Le Lion amoureux

Le Lion amoureux est la première fable du livre IV de Jean de La Fontaine situé dans le premier recueil des Fables de La Fontaine, édité pour la première fois en 1668. Cette fable est destinée à la fille de Madame de Sévigné, âgée de 16 ans, qui ne déplaisait pas à Louis XIV, mais qu'elle dédaignait.

Le Lion amoureux

illustration de Gustave Doré

Auteur Jean de La Fontaine
Pays France
Genre Fable
Éditeur Claude Barbin
Lieu de parution Paris
Date de parution 1668

Texte

Sévigné, de qui les attraits 

Servent aux Grâces de modèle, 

Et qui naquîtes toute belle, 

À votre indifférence près, 

Pourriez-vous être favorable

Aux jeux innocents d'une fable,

Et voir, sans vous épouvanter,

Un lion qu'Amour sut dompter ?

Amour est un étrange maître.

Heureux qui peut ne le connaître

Que par récit,lui ni ses coups !

Quand on en parle devant vous,

Si la vérité vous offense,

La fable au moins se peut souffrir :

Celle-ci prend bien l'assurance

De venir à vos pieds s'offrir, 

Par zèle et par reconnaissance. 

Du temps que les bêtes parlaient, 

Les Lions entre autres voulaient 

Etre admis dans notre alliance. 

Pourquoi non ? puisque leur engeance 

Valait la nôtre en ce temps-là, 

Ayant courage, intelligence, 

Et belle hure outre cela. 

Voici comment il en alla 

Un Lion de haut parentage, 

En passant par un certain pré, 

Rencontra Bergère à son gré 

Il la demande en mariage. 

Le père aurait fort souhaité 

Quelque gendre un peu moins terrible. 

La donner lui semblait bien dur ; 

La refuser n'était pas sûr ; 

Même un refus eût fait possible 

Qu'on eût vu quelque beau matin 

Un mariage clandestin. 

Car outre qu'en toute manière 

La belle était pour les gens fiers, 

Fille se coiffe volontiers 

D'amoureux à longue crinière. 

Le Père donc ouvertement 

N'osant renvoyer notre amant, 

Lui dit : "Ma fille est délicate ; 

Vos griffes la pourront blesser 

Quand vous voudrez la caresser. 

Permettez donc qu'à chaque patte 

On vous les rogne, et pour les dents, 

Qu'on vous les lime en même temps. 

Vos baisers en seront moins rudes, 

Et pour vous plus délicieux ; 

Car ma fille y répondra mieux, 

Etant sans ces inquiétudes. 

Le Lion consent à cela, 

Tant son âme était aveuglée ! 

Sans dents ni griffes le voilà, 

Comme place démantelée. 

On lâcha sur lui quelques chiens 

Il fit fort peu de résistance. 

Amour, Amour, quand tu nous tiens 

On peut bien dire : "Adieu prudence."

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