Marcus Sedatius Severianus

Marcus Sedatius Severianus, de son nom complet « Marcus Sedatius C(aius) f(ilius) Severianus Iulius Acer Metillius Nepos Rufinus Ti(berius) Rutilianus Censor » (en grec ancien Μ. Σηδάτιος Σεουηριανὸς / M. Sedatios Seoverianos)[1], né vers 105[2] et mort à la fin de 161, est un sénateur, consul et général romain du IIe siècle, d'origine gauloise. Sedatius est un sénateur d'origine provinciale, vraisemblablement un homo novus. Sa carrière le mena jusqu'au consulat suffect et au gouvernement d'une province consulaire : Severianus avait su faire reconnaître ses mérites, et avait sans doute aussi d'importants appuis. Sa carrière n'a pas toutefois l'éclat et la rapidité des cursus de patriciens ou de sénateurs plus prestigieux. Elle se distingue cependant par ses liens avec l'oracle de Glycon tandis que sa fin illustre les difficultés militaires de l'Empire à partir du règne de Marc Aurèle. Alors qu'il est responsable de la province de Cappadoce à la fin des années 150, il doit mener une guerre contre le roi parthe Vologèse IV afin de défendre le royaume d'Arménie. En 161, Severianus est défait à Elegeia où il meurt.

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Marcus Sedatius Severianus
Fonctions
Consul de l'Empire romain
Gouverneur romain
Sénateur de l'Empire romain (d)
Biographie
Naissance
Décès
Époque
Activités
Homme politique, militaire

Origines familiales

L'origine du personnage est fixée avec certitude dans la cité pictonne de Lemonum (Poitiers), depuis la découverte dans cette ville en 1979 d'une inscription concernant Sedatius Severianus[3]. Ainsi se trouvait aussi confirmée une brève mention de Lucien de Samosate qui rappelait ses origines gauloises[4]. Selon Gilbert-Charles Picard, la puissance et la richesse de la famille de Severianus, les Sedatii, seraient à chercher dans le grand commerce, les Sedatii s'étant appuyés sur l'axe ligérien, et ayant par ailleurs des intérêts connus à Ostie[5].

Ainsi l'ascension sociale et politique des Sedatii illustrerait-elle, pour Gilbert-Charles Picard, la substitution d'une nouvelle classe dirigeante à l'aristocratie des Iulii, grands propriétaires gaulois romanisés à l'époque julio-claudienne : « Le possible mariage du père de Severianus avec une Iulia Rufina pourrait avoir réalisé l'association entre négociants et propriétaires fonciers dont, après d'autres J.-F. Drinkwater a établi qu'elle était en Gaule à la base de la classe dirigeante à partir des Flaviens »[6]. Cette reconstruction a cependant fait l'objet de critiques. Selon Philippe Leveau[7] certains des rapprochements avancés sont très hypothétiques et si l'on ne doit pas minorer l'importance du capital commercial, il ne faut pas non plus tomber dans l'excès inverse. De même, pour Danièle et Yves Roman, « l'opposition tranchée entre des Iulii nobles et terriens, profiteurs de la conquête, et une bourgeoisie montante et marchande, faisant des affaires au lieu de gérer des magistratures, apparaît comme exagérée »[8].

Quoi qu'il en soit, la richesse de la famille ne fait pas de doute, pas plus que l'étendue de ses relations explicitement affichées dans le nom complet du personnage : autant d'éléments qui expliquent son entrée au sénat et sa carrière. Si l'on connaît un certain nombre de sénateurs romains originaires de Gaule narbonnaise au IIe siècle, Sedatius Severianus est, pour son époque, le seul sénateur issu des trois Gaules connu avec certitude[9]. Son entrée au sénat illustre le mouvement séculaire d'ouverture de ce dernier aux provinciaux[10], mouvement amorcé sous César et Auguste, accéléré sous Claude et Néron, et qui prit une véritable ampleur à l'époque antonine, les Italiens ne cessant néanmoins d'être majoritaires qu'à l'époque sévérienne. Mais après l'arrivée précoce d'Espagnols et de Narbonnais, l'ouverture se manifeste plus par la présence d'Africains et de personnages originaires de la partie hellénophone de l’Empire. On sait cependant que, dès Claude, il y eut des sénateurs originaires des trois Gaules : compte tenu des lacunes de nos sources il est donc difficile de préciser si l'ascension de Severianus était exceptionnelle ou non ; dans tous les cas il s'agissait d'une réussite éclatante et d'une distinction insigne pour lui et sa famille.

Carrière jusqu'au consulat

Ruines du forum de la colonie romaine de Sarmizegetusa dont Severianus fut le patron.

Le premier poste connu de la carrière sénatoriale de Sedatius est la Questure qu'il effectue en Sicile : il n'intègre donc peut-être l'ordre sénatorial qu'assez tardivement, durant le règne d'Hadrien (117 à 138). Au début des années 140, il figure comme patron de plusieurs corporations d'Ostie[11] et obtient le tribunat de la plèbe qu'il exerce à Rome. Il est alors aussi le patron d’une cité, peut-être celle des Cadurques (actuelle Cahors) en Gaule.

Puis il gère la préture, ce qui lui permet d'exercer diverses fonctions sous les ordres de l'empereur. Il est d'abord légat de la légion V Macedonica qui tient alors sa garnison à Troesmis en Mésie inférieure. Puis il est chargé de la curatelle de la via Flaminia.

Enfin il reçoit le gouvernement de la province de Dacie Apulensis, ce qui le place aussi à la tête de la légion XIII Gemina. Ce gouvernement, effectué vers 151-152, est bien connu grâce à plusieurs inscriptions retrouvées en Dacie[12].

Le gouvernement de Dacie, durant lequel Sedatius a su se faire apprécier des élites municipales locales, s'est conclu par une promotion prestigieuse, le consulat, qui ne fut toutefois que suffect et exercé au début de l'été 153 avec comme collègue Publius Septimius Aper[13], le grand-oncle du futur empereur Septime Sévère[14].

Deux inscriptions[15] de Sarmizegetusa donnent son nom complet, son cursus honorum jusqu'au consulat, et nous apprennent qu'il fut le patron de cette importante colonie romaine de Dacie. Les monuments qui portent ces inscriptions furent élevés après son consulat, la capitale de la Dacie ayant envoyé à cette occasion une ambassade à Rome pour féliciter Severianus et témoigner de sa gratitude[16].

Gouvernement de Cappadoce

L'Arménie à l'époque du gouvernement de Cappadoce de Severianus.

Le seul poste consulaire connu pour Sedatius est le gouvernement de la province de Cappadoce à l'extrême fin des années 150[17]. Le poste était important, Sedatius dirige une province frontière essentielle et se trouve à la tête de deux légions. Il est possible que cette promotion s'explique par des appuis puissants en particulier celui de Publius Mummius Sisenna Rutilianus[18]. Ce dernier est surtout connu comme dévot d'Alexandre d'Abonuteichos et de son dieu Glycon grâce aux écrits de Lucien de Samosate. En Cappadoce, l'action de Severianus semble, au début, avoir été au moins aussi appréciée qu'en Dacie, on connaît en effet à Zela une inscription[19] où il est honoré en tant que bienfaiteur (evergetes) et fondateur (ktistes[note 1]) de la cité[20]. Severianus figure aussi sur une inscription de Sebastopolis[21].

Mais le gouvernement de la province ne tarde pas à confronter Severianus à des défis plus importants. À la tête de la Cappadoce, Sedatius doit aussi surveiller le royaume d'Arménie afin d'y maintenir le protectorat romain. Aussi lorsqu'en 161 le roi parthe Vologèse IV chasse le roi Sohaemus pour le remplacer par Pakoros, Severianus doit intervenir. Selon Lucien, dont les ouvrages, bien que rédigés en forme de pamphlets, nous permettent de mieux connaître les circonstances de la fin de Sedatius Severianus, il aurait interrogé l'oracle de Glycon qui lui aurait promis la victoire[22].

Severianus s'avance alors en direction du centre de l'Arménie à la tête d'une armée romaine. À Elegeia, au nord-est de Satala, il rencontre les troupes parthes d'Osroès et est vaincu, son armée subissant une défaite totale selon Dion Cassius[23]. Cette défaite ébranle fortement le pouvoir tout récent des deux nouveaux empereurs Marc Aurèle et Lucius Verus qui doivent entamer une longue et difficile guerre contre les Parthes. La fin de Severianus ne nous est connue que par les allusions que fait Lucien[24] aux ouvrages historiques qui furent écrits à la suite de la contre-offensive romaine. La confrontation entre Parthes et Romains à Elegeia aurait duré trois jours[25] et se solda par la mort de Severianus. Selon Lucien, les auteurs de ces histoires de la guerre parthique décrivaient le suicide de Severianus sur le champ de bataille avec maints détails irréalistes ou grotesques : si pour beaucoup Severianus avait péri par l'épée, l'un le faisait mourir de faim et un autre racontait comment il s'était égorgé avec un vase précieux. Pour Lucien, Severianus n'avait été qu'un « pauvre sot de Celte »[26].

On a parfois vu dans la défaite d'Elegeia l'explication de la disparition des légions XXII Deiotariana et IX Hispana[27]. Mais aucune preuve n'existe qui pourrait confirmer cette hypothèse, le destin des deux légions étant encore mystérieux et discuté[28].

Le fils de Severianus, « Marcus Sedatius M(arci) f(ilius) Severus Iulius Reginus », est aussi connu comme patron de collège à Ostie mais on ignore tout de sa carrière et de sa vie.

Généalogie de la Sedatia Severia

Gilbert-Charles Picard propose la généalogie suivante[2].

 
 
M. Sedatius
(né vers 45)
 
 
 
 
 
Julius Rufinus
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
C. Sedatius Severus
(né verse 75)
 
 
 
 
 
Julia Rufina
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
M. Sedatius Severianus
(né verse 105)
 
 
 
 
 
Regina
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
M. Sedatius Severus Julius Reginus
(né verse 130)
 
 
 

Notes et références

Notes

  1. Qualifiant au départ les fondateurs de cité, le terme est devenu honorifique et ne doit pas être pris au sens littéral, par ses bienfaits Severianus se place à la hauteur des fondateurs mythiques de la cité et est honoré comme tel.

Références

  1. Studia Pontica III, p. 244 no 271
  2. Gilbert-Charles Picard, « Ostie et la Gaule de l'Ouest », MEFRA, 93, 2, 1981, p. 889
  3. Année épigraphique 1981, 640
  4. Lucien de Samosate, Alexandre, 27.
  5. Gilbert-Charles Picard, « Ostie et la Gaule de l'Ouest », MEFRA, 93, 2, 1981, p. 893-915. [lire en ligne]
  6. Bernard Rémy, Les carrières sénatoriales dans les provinces romaines d'Anatolie, Istanbul-Paris, 1989, p. 220.
  7. Philippe Leveau, « Richesse, investissements, dépenses : à la recherche des revenus des aristocraties municipales de l'antiquité », dans Philippe Leveau (dir.), L'origine des richesses dépensées dans la ville antique, Aix en Provence, 1985, p. 24-26.
  8. Danièle et Yves Roman, Histoire de la Gaule, Fayard, Paris, 1997, p. 614.
  9. (de) Géza Alföldy, Konsulat und Senatorenstand unter den Antoninen, Bonn, 1977, p. 92 et p. 312-318.
  10. (en) Mason Hammond, « Composition of the Senate AD 68-235 », JRS 47, 1957, p. 74-81 ; Yvon Thébert, Thermes romains d'Afrique du Nord, Rome, 2003, p. 33-34 n. 46
  11. CIL XIV, 246-248 et 250.
  12. Ioan Piso, Fasti Provinciae Daciae I, 1993, p. 61-65.
  13. Fasti Ostienses, fragment XXIX et CIL II, 2008 ; II², 5, 840
  14. (en) Anthony R. Birley, Septimius Severus: The African Emperor, Routledge, 2000, p. 37.
  15. (ILS 9487) ; IDR III/2, 97 et IDR III/2, 98. Voir aussi CIL III, 1575 ; IDR III/1, 70 à Ad Mediam.
  16. CIL III, 1562 (ILS, 3896).
  17. Bernard Rémy, Les carrières sénatoriales dans les provinces romaines d'Anatolie, Istanbul-Paris, 1989, p. 219-222.
  18. Marcel Le Glay, « D'Abônouteichos à Sabratha, les déviations de la religion romaine au temps de Marc Aurèle », dans Attilio Mastino (dir.), L'Africa romana 6, Sassari, 1989, p. 35-41.
  19. Henri Grégoire, Franz Cumont, Studia Pontica, III, p. 244, no 271.
  20. (en) Deniz Burcu Erciyas, Wealth, Aristocracy And Royal Propaganda Under the Hellenistic Kingdom of the Mithradatids in the Central Black Sea Region of Turkey, Brill Academic Publishers, 2005, p. 52.
  21. IGR III, 113
  22. « Par exemple, l'oracle rendu à Severianus sur son expédition en Arménie était précisément un autophone. Pour le pousser à l'attaque, il s'exprima ainsi : “Après avoir dompté Parthes et Arméniens de ta lance rapide, / Tu reviendras à Rome et aux eaux miroitantes du Tibre, / Les tempes ceintes d'une couronne pleine de rayons !”. » Lucien, Alexandre ou le faux prophète, XXVII, tr. fr. Marcel Caster, Les belles lettres, Paris, 2001, p. 37.
  23. Dion Cassius, LXXI, 2, 1.
  24. Lucien, Comment on doit écrire l'histoire, 21-26.
  25. Lucien, Comment on doit écrire l'histoire, 21
  26. « Puis, quand ce pauvre sot de Celte, tout confiant, eut attaqué sans réussir à rien qu'à se faire massacrer par Chosroês avec son armée, Alexandre ôta l'oracle et le remplaça par cet autre : “Ne lance pas ton armée contre les Arméniens : ce n'est pas le meilleur parti. / Prends garde qu'un homme en robe de femme ne te lance, de son arc, / un malheureux destin, et ne t'enlève la lumière et la vie”. » Lucien, Alexandre ou le faux prophète, XXVII, tr. fr. Marcel Caster, Les belles lettres, Paris, 2001, p. 37.
  27. M. Mor, « Two Legions - The same fate ? (The disapperance of the legions IX Hispana and XXII Deiotariana », Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, 62, 1986, p. 267
  28. La XXII Deiotariana est attestée pour la dernière fois en Égypte en 119 : J. Schwartz, « Où est passée la legio XXII Deiotariana ? », Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, 76, 1989, p. 101-102. [PDF] [lire en ligne] et la IX Hispana à Nimègue vers 130 : P.J. Sijpesteijn, « Die legio nona hispania in Nimwegen », Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, 111, 1996, p. 281-282. [PDF] [lire en ligne]

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

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