association, qui promeut l'éthique de l'antispécisme[10], mène des campagnes d'information[11] et se positionne régulièrement en tant que lanceur d'alerte[12],[13],[14], afin de faire évoluer les réglementations de protection animale ainsi que les habitudes de consommation[15] de manière à mettre fin aux pratiques qui nuisent aux animaux, dont la consommation de viande. Des images d'enquêtes et l'expérience de l'association sont fréquemment utilisées dans des reportages consacrés à l'industrie agro-alimentaire dans les médias[9].

Selon Paul Ariès, porte drapeau de l’élevage paysan et des animaux de fermes et « anti-végane » notoire[16],[17],[18], L214 est un mouvement abolitionniste qui veut, à terme, interdire tout élevage, même fermier[19]. La porte-parole et cofondatrice de l'association, Brigitte Gothière, revendique en effet, au-delà des missions actuelles de L214, un projet abolitionniste à long terme[7].

Emmanuel Faber, directeur général de Danone, approuve pour sa part la démarche de l'association et souligne l'importance des lanceurs d'alerte comme L214 pour faire bouger les mentalités et les pratiques en matière de souffrance animale[12].

Pour la journaliste Sandra Méallier de France 3, L214 est « devenue incontournable dans le paysage éthique et écologiste français »[20].

Financement

Ne disposant pas d'une reconnaissance d'utilité publique, l'association L214 ne bénéficie pas de subventions de l'État français ou de collectivités publiques[21]. En 2016, elle dispose d'un budget total de 760 000 euros, qui lui permet d'employer 17 personnes[5]. En 2017, selon son cofondateur, l'association a des ressources financières d'un montant total de 5,2 millions d’euros, dont 3,2 millions d’euros de cotisations de ses 30 000 adhérents (un nombre d'adhérents qui a doublé par rapport à 2016)[21].

En , l'association reçoit un don exceptionnel de 1,14 million euros de la part de la fondation Open Philanthropy Project. Cet organisme, géré et financé par les milliardaires américains Dustin Moskovitz et Cari Tuna, a pour but de soutenir financièrement le bien-être animal (associations de protection et recherche sur la viande in vitro), la justice et la recherche sur intelligence artificielle. Ce don fait suite à un démarchage de l’association par la fondation, qui lui a proposé plusieurs projets : l'amélioration des standards dans l’élevage des volailles, la végétalisation de l’alimentation dans les campus et la pérennisation de L214 (création de postes et revalorisation des salaires)[2]. En réaction, plusieurs députés, issus du groupe Les Républicains, proposent de constituer une commission d’enquête sur les réseaux financiers de L214[21],[22].

En 2018, selon le trésorier de l'association, 90 % du financement de L214 est assuré par des dons. Les 10 % restants proviennent de la vente de produits dérivés (250 000 euros), de la perception de droits d’auteur et d’intérêts d’épargnes (plusieurs dizaines de milliers d’euros). Parmi les 34 000 dons, qui représentent une somme totale de 3 841 000 euros, 124 émanent d'entreprises, de fondations ou d'associations[2].

Moyens de communication

L214, qui s'est emparé des codes des réseaux sociaux et du Web pour diffuser et populariser ses revendications[23], « monte significativement en puissance sur la scène médiatique depuis 2016 », et « son combat qui interroge nos modes de production et de consommation mais également les stratégies de communication des organisations militantes, trouve un écho médiatique et sociétal de plus en plus important », selon Nicolas Vanderbiest et Amaury Bessard[9].

Sites web

L’association communique à l'aide de son site principal, « L214.com », développant une communication jugée « explosive » et « innovante » d’après La Revue de l'industrie agroalimentaire[24],[9],[25], avec pour but de marquer l'opinion et de « déstabiliser les acteurs traditionnels de l’économie que sont les industriels de l’agroalimentaire et les agriculteurs »[26],[24] en diffusant notamment des vidéos « chocs »[27], mais également par des sites web annexes tels que « vegan-pratique.fr »[28],[29] ou « vegoresto.fr »[30], dont la vocation est de proposer des conseils en matière de transition alimentaire vers le végétalisme[10].

L214 anime aussi « politique-animaux.fr », un site qui recense et note les prises de position des personnalités et partis politiques vis-à-vis de la condition animale[29],[31], et gère des sites tels que « abolir-la-viande.org » et « fermons-les-abattoirs.org » dans le cadre de sa campagne « Marche pour la fermeture des abattoirs »[32] ainsi que le site « stop-foie-gras.com » pour sa campagne « Stop gavage »[20],[10].

Le site « viande.info » est lancé dans le cadre d'un projet collectif coordonné par L214, dans le but de sensibiliser au respect de l'environnement et aux actions menées par les citoyens qui luttent contre la faim, et de dénoncer l'élevage intensif et la surconsommation de viande[29],[33].

VegOresto

Logo de VegOresto.

Initiative liée au site « vegoresto.fr », « VegOresto » est une opération[34] qui démarche les restaurants et met au défi les chefs de cuisiner un menu 100 % végétal[30],[35],[36],[29], mais aussi une application mobile gratuite répertoriant tous les restaurants proposant au moins un plat végan à la carte[37],[38].

Réseaux sociaux

Ultra-connectée, à l’image du reste de la « génération Y »[23], L214 est très présente sur les réseaux sociaux[23]. Qu'ils soient « alarmistes ou humoristiques », ses « contenus diffusés sur Twitter, Instagram, YouTube ou Facebook sont désormais adaptés aux usages des internautes. »[23].

Selon Carole-Anne Sénit, doctorante en sciences politiques et spécialiste de la gouvernance internationale du développement durable, ce « militantisme 2.0 » sur les réseaux sociaux, a permis à L214, en apportant une « légitimité démocratique » à leurs revendications, « de faire avancer la souffrance animale dans l’espace politique traditionnel »[23].

Interventions dans les milieux scolaires et universitaires

Formation universitaire sur l'éthique animale

À partir du , Dominic Hofbauer, éducateur en éthique animale et coordinateur de L214 Éducation[39] ainsi que Arielle Moreau, avocate pour l'association One Voice, sont chargés, en tant qu'intervenants extérieurs et professionnels de terrain, d'assurer, à l'université Rennes-II, les cours d'une nouvelle formation continue sur l'éthique animale, « Animaux et sociétés »[40], d’une durée de 77 heures[41],[42]. Parmi les 20 profils sélectionnés par l'université sur les 38 candidatures reçues, se trouvent des enseignants du premier et du second degré, et des professionnels de la production et de la protection animale[40]. Dans une question écrite au gouvernement du , Marc Le Fur, député des Côtes-d'Armor, dénonce « un parti pris affiché de cette formation », pointant la présence de représentants d'associations antispécistes et l'absence de professionnels des filières animales[40],[43].

Interventions en milieu scolaire

L214 propose des interventions en milieu scolaire à travers son « département éducation », ainsi qu'un magazine qu'elle édite, Mon journal animal, destiné au jeune public et aux enseignants[44], ouvrage notamment distribué en dans des établissements scolaires de Corrèze[45]. Cette démarche suscite des critiques de la chambre d’agriculture de Corrèze et de la France agricole, qui dénoncent respectivement « une brochure orientée et sectaire »[45] et un « discours anti-viande »[46]. L'association assure pour sa part que ses sources sont « fiables », que le livret a été relu par « une quinzaine de chercheurs, scientifiques et enseignants qui accréditent les données »[45] et que ce projet vise à « encourager enfants et adolescents à développer une relation aux animaux empreinte de curiosité et de respect »[47].

Le , une note interne non contraignante émanant du ministère de l’Éducation nationale et du ministère de l’Agriculture appelle les responsables d’établissements scolaires, inspecteurs d’académie et directeurs régionaux d’agriculture, à « privilégier » les « intervenants formés et issus d’associations conventionnées ou agréées par l’Éducation nationale », précisant que « L214, qui défend les droits des animaux, ne s’inscrit pas dans le cadre des ressources pédagogiques utilisées en classe »[44]. La Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), pour sa part, « ne voit pas d’inconvénient à ce que des associations comme L214 viennent en classe, du moment que les intervenants sont bien encadrés par le corps enseignant »[44].

Campagnes

Abattage des poussins

Poussins morts dans le couvoir de Saint-François.

En , l’association publie sur son site internet une vidéo tournée dans le couvoir de Saint-François, situé à Saint-Hernin dans le Finistère[48], où l’on voit des poussins mis dans des sacs plastiques et étouffés, ou des poussins jetés vivants dans des bennes à ordure ou passant conscients dans un broyeur. Ces images sont largement reprises par les médias. Alors que le broyage des poussins est conforme à la législation en vigueur, la mort par suffocation lente ne l’est pas. Selon une estimation de l’association, environ 100 000 poussins ont été mis à mort en 2014[49].

L’entreprise, poursuivie par l’association en tant que personne morale, et son dirigeant, Daniel Glevarec, ont été condamnés pour mauvais traitements envers un animal, par le tribunal correctionnel de Brest le , à 19 000 euros d'amende. En revanche, Daniel Glevarec a été relaxé des faits de « destruction volontaire et sans nécessité d’animal domestique » car le tribunal a considéré que ces faits ont été commis par les employés et non par le dirigeant[50].

L'association lance alors une campagne intitulée Un animal, pas un déchet, s'appuyant sur ces images tournées dans un couvoir breton[51]. Elle dénonce le sexage (triage selon le sexe) et le sacrifice à la naissance des poussins mâles de race pondeuse. En effet, les poules pondeuses et les poulets de chair sont issues de deux races différentes, l’une optimisée pour la ponte, l’autre optimisée pour la croissance musculaire. Pour cette raison, élever pour la chair les poussins mâles de race pondeuses n’est pas rentable[52].

Foie gras

En , une enquête menée par L214 dans différents bâtiments de gavage de la société Ernest Soulard, fournissant en foie gras des restaurants étoilés et palaces parisiens, est médiatisée. Devant la polémique, le chef Joël Robuchon, ciblé par l'association, suspend son approvisionnement auprès d'Ernest Soulard, « dans l'attente qu'il soit démontré que les animaux ne sont pas maltraités comme dans la vidéo qui a été diffusée »[53],[54], tandis qu'Alain Ducasse, également visé par la campagne de L214, continue à se fournir auprès de la société[54].

Le s’est tenu au tribunal de grande instance de la Roche-sur-Yon un procès opposant la société Ernest Soulard et L214. L'association a déposé plainte contre Ernest Soulard pour sévices graves et maltraitance envers les animaux. Ernest Soulard poursuit L214 pour « dégradation légère » liée à la pose d’une caméra dans l’un de ses bâtiments d’élevage, ce que conteste l'association. La pratique du gavage en elle-même a été remise en cause durant le procès par L214. Le procureur de la République de La Roche-sur-Yon a déclaré au tribunal : « L214 a pris possession de votre prétoire pour en faire un outil de communication. Aucun élément ne permet d'entrer en voie de condamnation. ». Le tribunal a relaxé l'entreprise et condamné l'association à verser 5 000  de frais de justice[55]. Les dégradations commises chez le producteur font l'objet d'une enquête pénale et sont requises « des amendes de 10 000 € à l'encontre de L214 et de 2 000 € contre son porte-parole pour recel de dégradations »[56].

Le , la cour d'appel d'Angers confirme le jugement du tribunal correctionnel relaxant le président de L214 ; le producteur de foie gras Ernest-Soulard l’accusait de diffamation suite à la réalisation d’un film dans ses salles de gavage. La cour retient la bonne foi des militants, le sérieux de l’enquête réalisée par L214 et rejette les allégations de trucage des vidéos de l’association[57].

Un canard haletant (conséquence du gavage) dans un élevage Ernest Soulard (2013).
Un canard haletant (conséquence du gavage) dans un élevage Ernest Soulard (2013). 
Une oie fuyant le gavage dans un élevage français (Périgord, 2014).
Une oie fuyant le gavage dans un élevage français (Périgord, 2014). 

Poules pondeuses

Stéphane Bern a commenté l'enquête de L214 de sur un élevage de poules pondeuses en cage.

En , à la suite d'une présence répétée des militants de L214 devant les magasins Monoprix de plusieurs grandes villes, l'enseigne annonce sa décision de cesser de commercialiser sous sa propre marque des œufs de poules élevées en cages à partir d'[58], au profit d'œufs de poules élevées en plein air[59].

Le , L214 diffuse une vidéo dénonçant les conditions de vie des poules pondeuses dans un élevage de l'Ain, le GAEC du Perrat, dans lequel s'approvisionne la marque Matines (groupe Avril), distribuée par Auchan, Carrefour, Casino, Intermarché et Super U[60]. Les images montrent que cet élevage situé à Chaleins ne respecte ni la réglementation sanitaire, ni la réglementation sur le bien-être animal[61]. Cette diffusion est assortie d'une plainte pour maltraitance déposée au tribunal de grande instance de Bourg-en-Bresse. Le , le préfet ordonne que les bâtiments soient vidés et nettoyés sous un délai de trois semaines, signifiant la fin de l'exploitation, déjà en très grande difficulté économique[62],[63].

À partir de l'été 2016, différents distributeurs et groupes de restauration collective s'engagent à ne plus vendre ou servir d’œufs issus de poules élevées en cage. Sodexo annonce ainsi dans un communiqué de presse le que le groupe s'approvisionnera en œufs (coquille et liquide) de poules provenant d’élevages alternatifs (en bâtiment au sol ou en plein air) à l'échelle mondiale d'ici 2025[64].

Le , l'association publie une nouvelle vidéo, présentée par Stéphane Bern, dénonçant les dérives d'un élevage des Côtes-d'Armor et porte plainte pour mauvais traitements auprès du tribunal de grande instance[65].

Le , L214 publie une vidéo présentée par l'actrice Sophie Marceau, dénonçant les conditions de vie des poules dans un élevage des Côtes-d'Armor. Cette publication a lieu deux jours avant la discussion par les députés d'un projet de loi « Agriculture : équilibre des relations commerciales dans le secteur agroalimentaire » dans lequel ils se prononceront notamment pour ou contre l'élevage de poules en batterie[66],[67], la surveillance vidéo en abattoir ayant déjà été supprimée du projet de loi[68].

Poule déplumée dans un élevage en cage de la société Les Œufs Geslin.
Poule déplumée dans un élevage en cage de la société Les Œufs Geslin. 
Poule en train de mourir dans un élevage Matines (groupe Avril).
Poule en train de mourir dans un élevage Matines (groupe Avril). 

Poulets

Élevage de poulets fournissant la marque Maître Coq (France).

Le , L214 publie de nouvelles images d'élevage intensif de poulets. Les oiseaux sont alors destinés à être commercialisés sous la marque Maître Coq. L'exploitation vendéenne dont sont issues les images est également un élevage pédagogique accueillant de futurs professionnels en formation. 30 000 poulets y sont enfermés et présentent des mêmes problématiques que dans la précédente enquête (poulets qui peinent à se lever ou à se déplacer du fait de la sélection génétique, animaux morts et non ramassés...). L'association dénonce également la présence permanente d'antibiotiques dans la nourriture des animaux[69].

À l'occasion de cette deuxième vidéo, L214 lance officiellement une nouvelle campagne contre l'élevage intensif de poulets de chair[70].

Poissons

Le , à l'occasion de la journée mondiale pour la fin de la pêche, l'association organise un happening de quatre heures dans une quarantaine de villes pour réclamer l’abolition de la pêche[71],[72], dénonçant la destruction des fonds marins par les techniques modernes de pêche[73], « l’agonie des poissons »[73], les prises accessoires, et le fait que « chaque année, mille milliards d’animaux marins sont tués dans le monde pour l’alimentation. »[73].

Truites à l'abattoir d'Aqualande (enquête L214).

En , pour la première fois, l'association L214 lance une enquête visant à dénoncer les dessous de l'aquaculture. Au travers de cette enquête, l'association L214 dénonce certaines pratiques courantes en élevage de truites et qu'elle juge méconnues du grand public : les densités élevés dans les bassins, entraînant notamment un manque d'oxygène pour les animaux et la présence de nombreux animaux stressés, blessés ou malades[74].

L'association dénonce également les méthodes d'abattage des poissons qui, contrairement aux animaux terrestres, ne sont pas concernés par l'obligation d'étourdissement avant la saignée. Sur la vidéo d'enquête, les truites sont déchargées brutalement et leur mise à mort s'effectue par asphyxie au CO2, une méthode qu'elle juge cruelle[75].

Abattoirs

Abattage de vaches dans un abattoir Charal (2008).

L214 est surtout connue pour avoir révélé des affaires de maltraitances, vidéos à l'appui, dans plusieurs abattoirs français dont certains ne respectent pas la réglementation :

Abattoir de Metz

En , L214 mène une enquête à l’abattoir Charal de Metz (Moselle). Cette enquête en caméra cachée est conduite par le militant Sébastien Arsac recruté par la société Charal en qualité d'ouvrier d'abattoir. Selon l'association, deux demandes préalables de visites lui auraient été refusées, par un courrier dans lequel la société Charal déclare avoir « fait de la protection animale un volet central et spécifique de sa politique de qualité »[76]. L'enquête filmée montre l'abattage des bovins qui, selon l'association, « ne respecte pas la réglementation en vigueur et entraîne des morts insoutenables ».

Le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire demande alors un audit général sur les abattoirs français[77].

L214 porte plainte contre la société Charal en pour cruauté envers les animaux[78]. Charal met L214 en demeure de retirer la vidéo de ses sites internet, porte plainte pour violation de site, et conteste les accusations portées par l'association. La plainte déposée par L214 est finalement classée sans suite[79].

Abattoir d'Alès

En , l'association diffuse une vidéo montée à partir de plusieurs heures de rushs filmés en caméra cachée dans l'abattoir municipal d'Alès dans le Gard avec un commentaire de l'actrice Hélène de Fougerolles[80]. On y voit l'abattage de chevaux, cochons et bovins dans de mauvaises conditions d'hygiène et de bien-être animal (étourdissement défaillant)[80].

Les images reprises par de nombreux médias poussent le maire de la commune, Max Roustan (LR), à fermer l'abattoir à titre conservatoire[80] et le parquet à ouvrir une enquête pour cruauté envers les animaux. Plus tard, en , Max Roustan indiquera à propos de L214 qu' « une association qui va aussi loin, c'est du terrorisme, c'est carrément du terrorisme »[81].

Abattoir du Vigan

Un employé infligeant des décharges électriques à un mouton.

En , l'association révèle une nouvelle affaire sur un abattoir de la commune du Vigan dans le Gard. Une vidéo montre l’abattoir municipal où des moutons sont violemment jetés, des employés ricanant et infligeant des décharges électriques à des cochons et des porcelets mal étourdis, des vaches et des bœufs conscients et suspendus agonisants. L'association dénonce l'utilisation de matériel défaillant, un personnel incompétent et des services vétérinaires absents. Nili Hadida, chanteuse du groupe Lilly Wood and the Prick, présente et commente la vidéo[82]. Le procureur de la République d’Alès annonce l’ouverture d’une enquête préliminaire[83]. Les élus responsables de la communauté de communes du Pays viganais décident, le , de la fermeture de l'abattoir, ainsi que de la suspension provisoire du personnel, à titre conservatoire[84].

La non-application des lois dans les abattoirs est fustigée, certains observateurs les décrivant comme des lieux de non-droit[85]. Le , après presque un mois de fermeture, l'abattoir rouvre partiellement pour les ovins et caprins, sur une décision du président de la communauté de commune dont dépend l'établissement[86].

Une commission d'enquête parlementaire sur « les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français » est créée le à l'Assemblée nationale, à l'initiative du député PS Olivier Falorni, celle-ci se réunit pour la première fois le [13].

Le procès de l'abattoir du Vigan, le premier ayant à juger de sévices dans un abattoir en France, s'ouvre le à Alès[87]. Lors de ce procès, trois personnes physiques (employés et anciens employés de l'abattoir) et une personne morale (la communauté de communes gestionnaire de l'abattoir) sont poursuivies. L214, la Fondation 30 millions d’amis et la Société protectrice des animaux se sont constitués parties civiles[88]. Le suivant, le tribunal inflige à un employé une peine de huit mois de prison avec sursis et 600  d'amende pour « sévices graves »[89].

Abattoir de Mauléon-Licharre

Un mouton assiste à la mort de ses congénères à l'abattoir Mauléon-Licharre.

Le , l'association dévoile un nouveau cas de maltraitance animale dans un abattoir, situé à Mauléon-Licharre, l'abattoir intercommunal du Pays de Soule, dans les Pyrénées-Atlantiques. Cet établissement abat notamment des animaux issus des filières bio et Label rouge. Sur une vidéo présentée par l'écrivain Jean-Baptiste Del Amo, on peut voir des pratiques d’abattage de bovins, de veaux et surtout d’agneaux de lait – agneaux de moins de 45 jours non sevrés et consommés traditionnellement à Pâques – a priori non conformes à la réglementation. L’association a déposé plainte auprès du procureur de la République de Pau pour faits de maltraitance, de sévices graves et d’actes de cruauté[90].

Le maire de la commune de Mauléon-Licharre, décide de fermer l’établissement « pour une durée indéterminée, à titre conservatoire » afin qu’une enquête puisse être menée.

Le député PS Olivier Falorni estime alors que « les abattoirs sont encore des lieux trop opaques », saluant le rôle de lanceur d'alerte de l'association[13]. Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll demande aux préfets de mener des inspections spécifiques sur la protection animale dans tous les abattoirs de France pendant le mois d'avril[91]. Le résultat de ces inspections sera transmis à la commission d'enquête parlementaire sur les abattoirs.

Le président du Syndicat national des inspecteurs en santé publique vétérinaire reconnaît une faille des services vétérinaires, tout en dénonçant au passage la baisse de 20 % des effectifs de ces services sur les dix dernières années[92]. Celui-ci rappelle notamment que le contrôle du respect des règles de protection animale n'est pas systématique, contrairement au contrôle du respect des règles d'hygiène et de sécurité sanitaire des aliments[92]. Il affirme que les cas de maltraitance révélés par L214 sont exceptionnels et ne sont pas représentatifs de l'ensemble des abattoirs français, sans toutefois le démontrer[92].

Le , après que le procureur a retenu 195 infractions, le tribunal correctionnel de Pau condamne l’abattoir de Mauléon-Licharre et son ancien directeur Gérard Clemente à six mois de prison avec sursis pour « tromperie sur marchandises » et à 13 800  d’amende pour « tromperie sur marchandises » et « mauvais traitements aux animaux ». Les quatre salariés sont quant à eux condamnés à des amendes allant de 80 à 910  pour maltraitance « sans nécessité »[93]. Le , L214 est condamnée par le tribunal correctionnel de Pau à 5 000  d’amende, et à verser 1 500 € de dommages et intérêts aux trois parties civiles, pour « complicité d'atteinte à l’intimité de la vie privée », les vidéos tournées par deux caméras cachées montrant ces trois salariés sur leur lieu de travail. L'association, relaxée pour l’utilisation de ces enregistrements, annonce son intention de faire appel de cette décision[14].

Abattoir de Vannes

En , L214, la SPA, 30 millions d'amis, l'Œuvre d'assistance aux bêtes d'abattoirs, One voice et la Fondation Brigitte Bardot portent plainte contre cet abattoir, après avoir constaté qu'un jeune bovin a passé un week-end dans une cour de l'établissement, le bassin fracturé, sans eau ni nourriture. La SARL Sélection Viande, propriétaire de l'abattoir, est condamnée en à 2 200  d'amende pour mauvais traitements, privations de soins et de nourriture, et à 7 300  de dédommagement aux associations qui se sont portées parties civiles[94].

Abattoirs de Pézenas et Puget-Théniers

Le Bœuf écorché (Rembrandt, v. 1640).

Le , de nouvelles vidéos présentées par l'humoriste Rémi Gaillard et montrant des actes de maltraitance dans deux abattoirs de l'Hérault et des Alpes-Maritimes sont diffusées dans la presse[95],[96].

Le préfet de l'Hérault, Pierre Pouëssel, affirme que les images de l'abattoir de Pézenas sont obsolètes car tournées avant les inspections mandatées par le ministre en avril. Caroline Medous, vétérinaire à la tête de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) de l'Hérault affirme que ces images « ne correspondent plus aux pratiques actuelles »[97]. En réponse, L214 publie une autre vidéo montrant des scènes tournées en mai, après ces inspections[98]. Sur celle-ci, on peut voir un bovin abattu sans étourdissement respirant encore lorsque l'immobilisation est relâchée, ce qui ne devrait pas être le cas[98].

Abattoir de Limoges

Le , L214 diffuse des vidéos filmées par un salarié de l'abattoir[99] de Limoges[100], plus grand abattoir municipal de France avec 300 à 500 animaux abattus par jour et 80 employés[101]. Présentées par la pianiste Vanessa Wagner, elles dénoncent notamment l'abattage de vaches gestantes parfois proches du terme, impliquant la mort par anoxie des fœtus[102]. Le salarié travaillait dans cet abattoir depuis sept ans, et c'est la première fois que la personne à l'origine des vidéos diffusées par l'association ne témoigne pas de façon anonyme[103]. Une plainte a été déposée au tribunal de grande instance de Limoges pour maltraitance animale. De son côté, le député européen socialiste Jean-Paul Denanot, représentant de la circonscription Massif central - Centre, saisit la Commission européenne à ce sujet[104].

Abattoir de Houdan

Le , L214 diffuse des vidéos filmées à l'abattoir de Houdan, dans les Yvelines[105]. Présentées par l'humoriste et chroniqueur Guillaume Meurice, elle dénonce des actes de maltraitance envers des porcs. Une double manifestation a eu lieu le devant l'abattoir, avec d'un côté les défenseurs de la cause animale et de l'autre des représentants du monde agricole[106].

Deux militants devaient être jugés en pour « violation de domicile » et « tentative d’atteinte à la vie privée par fixation, enregistrement ou transmission de l’image » après avoir placé dans cet abattoir[107] une caméra enregistrant les réactions de porcs étourdis par inhalation de dioxyde de carbone. Le , la décision du tribunal correctionnel de Versailles est rendue publique : les deux militants de L214, dont Sébastien Arsac co-fondateur de l’association L214, sont condamnés à payer 6 000 euros (dont 5 000 euros avec sursis) pour violation de domicile, mais sont relaxés pour le second motif de « tentative d’atteinte à la vie privée » des salariés[108]. La question du droit à l'information se pose : est-ce une violation lorsqu'il faut en passer par là pour révéler des actes répréhensibles ? Or il a été rappelé pendant l'audience par le représentant du ministère public que l'abattoir agit dans le respect de la réglementation en vigueur, à savoir l'endormissement des animaux par CO2[109].

Abattoir d'Équevillon

Abattoir d'Équevillon (enquête L214 de décembre 2018).

Le , l'association L214 diffuse sur Konbini, à travers la voix du journaliste Hugo Clément, une enquête tournée dans le plus gros abattoir français de chevaux : celui d'Équevillon dans le Jura. Les animaux mis à mort sont en grande majorité d'anciens chevaux de course âgés de deux à quinze ans[110] (l'espérance de vie d'un cheval étant d'une trentaine d'années). En parallèle du lancement de cette enquête, l'association élargit donc le champ de ses revendications en appelant le président de la République Emmanuel Macron à réduire de 25 % le nombre d'animaux tués en France d'ici 2025[111].

Conditions de transports des animaux destinés à l'abattoir

L214 diffuse plusieurs enquêtes dénonçant les conditions de transport[Où ?] jugées « longues et cruelles » dans lesquelles des animaux destinés à l'abattoir sont transportés, notamment vers des pays se trouvant hors de l'Union européenne[112],[113].

En , L214 se rend en compagnie d'une équipe de France 3 sur deux principaux marchés aux chevreaux français situés dans les Deux-Sèvres, dans le but de dénoncer les cages à dindes exiguës dans lesquelles ces chevreaux sont transportés ; l'association relève que ces cages ne répondent pas à la réglementation en vigueur[114]. En 2013, après plus de quatre ans et demi de pressions, L214 obtient la fin d’une « tolérance » des services de l’État et l’obligation de cages de transport adaptées pour ces animaux[115], et salue « la fin d'une infraction commise depuis 20 ans »[116].

En , dans le but d'alerter les candidats à l'élection présidentielle, l'association publie une vidéo dans laquelle elle s'insurge « contre l'exportation et l'abattage de bovins français hors de l'Union européenne dans des conditions jugées cruelles », sachant que plus les transports s'éternisent, plus les animaux sont sujets à la fatigue, à la déshydratation et aux blessures[112],[113].

En , une autre vidéo révélant la brutalité infligée à des veaux nourrissons « considérés comme les déchets de la production laitière », est tournée dans le centre de transit de Tollevast, près du port de Cherbourg, centre contre lequel L214 porte plainte pour actes de cruauté[117],[118],[119],[120]. Le , L214 diffuse une vidéo tournée dans un élevage de poulets Duc, dénonçant la manière dont ces animaux sont aspirés un à un par une moissonneuse pour être enfermés dans des cageots, et amenés à l'abattoir[121],[122].

Voir aussi

Bibliographie

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Notes et références

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Articles connexes

Liens externes

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