Marcel Leborgne

Marcel Leborgne est un architecte belge né à Gilly le et mort à Charleroi le , membre d'une famille d'architectes, son œuvre, moderniste pour l'essentiel, même si son parcours est en marge du mouvement moderne en Belgique[1], est avant tout carolorégienne.

Pour les articles homonymes, voir Marcel Leborgne (football) et Leborgne.
Marcel Leborgne
Biographie
Naissance
Décès
(à 79 ans)
Charleroi
Nationalité
Formation
Saint-Luc de Tournai
Saint-Luc de Bruxelles
Activité
Famille
Armand-Joseph Leborgne (grand-père - 1823-1923), architecte
Henri Leborgne (frère), architecte
Père
Hector Leborgne (1866-1949), architecte
Autres informations
Archives conservées par
Œuvres principales

Biographie

Il fait ses études au collège des jésuites de Charleroi, puis ses études d'architecture à Saint-Luc (Tournai puis Bruxelles), où il recevra son diplôme en 1922.

Il débute en travaillant avec son frère Henri, essentiellement sur la reconstruction de Wijtschate, de 1921 à 1926, une commune proche d’Ypres écrasée par la Première Guerre mondiale. Là, il entre en contact avec les idées modernistes notamment celles de Victor Bourgeois[2].

La majeure partie de son œuvre est construite dans l'entre-deux-guerres. Il s'agit principalement de villas, immeubles de logements et bâtiments de services.

Victime d'une thrombose qui le paralyse partiellement en 1947, il se consacre plus à l'urbanisme et à la peinture. Il délègue alors à ses collaborateurs et ses rares projets d'architecture n'auront plus le lyrisme qu'on admirait auparavant chez lui.

Influences

Maison, route de Philippeville à Loverval. Construction 1930. Cette maison présente une grande proximité artistique avec Robert Mallet-Stevens et la villa Martel[3].

Outre celle de Victor Bourgeois, Marcel Leborgne subit également l'influence de grands maîtres tels que Le Corbusier, Robert Mallet-Stevens [3],[4], le courant De Stijl et même Frank Lloyd Wright dans la villa qu'il construit pour lui-même à Loverval en 1929[5].

Œuvres

Même s'il rayonne au-delà de son pays natal, notamment à Mariembourg (villa Malter, 1933), Namur (villa Liber), Bruxelles (villas Lemort, 1934), Saint-Idesbald (villa Le Carbet, 1937) et Rhode-Saint-Genèse, où il construit sa réalisation la plus spectaculaire en collaboration avec son frère, la villa Dirickz (1933) [3], c'est à Charleroi qu'il concentre ses efforts et c'est là que se trouve son œuvre la plus connue. Il est indissociablement lié au patrimoine de Charleroi[2] où plusieurs de ses constructions ont été classées.

Intéressé par les nouveaux programmes sociaux destinés à améliorer le sort des classes défavorisées, il construit deux œuvres majeures. La maternité Reine Astrid à Charleroi (1936-1937, avec Raymond Van Hove), et la Cité de l’Enfance à Marcinelle (1938, avec Raymond Van Hove et Victor Bourgeois ; 1947-1953, avec Victor Bourgeois), orphelinat conçu comme une cité-jardin[6].

Il construit et soutient la construction de logements organisés sur des bases plus collectives. Par exemple, la résidence Albert, avenue Meurée à Marcinelle (1937-1938), l'immeuble Moreau au boulevard Dewandre à Charleroi (1938), la résidence du Moulin au boulevard Tirou à Charleroi (1948)[7].

Avec Joseph André, il réalise l'urbanisation du boulevard Joseph Tirou à Charleroi. La qualité de ce projet lui permet d'être nommé en 1951 au Conseil technique de l'Urbanisme à Bruxelles[7].

« Il créait une architecture simple, réelle et fonctionnelle. Seules les formes comptaient pour lui et toute décoration inutile ou superflue était radicalement proscrite » a écrit un de ses confrères, Édouard Bouillart[8]. Sa vision d'un fonctionnalisme sans sécheresse, plus sentimentale et raffinée, s'adaptant aux besoins du commanditaire, lui vaut parfois des critiques, mais surtout, le titre de « constructeur lyrique »[9].

Œuvres classées

Après un temps d'oubli, la démolition de la maternité, chère au cœur des habitants de Charleroi, dans les années 1980 sous le bourgmestre Jean-Claude Van Cauwenberghe, marqua le début d'un regain d'intérêt pour l'œuvre de Marcel Leborgne [10].

Actuellement, cinq des constructions de Marcel Leborgne sont classées au patrimoine.

Villa Dirickz à Rhode-Saint-Genèse

La Villa Dirickx à Rhode-Saint-Genèse, côté rue.

Construite en 1929-1933 en collaboration avec son frère Henri, c'est la réalisation la plus spectaculaire de Marcel Leborgne. Elle fut construite pour H. Dirickz (parfois orthographié Dirickx), directeur général des Forges de Clabecq.

La villa s'inscrit dans un cube virtuel de 25 mètres de côté. Elle présente deux faces ambivalentes. Côté rue, ses fenêtres horizontales sont clairement dans l'esprit de Le Corbusier. Côté jardin, la façade symétrique est d'inspiration Art déco. L'atrium est centré autour d'un bassin qui donne un aspect théâtral à l'ensemble. Il semble inspiré du décor dessiné par Robert Mallet-Stevens pour le film L'Inhumaine de Marcel L'Herbier [3]. La villa servit d'ailleurs de décor. Jacques Deray y tourna un film avec Alain Delon, L'Ours en peluche, et Goffin, François Schuiten et Benoît Peeters l’utilisèrent dans leur bande dessinée, Plagiat[11].

Elle restera la propriété de la famille du maître d'œuvre jusque dans les années 1980. Le bâtiment sera classé en 1990[12]. Néanmoins, il se dégrade peu à peu. Il sera racheté fin 2007 par un particulier, Alexander Cambron qui le restaure à l'identique et le modernise avec l'accord des Monuments et Sites.

Immeuble De Heug à Charleroi

Immeuble Pianos De Heug à Charleroi.

L'immeuble dit « Piano De Heug » fut construit en 1933, vraisemblablement en collaboration avec son frère Henri. Classé en 1995[13].

Villa Darville à Mont-sur-Marchienne

La Villa Darville à Mont-sur-Marchienne.

La maison du sculpteur Alphonse Darville à Mont-sur-Marchienne. Construite en 1937, classée en 1998[14].

La villa à quatre façades est un volume épuré en brique peintes, en retrait par rapport à la rue. La façade principale à l'est, vers la rue, est marquée par la double horizontale des baies vitrées, séparées par des panneaux en brique émaillée noire à l'étage, et du toit plat ourlé de tuileaux[15].

L'articulation de la façade principale en deux plans reliés par une courbe assouplit visuellement l'aspect cubique du volume.

Résidence Albert à Marcinelle

Résidence Albert.

La résidence Albert à Marcinelle fut construite en 1937-1938, classée en 2010 [16],[17],[18].

C'est un immeuble d'angle, moderniste, de neuf étages dessiné pour Marcel Roisin. Au rez-de-chaussée, il comporte un duplex commercial et un garage pour une dizaine de voitures. Au-dessus, huit niveaux comportant une quinzaine d'appartements.

Cité de l'Enfance à Marcinelle

Pavillon de la Cité de l'Enfance.

La Cité de l'Enfance, est un ancien orphelinat de type pavillonnaire bâti en 1938 sur un terrain arboré de plus de 5 ha. Il se compose d'une vingtaine de bâtiments à étage en brigues rouges et ocre sous une toiture plate. De larges baies rectangulaires à encadrement en grès blanc éclairent les pièces d'habitations[19]. L'ensemble fut classé en [20].

Maison Van Bastelaer à Charleroi

Construite en 1932 dans un style qui s'apparente plus à l'Art Nouveau, c'est une œuvre atypique dans la production de Marcel Leborgne.

Maternité reine Astrid à Charleroi

Charleroi, boulevards Dewandre et Drion en 1939. À droite, la maternité Reine Astrid, au centre immeuble à appartement Moreau avec à sa gauche, la maison Mattot, toutes trois œuvres de Marcel Leborgne.

Inaugurée en 1937 et démolie en 1988, la maternité Reine Astrid se présentait comme un bâtiment courbe ou l'horizontalité était accentuée par des bandes superposées et alternatives de pierres roses et de glaces. Sauf dans la partie médiane, la disposition des chambres est unilatérale. Les couloirs, placés en façade jouent le rôle de régulateur thermique et acoustique[21].

Maison Mattot à Charleroi

La maison Mattot à Charleroi.

Créée en 1937 pour le docteur Mattot, alors directeur de la maternité Reine Astrid élevée à proximité. C'est une maison bourgeoise mitoyenne dont le plan respecte le programme « habitation pour un gynécologue célibataire » : cabinet de consultation au rez-de-chaussée, logement au premier étage. La façade principale est animée par deux verrières courbes. Celle du rez-de-chaussée s'incurve vers l'entrée. Celle de l'étage s'arrondit et forme une légère saillie sur le plan de la façade ouvrant l'intérieur vers la rue. Cette dernière est précédée d'un balcon en forme de bastingages. Le terrain sur laquelle est construite la maison relie deux rues perpendiculaires. Le plan de la maison dessine donc un angle, les façades avant et arrière sont décalées. L'étage se présentait comme un vaste espace entièrement ouvert sur les différentes fonctions : séjour, repas, hygiène et repos[22].

Notes et références

  1. Dictionnaire de l'architecture…, p. 390-391
  2. Bioul 2009, p. 82
  3. Architecture en Belgique, p. 372-373
  4. La vue du film L'Inhumaine de Marcel L'Herbier en 1924, avec des décors de Robert Mallet-Stevens, sera pour lui une révélation.
  5. Bioul 2009, p. 82-83
  6. Bioul 2009, p. 83
  7. Bioul 2009, p. 83-84
  8. ...A Charleroi, Marcel Leborgne, p. 5
  9. Flouquet 1939, p. 297
  10. Didier Albin, « Vingt ans après la maternité reine Astrid », La Dernière Heure, (lire en ligne)
  11. Guy Duplat, « La Villa Dirickz a été luxueusement restaurée », La Libre Belgique, (lire en ligne)
  12. (nl) « De Inventaris van het Bouwkundig Erfgoed - Villa Dirickz » (consulté le 11 octobre 2011)
  13. Bioul 2004, p. 223-226
  14. Bioul 2004, p. 208-213
  15. Patrimoine monumental de la Belgique, vol. 20, p. 162
  16. Bioul 2004, p. 227-230
  17. Florence Branquart, « La résidence Albert à Marcinelle, œuvre de l’architecte Marcel Leborgne », La Lettre du Patrimoine, Institut du patrimoine wallon, no 21, , p. 22 (lire en ligne)
  18. « Arrêté de classement sur le site officiel » (consulté le 12 octobre 2013)
  19. Patrimoine monumental de la Belgique, vol. 20, p. 151
  20. Didier Albin, « La cité de l’Enfance est classée », L'Avenir (Belgique), (lire en ligne)
  21. ...A Charleroi, Marcel Leborgne, p. 12-14
  22. Bioul 2004, p. 214-218

Annexes

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

  • ...A Charleroi, Marcel Leborgne, Charleroi, Espace Environnement, , 48 p.
  • Le patrimoine monumental de la Belgique, vol. 20 : Wallonie, Hainaut, Arrondissement de Charleroi, Liège, Pierre Mardaga, éditeur, , 602 p. (ISBN 2-87009-588-0)
  • Françoise Aubry, Jos Vandenbreeden, France Vanlaethem, Christine Bastin (Photographie) et Jacques Evrard (Photographie), Architecture en Belgique : Art nouveau, Art déco & Modernisme, Éditions Racine, , 408 p. (ISBN 978-2-87386-467-5), p. 372-373
  • Anne-Catherine Bioul, Vivre aujourd'hui dans un intérieur d'autrefois, à Charleroi, Namur, Ministère de la Région wallonne, coll. « Études et documents / Monuments et sites », , 245 p. (ISBN 2-87401-171-1)
  • Anne-Catherine Bioul, « Marcel Leborgne ou le choix de la modernité «humaine» », Les Cahiers de l'Urbanisme, Service public de Wallonie/Éditions Mardaga, no 73, , p. 81-85 (ISBN 978-2-8047-0029-4)
  • Louis-Philippe Breydel (photos) et Ephrem (texte), Marcel Leborgne : Villa Dirickz, Alice Éditions, , 160 p. (ISBN 978-2-87426-118-3)
  • Pierre Louis Flouquet, « Les frères Leborgne », Bâtir, no 20, , p. 778-781 (lire en ligne [PDF])
  • Pierre-Louis Flouquet, « La nouvelle “maternité” de Charleroi : L’architecture au service de la vie », Bâtir, no 54, , p. 1192-1196 (lire en ligne [PDF])
  • Pierre Louis Flouquet, « Marcel Leborgne, constructeur lyrique », Bâtir, no 80, , p. 297-329 (lire en ligne [PDF])
  • Iwan Strauven et Anne Van Loo (dir.), « Leborgne Marcel », dans Dictionnaire de l'architecture en Belgique de 1830 à nos jours, Anvers, Fonds Mercator, , p. 390-391
  • Iwan Strauven, "Marcel Leborgne", Mil De Kooning (dir.), Horta and After. 25 Masters of Modern Architecture in Belgium, Gand, Universiteit Gent, 1999, pp. 108-119.
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