Macro-langue

En linguistique, une macro-langue (de l'anglais macrolanguage) désigne en général une famille de langues ou une langue qui existe sous la forme de différentes variétés apparentées et non nécessairement mutuellement intelligibles entre elles, mais qui pour des motifs ethniques, culturels, politiques et/ou religieux, sont considérées comme des formes dialectales de une seule et unique langue[1]. Le terme macro-langue est parfois employé dans un contexte de diglossie: lorsque coexistent plusieurs variétés dérivées d'une langue plus ancienne ou « classique », mais que cette langue est utilisée pour faciliter les communications entre les locuteurs des différentes variétés. Les macro-langues incluent par exemple l'arabe[2],[3], le chinois[4], le quechua, le nahuatl ou le sarde. Le concept de macro-langue peut être comparé avec le concept sociolinguistique de langue-toit (Dachsprache).

Ce terme désigné également une catégorie introduite par la norme internationale ISO 639-3[4],[5]Les macro-langues sont répertoriées et cataloguées par l'organisation SIL International et utilisées depuis la 16e édition d'ethnologue.com[6].

Norme ISO 639-3

Différences entre ISO 639-2 et 639-3

Certaines macro-langues telles que définies par l'ISO 639-3 ne possédaient pas de langue individuelle dans l'ISO 639-2, par exemple « ara ». D'autres, comme « nor », avaient déjà leurs langues individuelles (« nno », « nob ») dans 639-2. Cela signifie que certaines langues (par exemple « arb ») qui étaient considérées par ISO 639-2 comme des dialectes d'une langue (« ara »), sont maintenant elles-mêmes, dans certains contextes, considérées dans ISO 639-3 comme des langues individuelles. 58 langues dans la classification ISO 639-2 sont considérées comme des macro-langues dans la classification ISO 639-3, sur les 62 macro-langues au total[7].

Liste de macro-langues

Données officielles de SIL International[7].
ISO 639-1 ISO 639-2 ISO 639-3 Nombre
de langues
individuelles
Nom de la
macro-langue
akakaaka2akan
araraara30arabe
ayaymaym2aymara
azazeaze2azeri
(-)balbal3baloutche
(-)bikbik8bicol
(-)(-)bnc5bontok
(-)buabua3bouriate
(-)chmchm2mari
crcrecre6cri
(-)deldel2delaware
(-)denden2esclave
(-)dindin5dinka
(-)doidoi2dogri
etestest2estonien
fafas/perfas2persan
fffulful9peul
(-)gbagba6gbaya
(-)gongon2gondi
(-)grbgrb5grebo
gngrngrn5guaraní
(-)haihai2haïda
sh(-)hbs3serbo-croate
(-)hmnhmn25hmong
iuikuiku2inuktitut
ikipkipk2Inupiak
(-)jrbjrb5judéo-arabe
krkaukau3kanouri
(-)(-)kln9kalenjin
(-)kokkok2konkani
kvkomkom2komi
kgkonkon3kikongo
(-)kpekpe2kpèllé
kukurkur3kurde
(-)lahlah7lahnda
lvlavlav2letton
(-)(-)luy14luyia
(-)manman6mandingue
mgmlgmlg11malgache
mnmonmon2mongol
msmsa/maymsa36malais
(-)mwrmwr6marwari
nenepnep2népalais
nonornor2norvégien
ojojioji7ojibwa
ororiori2oriya
omormorm4oromo
pspuspus3pachto
ququeque44quechua
(-)rajraj6rajasthani
(-)romrom7romani
sqsqi/albsqi4albanais
scsrdsrd4sarde
swswaswa2swahili
(-)syrsyr2syriaque
(-)tmhtmh4touareg
uzuzbuzb2ouzbek
yiyidyid2yiddish
(-)zapzap57zapotèque
zazhazha16zhuang
zhzho/chizho14chinois
(-)zzazza2zazaki

Exemple : le mari

Le concept de macro-langue peut être illustré par la macro-langue marie, parlée en Russie. Elle est constituée de deux variétés, le mari des plaines (ou mari des prairies) et le mari des collines (ou mari des montagnes). À l'origine existait sans doute un continuum linguistique : les différentes tribus parlaient des langues proches, mais néanmoins distinctes. Lorsque ces tribus se sont unifiées, le dialecte de la tribu dominante s'est petit à petit imposé. Dans le cas des Maris, cependant, deux groupes distincts se sont formés, les Maris des montagnes et les Maris des prairies. Au fil du temps, la langue de chaque groupe s'est consolidée et différenciée de l'autre variété, à tel point que la création d'un standard unique s'est avéré impossible[8]. Suite aux efforts de standardisation et de codification, deux standards ont été créés pour chaque variété du mari[8]. Pour Zoja Zorina, « la naissance des langues maries n’est pas le résultat d’une codification : c’est au contraire parce qu’il existait deux langues différentes que la standardisation a été possible et nécessaire »[8]. Aujourd'hui, les deux langues maries sont des langues écrites et codifiées, aux règles de prononciation et de grammaire bien établies (à l'inverse de dialectes qui eux n'ont pas forcément de forme standard et sont souvent cantonnés à la sphère orale). De plus, des traductions sont effectuées entre le mari des prairies et le mari des montagnes et les habitants sont conscients de l'existence de deux langues différentes[8].

Cependant, la République des Maris a adopté en 1995 une Loi sur les langues dont l'article 1 stipule : « Les langues d’État de la république du Mari El sont le mari (des collines et des plaines) et le russe… ». Autrement dit, cette loi présente les deux langues mari comme une seule langue. Pour Zoja Zorina, la loi a créé « une langue abstraite (la « langue marie ») qui n’existe pas. »[8]. L'un des buts de la loi était de renforcer l'unité entre les Maris (selon l'idée qu'un peuple doit parler une seule et même langue), mais cela n'a fait qu'augmenter la confusion autour des deux langues maries. Finalement, la macro-langue marie est née pour des motifs politiques bien plus que linguistiques[8].

Notes et références

  1. (en) Bertil Tikkanen, « Languages of interethnic communication on the Indian Subcontinent (excluding Nepal) », dans Stephen Adolphe Wurm (dir.) et al., Atlas of Languages of Intercultural Communication in the Pacific, Asia, and the Americas, vol. II.1, Walter de Gruyter, (ISBN 3110134179 et 9783110134179, présentation en ligne, lire en ligne), p. 787
    « The Indo-Aryan languages or macrolanguages of the plains merge into each other, being on the local level made up of enormous dialect continua (e.g. PANJABI-HINDI-BIHARI-RAJASTHANI-PAHARI). These fluid ‘macrolanguages’ (indicated by capital letters, e.g. HINDI) may have “dialects” which are mutually unintelligible and hard to classify. »
  2. (en) Jose A. Fadul (dir.), Encyclopedia Rizaliana: Student Edition (ISBN 978-1-4303-1142-3, présentation en ligne, lire en ligne), p. 6
    « Modern Arabic is classified as a macrolanguage with 27 sub-languages spoken throughout the Arab world. »
  3. (en) Tristan James Mabry, Nationalism, Language, and Muslim Exceptionalism, University of Pennsylvania Press, , 312 p. (ISBN 0812246918 et 9780812246919, présentation en ligne, lire en ligne), p. 63
  4. (en) Elizabeth J. Pyatt, « Macrolanguage vs. Dialect », sur Université d'État de Pennsylvanie,
  5. (en) « Scope of denotation for language identifiers », sur SIL International
  6. (en) M. Paul Lewis (dir.), Ethnologue : Languages of the World, SIL International, , 16e éd., 1248 p. (ISBN 1556712162 et 9781556712166, présentation en ligne)
  7. (en) « ISO 639-3 Macrolanguage Mappings », sur SIL International
  8. Zoja Zorina (trad. Vincent Lorenzini), « La situation linguistique dans la république du Mari-El », Études finno-ougriennes, (ISSN 0071-2051, DOI 10.4000/efo.2322, lire en ligne, consulté le 3 janvier 2016)

Voir aussi

Articles connexes

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